‹ Histoire du MexiqueChapitre 65 sur 115 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

Des fWènlUet de Tiçocik, et de réleelMMi d'an nouveau

roi.

Quand les deuxjrois de Tacuba el de Tezcuco fuirent arrÎTes en présence du sénat mexicain • ils lui firent un long discours de condoléance : « L'em^nre est obscurci, djrent-ils, par la mort de notre fils bien aimé Tiçoczic Chalchiuhlonal. Il est allé rejoindre ses ancêtres dans le Xuihmoayan , endroit que personne ne connaît , dans V Inatlecalocan et le Cki^ nauhmictlan , endroit où il n'y a ni voie ni rue , au delà du neuvième abîme de l'enfer où régnent les puissants dieux Mictlanteuctliet Nitaczin Intzontemo<: \ c'est là que sur un lit de repos il dort du sommeil de l'oubli.» Aprèsavoir ditces mots ils commencèrent à verser des larmes sur l'image qui représentait le corps du roi. Le roi Netzahualooyoll le revêtit ensuite d'un riche manteau et d'une pagne , ou mojctlatly très-bien brodée. On plaça uu

diadème sur sa léte, et dans son nez une pierre notuméejacaxihuitli. Le roi Totoquihuatzin en fil autant à son tour , et fut imité par les chefs des Chinampauecas, de Culhuacan , Cuitlahuac , Mizquic . Âyotzinco, puis par les Coatlepanecas de Cohuiico, ville située en terre chaude, et qui fait aujourd'hui partie du marquisat d'Oaxaca. On vit arriver ensuite successivement les Mazahuaques, les Otomites de la montagne, les chefs de Cuemavara, Jauhtepec , Huastepec , Tepuxtian « Jacapicbtian . Matlaitzinco , Toluca , Calimaya , Tenantzinco . Teuhtenanco, Tz&iacantepec et Xocotitlan.

Tous ces chefs , après avoir observé les cérémonies usitées, firent un long discours, dans lequel ils vantèrent les bienfaits qu'ils avaient reçu» du roi défunt. Les Mexicains ayant k leur tête Cibuacoali vinrent ensuite placer une couronne sur la tète de l'imui;e ; ils la déshabillèrent et la recouvrirent de nouveaux vêtements apportés par eux. Ils lui lavèrent d'abord le corps et la figure avec de feau bleue , et placèrent sur sa tête un petit paaachf de plumes de héron ; on lui mit une veste bleue et une écharpe de la même couleur qui passait par dessus l'épaule; puis une cuirasse dorée et ornée d^éineraudes ; dans une de ses mains on plaça une cassolette dorée et dans l'autre un bouquet de fleurs odoriférantes. Les chanteurs s^approcbèrent ensnite ; leur fignre était peinte en bleu et lears membres en noir , avec de la résine . uUi ; chacun d*eux tenait à la main un cuexcochiechimal ^ ^m

Ciihier de papier du pays nommé Cuauhamail ^ et uo bouclier; on leur distribua à chacun un bouquet de fleurs odoriférantes.

Quiind on eut chanté autour du défunt, on le d^shabilla de nouveau pour le revêtir du costume qu'on appelle de Quetzalcoatl ; on lui teignit d'abord la figure avec du noir de fumée ; au lieu de couronne on plaça sur sa tête une guirlande nommée occlo" compiUm , et un manteau appelé nahualix ; on lui

mil deux comme ceux des évéques » qui

lui pendaient de deux palmes de chaque côté de la télé , des chalchiulipapan aux oreUles et des bracelets bleus au poignet; et h la main un bâton comme un bourdon nommé coatopUli , et un ()etiC bouclier doré. Aussitôt les chanteurs le saluèrent, et lui dirent comme s'il eût été vivant : « Seigneur, levez-vous et mettez-vous en route pour aller rejoindre votre père, le souverain de l'enfer et du pays de Toubli , où Ton ignore constamment s'il fait jour ou s'il fait nuit , où le repos est éternel , où votre mère Mictecan CihuatI vous attend, et où vous vous reposerez de vos travaux de roi au milieu de vos ancêtres. » En disant ces mots , ils prirent rima:;e avec tous les vêtements qui la recouvraient , et la ptacèreot aux pieds de la statue de Huitzilopochtii. Les iiamacazques y avaient déjà allumé un grand brasier, sur lequel ils la placèrent, et auquel ils ne cessèrent d'ajouter du bois jusqu'à ce que tout fût réduit en cendres.

On amena ensuite quelques prisouniers de guerre

que l'oD mit en Ire les mains de prélres dont la Hgure était barbouillée de noir , et auxquels on donnait le nom de Micllanteuctii. Us avaient au coude , aux genoux et derrière eux des masques épouvantables qui représentaient des fif^ures de démons. On conduisit les captifs les uns après les autres au cuauhxicalli ; un autre prêtre habillé de bleu, et dont la 6gure était peinte de la même couleur, s'avança tenant à la main une coupe également bleue , remplie d'une eau odorante nommée acxoyaatl; il en arrosa d'abord les cendres du mort, puis les deux rois et CihuacoatI, et enfin tous les sénateurs mexicains ; on enterra ensuite les cendres de Tiçoczic aux pieds de l'idole de Huitzilipochtli.

On se sépara après cela jusqu'à l'époque des cérémonies qui devaient avoir lieu au bout de quatrevingts jours et à celle de l'élection du nouveau roi. Les sénateurs réunis r! ans ce dernier but résolurent de s'en rapporter encore une fois à Cibuacoatl. Ib se rendirent donc à son palais. Cibuacoatl se leva pour les recevoir, et cbacun prêta l'oreille aux paroles qui allaient sortir de sa bouche : « Vous savez, leur dit-il , que mon frère Moctezuraa a laissé des fils qui ont régné après lui quoique je fusse son héritier légitime; mais maintenant que je suis vieux, puissent les dieux de la nuit et de Tair me préserver d'un pareil fardeau , d autant plus qu'il nous reste encore Ahuitzollteuctli, le dernier des fils de mon frère. C'est donc, si le sénat y consent, ce dernier qui va -devenir votre roi. » Tout le sénat se

IcTa en masse , et lui dit : « Puisque c'est vous qui êtes roi de droit des anciens Mexicains et Chichimèques , nous nous empressons de reconnaître pour notre roi celui que vous nous désignez. » Cette bonne nouvelle se répandit aussitôt dans toute la ▼iUe, quoiqu'elle restAt inconnue aux nations voisines. Les Mexicains vinrent dire à Cihuacoatl : • Seigneur , il faut que ce soit vous qui nous gouverniez , car Ahuitzotl est encore un enfant et est incapable de gouverner un aussi grand empire ; nous vous en supplions au nom des quatre quartiers de la ville : Moyollnn , Teopan , Âzacualco et Guepopan, qui sont tous plongés dans la tristesse. »

Gibuacoatl leur répondit : « Comment n'avezvous pas encore compris que quand mes jeunes neveux sont sur le trône, c'est moi qui gouverne Tétai ? N'est-ce pas moi qui donne des ordres , qui fais distribuer les présents et qui prononce les jugements ; n*est*ce pas moi qui ai fondé les tribunaux supérieurs d*Aculhuacan et de Tacuba ; n'est-ce pas moi qui désigne les nouveaux chevaliers et qui récompense cbacun selon son mérite ? » Les Mexicains s'étant montrés satisfaits de cette réponse » Gibuacoatl désigna Cuaubnoctii et Tîlancalqui pour aller porter aux rois de Tezcuco et de Tacuba la nouvelle de l'élection du nouveau roi , et les inviter à assister à son couronnement y qui ferait briller d'un nouvel éclat la gloire de l'empire mexicain plongé dans les ténibres depuis la mort de son prédécesseur. On envoya également des messagers à tous les peuples

tributaires jusqu'aux rives de la mer d'Orient; pour les avertir de venir de nouveau reconnaître la suprématie de la grande ville de Mexico Tenuchtitlan^ fondée au milieu des roseaux , où l'aigle se retire pour dévorer le serpent , où Ion voit les poissons bondir au'Klessus des eaux du lac, et dont le roi Ahuitzotl était semblable au ceybapuchotl et à Yahuehuetl , dont l'ombrage protège tout le voisinage.

Les rois de Tacuba et de Tezcuco firent aux envoyés une excellente réception, et ne les renvoyèrent qu'après leur avoir fait servir un festin. Tons les chefs convoqués arrivèrent à Tenuchtitlan , et voyant que CihuacoatI persistait dans son refus de la couronne, on envoya douze des principaux Mexicains chercher le roi Ahuitzotl au palais de Tilaacalco où il se trouvait alors.

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