CHAPITRE LXÎ
Da couronnement d*Ahiiitiotl-Teactli, dernier fils ûc
Mocteznma Ilhaicamina.
Les douze chefs mexicaius , accomp. gnés des rois de Mexico et de Tacuba, ainsi que des principaux vassaux de Tempire , allèrent donc trouver le jeune roi Abuitzotl , et après Pavoir salué, ils le prirent au milieu d'eux , le conduisirent sans lui rien dire au palais, et le présentèrent , ainsi que son vieux gouverneur qui l'avait élevé, à Tilancalmecac , à Cihuacoatl et au sénat mexicain. Ils le firent ensuite asseoir sur le trône où ses frères l'avaient précédé. Netzahualcoyotl lui dit alors : « Seigneur, le sénat mexicain et nous , vos parents et vos serviteurs , remettons entre vos mains l'empire mexicain comme un coffret d emeraudes précieuses ; les Mexicains vous le confient , et c'est à vous d'employer toutes les forces de votre corps et de votre esprit pour le défendre et le garder. N'oubliez pas que votre de-
voir est de balayer le temple de Huitzilopochtli , et de lui oflrir de nombreux sacrifices. Faites la guerre pour donner à boire et à manger aux quatre grands dieux qui se regardent du nord au midi et de Torient à l'occident, car ce sont eux qui nous ont conduits jusqu'à ce lac situé au milieu des joncs et des roseaux. Regardez d'un œil également vigilant le grand lac, les sources et les canaux qui amènent les eaux, ainsi que les forêts et les montagnes que tous ontlaissées vos ancêtres. Gouvernez-vous par les conseils de Cihuacoatl Tlacaeltzin, qui vous guidera. Il sera comme un orfèvre qui travaille les métaux précieux et en retire les scories. Nous recommandons surtout à votre protection les pauvres et les vieillards, car vous n'êtes pas roi pour rester oisif sur le trône, mais pour vous conduire comme un bon prince en qui tout le monde place son espérance. •
Quand ce discours fut terminé on plaça sur sa tête \exiuhtzoUiy ou diadème bleu orné d'émeraudes, on lui perça l'aile du nez pour y placer la petite pierre teoxiuhcapitzalli ; on lui mit le motzopetzli^ ou gantelet, et au pied droit Xejexitecuecuextli , ou anneau de ciyr rouge, et autour du corps le xiulicactli . ou cuirasse bleue. On plaça sur ses épaules un grand manteau en filet également bleu, et entre ses jambes an maxtle, ou pagne brodée de même couleur. On le conduisit ensuite aux pieds de l'idole de Huitzili» pocbtli pour lui faire hommage selon la coutume; puis on le mena au palais construit entièrement en pierre, et nommé, à cause de cela, tecafli y où il
Alt solennellement salué roi , d'abord par les deux rois, puis par les chefs mexicains, et enfin par les autres vassaux de l'empire. Chacun lui offrit un présent en signe de vasselagé : c'étaient de riches manteaux, des pagnes, des arcs, des flèches, des carquois, des matzopelzlis. Il fut ensuite salué par des prêtres venus de toute part, comme de Calmecatl, de Tilancalco, de lupico, de Huitznahuac, de Tlacatepan , de Tlamatzinco , d'Alempaa , de Coatlan , de Mayoco, deTzomalco , d'Izquitlany deTezcoacac; ces endroits forment aujourd'hui les quatre quartiers de Mexico connus sous le nom de Saint-Jean . Saint-Paul . Saint-Sébastien et Sainte-Marie-la- Ronde. Ceux-ci furent suivi des.tlenamacazques tlamazeuhque y qui portent Tencensoir par esprit de pénitence. Ceux-ci lui dirent : « Mous sommes les gardiens du temple et des endroits où l'on va se tirer du sang pour honorer les dieux , mais surtout des temples de Huitzcalco et Jecalco où sont les encen* soirs et où on élève les jeunes nobles. Les marchands et les colporteurs mexicains se présentèrent en dénier. Ce sont eux qui ordinairement sont la cause des guerres 9 cause du trafic qui est entre leurs mains. Ils ont un dieu particulier nommé Ometeuctli, auquel ils ofirent des pierres précieuses , de l'or, des plumes précieuses , et même des peaux des plus beaux oiseaux , tels que le tzinitzcan , le tlauhquechol et le zacuan, ainsi que des peaux de lion, de tigre, d'once et de loup blanc.
Ahuitzotl leur répondit h tous en général en les
remerciant, en rendant grâce nu sénat mexicain qui Vavait placé sur le trâne malgré son indignité, et en promettant de rendre à tous bonne justice. Cihuacoatl dit alors au sénat mexicain : « Maintenant, seigneurs, il convient que lavénement de notre roi soit célébré le plus tôt possible par un sacrifice soleniiel , car je me sens bien vieux et proche de ma fin ; j'avais cru ne pas survivre aux règnes de Tiçoczic et d^Axayacatl , mais les dieux m'ont conservé pour assister an couronnement de mon dernier neveu. Pour nous procurer les victimes nécessaires, déclarons la guerre aux rebelles qui ne veulent passe soumettre h Tempire mexicain, tels que lesGhiapanecas, le Xiquipilcas, les Otomiles, les Mazahuaques , ainsi qu'aux habitants de Xilotepec. de Xilotitlan et de Guabuacan. • Le sénat mexicain et Cihuacoatl envoyèrent aussitôt Tezcocoacall et Tocuiltecatl pour convoquer les v«issaux de Tempire. Au bout de vingt jours Tannée mexicaine fut prête à se mettre en marche ; elle se dirigea d'abord vers Gbilocan, où les alliés l'attendaient depuis deux ou trois jours. Le général mexicain fit aux alliés un long discours dans lequel il leur rappela toutes leurs victoires passées, leur représenta que les ennemis qu'ils avaient alors à combattre étaient plus faibles et plus méprisables que ceux qu'ils avaient vaincus jusque là, et que d'ailleurs une gloire éternelle at* tendait ceux qui succomberaient dans le combat.
Cuauhnoctli, général des Mexicains, fit un choix des plus braves guerriers, que l'on désignait sous le
taoïn de cuachictzin, et les exerça, ainsi cjue les Oto* mites, à combattre en rangs. Il invita les tequihuaques, ou vétérans , à protéger les jeunes gens qui venaient pour ia première fois à l'armée et à animer leur courage. Les soldats lui répondirent par de ^ands cris et chargèreiit lennemi avec tant de fu- Ireur que du premier choc , ils en k'en versèrent un grand nombre. Les Xipuilpas furent les premiers défaits , puis, les Ghinampanecas , puis ceui de Nauhteuctii , Iztacpalapan , Gulhacan , Huitzilopochco et MeKicatzinco. Enfin les ennemis découragés se jetèrent il genoux et implorèrent la paix. Mais les Mexicains furieux les chargèrent de nouveau, en criant : » Non , traîtres , il faut que vous mouriez jusqu'au dernier. » Cependant, calmés par les supplications des vaincus, ils finirent par leur dire : « Nous consentons à vous recevoir à merci , mais vous payerez en tribut soixante-dix lits et trois lits royaux faits de cèdre d'une brasse à une brasse et demie de tour , de^ poutres et des planches, ainsi que tout ce que vous recevez vous-mêmes des cinq villages de Xipilco, Cuahuacau, Zilla, Masahuacan et Xocotitlan ; ce qui comprend pour chaque village quatre cents charges de maïs, deux charges de fèves et quatre cents houes pour labourer la terre ; des esclaves , des lièvres , des lapins et des peaux de loup. » Les Mexicains campèrent sur le champ de bataille avec l'intention d'attaquer le lendemain matin les habitants de Chiapa et de Xilotepec.