CHAPITRE XLVI
Fin de la guerre entre les habitants de Mexico et ceux
de Tlatiloko.
Quand la fureur des Mexicains fut un peu cal* mée, Axayacatl prêta Toreitleau discours du vieux prince de Tlalilolco» qui lui cb|: «Nous promettons de TOUS lenrir dans vos guerres, nous fabriquerons pour vos soldats des boucliers, des dards et d'autres armes. — Non, répondit Axayacall, cela ne suffit pas pour expier la mort de Gucalzin que vous avez si lAchement massacré devant nos yeux.-^Laissez*moi aller trouver Gihuatecpanecatl, reprit le vieillard.- » Axayacatl, touché des larmes du vieux Cuauhcaatthtzin , s'écria : « Eh bien , je consens à arrêter le massacre des habitants de Tlatilolco , mais qu'ils se rappellent les promesses que vous faites en leur nom. » Guauhcuauhtxin se tourna alors vers les Tlatilolcas en disant : • Gonfirmez«vous ma promesse? Quel est le tribut que vous consentez à payer?»
Les TIatilolcas répliquèrent : a Comme nous sommes des marchands , nous donnerons en tribut des plu mes précieuses nommées Cuauhquecbol , Xiubto* toll, Tzinitzcan et Zacuan, des cuirs tannés de grands animaux tels que des lions, des tigres, des onces et des léopards , de Tarobre écrasé , de riches teconuUes pour boire le cricao , de grandes écailles de tortues incrustées d'or pour le mesurer^ des pelotes peintes nommées tlucapetlatl et du cacao. II est juste que nous donnions tout cela aux Mexicaias puisqu'ils ont conquis notre Tianguez par la force des armes. S'il y a quelque chose quileurconvienne mieux , nous le leur donnerons également. » Axayacati leur dit : « Il faut encore que vous vous engagiez à fournir, pour les gens de guerre, du biscuit, dn pifiole et des fève» broyées; il faut , quand nous irons à la guerre , que vous transportiez ces provisions sur voire dos. Tous les quatre-vingts jours vous apporterez du cacao et du pifiole p06r les étrangers de distinction qui viennent à notre cour. Vous apporterez aussi des corbeilles de grands roseaux , et chaque jour quelques-uns des vôtres viendront balayer le palais de Mexico. Puisque vous avez été vaincus dans une juste guerre , vous n'aurez plus à TIatilolco, ni palais , ni temple de Huitzilopocbtli, et celui qui existe actuellement servira, à l'avenir, de basse cour. Je vous préviens aussi que chaque jour je donne à manger dans mon palais aux principaux chefs mexicains : il faut que vous vous y trouviez pour servir de messagers; il faut aussi que
vous fassiez votre commerce sur les marcbés de HuexoUingo, de Tlaxcallan , de Tliliuhquitepec, de Zacatlan et de Ghoiula, car le seul commerce que aous connaissionsest d^ porter au combat notre tête, notre corpsetnosmerabres pour gagner desrichesses, des plumes précieuses , de l'or et des pierreries* » Les Tlatilolcas répondirent d'une commune voix qu'ils acceptaient les propositions du roi , et qu'ils obéiraient à tous ses ordres.
Azayacatl et les principaux cbefs mexicains allèrent alors cbercber les vieillards , les femmes et les enfants qui s'étaient cachés au milieu des roseaux , et dont une partie s'était enfoncée dans les marécages jusqu'à la ceinture, quelques-uns même jus- A|u'au menton, et leur dirent : « Femmes, avant de sortir de Teau il faut, pour nous montrer votre respect, que vous imitiez le cri des dindons et des autres oiseaux du lac. Les vieilles femmes se mirent alors à crier comme des dindons et les jeunes comme les oiseaux que Ton appelle cuacbil ou yacatzintli, de Aorte qu'elles firent un tel bruit que l'on eût dit que le marais était réellement rempli d'oiseaux. Âxayacatl leur permit ensuite de sortir du lac et les remit en liberté.
Pendant- ce temps , les femmes mexicaines piU laientles maisons de TIatilolco, et emporlaientle cacsko 9 les étoSes . le cbile , le maïs et toute espèce de vivres. Elles emportèrent même les pots et les calebasses. Les hommes qui ne voulaient pas se salir en louchant à des usten5iles de ménage , emportèreiU
les instruments de musique tels que les teponaztUs et les tlapanhuehuetL Ce ne fut que quand le pillage fut terminé que les femmes et les vieillards, après avoir, comme nous Tnvons vu, imité le chant des oiseaux , obtinrent la permission de sortir dn marais où ils s'étaient réfutés. On fit ensuite aux vainqueurs la répartition des terres qni se trouvaient à Chiquiuhtepecetà Guatchtepec ainsi que sur le territoire d'Atzcnputzalco, de Ghilocan et de plusieors autres villes. Les TIatilolcas payèrent de suite le tribut de la première année, sans qu'il y manquât rien. Axayacatl ordonna queles places duTianguczdeTlatilolco fussent distribuées aux Mexicains, ce quieat lieu; les premiers lots furent assignés au roi , à Cihaacoatl, à Tlacochcalcatl et ensuite aux autres chefs mexicains selon leur rang. Ce marché valait mieux que cent villages , car il fournissaitchaque jour à ses propriétaires toutes espèces de vivres et de marchandises. Les TIatilolcas furent obligés de s y soumettre. A son retour à Tenuchtitlan , Axayacatl raconta à Cihuacoatlla manière dont il avait réparti les terres des habitants de Tla tilolco ainsi que les places du grand fiangiœz de leur ville. Quatre-vingts jours après, ceux-ci apportèrent attvj^ropriétaires des places du marché une partie de tout ce qui s'y vendait, sans même excepter les lierbes de la plus faible valeur. Le roi, satisfait de leur con^luite , les engagea à se reposer; les vieillards de Tlatilolco se mirent alors à verser des larmes en le remerciant, et celui-ci touché de leur douleur leur fit distribuer
en les congédiant , des manteaux et de riches Têtements.
Quelques jours après, Âxayacatl convoqua les Tlatilolcas et leur dit : « Mes pères et mes frères; je médite une expédition militaire; faites donc préparer àvLpMole , du chian et du cacao. » L'ordre fut en conséquence donné dans tous les quartiers de Tlutilolco d'en préparer une grande quantité, ainsi que de biscuit nommé tlaxcaltotopochtli. Quand tout fut prêt , Petlalcoatl vint en prévenir le roi qui lui ordonna alors de réunir le nombre de porteurs nécessaire. Il donna ensuite à entendre aux jeunes guerriers de TIatilolco que le but de cette expédition était de se procurer des esclaves, etquen revenant à Tenuchtitlan chacun devait lui présenter les prisonniers qu'il aurait faits pour être sacrifiés dans le temple de Huitzilopochtii , leur annonçant en même temps que tous ceux qui n'auraient pas fait de prisonniers seraient mis en prison pendant soixante jours, durant lesquels il ne leur serait pas même permis de prendre Tair àla porte; il ne leur serait plus permisde porter ni pendants d'oreilles, ni autres ornements en or^ et qu'enfin on les renfermerait dans le palais de leur ville, qui n'était plus qu'une ruine remplie d'immondices, et qui resta dans cet état jusqu'à l'arrivée de Don Ferdinand Cortez à la nouvelle Espagne.