‹ Histoire du MexiqueChapitre 13 sur 28 · II · texte numérisé non relu

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gons qu'il place sous le commandement du colonel Montero. Une charge vigoureuse est ordonnée, mais le premier peloton de chaque colonne est tué ou blessé, dès l'ouverture du feu; le reste hésite. Le colonel court auprès du général Woll lui demander des cartouches. — « Pas de cartouches à la cavalerie qui a des sabres et des lances! répond le général, pied à terre! qu'on me suive et en avant! » L'ordre est exécuté et tous les Texiens furent sabrés ou tués à coups de lance; cinq prisonniers seulement échappèrent à la mort.

De retour à San-Antonio, le général reçut l'ordre de ne pas poursuivre la campagne, à cause de la saison, du manque de ressources, et de se retirer sur le territoire mexicain. Avant de partir, il organise un convoi de cent cinquante chariots traînés par des bœufs, pour les familles qui fuyaient les persécutions des Texiens, et les fait escorter pour les mettre en sûreté. Le 22 septembre, il arrive à Arroyo-Hondo, où il apprend que quatorze cents ennemis marchent contre lui. Ayant donné des escortes aux émigrants, aux prisonniers et aux blessés, il ne lui restait plus que cinq cents hommes néanmoins, il les dispose dans une embuscade, attend que les Texiens se soient avancés, puis il commande le feu. L'avant-garde ennemie surprise, épouvantée, prend aussitôt la fuite, met le désordre au centre, à larrière-garde et tout ce corps d'armée se sauve, laissant ses morts, ses blessés et des prisonniers sur le champ de bataille. Un officier et deux hommes seulement restent, se cachent et tentent d'assassiner le général en lui tirant deux coups de fusil; mais il le manquent et fuient ensuite de toute la vitesse de leurs chevaux.

Cette campagne, courte, rapide et glorieuse, fut approuvée comme elle méritait par le gouvernement de Mexico qui décréta une décoration pour les officiers et une plaque d'honneur pour leur général qui fut en outre nommé au commandement de l'armée du nord, en remplacement du général Isidro Reyes. Ce dut être dans le commencement d'octobre que l'expédition mexicaine arriva sur le Rio Grande. Une

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petite brochure fut imprimée en octobre 1842, à Saltillo, ayant pour titre : — a Renseignement historique sur la ré* ception faite au général D. Adrien Wolt et à la seconde division de l'armée du nord, dans la ville de S. Fernando de Rosas, par S. Exc. le général en chef D. Isidro Reyes, avec son état-major et la brigade de réserve. » — Cette brochure donne des détails fort curieux sur le cortège, le char de triomphe et les fêtes célébrées en l'honneur du vainqueur. Une lettre du général Woll, adressée au président Santa- Anna pour lui demander au nom de l'humanité et à titre de récompense, la vie sauve des prisonniers, porte la date : — « Rio Grande, 9 octobre 1842, » — c'est à dire vingt-huit jours après la prise de San-Antonio. La brochure et cette lettre sont les deux seuls documents qui m'indiquent à quelques jours près la rentrée de cette expédition dont les histoires mexicaines ne parlent pas. La correspondance de Santa-Anna, du mois d'octobre de cette année, respire la joie la plus franche sur les succès de cette campagne. Au mois de novembre, de son hacienda de Manga-de-Clavo, il ne cessait de s'occuper de cette expédition, si bien commencée, et qu'Arista ainsi que le nouveau gouvernement rendirent inutile.

Le 19 novembre, D. José Maria Tornel, ministre de la guerre, envoya aux principaux commandants militaires une lettre circulaire relative à la constitution préparée par le congrès. Voici ce que dit cette lettre : — a Je vous envoie un exemplaire du projet de constitution présenté par le congrès, afin que vous l'examiniez avec cet intérêt que vous ont toujours inspiré les affaires desquelles dépend le sort de la patrie. Donnez-moi votre opinion sur son opportunité et sur les bienfaits ou les maux qu'elle peut causer pour établir la liberté, sans préjudice de l'ordre.

« Le gouvernement espérait que le projet serait rejeté, parce qu'il le considère comme le code de l'anarchie et qu'il n'organise rien autre que la désobéissance; mais il y a dans le congrès une majorité qui, sous le prétexte du progrès,

accélère la destruction de la société, et l'a approuvé dans son ensemble. Maintenant, avec une précipitation scandaleuse, elle approuve aussi tous les articles en particulier; de sorte qu'avant un mois, on aura lancé ce boute-feu qui causera plus de maux que la constitution de 1824, et fera triompher la démagogie intolérante et cruelle de 1828 et 1833... — J. M. Tornel de Mendivil. »

Cette constitution, proclamée le 12 juin 1843, sous le titre de : Basbs de l'organisation politique de la république mexicaine, Canalizo étant vice-président, n'était qu'un piège tendu dès le mois d'avril, au gouvernement, par les députés libéraux. Ils avaient promis à Santa-Anna leur concours s'il consentait à leur laisser faire une constitution. Le président, très constitutionnel lui-même, et n'aimant pas gouverner, se laissa facilement persuader. Cette conduite était d'autant plus habile de la part de Santa-Anna, qu'on ne pouvait pas l'accuser d'avoir trompé la nation et empêché la réunion du congrès d'après le plan de Tacubaya. Dans les Bases organiques, il est déclaré que le Mexique adopte la forme du système populaire représentatif pour son gouvernement; que le territoire sera divisé en départements; que le pouvoir politique réside dans la nation; que la religion catholique est la seule professée et la seule protégée à l'exclusion de toutes les autres; que l'esclavage n'est pas permis, et que personne ne sera poursuivi pour ses opinions ni soumis à d'autres impôts que ceux imposés par les lois... Le pouvoir législatif résidait dans un congrès divisé en chambre des députés, sénat et un troisième corps appelé députalion permanente, formé de quatre sénateurs et de cinq députés. L'office de ce dernier était de convoquer les sessions extraordinaires du congrès, de recevoir les certificats de l'élection du président, des sénateurs, etc. Le pouvoir exécutif était confié à un président, élu pour cinq ans...

Par cette constitution, le gouvernement, tout central qu'il était, devenait une machine politique tellement compliquée, qu'elle laissait mille petites portes ouvertes à la corruption

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et à l'arbitraire, de sorte que les petites ambitions et la cupidité privée s'y trouvaient à l'aise. Santa-Anna refusa de sévir contre les administrateurs, dans la crainte de s'en faire des ennemis; il en destitua même plusieurs parfaitement honnêtes pour les remplacer par des administrateurs infidèles. Les prétextes qu'il donnait pour agir ainsi sont assez spécieux pour mériter d'être connus. Lorsqu'un navire marchand arrivait en vue d'un port mexicain, le capitaine et ses commanditaires allaient trouver le directeur de la douane et lui offraient une somme importante afin d'obtenir une diminution considérable sur le prix à payer pour les droits d'entrée. Le directeur acceptait ordinairement. Quand, par hasard, ce directeur était honnête et refusait, le capitaine remettait à la voile et portait plus loin ses marchandises qu'il introduisait par contrebande sur le territoire mexicain. L'honnêteté d'un directeur de douane amenait donc le vide dans la caisse et la souffrance dans le commerce. Dans presque toute l'administration ce manège se reproduisait, soit pour les recettes, soit pour les impositions, soit pour les fournitures. Il n'en aurait pas été ainsi, si le gouvernement avait eu des hommes pour empêcher (a contrebande, et des inspecteurs fidèles pour surveiller les employés; mais avec les révolutions continuelles dont souffrait le pays, il était difficile d'introduire la moralité parmi les individus, et l'ordre dans les finances. On comprendra maintenant pourquoi le gouvernement mexicain témoignait une certaine faiblesse pour les administrateurs infidèles qui s'enrichissaient, mais apportaient de l'argent au trésor, tandis que les employés honnêtes, mal ou point payés du tout, s'appauvrissaient et produisaient le vide dans les caisses de l'État.

Comme il suffisait d'attaquer un rouage de cette machine politique pour arrêter tout mouvement, et que le patriotisme des gouvernants et des gouvernés n'était que de l'égoïsme personnel, aucun gouvernement n'avait de chance de durée. L'ordre n'est possible qu'avec la moralité qui le respecte et la force qui le sanctionne. Au Mexique, le pouvoir exécutif

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n'a jamais ou de force, car malgré son contrôle sur l'armée, cette armée ne lui obéissait que lorsqu'elle était bien équipée et bien payée, ce qui lui arrivait fort rarement; aussi, la trouvai i-on toujours prête à donner son concours au premier général venu qui lui promettait piastres ou pillage. Sous la dictature de Santa-Anna, l'ordre régna pourtant un peu; les diverses branches de l'administration publique s'améliorèrent ; les rentes furent payées avec assez d'exactitude, ainsi que les traitements des employés; l'armée, mise sur un meilleur pied, se disposait à envahir de nouveau le Texas, après avoir triomphé sous le général Wolt; le commerce, et l'agriculture prospéraient. Le ehemin de fer de Vera-Cruz à Medellin fut commencé; le théâtre de Santa- Anna fut construit; plusieurs autres travaux d'utilité publique furent achevés; il n'y eut ni emprunts forcés, ni expropriations, ni bannissements, ni condamnations à mort. De longtemps le Mexique n'avait joui d'autant de calme et de prospérité.

Ce bonheur relatif et précaire donna l'idée à certains personnages amis de Santa-Anna et patriotes, de proclamer le plan de Landero, révélé par Ampudia, et de laisser la dictaturc à Santa-Anna, tout en modifiant le premier projet. Le 9 décembre 4842, les généraux Ignacio Gutierrez, J. Maria Rincon et toute l'armée du déparlement de S. Luis Potosi, firent un pronunciamiento, déclarant — « ne pas reconnaître le congrès constituant, pour avoir contrarié la volonté de la ration, par la promulgation de lois fondamentales qui s'éloignent autant de la constitution de 1824, comme des mesquines restrictions contenues dans la constitution de 1836. Dans le troisième article de cette proclamation, Santa-Anna était de nouveau reconnu président, et D. Nicolas Bravo vice-président. Les motifs de ce pronunciamiento sont détaillés dans un appel à la nation des plus remarquables. On y représente le congrès comme ayant manqué à tous les devoirs que lui imposait le plan de Tacubaya, au nom duquel il avait été convoqué, et l'on critique vivement les princi-

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paux articles, déjà connus, de la constitution nouvelle. Ce mouvement ne fut pas plus secondé par le président que celui préparé par Ampudia et Landero; Santa-Anna permit ,1a promulgation des bases organiques, mais peu de temps après, le congrès s'étant déclaré en guerre ouverte avec le pouvoir exécutif, il fut obligé de faire dissoudre la chambre par le général Bravo. L'exécution de cette mesure n'amena pas la moindre révolution.

La correspondance du général Reyes nous apprend que le général Woll, alors à Guerrero, à la veille de retourner au Texas, était menacé d'aller au Yucatan combattre les insurgés. Voici quelques extraits de ses lettres adressées au collègue qu'il avait si bien reçu à San Fernando. — « Saltillo, 28 février 1843. — On dit que les bateaux à vapeur sont arrivés à Matamoros pour transporter au Yucatan le général Woll, avec mille fantassins choisis... Je serais très contrarié si l'on vous envoyait au Yucatan où commande en chef Pefia Barragan; on dit que Minon et Morales n'ont pas voulu jurer les décrets sur la nouvelle réorganisation... Gela me parait une fable... On dit aussi que du côté de Monterey* Ampudia s'est démis du commandement de l'armée... 2 mars... Je me réjouis de ce que le gouvernement ne vous a pas séparé du commandement de cette armée — celle de Rio Grande — parce que votre permanence dans ce commandement est un bienfait... et parce que les projets et vues de Canalès s'évanouiront, du moment où le général Arista, avec lequel il pouvait s'entendre, s'éloignant de ce théâtre, vous saurez le maintenir dans les limites que lui imposent les lois et le devoir.

« Je suppose que vous savez déjà que Mejia — D. Francisco — est arrivé mercredi avec cent soixante aventuriers texiens qu'il reprit et desquels seize doivent être fusillés. Les habitants ont fait une représentation à Mejia pour suspendre l'exécution, et ont envoyé une pétition au gouvernement pour qu'on leur accordât la vie. Mejia m'a consulté et comme vous connaissez mon opinion sur les fusillades, vous

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saurez que je me suis uni aux Saltilleros et pense comme eux. Je vous connais trop bien pour douter un instant que vous n'approuviez ma conduite, étant sûr que vous auriez agi de même pour sauver la vie à ces seize diables. — Isidro Reyes. »

Ces Texiens dont il est question étaient des prisonniers qui se révoltèrent à Mier et parvinrent à s'échapper des mains des Mexicains, non sans avoir fait quelques victimes. Ce D. Francisco Mejia qui les avait repris était gouverneur et commandant général du Gohahuila et du Texas. Une lettre de lui, datée de Sallillo, 18 mars 1843, donne les détails suivants sur celte affaire... « Le gouvernement suprême, justement irrité contre ces ingrats qui ont si mal répondu au traitement hospitalier qu'ils reçurent dès leur arrivée à Mier, a décidé qu'ils seraient décimés et que ceux sur lesquels tomberait le sort fussent immédiatement fusillés. Mais à peine cet ordre eut-il transpiré dans la ville que je reçus des pétitions les plus humbles de l'assemblée départementale, de la municipalité, du clergé, des principaux habitants et des dames les plus notables de la ville qui suppliaient le suprême magistrat de la nation de commuer la peine méritée par ces colons. Dans ce pénible conflit j'ai envoyé ces pétitions au président par un courrier extraordinaire; en attendant la suprême résolution, j'ai reçu un autre ordre pour fusiller tous ceux qui seraient pris. N'ayant pas de troupes suffisantes, j'ai différé l'exécution. J'espère pendant ce temps recevoir la réponse que je désire. — Francisco Mejia. »

Cette réponse fut clémente; mais Sama-Anna détestait tellement les Américains, comprenant qu'ils étaient les plus mortels ennemis de sa patrie, qu'il aurait toujours voulu faire fusiller ceux qui tombaient en son pouvoir, et ce n'est qu'à son corps défendant qu'il leur faisait grâce. Le général Almonte, alors minisire du Mexique aux Étals-Unis, écrivit de Washington le 7 avril 1843, au sujet de ces flibustiers... « Les Texiens ont perdu les sympathies de ce pays et doivent espérer peu de secours dans la prochaine querelle avec

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nous; il est nécessaire de profiter d'une si belle occasion, c'est ainsi que je l'ai dit à notre aimé Santa-Anna. » — Le président en profita, en effet, et donna l'ordre au général Woll d'envahir le Texas avec mille hommes. Presque toutes ses lettres du mois de juin se rattachent à cette expédition et aux ennuis causés au gouvernement par le généra) Onega, pour avoir entravé la formation d'un camp retranché et de barraques pour l'armée à Sabinas, point situé entre le Rio Grande et le Nueces. Cette campagne ne se fit pourtant pas, mais avant d'en indiquer les raisons, je dois citer une lettre de Santa-Anna au général Woll, idatée du 21 juin et dans laquelle il donne des renseignements également inédits, sur les événements du Yucatan.

« ... La capitulation du général Pena est positive et les journaux en auront déjà donné les détails. Il est impossible de trouver des paroles capables d'exprimer l'indignation que m'a fait éprouver la honteuse et inattendue conduite de ce général, chargé du commandement d'une si belle division, à la tête de laquelle il pouvait enfoncer les portes de la gloire. Mais il ne l'a pas voulu; il a préféré s'ensevelir dans la fange de l'ignominie, prolongeant la guerre par sa lâcheté et son ineptie, et obligeant la nation à faire de nouveaux sacrifices. Elle les fera sans doute, à l'entrée de l'hiver prochain, parce qu'une fois le dessein manifesté de remettre sous l'obéissance le département rebelle du Yucatan, il ne sera pas abandonné. Ainsi l'exigent l'honneur national et l'intégrité du territoire.

« Je désire que l'on règle à Matamoras les affaires de la douane, dont les produits doivent servir à l'entretien de la première brigade. Je ne puis moins faire que de croire qu'il y a là-bas beaucoup de désordres auxquels il faut couper court immédiatement, si nous voulons qu'un jour il y ait de la régularité dans le recouvrement et la distribution des revenus. L'économie est une affaire des plus importantes que je vous ai recommandées, et je ne doute pas que vous vous en acquitterez avec l'efficacité et l'honorabilité dont vous

avez déjà donné tant de preuves. Faites à votre discrétion rendre des comptes à tous les fonctionnaires, sans craindre ni les murmures, ni la critique de personne. Soyez inflexible envers ceux qui malversent ou donnent aux trésors de l'État une destination illégale, et soyez sûr que le gouvernement vous appuiera dans tout ce qui tendra à systématiser la comptabilité militaire et augmenter les ressources du trésor public... — A. L. de Santa-Anna. »

Ces recommandations étaient faites, mais il aurait fallu sévir contre les délinquants, dont on lui révélait les manœuvres frauduleuses; Santa-Anna, par faiblesse, n'osa jamais procéder contre eux; aussi l'accusa-t-on de connivence maintes fois,— quand il n'était pas au pouvoir.— A ce sujet, je me rappelle que souvent les généraux commandant en chef, négociaient, à raison de 3 °/0 de bénéfice, les sommes qu'ils recevaient en piastres neuves pour payer leurs brigades ou leurs divisions. Une fois à Matamoros, le général Woll commandant l'armée des frontières avait mis en adjudication les fournitures de l'armée; par cette mesure, il obtint pour le compte du trésor un bénéfice de 13 %, sur le prix ordinaire de ces fournitures, le général Arista, alors à Mexico, réussit, à force d'intrigues auprès de la famille et des amis de Santa-Anna, à faire révoquer ce contrat et en approuver un autre qui donnait 28 °/0 de bénéfice aux fournisseurs en sus du prix ordinaire, ce qui faisait une différence de 38 %, sur le prix obtenu par le premier contrat. Ces faits monstrueux étaient assez communs et connus de Santa-Anna qui n'eut jamais le courage de les empêcher.

Quant à l'affaire du Texas, elle était entrée dans la voie des négociations. Les Texiens étaient alors assez mal considérés par le gouvernement de Washington qui les regardait comme des flibustiers indignes de sympathie ; peut-être aussi se doutaient-ils que ce gouvernement voulait s'annexer leur territoire et le mettre à la raison. De ce côté, ils ne pouvaient s'attendre qu'à leur annexion, c'est à dire à la

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perle, sinon de leur indépendance, au moins de leur situation privilégiée. Ils étaient en guerre avec le Mexique, mais au moins, ils avaient l'espérance de conserver tous les bénéfices de leurs privilèges, en se liant avec cette république; ils auraient même accepté de rentrer sous la domination mexicaine, pourvu que cette domination fût simplement nominale et leur laissât toute leur indépendance politique. Cette situation des esprits et des intérêts du Texas décida les autorités de cette république à entamer des pourparlers « avec le gouvernement mexicain.

M. Doyle, chargé d'affaires de S. M. britannique communiqua au président par intérim des propositions apportées par l'avocat texien Robinson, pour faire cesser la guerre entre le Mexique et le Texas. A la suite de ces propositions, on régla une suspension d'armes pour donner aux délégués le temps et la facilité de traiter de l'amnistie et de la réunion du Texas au Mexique. Le ministre de la guerre, M. Tornel, envoya copie de ces conventions préliminaires au général Woll pour l'informer de ce qui se passait et lui donner des ordres relativement à cette affaire. Santa-Anna, de son côté, lui écrivit le 12 juillet 1843... « Par les ordres et autres documents qui vous ont été adressés du ministère de la guerre» vous savez que les hostilités entre la république et ce département, — le Texas, — ont été suspendues pendant le temps que dureront les pourparlers qui doivent avoir lieu pour mettre (In à la guerre et rétablir les rélations détruites par l'ambition et l'avarice de quelques aventuriers. La base de l'union sera la reconnaissance explicite de la souveraineté nationale et la soumission au gouvernement. Si nous sommes dans les meilleures dispositions pour établir la paix, nous avons aussi l'énergie et la ferme résolution de prolonger la guerre jusqu'à ce que les droits de la république soient reconnus et sauvés.

« Néanmoins, le temps ne sera pas perdu, parce que vous pouvez organiser, en conformité avec les vues du gouvernement, la section des mille cavaliers qui devaient opérer

sous vos ordres, dans l'intérieur du Texas... — A L. de Santa-Anna. »

Les correspondances et les proclamations de Samuel Houston et du général Woll nous apprennent que le 4 septembre les deux républiques s'étaient également entendues pour relâcher les prisonniers. Les délégués texiens n'arrivèrent à Matamoros que le 18 octobre; ils motivèrent ce retard par les pluies qui rendaient les routes impraticables. Le général Woll, pour éviter les fâcheuses influences d'une ville révolutionnaire comme l'était Matamoros, désigna la petite ville de Loredo pour y tenir les conférences. Il avait obtenu que le Nueces fût considéré comme limite naturelle du Texas, et que le mot territoire fût substitué à celui de république qui blessait les oreilles mexicaines, l'indépendance du Texas n'ayant jamais été reconnue par le Mexique. Le 2 janvier 1844, les conférences n'étant pas terminées, Woll reçut l'ordre du président par intérim de reprendre les hostilités le 1er mars, si le 28 février les délégués n'avaient pas conclu d'arrangement. Par une lettre du 3 janvier, les commissaires texiens acceptèrent ce délai. Enfin, le 15 février 1844, le général D. Antonio Maria Jauregui et le colonel D. Manuel Maria Landeras, pour. le Mexique, G. W. Hockley et Samuel Williams pour le Texas, signèrent à Sabinas, quartier du général Woll, un armistice qui devait durer jusqu'à la signature du traité de paix. D'après l'article 4 de cet arrangement, les commissaires texiens devaient aller à Mexico conclure le traité de paix aussitôt qu'ils en auraient reçu les pouvoirs.

Tandis que cette amnistie se traitait sur les frontières, le congrès texien, influencé par les États-Unis, votait, presque à l'unanimité, l'annexion du Texas à la république américaine. Ce vote fut aussitôt expédié à Washington et soumis au sénat qui l'approuva par une majorité de quarante voix contre neuf. Houston était très ennuyé de cette mesure, car il espérait que l'indépendance du Texas serait reconnue par le Mexique ; ce qui lui paraissait préférable à l'annexion aux

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États-Unis. Voulant gagner du temps pour ne rien précipiter, il laissa les délégués sans pouvoir pour aller traiter à* Mexico et n'entrava pas le congrès dans ses démarches à Washington. Santa- Anna, en apprenant cette conduite des Texiens, entra dans une violente colère, et le 10 juin 1844 1 il écrivit la lettre suivante au général Woll :

« ... Le mois de mai s'étant passé, sans qu'il soit venu du Texas les délégués pour traiter de la pacification de ce département, selon les stipulations arrêtées pendant l'armistice qui a eu lieu, il y a trois mois, les hostilités doivent recommencer et j'espère que vous aurez agi de la sorte sans avoir attendu de nouveaux ordres du gouvernement. Par cette lettre, je vous prie d'organiser des corps de cavalerie... et d'infanterie, pour attaquer l'ennemi de toutes les manières... La perfidie avec laquelle se sont conduits les Texiens, montrent d'un côté le désir de traiter avec Mexico pour terminer l'état de guerre, et, de l'autre, faisant des conventions avec les Étals-Unis qui tendent à consommer l'usurpation la plus criminelle et la plus scandaleuse des temps modernes, oblige la république mexicaine à tenir ces hommes sans foi, sans la moindre considération. Il faut commencer la guerre avec vigueur ; une armée respectable sera bientôt dans les campagnes du Texas avec tous les éléments nécessaires pour faire triompher les droits nationaux profondément blessés. — A. L. de Santa-Anna. »

Le général Woll n'avait pas d'argent et pas assez de troupes pour commencer cette campagne; les autorités mexicaines civiles et militaires paralysaient son activité et lui suscitaient, par la contrebande, les contrebandiers et les Indiens, des embarras inouïs. Quoique sans ressources , il n'était point resté inactif. Son camp de Sabinas avait été fortifié, des barraques assuraient un abri confortable à ses soldats, des jardins leur procuraient des légumes , il sut en un mot veiller à leur instruction militaire comme à leur entretien avec une sollicitude d'autant plus remarquable que ses moyens pécuniaires étaient excessivement limités. Ne vou-

lant pas laisser les frontières devenir la proie des contrebandiers4 et le théâtre de désordres continuels, il institua un corps d'explorateurs, chargés de poursuivre les contrebandiers et les malfaiteurs protégés par Arista et Canalès. Il confia l'organisation de ce corps au colonel Crisanto de la Pena, homme d'une activité peu commune et d'une grande intelligence.

Le 15 janvier 1844, ce colonel lui écrivit de Guerrero : « Sur la liste des soldats que je vous envoie d'office, pour la compagnie des explorateurs, il n'y a pas tous ceux que je croyais, parce qu'au moment de commencer à les réunir, j'eus un différend avec le juge de cette ville par rapport à cette compagnie. Ce monsieur est un des principaux contrebandiers de ce pays , et cherche les moyens de laisser les choses dans l'état où elles se trouvent, afin de pouvoir continuer ses forfaits, de sorte qu'il est devenu mon ennemi et ne perd pas un instant pour me faire du mal, ni aliéner les habitants et beaucoup de soldats, comme il y a déjà réussi... » Suivent des détails sur l'organisation de cette compagnie, les embarras suscités par les autorités intéressées dajis la contrebande, et sur des convois considérables de contrebande sortis de Reynosa et de Gamargo sous la protection de Ganalés.

Le 5 mai suivant, le colonel Crisanto Pena, à la téte d'un détachement d'explorateurs remontait le Rio-Grande pour veiller sur un convoi de contrebandiers, commandé par Canalès, et qui lui avait été désigné dans les environs de Camargo. Attiré dans un guet-apens, il fut massacré avec tous ses soldats; son lieutenant, D. Eugenio Gonzalez, resté en arrière, put se sauver à la nage, et fit avertir le général Woll et le sous-préfet de Mier, D. Isidro Garcia, de cet assassinat. Canalès, ignorant cette circonstance, mais apprenant qu'un de ses serviteurs, anciennement attaché à ce sous-préfet, s'était sauvé le lendemain du meurtre du colonel , envoya deux assassins à Mier. Au milieu de la nuit, ils frappèrent à la porte de D. Isidro Garcia, et demandèrent à lui remettre une

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dépêche du général Woll. Le sous-préfet, sans méfiance, se leva de son lit, alla à la rencontre de ces misérables qui le tuèrent de deux coups de revolver et se sauvèrent à Camargo auprès de Ganalès.

Ces deux événements produisirent une douloureuse sensation sur les frontières. Le général D. Ignacio Gutierrez, qui commandait le Tamaulipas, écrivit à ce sujet au général Woll, la lettre suivante, en date du 1er juin 1844 : ... « J'ai appris, par le préfet de Matamoros, 1 horrible assassinat commis sur le très honorable sous-préfet de Mier et sur le colonel Crisanto Pena, ainsi que la conduite de Ganalès J'ai délégué M. Lara pour se rendre dans cette ville et examiner les moyens de châtier les coupables. J'ai pareillement envoyé des dépêches au gouvernement pour qu'il fixe sérieusement son attention sur la frontière du nord, avant que l'étincelle produise un incendie difficile à éteindre, pour que l'ingrat Canalès soit enfin vu sous ses vraies couleurs , lui faire quitter cette frontière, et finalement envoyer quelques secours aux troupes qui sont depuis tant de temps dans une aussi profonde misère. — Ignacio Gutierrez. » —

D. Isidro Reyes, alors ministre de la guerre, expédia l'ordre au général Woll de diriger Ganalès sur Mexico pour y être jugé. Get ordre, daté du 7 juillet, arriva à destination au moment où le général allait faire fusiller ce monstre et débarrasser ainsi le gouvernement et la frontière d'un de ses plus grands malfaiteurs. Ganalès se sauva de Mexico, sans attendre son jugement, comme nous l'apprend une lettre du président par intérim, D. Valcntin Canalizo, adressée au général Woll. Dans cette lettre datée du 23 novembre, Ganalizo commence par s'étendre longuement sur la conduite du général Arista, accusé de concussion, d'avoir vendu à son corps d'armée , à des prix très élevés , les produits de son hacienda, lesquels produits n'avaient été livrés qu'en partie... « Je suis convaincu, dit le président, qu'il est lié au agents de la révolution... Pour le moment, il est indispensable que par aucune considération vous ne cessiez

de travailler énergiquement contre quiconque tenterait de révolutionner cette frontière, — le Rio-Grande, — redoublant de vigilance pour éviter également que Canalès ne lève l'étendard de la révolte, comme il en avait certainement l'intention en quittant la capitale, et comme je vous l'ai écrit d'office. Faites donc tout votre possible pour le faire prisonnier, tout en veillant sur M. Arista qui pourrait être d'accord avec lui... Le général Santa-Anna est aujourd'hui à Queretaro et sera promptement sur les révoltés qui, n'ayant que peu de troupes, ne livreront pas bataille à ce que je crois. — Valentin Canalizo. » —

Il eût été plus sage de laisser la loi avoir son cours, et de ne point faire venir de si loin un prisonnier aussi dangereux; mais on voit dans Santa-Anna de pareilles faiblesses se renouveler en bien des occasions où les mesures énergiques sont impérieuses. Son excessive indulgence pour Arista devint fatale au Mexique ; Santa-Anna avait donné l'ordre au général Woll d'envoyer Arista enchaîné à Mexico, parce qu'il était convaincu de sa défection, et qu'il voulait faire une enquête rigoureuse sur sa conduite. Arrivé dans la capitale, Arista sut circonvenir Santa-Anna de telle manière que celui-ci, loin de le mettre en jugement, l'envoya aux frontières prendre le commandement de l'armée du nord, à la place du général Woll. Le président crut se justifier de cette mesure, en disant qu'il agissait ainsi pour attacher au pouvoir ce général infidèle, mais plus tard, il manifesta le regret de ne pas l'avoir fait fusiller à Mexico. Les regrets viennent toujours trop tard. Arista de retour sur le Rio- Grande, retira l'armée de son campement de Sabinas, la dispersa dans les villes de Tamaulipas et Nuevo-Leon , abandonna de la sorte une magnifique position stratégique et laissa les frontières sans défense. Les Texiens, n'étant plus menacés, redevinrent plus insolents, et les États-Unis se préparèrent à se substituer aux colons, non plus pour demander l'indépendance du Texas, mais la frontière du Rio-Grande. Voici quelles furent les conséquences de la

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conduite du gouvernement de Mexico envers Ganalès et Arista.

On a vu, par la lettre de Canalizo, que le 23 novembre Santa-Anna se trouvait à Queretaro, prêt à livrer bataille aux révoltés ;.en effet, le 5 novembre, Parédès avait de nouveau levé l'étendard de le rébellion à Guadalajara, et Santa- Anna marchait contre lui , se dirigeant sur Lagos, avec une belle armée destinée à la guerre du Texas. Parédès et les conservateurs demandaient la responsabilité effective du gouvernement provisoire , la suppression des contributions décrétées pour la guerre du Texas et la réforme immédiate des bases organiques. Dans un manifeste daté de Guadalupe- Hidalgo, 21 novembre 1844, c'est à dire au moment de son départ pour l'intérieur, Sania-Anna réfute habilement tous les prétextes donnés par les conservateurs pour allumer de nouveau la guerre civile, et franchement ce manifeste parle le langage le plus constitutionnel et le plus logique que l'on puisse désirer. Mais Santa-Anna commençait à se perdre dans l'opinion publique par ses faiblesses et ses irrésolutions; puis, il faut bien l'avouer, un homme qui gouverne toujours par procuration, loin de la capitale, finit par lasser la patience du peuple qui met naturellement sur son compte tout le mal qui se fait et tout le bien qui ne se fait pas.

Le 29 novembre, Canalizo décréta la suspension des séances du congrès ; maiscet acte, loin de calmer les esprits, les irrita davantage. La ville de Mexico donna son adhésion au plan de Parédès; le congrès proclama la déchéance de Canalizo, déclara factieux le président constitutionnel et nomma président par intérim le général D. José Joaquin de Herrera. Ce même jour, 6 décembre 1844, le ministre des finances, D. Antonio Haro y Tamariz, celui des affaires étrangères, D. Manuel Crecensio Rejon, et celui de la justice, D. Manuel Baranda furent obligés de se sauver pour ne pas exposer leur vie ou leur liberté; Canalizo et le général Basada, ministre de la guerre, furent incarcérés. Le bas peuple courut au cimetière de Santa-Paula, exhuma du mon. îs

nument qui la renfermait la jambe perdue par Santa-Anna à Vera-Cruz et la traîna dans les rues. Santa-Anna apprit ces nouvelles à Lagos, au moment où il présidait une réunion de généraux ; comme en cet instant tous les regards étaient fixés sur lui, il porta la main à sa jambe mutilée en décriant : — « Amis, cette blessure ne me faisait plus souffrir ; mais maintenant j'y sens une vive douleur. » Ces paroles ne dénotent-elles pas une âme vraiment patriotique qui mérite de rindulgence pour bien des fautes.

Triste, accablé par les événements du 6 décembre, sans enthousiasme pour combattre les insurgés, Santa-Anna ne pensa plus qu'à se retirer à l'étranger. Il renonça à la présidence, fit demander son passe-port par le général D. Ignacio Sierra y Rosso, et se dirigea sur Puebla, en route pour Vera- Cruz. A Puebla, le 11 janvier, il fil ses adieux à son armée, forte de dix mille hommes, et par conséquent capable d'entrer à Mexico, s'il l'eût voulu ; ses vétérans désiraient l'accompagner jusqu'à Vera-Cruz, mais il n'accepta qu'une escorte qu'il congédia dans les parages des Vigas. En passant par la ville de Jico, le commandant de la milice rurale, le voyant seul avec ses domestiques, l'arrêta par ordre du commandant militaire de Jalapa, et l'envoya dans cette ville. Trois jours après il fut conduit à la forteresse de Perote et tenu au secret durant quatre mois. Enfin, condamné par le congrès à l'exil perpétuel et mis hors la loi, s'il rentrait au Mexique, il s'embarqua pour la Havane au mois de mai 1845.

L'élection du général Herrera, une fois confirmée après la chute de Santa-Anna, le nouveau président organisa le ministère de la manière suivante : le portefeuille des affaires étrangères fut successivement confié à D. Luis Cuevas et D. Manuel de laPena y Peïia; celui de la justice à D. Mariano Riva Palacios D. Bernardo Conto et D. Deraetrio Montesdeoca; celui des finances à D. Pedro Echeverria, D. Luis de la Rosa et D. Pedro Fernandez del Castilto, et celui de la guerre aux généraux D. Pedro Garcia Conde, et D. Pedro Anaya. Le général Herrera était tout à la fois des

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plus honnêtes citoyens et des plus dignes militaires du pays; mais il avait peu d'énergie. Cependant, il sut s'entourer d'hommes recommandables et parvint à réprimer, avec l'aide du colonel Uraga, l'insurrection de Rangel en faveur deSanta-Anna.

Dès son origine, cette administration montra une faiblesse qui devait la conduire à sa perte. Appelée à consolider le système de centralisation qui, depuis 1836, avait remplacé le fédéralisme, elle fut effrayée de l'ardeur avec laquelle les fédéralistes attaquaient ses actes. Elle ménagea tellement les hommes influents de ce parti qu'elle fut bientôt débordée et hors d'état de résister à leurs prétentions. A Matamoros, un certain Molano s'empara des rênes du gouvernement de Tamaulipas; Ganalès se donna le titre de « commandant des villes, » sans être inquiété par Arista ; puis, il fit arrêter le préfet qui se trouvait à Mier. Jésus Gardena fut nommé par le général Arista, préfet de Matamoros, à la place de celui que Ganalès avait arrêté; les généraux de brigade de l'armée régulière n'étaient pas mieux traités par ces deux étranges personnages que les autorités civiles gouvernementales.

Tandis que le pouvoir exécutif laissait agir les factieux, sans même essayer de résister, l'ancien parti monarchique, qui s'était vu contraint de se fondre dans le parti centraliste, après la chute d'Iturbide, et qui d'ailleurs s'était résigné de très bonne foi au système républicain, dans l'espoir v que le pays pourrait s'organiser d'une manière stable sous l'empire de ce système, crut devoir sortir enfin de sa longue léthargie. Les membres épars de ce parti se rapprochèrent, et, après s'être concertés, ils crurent que le moment était arrivé où leurs vœux se réaliseraient. Il fallait se hâter pour prévenir les fédéralistes. Le général Parédès fut choisi pour opérer cette révolution. Envoyé par Herrera contre les Américains qui s'avançaient dans le Texas pour envahir le Mexique, Parédès, de son quartier général de S. Luis Potosi, refusa obéissance au gouvernement, marcha sur Mexico

et entra dans la capitale sans coup férir, à la fin du mois de décembre 1845. Le 4 janvier suivant, il fut nommé président provisoire et décréta la convocation d'un nouveau congrès constituant.

Tout en abandonnant à la nouvelle assemblée la faculté de déterminer le mode de gouvernement qui devait désormais régir le pays, Parédès indiquait dans son manifeste que la monarchie seule pouvait le sauver de l'anarchie, lui assurer le repos dont il avait besoin, et la prospérité dont il possède les éléments. Le parti monarchique institua un journal, publia ses désirs, ses vues, et fit en peu de temps de grands progrès. Le plan de réforme de Parédès et la presse de son parti rappelaient les efforts inutiles faits par la nation pour se constituer sous le régime démocratique ; ils montraient que, livré aux ambitieux et à la soldatesque, le pouvoir se verrait toujours exposé aux mêmes phases révolutionnaires qui causaient la faiblesse du gouvernement et la ruine de l'État, tandis qu'un monarque étranger, soutenu par les cours d'Europe, serait une garantie de force et de paix à l'intérieur comme à l'extérieur.

Le parti monarchiste, composé des hommes les plus respectables par leur position sociale et leur moralité, de la généralité du clergé, et de citoyens intelligents, éclairés par l'expérience du passé, voulait se rattacher à l'Europe par un lien qui lui donnât des gages pour l'avenir. Il se flattait d'obtenir facilement pour souverain le rejeton d'une, des grandes maisons de l'Europe. L'intérêt réciproque semblait justifier cette espérance. Consolider les institutions sociales au Mexique, c'était consolider les relations commerciales entre les deux mondes; c'était donner des garanties aux nombreux capitaux engagés dans les mines du Mexique, c'était, en un mot, mettre un terme aux révolutions si fatales dans les transactions lointaines et fermer la porte aux abus qui occasionnaient de si fréquents débats entre les puissances étrangères et les gouvernements éphémères dont le Mexique subissait le joug.

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Mais cette transformation ne pouvait s'opérer avec les seules forces du parti monarchique qui ne faisait alors que se réveiller, et ne désignait pas môme, — au moins ostensiblement, — le prince qu'il appelait à régner sur le pays. On parlait, à la vérité, dans les salons de la capitale, du duc de Montpensier, nouvellement marié à l'infante dona Luisa Fernanda ; la France et l'Espagne ne pouvaient étayer cette royauté; comme puissances catholiques, elles avaient les plus fortes sympathies du peuple mexicain; mais les circonstances ne permirent pas de donner suite à ces projets. Les États- Unis venaient de voter l'annexion duTexas et frappaient déjà aux portes du Mexique pour s'emparer de la frontière de Rio-Grande. Puis, il faut pourtant l'avouer, les monarchistes avaient bien un plan, mais il était vague, indéfini et peu réalisable alors. La majorité des citoyens blâmait Parédès d'avoir saisi le moment où son devoir l'appelait à combattre l'ennemi commun, pour renverser Herrera et proclamer des idées qui ne pouvaient qu'augmenter la division et la faiblesse de la nation. Parédès se justifiait en disant qu'Herrera et le congrès paraissaient décidés à traiter avec le cabinet de Washington la cession du Texas, ce dont le Mexique ne voulait à aucun prix, et qu'il n'avait fait que se ranger du côté de la majorité qui réprouvait la conduite du gouvernement dans cette affaire. Les républicains n'opposaient à la justification de Parédès que des raisons d'une médiocre valeur. Le plus grand tort du président n'était certainement pas l'idée de demander un souverain à l'Europe, mais bien l'inopportunité de cette mesure. Comme M. GutierrezdeEstrada, le nouvel apôtre de la royauté mexicaine avait parlé trop tôt ou trop tard, vouloir élever un trône à l'heure où les fautes de la république amenaient l'invasion américaine, était une de ces utopies comme le Mexique nous en offre tant d'exemples.

Aussitôt que le général D. Mariano Parédès de Àrrillaja eut saisi les rênes du gouvernement, il s'appliqua à faire rentrer dans le trésor tous les fonds publics, à mesure qu'ils étaient perçus par les receveurs de la capitale et des départements; puis il suspendit les paiements qui n'étaient pas de première nécessité. Cette mesure, souvent prise par les gouvernements précédents, entraîna la banqueroute des agioteurs . qui s'étaient le plus compromis. Sachant qu'il ne pouvait en» treprendre une guerre sérieuse contre les Américains qu'autant qu'il aurait une somme suffisante pour mettre son armée dans les meilleures conditions possibles, il voulut avant de la faire entrer en campagne, l'équiper sur un bon pied. Toutefois, l'expédition ne fut retardée que de quelques mois. Dès qu'il vit un million de piastres dans ses coffres, il fit marcher ses troupes à la frontière sous le commandement du général Arista.

Parédès eut pour ministres des affaires étrangères D. Joaquin Gastillo y Lanzas et D. José Joaquin Pesado; à la jus-

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