‹ Histoire du MexiqueChapitre 9 sur 115 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Après la mort de Ghimalpopoca et de son ûls alnéTeutlahuac , les Mexicains proclament ponr roi Iticoatl.

Quand les Tecpanèques eurent tué leur roi Tezozomoctli, ainsi que son petit^fils Ghimalpopoca et son arrière petit-fils Teutlahuac, les Mexicains se rassemblèrent et dirent : « Vous avez vu , ô Mexicains , Ghichimèques ! la manière cruelle dont les Tecpanèques se sont conduits envers notre roi leur fils et envers leur petit -fils ; mais la race d'Âcamapichtli n'est point restée sans rejetons , car notre roi a laissé d'autres enfants; c'est donc l'un d'eux qu'il faut proclamer pour notre souverain. Voyez ce qu'il vous en semble ; car , si la république mexicaine reste sans chef, il sera facile à nos voisins de nous conquérir. Le meilleur moyen de l'éviter est de proclamer pour notre roi ItzcoatI , frère de Ghimalpopoca. »

Cette proposition ayant été acceptée , ItzcoatI fut placé sur le trône avec les cérémonies usitées dans cette occasion , c'est-à-dire en mettant à sa droite Tare et les flècbes, symbole de sa justice ; puis les vieillards lui adressèrent le discours suivant.

c N'oubliez pas , A vous , notre 61s bien-aimé , n'oubliez pas que tous vos ancêtres , qui ont porté le titre dont vous venez d'être revêtu , se sont fait un devoir de gouverner et de rendre la justice avec impartialité , et de défendre le temple de Huitzilopochlli. Ils ont étendu leur protection sur les vieillards et sur les enfants. Préparez-vous donc à supporter les malbeurs qui vont vous arriver avec le courage -qu'ont montré vos ancêtres qui sont maintenant sous terre et dans la nuit étemelle ; car c'est votre devoir de mourir pour votre patrie et votre peuple. » Aussitôt que cette cérémonie fut terminée , le nouveau roi se blta d'aller se prosterner devant Tetzauh Huitzilopochtli.

Quand les Tecpanèques apprirent la nouvelle de cette élection, ils en furent très-irrités à cause de la haine dont leur cœur était rempli contre les Mexicains. Ils résolurent aussitôt de leur faire la guerre et de cerner leur territoire , afin qu'aucun Mexicain ne pût leur échapper vivant, lis envoyèrent leurs guerriers s'établir à Nonobualco , à Xoconockp^lya* cac , à Mazatzintamalco et à Popotlan*

Les Mexicains virent avec rage et douleui qu'il fallait recommencer la guerre. Les fils d'Acama* pichtli et de Huitzilibuitl , qui avaient survécu ,

s'anireDl aux autres die£i, Ekollec , Tecalle et Tzat* zitân, et leur dirent : «Vous'vojex que nous som* mes peu nombreux , au milieu d'un pays étranger, et cernés de toutes parts par les Tecpanèques. Nous pensons donc qu'il faut nous soumettre à eux pour conserver la Tie et la liberté aux femmes , aux vieil* lards et aux enfants. Tâchons de sortir d'ici arec notre dieu Huitxilopochtii et nous verrons alors ce que tious aurons à faire. Mais pour agir avec sa* gesse^ il est bon que chacun de vous prenne librement la parole et nous fasse connaître son avis. » Celte opinion paraissait réunir Tassentiment général ^ quand Atenpanecatl Tlacaeltzin s'écria :«Qu'aI- Ie>»vous faire, Mexicains ^ attendez un peu et ne vous laissez point effrayer. > Mais le roi Itzcoatl reprit; «Oui, il faut exécuter ce que nous venons de décider. Soumettons^nous aux Tecpanèques et livrons-^leur notre idole Huitzilopochtli. Sommesnous d'accord sur ce point , et quel est le messager que vous voulez leur envoyer ; ou bien voulez-vous lelir résister? » .

Comme personne ne répondait à ce discours, Alenpatiecall prit de nouveau la parole : « O mon roi et mon mattrei pourquoi suis^je sur terre « et quand pourrai-je trouver une meilleure occasion de servir mûn roi et ma patrie 1 Cfaargez»moi de cette mission , et, si je succombe sous les coups de nos enneitiis, je m^estimerai heureux de mourir pour mes frères et pour ma patrie , puisqu'il faut mou^ rir une fois; tout ce que je leur demande , c'est de

ne pas abandonner ma femme el mes enfants. » ItzGoatl lui répondit: « Ta mémoire sera étemdlement conservée , et je prends sous ma proteclion ta femme et tes enfants. Je veillerai sur eux et je les nourrirai comme un frère. »

Atenpanecatl se prépara donc à remplir sa mission y et se montra digne du nom de Tlacaeltzin par sa valeur et sa prudence. En arrivant aux premières gardes de Xonochyacac , il vit que les Tec* panèques y avaient placé un bouclier en signe de guerre. Dès que ces gardes l'eurent aperçu , elles rappelèrent par son nom en lui disant : « Viens ici ; n'es-tu point Atenpanecatl? ■ — « Je suis celui que vous nommez. » — « Où vas-tu? » — • Je suis chargé d*un message. » — • Retourne sur tes pas , nous ne pouvons te laisser passer outre, et si tu persistes , tu périras sans pouvoir remplir ta mission. »

Atenpanecatl les supplia de différer sa mort jusqu'à son retour. Ils y consentirent et le laissèrent se diriger vers Atzcaputzalco. En arrivant , il tînt le discours suivant : « O roi ! je viens de la part de mon mattre ItzcoatI , qui se reconnaît pour votre vassal et implore votre protection. Ayez pitié de lui , et il viendra avec tout son peuple s'établir dans votre ville. » Mais le roi et le sénat lui répondirent : « Atenpanecatl ( car ils le connaissaient très-bien ) , les Mexicains ont beau s'humilier , cela est inutile ; car la colère des Tecpanèques est à son comble. » Atenpanecatl fut donc obligé d'aller rapporter cette réponse à ses compatriotes. Quand il arriva à Xo-

nochyacac, les gardes lui crièrent : « Pourquoi revenir par ici, imprudent Atenpanecatl , es-tu donc résolu à périr?» Mais il leur répondit : « Je suis ambassadeur , et j'aurai plusieurs fois occasion de revenir auprès du sénat Tecpanèque ^ pour traiter du sort de la nation mexicaine. • Les gardes lui dirent alors : « Puisque tous devez repasser par ici , allez en paix et revenez vite , nous vous attendons ici. »

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