‹ Histoire du MexiqueChapitre 88 sur 115 · CHAPITRE LXXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXIII

Des stcrificea qoe fil Moctesuma après a?oîr élé appelé à la couronne , et do commencemenl de son règne.

Quand Moctezuma eut terminé son diarours aux deux roia et au peuple mexicain , il ae fit ap{>orter deux poinçons trèa-aigua. L'un était fait d'un oa de li{;re et Taulre d'un oa de lion; et ae tournant vera le feu qui brûlait , il se tira du sang de diveraea partieadu corps. On lui apporta ensuite deacaillea qu*iJ éfçorgea , et avec le sang deaqucllea il aapergea le feil. Il monta ensuite au temple de Huilzilopochtli : aprëa avoir aalué l'idole , en touchant la terre de aon pouce qu'il baisa ensuite , il recommença la cérémonie de ae tirer du aang et d'immoler des cailles ; puia pre* nant un vaae de parfum , il encenaa d'abord Tidoleet enauite lea quatre parties du monde. Quaiifl tout cela fut terminé • il rentra dnna aon palaiaauiri dca deux roia et des principaux chefs mexicains qui l'a^ ▼aient accompagné.

Après avoir pria leur repas, ils leloum^rent op

temple; mais arrivés au CuauhiKicaliî . au lieu de monter les qu«itre gradins qui les séparaient encore de Tidole • ils s'arrêtèrent dans cet endroit et recommencèrent à se tirer du sang et à immoler des cailles. Moctezuma rentra ensuite dans son palais et congédia les deux fbisl

Quelque temps après Gihuacoatl Tlalpotonqui lui fit une proposition pour ré<»ler le service des messagers et des ambassadeurs. Il faut, lui dit-il . imiter Teiemple de mon oncle le roi Ahuitzotl, que ceux qui doivent être chargés de ces missions soient fournis par les quatre quartiers d'Amoyotlan, deTecpan, d'Aztacualco et de Guepopan , et qu'ils se tiennent ronstammebt dans Us^tnaisons publiques» nomiiiées huehuecalli. Le cbet chargé fie les diriger se tiendra toujours auprès de ces édifices. Il faut que ces nM* sngers «oient choisis d;ins les principales famille* mexicaineset surtout {iarmi les enfants que lespriocipaux chefs ont eus et ont encore dé leurs esclaves. Voici ceuiL qu'il faut choisir pour ambassadeurs et pour .dessagers., raf ils sont nobles et il necùnvient pas que les Maeehuales entft-ntdans le palais des roia ; c est au^si de cette manière qu'il faut employer les |Miuvres nobles mexicains dont beaucoup sont misérables et oubliés , et non des Otmnifrou des Ma* oebuales. I> faut qu'ils briitent comme le fait Témenuide quand on la pose iiu milieu des pierres de Gbalcbilhiiitl qui alors ne fiaraicisent plus que des cailloux. Il parla encore si longuement dans reiseos qu'il me parât t inutile de conserrer le reste de son

diioours. Cihuacoatl oon^oqaa «Bsaiiè les principaux chefs mesioains et leur commuAiqua la résolution qae venait de prendre Moctesuma , ce qu'ils approuvèrent beaucoup. Gihuacoall lui dit alors : € Je ne veux pas prendre pourcet objet «t^s hommes déji formés, mais bien des enfants de dix ou douse ans , «fin de pouvoir leur donner une bonne éducation et de les exercer à I éloquence; ils seront comme les pages du roi.»

Qu;tnd ces enfants furent réunis , Cihuacoatl leur fit un long discours dans lequel il leur représenta leurs devoirs envers Huitzilopochtii et envers le roi, et leur traça le plan de conduite suivant : « Vous vous lèverex avant le jour, après avoir fait une prière, vous balayerex le temple et vous vous rendrez ensuite au palais pour le nettoyer également avant le lever du soleil. Vous aurez soin des vêtements et des» chaussures du roi ainsi que des divers bijoux qui servent à sa parure. Vous vous rendrez ensuite à l'appartemeiit des femmes pour voir si elles n'ont besoin de rien. Vous lui présenterez du cacao, des fleurs et des parfums en le saluant humblement et sans oser jamais le ifègarder en face sous peine d^ mort. Vous veillerez à ce que les domestiques fassent bien leur service ; gardez- vous surtout de commettre la moindre faute à l'égard des dames et des esclaves précieuses qui sont en grand nombre dans le palais , car vous striez perdus, et toute votre famille serait condamnée à lexil, et ses maisons détruites et seroéeade sel. » Les jeunes garçons lui répondirent en

— sole remerciant cle aes aris et en lui promettant d'eiécuter fidèlement ses ordres. 11 les conduisit ensuite au palais pour les présenter à Moctezuma, qui leur donna également d'excellents avis. Il leur paris conune à ses enfants en leur recommandant surtout dédire la vérité, de transmettre fidèlement ses ordres; de ne pas arriver en courant , en sueur et tout essoufflés, et d'avoir grand soin de tout ce qui se trouvait dans le paLiis II leur déclara que celui qui n'exécuterait pas ses ordres serait tué à coupe de fiéobes et enterré dans un coin. Les jeunes garçons lui répondirent humblement et en peu de mots qu'ils exécuteraient fidèlement ses ordres.

Ces jeunes garçons profitèrent tellement de rédacation qu'ils reçurent , que Moclezuma put les employer avec succès aux plus hautes fonctions, et que par leur moyeu il devint le prince le plus puissant et le plus redouté qui eût jamais existé au Mexique, comme on le verra plus loin. Il fit surtout exécuter les lois avec la plus grau'le rigueur , et un grand nombre de Mexicains périrent pour les avoir violées. Je raconterai une anecdote à ce sujet. Un jourd^été a l'époque où les rosiers étaient en fleur, MocteiMma voulant se divertir se rendit avec vingt-cinq des principaux Mexicains à un palais qu'il possédait a Atlaculiuayan , que l'on nomme aujourd'hui Taco> baya. II entra seul dans le jardin pour s'amuser à tuer des oiseaux av« c une sarbacane. Après en avoir tué un, il s'en retourna en le pourtant a la main ft en admii'ant les champs de mais qui alors étaioit en

fleur. Voyant un épi déjà formé, il le rompitel enlm dans la maison du propriétaire pour le lui faire voir et ne l'emporter qu'avec sa permission. Mais il n'y trouva personne , parce que tout le monde redoutait sa présence. Car quand il marchait par les rues* il était précédé par un crieur qui ordonnait h chacun de se renfermer dans sa maison. Mais le propriétaire du jardin où il avait cueilli cet épi eut l'audace de ▼enir au-devant de lui , et de lui dire en le saluant respectueusement: « Seigneur, toi qui es si puissant, comment peux-tu me voler un épi ? N'avez-vous pas condamné à mort par une loi celui qui volerait un épi de maïs ou sa valeur 7 • -— c C'est vrai , répondit Moctezuma. B — « Eh bien , reprit le jardinier» pourquoi avez -vous violé votre loi?» — «Tiens, reprend ton épi » lui répondit Moctezuma.» — «Non, dit le jardinier, je n'ai dit cela que pour plaisanter, car mon jardin , ma femme et mes enfants nous vous ^ appartenons. • Mais Moctezuma , voyant qu'il ne ▼oulait pas reprendre son épi, lui donna son xicihaynil ou manteau orné de pierreries , dont la va* leur égalait celle d'une grande ville« Il insista teile«> ment que le jardinier fut forcé de le prendre en lui disant : « Seigneur, je le garderai pour vous. »

Quand Moctezuma eut rejoint les seigneurs, ceuxci , le voyant sans son manteau , lui demandèrent ce qu*il était devenu. Il répondit alors qn^onle lui avait volé; et, comme tous se mettaient en mouvement pour aller à sa recherche, il leur défendit de bouger sous peine de mort. Le lendemain , quand il fut II. 6

de retoar à Meiko , il ordonna à rm des seigneort de sa suite de se rendre à Tacubaya , de chercher un certain Xocbillacotzin et de le lai amener, en loi dé* Fendanl sons peine de mort de le mallraiter de gestes ou de paroles. Quand celui-ci se fut rendo à la oiai« son du jardinier et qu'il lui eut demandé son nom, il lui Ai : « Rendons-nous sur-le-champ à Mexico , car Temperenr veut te voir. » Le pauTre misérable, tout tremblant , voulait s'enfnir ; mais l'autre le rassura en lui promettant la yie, et le conduisit aossi* tAt en présence de Moctezuma , qui lui dit : « Sois le bien-venu , qu as-tu fait de mon manteau 7 Un murmure s'éleva aussitôt parmi les chefs, mais Mocteautiia les fit taire en disant : « Ce pauvre malheorens a montré plus de courage qu'aucun de .ceux qui sont ici , car il a osé me reprocher en face d'avoir violé mes propres lois. J'aime ceux qui me disent la vérité et non pas ceux qui me flattent. • Il deauinda ensuite quelles étaient les villes dont les goavemeraenli étaient vacants ; et quand parmi plusieurs autres en lui eut nommé celle de Xechimiico, il la lui donna ea disant aux seigneurs de cette ville qu'il le regardait comme son parent. On lui donna le palais d'Olac, et ceux de cette famille disent encore aujourd'hui qu'ils sont parents de l'empereur Mocteauma.

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