‹ Histoire du MexiqueChapitre 53 sur 115 · CHAPITRE XLVIÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIÏI

Les MexkaiDS attaiiaent et prennent la Tille de

Matlaltrinco.

AxayacatI recommanda à ses guerriers de ne pas tuer les ennemis, mais de leur faire le plus grand nombre de prisonniers possible. Il donna le même ordre à ceux de TenanUinco et déclara que s*ils ne s j soumettaient pas ils seraient mis en prison pendant quatre-vingts jours et perdraient leur indépendance, ainsi que le droit d'avoir un temple et un palais dans leur ville. II ordonna ensuite aux guerriers d'Aculbuacan, de Xochimilco , de Chalco , de Culbuacan, de Cuitlabuac, de Mizquic, d'Iztacpalapan, de Mexicatzinco , de Huizolopocbco, de Cuyoacan , de Tacuba, d'Atzcaputzalco et de Ruatitlan de se ranger par nation sous les ordres de leurs cbefs , et de se tenir prêts le lendemain matin. Au point du jour les trompettes des Mexicains donnèrent le sidu combat, et les guerriers de Toluca qui dé-

fendaient le ponl de Ciiapanoayan , en criant : m Mexicains, vous tomberez toussons nos coups*, furent assaillis de tous les cdtés. Cuaubnanctii, qui commandait en chef rarméed'Axayacatl, avait excite Tardeur des chefs et des guerriers de toutes les nations qui la composaient, en leur rappelant leurs anciens triomphes, et en leur rappelant le nombre de nations qu'ils avaient soumises pour étendre l'empire jusqu^aux rives de la mer, ainsi que les richesses qui seraient leur récompense, et les tributs qae les vaincus seraient obligés de leur pajer. « Ceoi contre qui vous avez à combattre, leur disait-il, n'ont pas d'autres armes que les vôtres , et nous avons un grand avantaj^e sur eux , puisque le puissant Huitzilopochlli, qui est pour nous, nous protégera comme il Fa fait dans toutes les occasions. Vous n'avez à lutter ni contre des lions et des tigres, ni coutre des fantômes , tels que les coleletls et les tzitzihuitly qui descendent des nuages. Ce ne sont pas non plus des aigles et des oiseaux de proie qai viendront s'abattre sur nous. Ayons donc confiance dans le puissant Huitzilopochtli , dieu du jouret<ie la nuit, de Tair et du temps. »

Aussitôt que le jour commença à paraître , tes Mexicains donnèrent le signal du combat en mettant le feu à une haute statue qui se trouvait au sommet d'un rocher. Mais auparavant ils envoyèrent un messager aux habitants de Toluca pour leur offrir la paix; mais ceux-ci la refusèrent, en disant : • Que c'était en rase campagne que Ton verrait laquelle

des deux nations devait être soumise à l'autre, et que d'ailleurs ils étaient , ainsi que les habitants de toutes les villes voisines , résolus h mourir plutôt que d'être esclaves. »

Après avoir traversé le pont de Cuapanoayan , Axayacatl fit creuser des trous en terre; il s'y cacha avec huit de ses principaux guerriers , et les fit recouvrir de paille pour pouvoir attaquer par surprise les principaux chefs de Toluca et les faire prisonniers. Les Mexicains tombèrent sur Tennemî comme des lions afiamés, et ne tardèrent pas n les repousser en désordre; ils étaient suivis de gens (|ui liaient avec des cordes tous ceux qu'ils avaient renversé, et coupaient les blessés en morceaux. Cependant Axayacatl et ses compagnons ne sortirent pas de leur embusaiJe jusqu'à ce que la plus grande partie des guerriers de Toluca eût passé le pont de Cuapanoayan. Ils s'élancèrent ensuile avec tant de valeur que de tous ceux qu'ils rencontrèrent il n'y en eut pas un qui ne fût tué ou fait prisonnier. Pendant ce temps ils criaient sans cesse à haute voix : « En avant, Mexicains, que pas un ennemi ne vous échappe. » Axayacatl fît des prisonniers de sa propre main , et chacun de ses compaj^nons en fit au moins trois ou quatre.

Pendant que lesguerriers deToluca fuyaient ainsi , les Mexicains les gagnèrent de vitesse en prenant une autre route, et mirent le feu au temple des ennemis, qui se nommait Cul tzin. Ils ravagèrent ensuite Galimaya , Tepemaxalco , TIacotempan et

AtzinacaDtepec, où ils rencontrèreutTeçoçomoclli, seigneur de Tenautzinco, qui avait suivi le flanc des •montagnes pour s'emparer de tous les fuyards de Tarmée de Toluca. Il s'avança au-devant d'Aicajacatl, en lui disant : « Seigneur, reposez-vous dans votre ville , car ce lieu n'appartient plus à Toluca, mais bien à Mexico Tenuchtitlan , » tandis que ses guerriers criaient à ceux de Toluca : m Revenez sur vos pas ; il faudra bien, malgré vous, que vous deveniez nos esclaves et que vous nous payiez un tribut. •

Le roi de Toluca avait placé à Tlacotepec un corps de réserve considérable qui devait attaquer les Mexicains en queue. Aussitôt que ceux qui le composaient aperçurent Axayacatl ils poussèrent des cris de joie, firent résonner leurs tambours , ou yopûiuehuetl^ et placèrent leurs panaches sur leurs têtes. Ils chargèrent ensuite les Mexicains avec tant de valeur qu'ils les firent réellement trembler.

Un des principaux chefs de Toluca, nommé Cuetxpal , s^était caché derrière un maguey ou aloés. Au moment où Axayacatl passa devant lui il le frappa à In cuisse d'un coup si fort qu'il lui fit plier les genoux. Cuetzpal chercha à lui enlever loiseau appelé tlaufiquechol, qui formait le cimier de son casque, et les riches plumes qui Tornaient ; mais une vieille femme qui s'était cachée derrière un autre magney parvint la première à s'en emparer, et s'enfuit le casque à la main en poussant des cris de joie. Tout d'un coup les Mexicains, comme des gens qui se ré* veillent d'un profond sommeil, se mirent à chercher

leur roi, et ne le trouvant pas ils se demandaient les uns aux autres ce qu'il était devenu , mais personne ne pouvait répondre à celte question. Après s'être fait réciproquement les reproches les plus durs, ils ânireot par se taire vojant qu'ils étaient tous é^a* lement coupables à cet égard, et se divisèrent par petites troupes pour le chercher , et le trouvèrent enfin luttant avec Guezpal, sans que l'un put l'emporter sur l'autre. Ils étaient tous deux couverts de boue et épuisés de fatigue. Cuezpal roulait le roi sur la poussière, le roi qui lui disait : « Comment t'appelles- tu y car dorénavant tu passeras pour un vaillant guerrier ; » et quand il eut réj)ondu qu'il se nommait Cuezpal : « Eh bien , reprit Axayacatl , ton nom deviendra illustre , car si tu es vainqueur, Mexico Tenuchtitlan appartiendra à ta nation. » Mais Cuezpal ayant aperçu les Mexicains qui s'approchaient, prit la fuite en toute hâte. Ceux-ci se hâtèrent de relever leur roi , et d'essuyer la poussière dont son corps était couvert. Teçoçomoctli de Tenantzinco s'approcha alors de lui , et lui dit : « Seigneur, quoiqu'au péril de votre vie, vous avez soumiset conquis tout le paysde Matlaitzinco. » On le conduisit à Toluca pour s'y greposer , et bientôt après Chimalteuctii y arriva également, et dit : « Seigneurs Mexicains , que votre fureur s'apaise : à dater de ce moment nous sommes vos vassaux et vos tributaires. Mais n'oubliez pas que notre pays ne produit que du maïs, des fèves, du Huahautli, du chian et de la tea^ résine dont on se sert pour éclai-

rer pendant la nuit, ainsi que des petlatl^ ou nattes, c'est donc là le seul tribut que nous puissions vous oflrir. » Cela fut accepté, et l'on envoya aussitôt un messager à Cihuacoatl pour le prévenir du retour de l'armée , et de la blessure qu*avait reçue le roi Axayacatl d'un capitaine ennemi nommé Cuexpal.

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