CHAPITRE LXXV
Les Indiens des proTinces de Xochtlan , d'Amaxtlan, d*Iihoallan, de Hiahuatian, de Tecuantepec , de Xolotlan^ ajaot tué plosieors marchands, les Mexicains leur font la guerre , en tuent un grand nombre el réunissent leur territoire à Tempire.
Selon Tiisage , un grand nombre de marchands et de porteurs, de Mexico, d'AcuIhuacan, de Cuauhtillan, deTuhitlan , d'Atzcaputz<ilco, de Tenayucan, de Guitlactepce, de Xochimilco, de Cuitlahuac, de Mûquic et de Chalco , se réunirent pour aller porter une grande quantité de marchandises dans les pro*rinces éloignées qui sont situées sur la côte. C'était du cacao , des plumes précieuses, de Tor, des pier^ reries , des cuirs tannés et de petits oiseaux qui brillent des plus vives couleurs. Quand ils furent arrivés à leur destination , les habitants leur démandèrent : qui étes-vous et que voulea«vous; ils répondirent: noufl sommes de pauvres marchands qui venons de loin , et qui gagnons notre vie à traCquer d'un en* droità riiutre; nous demandons simplement à passer
la nuit clans votre ville. Le« habitants , au livu d'exercer riiospitalité j se réunirent en grand nombre pour les massacrer pendant la nuit. Les marchands, qu'on avait dispersés à dessein dans la ville , s'étant aperçus de ce que Ton tramait contre eux , se réunirent tous dans la même maison , mais quoiqu'ils se tinssent sur leurs gardes, ils furent attaqués à minuit par les habitants qui les massacrèrent tous, à IVxceplioD d'un seul : celui-ci eut Tadresse de se mêler parmi Us assaillants • qui le prirent pour un d'entre eux; ce fut de cette manière qu'il réussit à sauver sa vie. II s'enfuit avec une telle rapidité, qu'au lever du soleil il était déjà à dix lieues «le la ville. Tous les autres furent tués et dépouillés par les habitants qui jetèrent leurs cadavres dans un t;rand fleuve qui coule près de la ; pour s'éviter même la peine d'aller si loin, ils en jetèrent quelques-uns dans des ravins où ils furent dépouillés par les bétes sauvages et les oiseaux de proie ; puis , secroyant bien certains qu'il n'en était pas érhappé un seul , ils se partagèrent les dépouilles en^te eux.
Dès que le fuî;itif fut arrivé a Mexico, il se hâta d'aller rendre compte au roi de ce qui s'était pa»sé. CihuacoatI , qui était présent, lui dit: Sois le bienvenu, toi qui viens de perdre tes parents et tes amis, après avoir éprouvé tant de fatigues et de dangers parleschemins ,et quiassu échapper, non-seulemeot aux grilles des bétes, mais aux mains de ces trattrcs et de ces brigands. Mais tes compagnons ne seront point oubliés et ne resteront pas sans ven^^caocfi
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plus de deai mîllede ces tmttres payeront de leur vie pour chaque Mexicain qu'ils ont tué. Maintenant, mon ami , va te reposer dans (a maison. Mais avant de le laisser partir» il lui fit servir un repas abon-r dant, et lui donna des fleurs, des parfums et une grande quantité de vêtements.
Cifauacoati fil ensuite appeler Tlacatecatl, Tliieatl « Tlacochcalcatl y Exhuahuacatl , Aeolnabuacall, Tilancalqui, Tezcocoacatl , Tocuiltecatl , Huitznahuatlailulac , et convoqua également le roi d*AcuIhuscan , et celui des Tecpanèques , pour délibérer sur les moyens de détruire entièrement les nations de la côte. Dès que l'assemblée fut réunie, Ahuit- 90tl lui raconta l'attentat qui avait été commis sur les marchands mexicains et des nations alliées par les habitants (le XochtlaUi d*Amaxtlan, d'Izbuatlan, de Xolollan et des provinces voisines, et les invita à prendre aussitôt les armes pour marcher contre elles et contre leurs alliés, les habitants de Xoco^ nuchco , de Coatzacoalcoi de Minantec«itl et d'Ayo^ tecatl . Tous ces chefs furent saisis d'une vive douleur en apprenant le malheureux sort de leurs vassaux „ et résolurent, sans plus tarder, de réunir tous leurs guerriers, sans permettre qu'nn seul jeune homme restAt à la maison sans prendre part à uneaussi juste expédition. Des messages furent donc envoyés de tous les côtés, pour ordonner à toutes les villes de prendre les armes.
Aussitôt que Nezahualpilli fut de retour dans ses 0tatSs il rassembla tous les chefs de 9a nation et
leur fil un long discours pour les engager à yen^er la mort de leurs frères, de leurs parents et de leurs amis qui étaient tombés si malheureusement sous les coups des Indiens de la côle , et leur ordonner de se réunir en armes au bout de huit jours. Tous le< chefs poussèrent de grands cris; et jurèrent de mourir ou de venger leurs compatriotes. Le roi des Tecpanèques en fit autant de son côté. On travailla partout, comme à l'envi , à préparer les armes et les vivres nécessaires pour cette expédition. Pour aguerrir les jeunes gens, on les exerçait pendant deux heures chaque jour au maniement des armes dans toutes les villes de l'empire.
Quand tout fut prêt, les Mexicains qui| comme d'habitude, formaient lavant^garde, se mirent en marche pour ouvrir la route. Ils étaient si nombreui qu'on eût dit que la ville de Mexico était complètement abandonnée de ses habitants; on ne voyait plus que desfemmes dans lesrues. Quatre jours aprësleur départ, les femmes mariées, le^ jeunes filles nubile5, celles qui étaient dans les temples, les prêtres cl ceux qui étaient chargés de brûler des parfums , commencèrent un jeûne général. Tous les quatre jours ils allèrent sacrifier devant Tidole de Huitxilopochtli , en se tirant du sang de la pointe de U langue » des oreilles * des paupières, des bras et des jambes. Du moment où le jeûne fut commencé, les femmes ne se lavaient plus ni la figure, ni les mains, ni la tête, et ne se baignèrent plus, de sorte quelles devinrent d'une saleté repoussante. Elles avaient
placé <Inn$ une espèce de petite chapdie les vêtements de leurs maris, que Ton appelait omat/, et allaient y offrir des sacriBcesaux dieux Quetzalcoatl, HuitzcocihuatI , Tlantonan, Ixtlitlloyabua et GhaU chiuchcuec» et leur offraient les ossements des pri* sonniers de guerre qui avaient été sacriGés [matli et omis), ainsi qu'au dieu delà guerre Mattelco. Avant le lever du soleil , elles allumaient du feu , et parfumaient avec (lu copal , les images des dieux et les vêtements de leurs maris. Elles servaient ensuite ce que Ton appelait le déjeuner des dieux ; c'étaient de l^randsgâteiiux blancs papaloslaxcalle ^ des vers de niaguey rôtis xonecuillin imecocuelle , et du maïs grillé et pilé Ixquioil , que Ton mettait avec de Peau flans une tasse bleue toute neuve, était également offert aux dieux pour leur servir de boisson. Quand elles avaient offert ce repas aux dieux , elles leur adressaient la prière suivante en versant des larmes abondantes : « Seigneurs des eaux, des vents et des terres , ayez pitié de vos humbles vassaux les aigles et les tigres vaillants guerriers qui vont combattre les ennemis, afin d^avoir des victimes à vous immoler, des vêtements pour nous et pour nos enfants; ce n^est pas pour trafiquer qu'ils sont sortis de leur maison, mais pour combattre pour votre service. Ob! puissants seigneurs, vous qui êtes tout-puissants, qui gouvernez à votre gré l'air et la nuit, ayez pitié de nos maris, vos esclaves, qui nous ont laissées dans la tristesse et dans la solitude. ■ Les femmes répétaient chaque jour la même cérémonie et la même prière.
ftetouroons à l'amiée mexicaine , elle se réanit à Uuaxaca; aassitôt que les habitants des cales de l'Océan furent averlis de soû approche » ils se bâtérent de préparer des vivres et des armes, afin de {pouvoir lui résister. Les chefs défendirent même de faire des prisonniers , et ordonnèrent de massacrer tous les ennemis sans épargner ni les petits* ni les grands. En quittant Huaxaca, Ahuitzotl donna le même orJre aux Mexicains, parce que Mexico était trop loin pour qu'on put y envoyer les prisonnien que Ton ferait. Aussitôt que les Miaquatecas, les Olemites et une partie des Izbuatuas qui formaieot l'avant-garde de Tennemi , eurent aperçu les Mexicains» ils les chargèrent en poussant de si grands cris y qu'on eut dit que les montagnes et lescollinei allaient s écrouler. Mais , après deux heures de combat , ils furent obligés d'implorer la clémence des Mexicains et de s'engager à leur payer un tribol à l'avenir. JVous donnerons , dirent-ils , tout ce que produisent nos côtes, c'est-à-dire des chalchibuitl ou émeraudes, des pierreries, des plumes précieuses, de riches tecomates et de magnifiques plumes blanches. \j^ Mexicains consentirent alors à cesser le combat , mais ils massacrèrent tous les prisonniers qu'ils avaient faits. Pour récompenser les jeunes guerriers qui les avaient pris , on leur rasa la tête en ne leur laissant au sommet qu'une longue tresse de cheveux que l'on orna de plumes magniCques. Les Mexicains obligèrent ensuite les vaincus à leor fournir des guides pour marcher contre Xolotlan, Maxtlan et Tehuantepec. Quand l'armée fut arrivée a
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Àyoteca, les tsbuatecas averlirenl Ahuittotl qui Ton élati proche de rennemi , et ce prince donna l'ordre de Vattaquer le lendemain matin au point du jour» et de faire uii tel carnage de cette nation que son nom même fut oublié à Ta venir. Les capitaines haranguèrent leurs soldats, en leur représentant le peu de valeur des choses de ce monde , et la gloire qu'il j avait à mourir sur un champ de bataille ; ils s'embrassèrent ensuite en pleurant et en prenant congé les uns des autres, pour montrer qu'ils étaient décidés à vaincre ou à mourir. Ils prirent ensuite leurs armes , et tous chefs et soldats se teignirent la figure et les cuisses en noir pour se reconnaître dans la mêlée.