CHAPITRE LXXVII
De la récepliofi que Ton (il au roi AbuilioU el aui chefs qui revenaient de la guerre. Présents que lui offrirent les habitants de Huaxaca et des autres villes qu'il traversa avaflt d arriver à lleiico.
Quand Âhuitzotl fut arrivé auprès Je Huaxaca , les habitants de celle ville, ainsi que les Zapoièques de Coayxllabuacan et dePiaztla, vinrent au-devani de loi et le reçurent dans de grandes salles de ver* dure ornées de fleuri , qu'ils avaient construites à oel effet. Après lui avoir ofierl à laver, ainsi qu'aux deux rois d'Aculbuacan et de Tacuba , on leur servit uo somptueux festin composé de mets de toute es«^ pèce , et on leur oiirit de riches présents. Après avoir séjourné quelques jours dans cet endroit, les rois reprirent leur marche et arrivèrent à Tepeaca ; où on leur fit une réception semblable. Ahuitzotl fit appfder |e {>rand majordome et lui demanda combien d'étoiles, et d'autres olijets provenant des tributs, il
avait dans ses magasins. Il lui répondit qu'il en avait une très-i:rande quantité. Afauilzotl lui ordonna d'en remettre les deux tiers aux deux rois qui l'accompagnaient ; ce qui fut exécuté. La ville d'Izucar lui (it une réception semblable. Dis <|u'il fut arrivé au pahiis, on lui servit d*abord un splendide festin , ainsi qu aux deux chefs mexicains et ensuite à tous les autres rois. Après ic repas, on plaça sur leurs têtes des guirlandes de fleurs, et on leur oOrit des parfums. En quittant cette ville, Ahuitzotl envoya des messagers à Cbalco pour annoncer qu'il comptait rester un ou deux jours dans cette ville. Snr toutes les routes, on lui avait élevé des arcs Je triompbe Les habitants allèrent le recevoir jusqu^à Huixtppec , où ils iivaient élevé des cabanes de fleurs autour d'une fontaine. On couronna les trois rois avf'C des i» uirlandes de fleurs ; on leur offrit des bouquets et on leur servit un repas somptueux, après lequel ils partirent pour Amecameca , où on leur fit une réception également brillante. Il en fut de même à Cbalco, à Tlapebiiaciin et à Tlapitzaliuayan. Cesl dans cette dernière ville que se trouvait le temple de Tezcatlipoca ^ dont les prêtres vinrent procèssionnellement au-devant d^eux, tenant à la main des brasiers dans lesquels brûlait du copal. Le roi les remercia de leur bon accueil et leur recommanda d'avoir grand soin de^ temples et de faire de grandes pénitences en versant des larmes et en poussant des gémissements , ce qui est le plus grand honneur qu'on puisse rendre aux Dieux. Ahuitsotl entra en-
saite flans le temple, et après avoir brûlé du copal en l'honneur de Tezcnpllipuca , il demanda un os de tigre pointu et se tira devant l'idole du sang des oreilles et des cuisses, conduite dont la dévotion , bien qu'elle s^adressât à des dteui infernaux, peut servir de modèle à tous les princes à venir. Quand il fut arrivé à Iztarpahipan, Abuitzoll renouvela les mêmes cérémonies dans le temple de Huitzilopocfatli, qu'il renouvela encore dans le temple de Mexical- Isingo. Les vieillards les plus Agés de cette ville ré- ))ëtèrent des lamentations sur sa destruction par les guerriers de Culbuacan, locs du mariage xde la fille du roi de Culbuacan avec Acamapirbtli, comme on l'a vu au commencement de cette bistoire.
(jibuacoati , de son côté , averti par des messagers de l'arrivée d'Ahuitzoll , réuuit tous les vieillards qui n'avaient point été à la guerre , pour lui faire une réception solennelle. Les prêtres reçurent l'ordre de se revêtir de leurs plus beaux ornements* et de se tenir au sommet des temples avec leurs instruments de musique prêts à les faire résonner aussitôt que l'on apercevrait le roi et son armée. On avertit les femmes et les jeunes gens des deux sexes qu'ils pouvaient cesser les pénitences qu'ils avaient pratiquées pendant toute la durée delà guerre, et qu'ils ne devaient plus songer qu'il se réjouir. Les Tequibuabuaques, les Acbcaubtzins et les Guaubbuebuetques , qui étaient cbargés d'enseigner aux jeunes gens les exercices militaires , les réunirent et le» ran<;èrenl sur deux files, entre lesquelles niar-
chaîent les prêtres. Tous étaient Têtus du même costume et avaient la figure peinte ; leur nés «t leur» jambes étaient ornés de bijoux de cuivre qui bril* laient comme de Tor , de sorte qu'ils formaient un très-beau spectacle. Ils avaient aux lèvres des pierres rayées d'une couleur fauve , un bouclier de la main &;aucbe et un bourdon de la main droite, ainsi que des caleçons rouges. Tous tenaient à la main des calebasses remplies de picietl. Ils attendaient ainsi dans un endroit nommé Xoloco , où est aujourd'hui le ponl <le S. -Antoine ^ le même où, comme on le verra d.in^ la suite de cette chronique, Fernand Cortes. coni|uérant de la Nouvelle-Es* pagne , fut reçu par le rqi Moctezuhma.
Les guerriers entrèrent dans la ville en bon ordre; celui qui comman^HÏt Tavant-i^arde était couvert de tant de plumes, que Ion apercevait à peine soo corps ^ il était habillé comme pour le combat , cou* vert de sou ichcahuipos , et tenait d^une main son épée f et de l'autre son bouclier. Ses lèvres et ses oreilles étaient ornées de bijoux d'or fin. Ahuilsotl marcl^it le dernier la tète ombra^^ de tant de plumes, qu'elles formaient comme un immense parasol ; tous les vieu^ guerriers qui , comme je Tai dit| avaient été l'attendre à Xoloco, le saluèrent respectueusement et se prosternèrent devant lui : un vieillard leur adrf'ssa ensuite un long discours pQur le féliciter et lui souh<Hter lu bienvenue. \\ fut harafigué également et parfumé avec les encensoirs «qu'ils tenaient à la main , par les prêtres des
diliérenU quartiers de Mexico, savoir : TilNociiloo r Jupico, HaitznaehMar^, TlanMoUînco , Coatian , Tzoiiialco, Tezcoac , Ateinpah , Hacatccpiin, Izquillan , Tullan , et Chiliico.
Aasfiitôl que l'on arrÎT» au pietl <\u temple de Huilailopochtli, les prêtres qui étaient sur les terrasses se niireiit «à jouer de leurs ifi3iriimenls; Tun d'i ux lui Gt un discours en ces termes : «Vous voilà arrivé à la maison de pénitence et de sacrifices (|ui fut toujours honorée par vos ancêtres , les rois Aca* mapichtii. HuitziiihuitI , Ghimailpopoca, ItzcoatI , Moctezuma , et par vos frères A^iayacatl et Tiçoczic ; venez vous prosterner devant Timàge de Huitzlopochtli , comme c'est le devoir de toiitbon roi. » Eu eiiet , Ahuilaotl se baissa de manière a pouvoir loucher la terre de son doigt et le baisa en signe tk respect. On lui remit qtiatre cailles qu'il imn^ola ei avec le sang desquellesil aspergea l'idole et les mur» du temple. On lui remit ensuite un os de tigre effilé avec lequel il tira du sang de diverses parties de sod eorps.
Ahuitzotlse rendit ensuite à son palais ; le vieu» Cihuaooatl vint au-devant de lui jusqu'à la porte : il était soutenu par quatre chefs ^ car il était hors d'élat de pouvoir se soutenir sur ses jambes ^ étant alors âgé de plus de cent vingt ans^ il lui dit : « Sois le bienvenu , mon fils , au milieu des roseaux et des jofics du lac bleu où écument les eaux douces et les eaux salées qu'habitent les poissons , et où le grand serpent dévorateur fait entendre les longs siffle-
menlSydansleséjourdugrandaigle, la célèbre Mexico Tenucblitlan, fondée par les Aztèques et les ChicbÎDièques qui s'étaient d'abord établis à CbapuI* tepec. » Quand il eut parlé longtemps, Ahuilzotl , touché des louanges dont Tavait accablé ce vénérable vieillard, lui répondit avec humilité, qu'il n'en méritait pas tant. Quand on leur eut donné à laver i tous deux, ils s'assirent à un splendide banquet aiosi que tous les chefs mexicains; les majordomes apportèrent ensuite au roi toutes sortes d'objets pré* cieux qu'il leur distribua en présent. Il avait à sa droite l'arc et les flèches , symbole de la justice. Autour de son trône étaient les tro|)bées qu'il avait enlevés dans différentes guerres, que Cihnaooati distribua aux chefs qui l'avaient accompagné. Celui-ci les réunit dans la cour du palais, et après avoir prononcé une harangue dans laquelle il r^conta leurs exploits , il commença par Guauhnoctli auquel il donna une armure complète avec la devise du cuaxolotL Tlacatecatl et Tlacochcalrale(l reçurent celle du quetzalpazactU, et ainsi des autres. On distribua ensuite des récompenses aux Cuacbimes , aux Otomies, et aux Tequebuaques , et tous allèrent ensuite remercier le roi des faveurs qu'il leur avait accordées.