‹ Histoire du Mexique (volume 3)Chapitre 30 sur 39 · CHAPITRE G · texte numérisé non relu

CHAPITRE G

Réception de rarmée mexicaine qoi revient Tictorieose dei Tl^xcàltèqoes. Cérémonies funèbres célébrées en l*bonneiir des morts.

Gihuâcoatl ordonna auic habitants de Mexico d^al-' 4er jusqu'à une demi -lieue de la ville , précédés des cuauhuehuèques et des prêtres qui brûlaient des parfums. Les vieux prêtres étaient réunis au sommet des temples , attendant que larmée entrât dand la ville pour faire retentir Tair du bruit de leurs instruments. Ceux qui avaient étéau*devant d^elle, la rencontrèrent dans un endroit nommé Macuiltlapic6. Les prisonniers s'avançaient en dansant , en chantant et en poussant des cris; et les soldats étaient tous tristes et pleuraient lamortdeleurstsom^ pagnona. Les capitaines, en voyant les vieillards, .commençaient à pleurer , quand ils entendirent du sommet des temples le bruit des instruments des prêtres. Moctezuma s'était placé , pour voir défiler 1 armée, dans unendroit nommé Texacualco. Voyant

que si la moitié de ses guerriers avait péri , Taulre avait fait des prisonniers, il se montra fort sattsfait et fit distribuer ries vivres aux vainqueurs par les Galpizques. Il confia les captifs à ceux même qui les avaient pris et leur ordonna de faire bonne garde. Pendant qu'on les emmenait, un Tiazcaltèque prit la parole etdit : « Vous savez que ce sont les Huexotzincas qui sont venus brûler le tozicuahuitl qui éclairait la ville. Moctezuma ordonna donc que l'on en construisit un autre , et qu'on y rallumât le feu. Quant aux prisonniers tlaxcaltèques^ les uns furent sacrifiés de la manière ordinaire , les autres furent pré* cipités du haut des temples , de manière qu'ils eurent le corps tout brisé. C'est ainsi qu'on en usait autrefois en Espagne : quand on voulait exécuter à mort quelque grand seigneur, on le précipitait dans la caverne de Martos. Les autres furent renfermés dans une grande maison que Ton fît écrouler sur eux.

Quand on eut terminé ce massacre inventé par le démon Huitzilopochtli pour la destruction des Ames » Moctezuma fit appeler Gihuacoatl et lui dit ^ « J'ai pitié des pauvres Tlatilolcas; pour les dédom»mager de l'affront que je leur ai fait et les récompenser de leurs exploits contre les Tlaxcallèques, je veux leur distribuer des armes précieuses. » Il fit donc appeler au tecpan, ou palais, les principaux chefs de Tlatilolco, et quand ils furent réunis il leur ordonna de lui présenter tous ceux de leurs compatriotes qui avaient fait des prisonniers. Quand ils

Furent en sa présence, il leur présenta les armes qu'il avait destinées , en leur disant : « Prenez. Voicicomment je sais récompenser ceux qui savent mépriser la vie quand il s'agit d'acquérir de la gloire. La mort ne nous atteint-elle pas un peu plus tôt , un peu plus tard ? C'est pourquoi soyez vaillants et allez en avant. • Les Tlatilolcas se réjouirent beaucoup de la faveur que leur faisait Tlacatecatl Moctezuma, et retournèrent très- satisfaits chez eux. Une nuit , une demi-heure environ après minuit, un des gardes qui veillaient au sommet du temple de Huitzilopochtli aperçut du côté de l'orient une vapeur blanche et brillante qui jetait un éclat égal à celui du jour et qui montait jusqu'au ciel. On eût dit un grand géant blanc qui s'avançait. Il appela aussitôt les Achcauhtzins ses compagnons, en leur disant : « Vous n'êtes pas ici pour dormir mais pour veiller. Levez -vous et examinez cette vapeur épaisse qui s'avance comme un énorme navire. » Les Ach-cautzins se levèrent en effet, l'aperçurent comme lui et la regardèrent attentivement jusqu'au lever du soleil. Alors elle alla toujours en diminuant et finit par disparaître entièrement. Quand ils eurent annoncé cette nouvelle à Moctezuma , il leur dit : « Étiez-vous bien éveillés, ou avez-vous rêvé? » Ils lui répondirent : a Seigneur, comment oserions-nous dire en votre royale présence une chose contraire à la vérité ; venez vous-même au sommet du temple et vous le verrez. » Moctezuma prit tellement cette affaire à cœur qu'il veilla toute la nuit jusqu'à ce

qu'il aperçut cette vapeur qui était blanche comme la neige, et qui allait toujours en s*élevant de aorte que sa léte touchait le ciel. Moctezuma fit appeler le lendemain les Achcauhtzins et leur dit : ce Tout c». que vous m avez dit est vrai, car j'ai vu par moi** même. Qui pourrait me donner l'explicSation de ce phénohiène?» U Âchcauhtzin lui répondit : « Seigneor ,. je ne sais à qui vous pourriez vous adresser,car vous êtes dans la capitale du monde, et aucun roi ne vous égaie» Faites donc chercher partout un devin qui puisse vous doimer cette explication. » Moctezuma se décida à suivre ce conseil , et fit ap-* peler plusieurs devins et sorciers, et leur dit : « Voua qui devez veiller pour le peuple, qu'avez- vous vu cette nuit?» Ils lui répondirent : « Seigneur ,* nous n'avons rien vu. « Moctezuma s^'élant irrité de cette réponse , ils ajoutèrent : « Seigneur, que pouvons* nous te dire sur une chose que nous ignorons* complètement ? Nous n'avons rien vu ni rien entendu dire.- » Moctezuma, de plus en plus irrité , fit appe^ 1er Petlacoll et lui dit: « Vois, ices coquins qui ne savent rien m'expliquer ,. conduis^es en prison et fais-«les murer dans le ouauhcalec pour y mourir de faim. Si-j apprend sque tu leur aies fourni des vivres,» jeté ferai subir le même sar4 ; car jeaiiië roi etniattre absolu-.; » Petlacatl conduisit doàc ces maUbeiùreuz dansjes prisons souterraines. Ils veraaient des lar-» mes em disant <s « Pourquoi noua faire périr dans un aussi cruel supplice! Ne vaudrait-il pas mietiis noua tuer tout de: ami te ? Nous t'en supplions , Petlacatl,

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dia cela à MocUssuma^ » Le lendemain celui-ci fit appeler quatre de ses principaux chefs et leur dit : « Ailes dire au roi Nezahualpilli que je le prie instamment de se rendre à Mexico.» Celui-ci s'emn pressa de se rendre à cette invita^Qn avqc les égaras qu'il devait à Moctezuma ; et quand il fut arrivé, celui-ci lui dit : « Vous » mon père , qui êtes vieuiç, rempli.d'expérience, qui connaissez l'univers et qui', lisez dans les étoiles, connaissez- vous une chose;. semblaUeà celle que j'ai vue?» INezahualpilU lui. répondit: «Gomment, Seigneur, ignorez- vous le phénomène que nous avons vu ? Les gardiens dq votre ville ne vous en ont«-iIs point averti depuiS; longtemps? Je vous en croyais instruit, c'est pour cela que je ne vous ai fait aucune communication h cet égard ; c'est par la même raison que je ne vous ai pas parlé de l'embrasement du tozicuahuitl. Si c'est la volonté de nos dieux que cet empire pérjsse , que pourrais-je faire pour l'iem pécher? Montrez votre grand cœur en supportant coi;(rageusement les co^ps de la fortune. Quanta ce qui me concerne persoQ» nellement, le moment du repos sera bientôt arrivé pour moi. Je ne reverrai plus mes enfants » car je vais me coucher dans, la t^mbe« Voici ma dernière prière. Protégez ma tpaison et vos sujets. d'ÂcuU buacan^A Mocfeauma^lui répondit en pleuri^nt amèrement : «Seigneur, je vous remercie de votre bonne volonté ; mais que ferai-je pour échapper à tous ces maux ? Je ne puis me changer en oiseau et m'envoler ; il faut donc que j aUende de pied

ferme les infortunes qu'il plaira au ciel de m'envoyer. »

Nezahualpilli prit alors congé de lui et retourna à Acuihuacan. Moctezuma fit appeler Cuauhnoclliet Tilianca]qui,etleurdit: «Allez aux prisons du majordome Petlacatl et mettez sur-le-champ h mort ces scélérats qui se sont moqués de nous , et qui ont trompé toute la ville par leurs impostures, u Les deux chefs se rendirent aussitôt à la prison , et ayant passé une grosse corde au cou des devins, ils les étranglèrent et leur brisèrent la tête, et quand la nuit fut venue ils jetèrent leurs cadavres dans le lac. Moctezuma ordonna ensuite à d'autres chefs d'aller piller leurs maisons , d'en chasser leurs femmes et de se partager leurs enfants comme esclaves. Cela fut exécuté , et les maisons furent ensuite rasées. Cruauté farouche de ce prince envers des malheureux qui n'avaient commis qu'une légère faute. Le lendemain matin , il arriva d'Aculhuacan un messager avec la nouvelle que le roi Nezahualpilli était mort. Moctezuma en versa des larmes de douleur et renvoya les messagers à Tezcuco en leur disant qu'il irait luimême à Tezcuco pour présider aux funérailles. Il partit en effet le lendemain matin en emportant avec lui une grande quantité d'étoffes précieuses pour envelopper le simulacre du roi défunt. Il fut reçu à la descente de son canot par tout le sénat d'Aculhuacan , et s'avança précédé par une foule de seigneurs mexicains qui portaient les étoffes et les objets précieux de toutes espèces qu'il destinait à être brûlés

avec le feu roi, et par les esclaves qui devaient être sacrifiés à cette occasion. Moctezuma offrit tous ces présents aux Acuihuas , après avoir prononcé un long discours en Thonneur de Nezahualpilli et recommandé aux chefs la femme et les enfants de ce prince. Il retourna ensuite à Mexico, et quatre jours après il y convoqua les chefs d'Aculhuacan pour élire un nouveau roi.

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