CHAPITRE XVII
Itzcoatl envoie des messagers à Calhuacan , à Guitlahuac et à Hizqail, pour savoir si les habitants de ces villes veulent faire cause commune avec ceux de Xochimilco.
Ces gardes qui pour augmenter la fureur des Xocbimilcas avaient détruit devant eux un certain nombre d'épis de maïs , arrivèrent donc aux pieds du roi Itzcoatl , et lui racontèrent les mauvais traitements qu'on leur avait fait subir. Itzcoatl convoqua les cbefs Tlacocbcalcatl , Tlacatletzin , Tlacatecatl, Moctezuma , Tilancalqui et Ehnatecatl. L'un d^eux prenant la parole au nom de tous les autres lui dit: « Seigneur, envoyez vos messagers à Cuitlabuac et Mizquic. » Le roi désigna pour cette mission les deux cbefs AztacoatI et Âzyciotzin , qu'il regardait comme les plus habiles , en leur disant : « Allez saluer de ma part et de celle des seigneurs mexicains les cbefs de ces deux villes , et demandez-leur s'ils
sont résolus à nous faire la guerre. Vous tous acquit* terez ensuite de la même mission auprès de ceux de Xochimilco. Vous leur demanderez si les vieillards, les hommes et les jeunes gens sont de cet avis, et ce que deviendront les femmes et les jeunes filles. Quand ils vous auront répondu , nous verrons ce que nous aurons à faire. «
Les messagers se dirigèrent donc vers Xochimilco, mais en arrivant à Goapan ils virent que ce poste était occupé p«ir une quantité de Xochimilcas en armes, tandis qu'eux-mêmes n'en avaient pas. Les ennemis leur crièrent aussitôt qu'ils les aperçurent : « Qui étes-vous? Où allez-vous?» Les Mexicains leur ayant fait connaître l'objet de leur mission , ils leur répondirent : « 11 est inutile que vous alliez plus loin. Dites à Itzcoatl qu'il se prépare à se défendre et que nous allons bientôt venir le trouver. » Mais, dirent les Mexicains, ce n'est pas là le but de notre voyage, nous avons tout autre chose à vous communiquer. Gela ne fait rien , répliquèrent les Xochimilcas, retournez sur vos pas. Les Mexicains voyant qu'il leur était impossible de faire autrement renoncèrent donc à se rendre à Xochimilco et allèrent rendre compte à Itzcoatl des motifs qui les avaient empêchés d accomplir la mission dont ils étaient chargés. Le roi dit alors aux chefs : « Vous voyez que ce sont les Xochimilcas qui viennent nous attaquer , il faut donc les massacrer jusqu'au dernier sans avoir pour eux ni pitié ni miséricorde. Préparez vous donc à combattre si vous ne voulez pas qu'on vous
enlève à la face du monde votre honneur et votre réputation. «
L armée mexicaine se mit donc en marche et arriva à Teyecac, tout près de Tendroit où Ton avait forcé les messagers à retourner sur leurs pas , elle s'y arrêta quelque temps pour y ramasser une grande quantité de pierres, et Tlacatlelzin, qui en était le général, ordonna de se diriger lentement vers Xolco. En approchant de ce lieu ils aperçurent un grand nombre d'ennemis qui leur criaient:
«f Venez , venez , Mexicains.» Et ceux-ci leur répondirent : « Pauvres malheureux Xocbimilcas, le mom.ent de votre destruction est arrivé. Vous allez devenir nos vassaux et nos tributaires. » Ils les chargèrent ensuite avec tantde fureur qu'ils ne tardèrent pas à prendre la fuite en poussant de grands cris et en cherchant un refuge dans leur ville. Tlacatletzin, général des Mexicains , monta alors au sommet de la colline de Xuchitepec et cria à ses soldats : « Tenez-vous sur vos gardes , ne vous laissez pas emporter par votre valeur, et tous les ennemis tomberont aujourd'hui sous nos coups. » Les Mexicains, en effet, les poursuivaient, en tuaient et blessaient un grand nombre et faisaient les principaux chefs prisonniers. Ils arrivèrent «linsi jusqu'à Atotoc où ils placèrent contre les maisons une grosse pierre en signe de sujétion à Mexico. Ils renversèrent ensuite les palissades qui défendaient l'entrée de la ville et ils allaient y pénétrer qulind les chefs xocbimilcas leur
crièrent: «N'allez pas plus loin, mettez un terme
à votre fureur et reposez-vous, car tout ce que vous voyez vous appartient. » Les Mexicains s'étant arrêtés pour voir quelles conditions on leur offrait, les chefs des Xochimilcas continuèrent : • Écoute , TIacatletzin, et prends pour chacun des chefs, tes parents et nos maîtres , quatre cents brasses carrées de terre, et pour toi ce que tu voudras , car cela vous appartient à bon droit. C'est notre faute si nous sommes aujourd'hui forcés de nous soumettre à vous. Voilà ce que je dis au nom du peuple deXochimilco. » Tlacatletzin , prenant avec lui Cuauhnoctii et Tilancalcatl, fit approcher les principaux chefs des Xochimilcas et leur dit : « Écoutez-moi , voici les ordres de notre seigneur et roi Itzcoatl qui réside au milieu des roseaux et qui attend notre retour. Je répartis les terres de la manière suivante : Je prends toutes les terres de Goapan, de Ghilchoc, de Teoztitlan, de Xu.chipas, de Matlaxauhcan, de Xalpan, de Mayatepec, d'Acapulco, de Tlelyahualco et de Tlacatepec. Elles seront partagées entre le roi , moi et les autres chefs mexicains. » Les Xochimilcas y consentirent et ajoutèrent : « Nous vous abandonnons , en outre , notre grande montagne qui vous fournira des pierres et des bois de construction. Mais miantenant, seigneur, reposez-vous, car cette ville vous appartient et nous sommes devenus vos serviteurs , nous serons toujours à vos ordres. »
Les Mexicains retournèrent donc dans leur ville de Tenuchtitlan pour y raconter leur victoire et la
soumission de leurs eunemis. Quand le roi Teul appris, il fit venir les Tecpanèques d'Atzcaputzalco , ceux de Cuyoacan et ceux de Xochimilco , et leur donna Tordre de construire une chaussée de pierres de quinze brasses de large et de deux toises de haut, ce qu'ils exécutèrent. C'est celle qui conduit à rentrée de Mexico, nommée Xoxolco,