CHAPITRE LIXVI
Bataille des Mexkaiiis contre les habitants des troii filles de la c6te, et grande fictoire qu'ils remportent.
Quand larinée mezicaioe fui prête, Ahuitzoll prit son c«isque ou ichcahuipilli et plaça sur %^ épaules un manteau irune étoffe très- fine et richement brodée. D'une luain il prit son bouclier et de r.;9Utre son épée garnie de cailloux tranchants. Il portait la même devise qu*à Tordinaire qui'consis- Uit en un tambour doré , surmonté d'un bouquet de plumes. Ses cheveux éUiient tressés avec un ruban ou mateniecatl ; il avait aux pieds desjexi^ pepeilactU ou bracelets de cuir doré; il était entouré des principaux chefs Tlacatecall, Âllixcatl, Tlaeochcalcatl, Tecocyahuacatl , Tezcocacatl, Nea~ huabuacall , Tocuillecatl^ Arolnahuacall , Tilancalqui, Cuauhnoctii. Huilznahuatlailotlac, Chalchicuetepehua , Huey teuctli • Tlacahuepan , Oto mitl , Achcauch et Cachic. Devant lui marchaient II. 3
les Tequihuaques , les Cuauhuehuetques^ les Ctiauh* chimes et les Otomies , ainsi nommés parce que c'étaient de vieux et vaillaiits guerriers , tous la figure et les cuisses teintes en noir pour se reconnaître entre eux ; le roi lui même s'était frotté d'une espèce de vernis teint en noir et semblable à de l'buile que Ton nomme tecozahuiîL Abuitzotl recommanda fortement à ses capiUiines de ne rien négliger pour encour.iger leurs soldats et d^entreméler soigneusement les vétérans »vec les nouveaux guerriers. Les premiers ne devaient pas d abord prt-ndre |>art au combat , mais se réserver |ioar venir au secours de ceux de leurs compagnons qui seraient trop vivement pressés par l'ennemi. L'armée fut ensuite rangée en ordre de bataille et tous les chefs prêtèrent le serment de mourir si leur roi succombait.
Le roi frappa ensuite d'une b.')p:uette le petit tambour qui lui servait de devise et aussitôt tous les soldats irappèrent leur bouclier de leur épée, en faisant un tel bruit que les montagnes et les vallées en retentirent , ils s'élancèrent ensuite sur leurs ennemis qui If s reçurent en poussant de grands cris. Les Anahuacates qui formaient le premier rang oo du moins ceux d'entre eu» qui entendaient la langue mexicaine, disaient à haute voix : Guerriers de Tenucbtitlan , de Tezcuco, de Tacuba et de Xochiniilco, vous ne reverrez plus votre patrie. vous allez tous mourir ici. Les Mexicains de leur côté criaient : En avant ! mettons tout à feu et à sang»
voici la «lernière victoire c|ui nous rctte à remporter^ CBr nous avons soumis tous les autres peuples. L'attaque des Mexicains fut si vive <|u'un grand nombre de cliefs eunemis furent bientôt renversés et mis h mort par ceux des Mexicains qui formaient le second rang. Les armes des guerriers de la cdte étaient en général si riches que les Mexicains se butèrent de dépouiller tous ceux qui furent ren* versés; elles étaient ornées de plumes appelées quetziUmanallt ; presque tous avaient pour devise sur leur bouclier une émcraude brillante , ronde comme un miroir , ilbmmée xiuhiezcatL D^aulres portaient sur le derrière de leur armure des/ocaz*qml montés en or; ils avaient au nez des bijoux en émeraudes et en or ; ceux du premier rang portiiient |>our arme un dard dont le bout était garni d'un caillou pointu. Ceux qui les suivaient por* taieiit des calques en plumes qui imitaient la tète d'un «Mseau.
Quand 1rs Mexicains eurent mis en déroute l'armée ennemie, les femmes et Ic^s vieillards qui étaient restés derrière se mirent a cri r : Vaillants Mexicains, arrêtez votre fureur et ayez pitié des misérables habitants de la côleque vous avez vaincus. En entendant ces cris, les Tequihuaques onlonnèrefità leurs guerriers de cesser le carnage ; ceuxci s^assirent tous par terre pour écouler IfS propositions de leurs ennemis. Abuilzoll leur adressa la parole en ces termes : • Que demandez- vous? je sois venu ici ;iver la résolution de ne pas laisser en
Tte lin seul îles habitanfs de la cMe. » Ceux-ci loi répliquèrent : • Seigneur, ayez un peu de pitié, nous TOUS payerons un tribut de tout ce que nouspotsé- Hofis , des ckalckihuitl^ des teoiUiuitl et d'autres pierres précieuses de toutes les couleurs , de l'or , des plumes qui brillent des plus rives couleurs, des oiseaus rares tels quedes xiuhtototl^desilalquechoi, des tzinitzcafi , des zacuan , des cuirs tansés de tigres , de lions, de loups et d autres peaux bariolées de divers animaux sauvages et des pierres veinées de diverses nuances. ■
En entendant res offres brillantes , Ahuitzotl se tourna vers sessotdats et leur dit : « Cela rst bon, car voilà de quoi enrichir toute Tarmée, ainsi nous pouvons nous reposer.! Mais les cbefs mexicains lui répondirent : «Cette veni^eancenous parait suflisante, car plus des trois quarts de nos ennemis ont succombé f il faut en laisser quelques uns en vie afin qu'un aussi riche pys puissese repeupler. «Quelques Mexicains étaient si furieux, qu'ils voulaient encore attaquer l'ennemi , et que leurs cbefs furent de les repousser à coups de bâton.
Quand Ahuitzotl fut entré dans la ville avec guerriers pour les reposer, il ordonna qu'on lui apportât le premier payement du tribut , parce qu'il voulait en ^uger. Les cbefs vaincus se bâtèrent de lui apporter une quantité de pierre» précieuses de toute espèce, ainsi quedes grains d'ambre clair et laiteux, des teocujrtlajrxcua amail ou chasse-moucbes précieux , dignes d'être offerts à des rois ( ils
élaient ornés d'une quantité de petites pierres précieuses qui jetaient beaucoup de feu ); des peaux de tigres tonnées et fies oiseaui de toute espèce , oont les plumes brillaient des couleurs les plus vives. Afauitzoll fil alors appeler les principaux chefs mexicains et leur dit, en leur montrant ces trésors: «Que pensez-vous de tout cela? «Les chefs lui répondirent: • Mous en sommes satisfaits. Maintenant que, par votre v.'ileur, vous avez subjugué cette nation, pardonnez aux vieillards , aux femmes et aux enfants; rendez-leur les terres qui leur appartiennent, pourvu qu^ils vous payent exactement le tribut, et parta«;ez ce que vous avez déjà reçu h chacun selon son mérite. •
Abuitzotl choisit d'abord pour la part de Huilzilopochtli les émeraudes les plus belles et les plumes les plus brillantes , les insignes des chefs du pays , des bijoux d'or et des peaux de tigres. Il en donna autant au roi d'AcuIhuacan et k celui de Tacuba. Il fut convenu que les -vaincus en payeraient autant chaque année ; et l'armée victorieuse se mit en marche pour rentrer dans ses foyers. Abuitzotl eut soin d'envoyer en avant , pour annoncer sou succès , des messagers qui marchèrent jour et nuit. Quand ils furent arrivés k Mexico, ils allèrent trouver Cihuaroatl et lut dirent : « Seigneur, nous sommes chargés de t'annoncer que les grandes villes situées sur Icfs bords de la vaste mer qui touche au ciel sont entièrement détruites : la moitié de leurs habitants ont péri et les autres se sont reconnus vassaux de
l'empire mexicain. Ce sont les nllesde Tehuanlepec, Xoclillan, Am.'ixllan et TIaacilan , celle dernière était vassale d'Atlapetlahuacan. Ahuitzotl en a partagé le revenu en trois parts : il a donné la première à notre dien Huilzilipochtli , et les deux autres i Kezahualpilli et «i Totoquihuatzin. • Cihuacoatl fit aussitôt servir un bon repas aux messagers et leur distribua de riches présents. Il fit aussitôt appeler les vieux chefs qui élaient restés à Mexico pour leur faire part de cette bonne nouvelle , et la fit aunoocer aux habitants de Ghalco . rl'Izucar, de Tepeaca. d'Ac'itlan . de Tepexic , deToftalan , de Piaztia , de Huaxnca vl aux Ziipotèques de Coajxtiahuac, afin qu'ils préparassent les vivres et tout ce qui était nécessain^ a hi réception du roi Abuitzod et de son armée. Les messagers qu'il chargea de cette mission étaient nommés TeMCtlittantùt, Ils |>ortaienl à la miiin, comme symbole de leur autorité, un bitos et un chasse -mouche.
Aussitôt que les habitants «ic ces villes eurent reçu les ordres qu'ils étaient chargés de leur trainsmettre, ils se mirent en toute hâte à préparer des vivres. Avant d'y entrer, les messagers avaient soiO de se t indre la figure et les mains \iout montrer qu'ils venaient de loin et avec un ordre royal Ik furent bien reçus p;irtout , et partout on leur donna des vivres , des armes et des vêtements {>our la route. Quand ils furent de retour à Tenuchtitlan, Cifauaeoall les récompensa de leurs fatigues en leur distribuant de nouveaux présents. Il se montra également satisfait de ce qu'on leur eu avait oflTert piirtout.