CHAPITRE Gif
liocteiQiiia fait tcolpter une énorme pierre poor la placer an sommet dà temple de Mocteioma. Ce qae dit cette pierre pendant qa'on la transportait.
Moctezuma ae rappelant qu'on n'avait encore fait aous son règne aucun ouvrage qui pût consacrer aa mémoire , fit appeler CihuacoatI et lui ordonna de faire sculpter , pour la placer au sommet du temple de Huitzilopochtii , une pierre qui fût de deux coudées plus élevée que celle qui s'y trouvait. Il chargea donc CihuacoatI de réunir tous les ouvriers habiles dans l'art de travailler la pierre qui se trouvaient il Mexico. Il leur ordonna de sculpter une pierre absolument semblable à celle qui se trouvait au sommet du temple de Huitzilopochtli, en lui donnant deux coudées de plus en hauteur et une braase de plus en largeur. Ils en trouvèrent uue dans les dimensions voulues à Acolco , et , pour qu*îls pussent la travailler plua commodément, on envoya dix à douze mille Indiens pour la transpor-
ter danA un endroit convenable. On travailla ensuite à l'orner de sculptures absolument semblables k celles de l'ancienne. C'étaient les habitants deQialoo qui étaient chargés de fournir des vivres aux ouvriers. Elle fut bientôt terminée , car plus de trente sculpteurs y travaillaient avec des ciseaux de caillou. Aussitôt qu'elle fut prête , on en avertit le roi Moctezuma , qui y fit attacher de grosses cordes et la fit traîner par les Chalcas, les Cbinampanecas et les habitants de Nauhteuctli. Ils la traînèrent ainsi jusqu'à Iztacpalapan où ils reposèrent deux ou trois jours ; ils se remirent ensuite en route.
Le jour où elle devait entrer dans Mexico, Cihuacoatl fit appeler les danseurs qui exécutaient la danse appelée Cuatlatlazque ou CuahuilauUzoqui^ ainsi que les vieillards qui chantaient en s'accompagnant du teponaztle ^ ï\ ordonna aux prêtres de prendre leurs tambours et leurs trompettes , et fit préparer une grande quantité de vivres pour ceux qui traînaient la pierre et pour les chefs qui les dirigeaient. Us devaient faire trois repas, l'un au lever de l'aurore, le second à neuf heures, et ledernier à trois heures de l'après-midi. On envoya aussi pour accompagner la pierre quantité de tlamacaz^ ^ua^ portant des réchauds sur lesquels brûlait du copal blanc. Oo coupa la tète à quantité de cailles , et on laissa couler le sang sur la pierre. Les danseurs se mirent à sauter autour d'elle en chantant ; mais quand on voulut la remettre en mouvement cela fut impossible et Ton cassa successivement jusqu'à dix
groMes oordet. Les oinrriers en firent prévenir Moo* tesima. Un nourel effort ne fut pas plus heureux , quoiqu'il fût secondé par tous les Teepanèques des montagnes , et par les habitants de Chiapan , de Xilitepec, de Xiquipiloo , de Huatillan et de Maaahnacan. Les Otomies arrivirent encore à leur secours; mais au moqaent où ils rentouraient il en sortit une voix qui dit ; « Quelques efforts que vouf fassiez. ... • La Toix s'arrêta et les ouvriers ayant renouvelé leurs efforts , elle reprit : « Quelques efforts que vous fassiez , vous ne me conduirez jamais à Tendroit où vous voules me placer. » Les ouvriers ne s*arrétant pas , la pierre reprit : « Eh bien ! continuez , je vous parlerai plus loin. •
Quand on fut arrivé à Tlapitzahuayan , les ouvriers dirent : « Allons avertir le roi de ce qui s'est passé. • Un chef et un ouvrier s'étant rendus auprès deMoctezuma, celui *ci leur répondit après avoir entendu leur récit : « Ivrognes que vous êtes , comment osez -vous venir me faire de pareils men« songes ? ■ et appelant son majordome Pellacatl , il lui ordonna de les conduire en prison. Moctezuma envoya alors quelques chefs s'assurer de la vérité , et tous ceux qui travaillaient à tirer la pierre lui assurèrent qu'ils l'avaient entendu. Il fit alors remettre les prisonniers en liberté et leur ordonna d'aller chercher tous les ouvriers. Ceux-ci étaient enfin parvenus à amener la pierre jusqu'à Tecfaichco. Mais quand ils voulurent reprendre leur ouvrage le lendemain malin » autant aurait valu essayer de
remuer une montagne. Toutes let» eordes se rompaient. La voix qui sortait de la pierre reprit alors: « Ne cesserez-vous pas bientôt vos efiorts inutiles ? Je n entrerai pas à Mexico. Que veut faire de moi Moctezuma ? II aurait dû penser plutôt à aérer de nouveaux monuments; car son temps est bientôt fini. II le verra bientôt de ses propres yeux. On di» rait à son orgueil qu'il veut surpasser le Seigneur qui a créé le ciel et la terre. Continuez à me traîner , puisque vous le voulez , pauvres malheureux que vous êtes ! » La pierre s'ébranla en effet , et les ouvriers la traînèrent au son des instruments des prêtres jusqu'il Tizitlan , où commence aujourd'hoi le faubourg de Saiot-Étienne.
Moctezuma apprenant ce que la pierre avait dit, répliqua : « Qui peut prévoir Tavenir ? Attendoios que les temps s'accomplissent. Que les prêtres ailleot demain encenser cette pierre et lui sacrifier des cailles ; que les vieillards aillent danser et chanter antour d'elle au sou du teponazile afin qu'elle consente à venir. » Au moment où elle passait sur le pont de Xoloco , la pierre dit de nouveau : « Jusqu'ici , et pas plus loin. » Au même moment le pont s'effondra, quoiqu'il fut fait de gros madriers de cèdre qui avaient sept pouces de large sur neuf de haut. La pierre fut engloutie dans le lac» entraînant avec elle tous ceux qui la traînaient. Beaucoup furent écrasés ou noyés dans le lac , les autres s'échappèrent à la nage. Aussitôt que Moctezuma eut appris cela , il se rendit lui-même sur le lien du
désastre ; et quand' il fut rentré dans son palais . il convoqua les principaux chefs et leur dit : « Il faut convoquer tous les Mexicains qui ont le pouvoir de pénétrer dans les profondeurs de la terre et sous la surface des eaux , afin qu^ils nous disent ce que cette pierre est devenue ainsi que ceux qui la traînaient. » On envoya donc è Xoohimalco , à Cuitia* hnac , à Mizquic et à Tlacochcalco pour convoquer tous les magiciens. Quand ils furent arrivés , Moctezuma leur dit : « Mes frères , allez à Xoloco et ticbez de découvrir ce que sont devenus la grande pierre et les gens qui la traînaient. » Moctezuma y alla lui-mérae ombragé par un grand parasol , quoi^ que ce fût au milieu du jour , suivi de tous les prêtres et des principaux Mexicains. Huit des magiciens plongèrent dansjle lac. En en sortant ils lui dirent : « Seigneur, nous avons cherché de tous les côtés et nous n'avons pu découvrir ni la grande pierre ni les cadavres de ceux qui se sont noyés ; mais nous avons découvert un passage souterrain qui va toujours en s approfondissant et se dirige vers Chalco.» Moctezuma ordonna à quelques chefs et aux rezozonques qui avaient sculpté la pierre, de se rendre à Chalco pour voir si la pierre s'y trouvait ; mais en passant à Chalco , ils furent tout étonnés de la retrouver à sa place primitive. Elle était encore couverte des restes du papier et du copal qu'on y avait brûlé. Les Mexicains les raclèrent et les portèrent au roi en lui disant qu'ils avaienf retrouvé la pierre dans le même endroit d'où elle avait été tirée.
Moctesuina dit alors : « Il ne nous reste plus qu'à attendre que les dîeui nous ftissént ooimattre leur volonté. Mais ceux qui ont travaillé à cette pierre ne perdront pas pour cela le fruit de leur labeur. Maintenant ailes aux montagnes de Chapultepec« cfacr« diex une pierre qui vous paraisse convenable; et quand vous Tauret trouvée » vous viendrea& me pré* venir pour que j'aille Texaiitiner* » Les ouvriers s j rendirent en effet et vinrent bientôt annoncer à Mpctezuma qu'ils avaient trouvé ce qu'ila dier** cbaient. Moctezuma leur dit :. « Voici comment il faut la sculpter. Il favt qu'elle représente oia propre personne ^ vêtue comme je le suis actneUe* ment y et que ce soit un ouvrage Csiit avec tout Tart dont vous êtes capable. • Les ouvriers lui promireot d'exécuter fidèlement ses ordres; et il ordonna ï Pedacatl de leur dislributr des vêtements et de leur faire servir un repas. Le majordome leur distribua donc des manteaux qui avaient quatre brasses de long , des naguas > des huepUes et des corbeilles de sel blane. Il donna à chacun dix charges de concombres y autant de fèves, deux de chile, un canot rem* pli de maïs et deux diarges de cacao et de colon. Les ouvriers firent la statue du roi absolument semblable à leur modèle, d'une taille petite, mais bien prise ; ses cheveux étaient tressés et sa tête ornée de plumes de Tlauhquechol. Un tuyau d'or était passé dans le nez de la statue. Des xiuhiechoeh nacochtU ou pendants d'émeraude ornaient ses oreilles. Elle avait au pied et au bras droits des hra-
t:e1el8 d'or. Son bouclier était de penu de tigre , orné d'une sonnette nommée omioAicaAiiaz. Le siège sur lequel elle pétait assise ainsi que son dossier étaient recouverts de peaux de tigre. Quand cette^ statue fut terminée , les ouvriers allèrent inviter Moctezuma avenir la voir , l'assurant qu'ils avaient fait tous leurs efforts pour le contenter; mais que cependant ils étaient tout prêts à la recommencer s*il n'en était pas satisfait. Mais quand il fut arrivé à Cbapultepec, il dit en pleurant de joie ; « Cette statue ne sera jamais détruite , car elle est taillée dans le roc solide et elle fera passer ma mémoire à la postérité. Ma gloire et mon nom ne seront jamais oubliés. Un jour on ne se souviendra plus du bon roi Nezabualpilli» quoiqu'il fût si savant dans la science des enchantements. Il en sera de même de Tzompanteuctli , seigneur de Cuitlahuac , quoiqu'il fût aussi habile que lui.» Aussi quand Moctezuma fut arrivé à Mexico, il dit au majordome Petlacatl : • Donne aux ouvriers qui ont fait ma statue tout le tribut qui a été pajé par la province de Cuetlaxtlan , et qu'ils se le partagent entre eux comme ils l'entendront. » Dès le lendemain, il convoqua tous les ouvriers et tous les majordomes, et leur dit ce que l'on verra dans le chapitre suivant.