CHAPITRE XXIl
Bataille entre les Mexicains et les habitants de la Huasteca» province située stfr les côtes de la mer du- Sud.
Les ennemis , voyant c[ue les Mexicains se dispa^ saient aies attaquer, se mirent à crier ; « En avant, en avant centre ces Mexicains c^ui ne valentrien. » Ceux-ci leuF répondaient : « Attendez un peu , Huastecas, dans peu d'heures vous* serez nos su^ jets. » Les Buastecas répliquaient : « Misérables Mexicains ,. vou» allez tous tomber sous nos coups , et pas un de vous ne reverra sa patrie.»
Toiis les Huastecas avaient aux oreilleBi et aux lèvres des bijdux dor , et sur la tête des^ plumes^de perroquet jaunes ; ils attachaient, par derrière, à leur ceinture , des miroirs circulaires, et s'étaient passé dans le nez des morceauT^ pointus de cailloux blancs ; ils avaient encore beaucoup d'ornements , comme s'ils allaient exécuter un mitote, ou danse solennelle. Pour effrayer leurs ennemis ils avaient
suspendu à leur ceinture des ({relots nommés cuchtli, et faisaient un bruit épouvantable. Quand ils furent arrivés à l'endroit où les guerriers nGiezicains sëtaient cachés, ceux-ci les chargèrent Tépée à la main, et saisirent les plus vaillants capitaines , qu'ils reconnurent aux ornements d'or et de plumes dont ils étaient couverts et en attachèrent un grand nombre , tandis que les jeunes nobles mexicains poussaient en avant, tuant et renversant tout ce qui se trouvait devant eux; les guerriers huastecas, qui marchaient derrière leurs chefs» s'arrêtèrent en les voyant tomber , et les nations alliées les chargèrent de tous côtés , et en prirent un grand nombre. Celles qui se signalèrent le plus furent les Chalcas, les Acuihuas; puis ceux de Xochimilco , * de Mizquie , de Guitlahuac, de Cuyoacan , de Tacuba, d'Âtzcaputzalco, deToluca, de Xocotitlan, de Xiquilpan, de Mazahuacan et de Tulatepec. Ils poursuivirent Tennemi , en faisant un grand nombre d'esclaves, jusqu'à la cinquième forteresse, et s'emparèrent du grand temple auquel ils mirent le feu, et qui fut consumé en peu de temps.
Les Huastecas, voyant que tout était perdu et que leurs femmes et leurs enfants étaient tombés au pouvoir de l'ennemi, envoyèrent leurs interprètes implorer le pardon des Mexicains, en offrant de se soumettre et dé payer en tribut des étoiles appelées tuchpanecajotl , des tlalapalcuachtli , espèce de chemises brodées , semblables à celles que portent les enfants, des perroquets apprivoisés,
rouges et jaunes, nommés toznenex et huacuiM^as^ des xochitenacatltoiotl et des tlalancuezalintotùl ^ -autres oiseaux dont les plumes sont très-riches, ainsi que du tecuezalin et du tecocahuitlj espèce de belun jaune qui sert à teindre les vases et à adoucir la peau des maiiis et des pieds, de VApeostle^ espèce de marcassite noire et dorée très^fine, du chiltepinp du tocuitlatl et du cuatehajchuatli, « Voilà, dirent les Huastecas, ce que nous offrons de payer chaque année.» — « A la bonne heure, dirent les Mexicains, nous acceptons ce tribut, mais ne vous avisez pas de vouloir un jour le refuser; ayez soin d'accomplir promptement et avec humilité tout ce qui vous sera commandé , puisque vous vous y soumettez. »
Les Huastecas descendirent donc de leurs montagnes et conduisirent les Mexicains à leurs palais, où ils leur servirent un festin composé de toute espèce d'oiseaux , de poissons et de fruits, car c'est encore le pays de la Nouvelle-Ejspagne où ils sont le pins abondants. Avant qu'il se remissent en marche, ils leur offrirent en présent quelques étoffes, du papier Mexicain et des plumes blanches pour garnir des coussins. Les Mexicains emmenèrent avec eux leurs prisonniers enchaînés , qui versaient des larmes et répétaient des chants si tristes qu'ils ezei^ taient la compassion de tous ceux qui les entendaient. L'armée, en y comprenant les alliés, couvrait dans sa marche un espace de plus de deux lieues de long, et toutes les villes qu'elle traversait s'empressaient de lui apporter des vivres. Celles qui voulurent s'y
rAfu9^ iUr^at ^^uftsilôt pillée^ et détruites, et les habilai^U entièrement dépouillés, de sorte que le» MewGains înapûraient une si grande terreur que personM n'osait leur dire un mpl.
Quand larmée mexicaine fut arrivée à Goatitlan, Moctesuma apprit qu'elle revenait victorieuse; il dit à, Al^uacoatl : « Il faut envoyer au-devant de Tlacatecatl , Tlacochcaicatl , Ticoyabuacatl, Ciauhnoctli et Tilancalqui. Chargeons de cette mission Quaquacuiltzin, Tilancalqui et d'autres vieillards honorables. » On leur remit donc des fleurs et des parfums, ainsi que de riches étoffes qu'ils devaient o0rir, au nom de Moctezuma , aux généraux vainqueurs, ainsi que des I^oi^cli^rs; des dards, des javelines dont la- pointe était durcie au feu, et des hérons vivants. Quand ils furent arrivés à la montagne de Tupejraca , qui porte aujourd'hui le nom de Notre-Dame de Guâ^aUipa , les vieillards cornmenoèrenl à se teindre le corps e^ noir et à remplir les ya$e9 de pipietl ea> poudre , et de braise Iqs. brasiers cyu'ils portaient à la main. Quand ils ren.ç<mtF^rent le^. guerriers Mexicains» ils lesparfi^wèreii^Vayec à^ lamyrrl^iç et du copal , partiiQuJiè-. meip^t liçi^ çbçfs» Aussitôt qMt'ils furent arrivés à TenuqbjUtlaA» 1^ gv^ri^er^9,iYM:|icaiins allèrent d'abord vi^itep; le grand; liemple Qu, çqu de Huitzilipochtli. Apfiès s'être* tiré, du s^ng devant l'idole , en signe d'aiJ(PiîalioA r ils s^ dirigèrent vers le palais de AIocteaiMna à, qui les généraux firent un long discours en lui présentant les prisonniers huàslecas , qui se
soumirent à lui au nom de la nalioD , et lui décida rèrent qu'ils voulaient mourir ses esclaves; Moctêsunka , après les avoir consoliés et leur airoit* f>¥t)mis qu'il traiterait les Huastecas comme sieè sujets , letlt fit Servir à boire et à itiaDg«r , ensuite on les fit cban- ,1er et danser au son du t^pônbtsli ; m. dan^ttt ife &isaient un sifflem^t sisniblablë à ëelul dû nttéxà*loti ou dindoti saura^.
Tlacaeltzin fit ensuite appeler les calpixques de outes les nations soumises à la couronne mexicaine et les chargea de la garde des prisonniers , fils du Soleil et habitants des bords delà mer , leur recommandant de les surveiller , mais de les bien nourrir afin qu'ils pussent servir a la célébration de la fête de Huitzilopochtli , où Ton devait les faire danser devant le temple , après quoi on leur fendrait la poitrine et on jetterait leurs corps dans les flammes; tous les quatre jours on devait les présenter au palais de Moctezuma afin qu'ils ne fussent pas oubliés.
Le lendemain, Moctezuma fit appeler tous les chefs cuauhchimeques et otomin et leur distribua à chacun , selon son rang , une portion des étoiles qui avaient été conquises dans la Huasteca ; quant à ceux qui, sans avoir remporté la victoire , avaient rependant pris part à cette guerre , on leur distril^ua de fines étoffes de nequen , blanches , peintes et brodées. Les deux généraux Tlacatecatl et Otomitl dirent ensuite aux jeunes soldats : « Vous avez vu , mfs enfants, la valeur de nos soldats, mais sachez que
les occasions d-^en montrer ne cesseront jamais; Soyez prêts chaque jour à aller gagner une nouvelle gloire et soumettre de nouvelles provinces, en Thonneur de notre Dieu Tetzahuitl Huitzilopochtli et pour augmenter la puissance de Tempire mexicain.» Quand ils rentrèrent dans leurs quartiers de Jaxoch et de Tlaxilacatl y les habitants vinrent les féliciter et leur offrirent un banquet en signe d'amitié.