CHAPITRE XXVIII
Les Mexicains soumettent les Iziccoacas et les Tecpanecas
qui habitent sur les côtes.
Celte guerre fut également causée par le massacre de quelques marchands de Mexico, de Xochimilco, d'Atzcapulzalco , de Tamba et de Chalco, qui eut lieu soit par haine des Mexicains, soit par avarice et pour les dépouiller. De vingt en vingt jours, il se tenait à Ixiecoac et à Tuzpa, un f^rand tianguiz ou marché. Les chefs de ces deux villes complotèrent ensemble la mort de tous les marchands étrangers , et poussèrent même la cruauté jusqu'à les précipiter du haut des rochers élevés qui se trouvent dans les montagnes ; mais ils ne purent le faire assez secrètement pour que les* marchands de Tulancingo n'en eussent connaissance , et ceux-ci , qui étaient les alliés des Mexicains, vinrent avertir Moctezuma ainsi queTlacaeltzin de ce qui s'était passé. Ils ajoutèrent que les
habitanU de ces deux villes s'a ttendant à être bien* tôt attaqués par les Mexicains , avaient élevé une enceinte de palissades, et avaient construit cinq forteresses redoutables.
Après avoir remercié les messagers qui leur avaient apporté cette nouvelle et laissé écouler quelques jours, . Moctezuma et ses deux chefs Tlacaeltzin etCibuacoatl, se dirent : « Permettronsnous à ces misérables d'insulter impunément Tempire mexicain et de braver nos guerriers ? Déclarons-leur la guerre à feu et sang. Commençons par faire un amas de vivres , et faisons connaître aux habitants des villes alliées , comment leurs fils et leurs frères ont péri.» Ils choisirent pour cette ambassade un capitaine et six autres guerriers de noble race, qui se rendirent d'abord à Tacuba auprès du roi Totoquihuaztli , qui , aussitôt qu'il eut appris ce qui s'était passé , ordonna aux lions, aux tigres et aux aigles, de se préparer à entrer en campagne avec une provision suffisante d'armes et de vivres. Les envoyés se rendirent ensuite à Tochtepec , et ensuite à Ziuhcoacaz, dont les habitants sont connus pour leur perfidie ; puis chez les Guextecas de Tomachpa , qui avaient élçvé cinq forteresses pour leur défense, et enfin dans toutes les villes , et chez tous les chefs voisins de l'empire mexicain ou ses vassaux; tous répondirent qu'ils exécuteraient volontiers les ordres du roi , puisque c'était U9e affaire qui les intéressait personnellement et que comme la distance était longue, ils emporte-
raient double provision de vivres. Nezahuàlcoyotl, roi de Tezcuco , reçut avec joie la nouvelle de cette expédition , et résolut de se mettre à la tête de tous les guerriers Âculhuas. Il fit de magnifiques pr^||ents aux envoyés mexicains , leur promit de les aider de tout son pouvoir , et les chargea de remercier Moctezuma, Cihuacoatl et Tlacaeltzin, delà con-. fiance qu'ils lui témoignaient.
Quand les envoyés furent de retour à Mexico et eurent rendu compte au roi de leur mission , Moctezuma et Cihuacoatl ordonnèrent aux capitaines Tlacatecotl , Tlacocbcalcatl , Guauhuactli et Tilancalqui , de faire préparer de$ armes et des vivres^ et de se mettre en marche au bout de trois jours. Les femmes des guerriers mexicains croyant qu'elles ne les reverraient jamais, commencèrent à jeûoer et à se mettre de la cendre sur la tète , ce qui était un grand signe de deuil. Elles ne se lavaient plus la figure, et ne prenaient part à aucun plaisir. Au milieu de la nuit , elles se relevaient pour brûler des écorces d'arbres , appelées tlacazipehuatli. Elles balayaient ensuite la rue, se baignaient, et se mettaient à préparer des gâteaux , nommés /?a/?a/of/arca//i et xonecuillin. Elles faisnient aussi frire et rôtir des vers de maguey {aloès) , et les portaient aux temples nommés Omacatzin, Yecatzintli et Coatlxoxoxouhqui , ou lé serpent uert est cmel ; de là , elles allaient au ten^ple de Huitzocihuatl , de Milnahuac, d'Atlatona, et aux grands temples de Xochiquetzal et de Quetzalcoatl.
Toules les nuits » elles allaient ainsi à minuit faire des stations d'un temple à l'autre , et ofiraient les vivres qu'elles apportaient , aux prêtres des temples nomméstlapixques. Elles portaient à la main des cordes de la grosseur d'un doigt, signe que leurs maris reviendraient victorieux après avoir fait prisonniers un grandi nombre d'ennemis. Ces femmes portaient à la maiu une tzotzopatli, ou navette à tisser , pour montrer que c'était par leur épée , que leurs maris et leurs fils remporteraient la victoire sur leurs ennemis. Ces femmes faisaient beaucoup d'autres sacrifices delon les règles de leur idolâtrie, et, une nuit sur quatre, elles allaient en procession, jusqu'au lever du soleil , en poussant des gémissements et en pleurant ; ensuite elles baisaient la main du pidlre qui portait un brasier ardent. Les femmes mariées et les vierges allaient balayer le temple qui était le plus près de leur maison. Tout cela pour faire pénitence et pour obtenir des dieux qu'ils accordassent la victoire à leurs maris , à leurs fils et à leurs frères. C'est pourquoi les soldats se disaient : « Nous laissons derrière nous des personnes qui viendront à notre secours et qui obtiendront des dieux de nous accorder la victoire.»
Les femmes disaient dans leur^ prières : « Dieux du jour, ou de la nuit ( comme Test par exemple Tezcatlipoca , dieu de l'enfer), nous sommes vos esclaves , ayez pitié de ceux qui maintenant , en votre nom et pour votre service, traversent les montagnes, les prés et les plaines , pour se rendre sur les bords
de la mer, sans craindre le soleil , la pluie ou le froid , afin d'étendre voire empire et de se procurer des victimes pour vos sacrifices. »
Quand l'armée mexicaine arriva àTulancingo, les habitants s'avancèrent au-devant d'elle pour lui offrir des fleurs et des parfums, ainsi que des vivres de toute espèce. On oiirit à chaque capitaine mexicain un dindon, huexotl-^huatotolin et un tolanquimelli^ espèce de pâté rempli de lapins et de cailles. On leur offrit aussi pour la route beaucoup d'autres vivres, ainsi que du cacao et d autres breuvages , des étoffes fines et brodées. Les Mexicains dirent au roi Netzahualcoyotl d'ordonner à ses soldats de s'armer et de faire rassembler des vivres en abondance. Quand tout fut prêt , l'armée se mit en marche de nouveau pour Guextecas, où elle campa , les guerriers de chaque nation séparément. Le lendemain, les généraux en chef, qui étaient deux Mexicains, appelés Cuauhnoctli et Tilancalqui réunirent tous les guerriers de Mexico , d'Aculhuacan et de Tezcuco, et leur firent un long discours, leur représentant qu'ils s'étaient éloignés à une grande distance de leur patrie , sur les bords de la mer , seulement pour mériter de la gloire ; qu'il fallait maintenant combattre vaillamment pour gagner des esclaves et de grandes richesses, ou du moins pour mourir en braves soldats. Ils leur représentèrent tous les dangers qu'ils avaient déjà surmontés ; disant que leurs ennemis n'étaient ni des lions , ni des tigres , ni des aigles , ni des fantômes dHzltzemetU
coleth ; mais des hommes comme eux , qui tremblaient au seul nom des vaillants Mexicains. Ce discours enflamma tellement Tarmëe qu'elle ne pouvait attendre le moment d'en venir aux mains. Pour se reconnaître , il fut convenu que chaque nation crierait à haute voix le nom de sa ville et porterait un étendard à ses armes , comme » par exemple , Mexico l'aigle et le nopal , et ainsi des autres. Les chefs se faisaient en outre reconnaître par le cordon rouge qui attachait leur cheveux , ainsi que par les pierres qu'ils se mettaient dans les lèvres et dans les oreilles. Au moment d'en venir aux mains, les plus vaillants guerriers se cachèrent dans des trous faits en terre et recouverts de paille , pour surprendre les ennemis et les attaquer par derrière au moment où ils s'y attendraient le moins. Ou eut soin de placer parmi les jeunes gens inexpérimentés des guerriers consommés, nommés Guauchimec et Otomis, pour les encourager à bien faire. Et , quand les généraux eurent pris toutes ces mesures ^ ils rangèrent l'armée en bataille.