CANDIDATURE DE L ARCHIDUC MAXIHILIEN
Cobos •— Marceline — qui fut fusillé; sa tête a été envoyée à Mexico dans une caisse. Marquez s*est emparé de San- Luis Potosi que les juaristes abandonnèrent à rapproche du général. Puebla fut également occupée pendant deu!it jours par les troupes appelées réactionnaires. Juarez a fait commencer dans le journal — El Siglo XIX — une violente campagne pour ameuter le peuple contre les Anglais, les Espagnols et les Français,. »
serâïï superflu de relever les actes et les décrets terro* rfisrteQ de Juarez pendant Tannée 1861 , et dont on n'a point parlé lorsque la presse et la tribune ont critiqué le décret du 3 octobre 186S. Néanmoins, la conduite de Juarez n*e£^t que Texagération, poussée dans ses dernières limites, de la conduite des gouvernements antérieurs au sien. En administration, en politique, Juarez est le type de l'incapacité la plus notoire; on a vu que la plupart de ses prédécesseurs offraient déjà de beaux modèles en ce genre. A part Miramon et quelles autres présidents, tous étant chefs de parti, tous se sont rougis un doigt ou la main entière dans le sang de leurs compatriotes; par des exécutions inutiles, Juarez y a mis tout le bras. Sur le fauteuil de la présidence, il est sim* plement l'excès personnifié des mauvaises passions, du manque de patriotisme et de l'ignoranefe en matière d'administration et d'économie politique. Juarez, par son entêtement, a fait sa fortune; il a réussi à se tenir au pouvoir dans tes circonstances les plus critiques, au moyen de cette qualité, tfoA est la force des faibles, et qu'on appelle entêtement. Il fkut avouer aussi que la facilité avec laquelle il a toujours fui le danger, a favorisé sa sécurité personnelle, autant que l'esprit de ruse, commun aux gens de sa race, ^ facilité son maintien à la présidence et son retour à Mexico après la chute de l'empire. Grâce à cette ruse, à cette ténacité, on va te voir se foire un complice du général Prim, et se débarrarsser ensuite, après ravoir trompé sans en avoir l'air, de ce malencontreux prétendant à la souveraineté du Mexique. On n'a point oublié que M. Guttierez de Estrada avait été
chargé, par le président Santa-Anna, en 1854, de se concerter avec les cours de Paris, Londres, Madrid et Vienne, pour donner au Mexique un souverain, appartenant à une famille régnante. La guerre de Crimée, plus encore que la chute de Santa-Ânna, avait retardé ses négociations, commencées du reste en 1846.
Voici ce que disait JVf . Guttierrez de Estrada , à cette époque, aux puissances européennes pour les engager à intervenir au Mexique : — « Hâtez-vous, l'heure est propice ; c'est votre propre intérêt qui vous appelle à en profiter : intérêt politique, intérêt commercial, intérêt de principes, de moralité, intérêt d'humanité ; venez , et vous trouverez tout préparé pour le succès de cette entreprise. » Reconnaissant, ensuite, qu'il coûterait beaucoup au Mexique d*avouer qu'il ne pouvait se délivrer, sans l'appui de l'Europe, du principe dissolvant qui le dévorait, il ajoutait que la vérité parlait plus haut que la vanité. « Le Mexique, disait-il , se trouve réduit, par sa faiblesse, à refléter la forme de gouvernement de la puissance qui aspire à l'absorber, si les souverains européens ne lui prêtent point leur appui. Il demande h être sauvé de. lui-même, d'un voisin dont les envahissements ne connaissent point de bornes , qui semble vouloir s'ériger en dominateur de l'Amérique, et qui a déjà lancé des décrets d'exclusion contre les nations de l'Europe. Ce danger d'une part, de l'autre les graves intérêts de l'Angleterre, de la France, de l'Espagne et de l'Allemagne, dans la conservation d'un marché qui, en retour du mouvement commercial et industriel de ces divers pays, verse tous les ans de vingt à vingt-cinq millions de piastres pour alimenter les fabriques européennes, devraient appeler l'attention des hommes d'État. »
Après la guerre de Crimée, M. Guttierrez de Estrada reprit son œuvre à laquelle on peut dire qu'il a sacrifié , depuis 1839, sa fortune et son existence. Le Mexique étant un pays catholique et conservateur, il lui fallait, au point de vue des principes , un prince catholique et d'une ancienne famille.
CiNDIDÀTDRB DE L*ARCHIDU€ MAXIMILIEN.
Avant de s'occuper de Tintronisation de la monarchie au Mexique» on devait commencer par trouver un souverain, afin de ne pas retomber dans la situation de 1821 , où le Mexique n*avait point de monar({ue pour occuper le trône érigé par le plan d'Iguala. M. Guttierrez de Estrada chercha donc un souverain. Il ne le chercha pas en Angleterre parce que ca pays est protestant, ni en Espagne, parce que les Mexicains exécraient les Espagnols, ni en France, parce que la famille impériale était démocrate, commençait une dynastie trop récente, et qu'un prince français pour empereur du Mexique , devait naturellement mécontenter l'Angleterre et les États-Unis. Ce fut donc en Allemagne que M. Guttierrez chercha son futur souverain. Ses anciennes relations avec de hauts personnages autrichiens et son accès à la cour de Vienne lui firent bientôt fixer son choix sur un archiduc de la maison de Hapsbourg. En principe, le choix était excellent; au point de vue personnel, il était mauvais; pourquoi ne pas l'avouer?
L'archiduc Maximilien, né le 6 juillet 1832, fut dès son en* fance destiné à la marine, et reçut, à cet efiet, avec les bases solides d'une éducation classique, un enseignement tout spécial. Dès l'âge de seize ans, l'archiduc commença ses voyages d'instruction. En 1856, lorsqu'il vint à Paris, il avait visité tout le littoral de la Méditerranée, l'Espagne, le Portugal, Madère, le Maroc, l'Algérie, TÉgypte, la Syrie, etc. Pendant quinze jours, il fut l'hôte de l'empereur à Saint-Cloud, où s'établirent entre les deux princes des relations d'estime et d'afiTection réciproques. Il parcourut ensuite la Belgique et l'Allemagne. L'année suivante il revint en Belgique. Il aimait la princesse Charlotte. Le 2 juillet 1857, l'ambassadeur d'Au* triche, le comte Archinto, demanda, en audience solennelle, au nom de son souverain, au roi des Belges, la main de sa fille, la princesse Marie-Charlotte, pour l'archiduc Ferdinand- Maximilien. On sait que la princesse Charlotte, née le 7 juin 1840, est fille de feula princesse Louise d'Orléans, et la petite-fille de la reine Amélie. Après son mariage, l'archiduc
SGâ mSTOfiB DU MEXIQUE.
visita les côtes de l'Atlantique et particulièrement le Brésil; rarchiduchesse -raccompagna jusqu'à Madère oii elle attendit le retour de son époux.
 son retour, le prince s'adonna tout entier à la réorganisation de la marine autrichienne qui fut distraite du dépar* tement de la guerre pour constituer un ministère indépendant. Par le combat naval de Lissa on a vu qu'il avait réussi à rendre respectable cette marine. Avec la direction supé* rieure de la marine, l'empereur d'Autriche concéda à soa frère la lieutenance du royaume lombardoryenitien. Pendant deux ans, l'archiduc remplit ces fonctions délicates avec succès, et s'attira les sympathies des Italiens euxmêmes. Son administration se signala par des réformes et des améliorations salutaires qui lui valurent une réputation de libéralisme et de bon administrateur. Aimant les arts et les sciences, l'archiduc les cultiva dans sea moments de loisir ; artiste et savant par geût, mais non en réalité, il se construisit sur les bords de l'Adriatique, près de Trieste, w château-palais, style moyen Age, une merveille dans laquelle il réunit des collections variées recueillies pendant sea longs voyages. C'est dans ce séjour de prédilection qu'il aimait à se livrer à ses goûts de collectionneur.
En sa qualité de marin, l'archiduc n'aimait point Tarmée de terre, et son ignorance de Fart militaire, de l'administration et ie l'organisation d'une armée était assez grande pour l'avoir rendu plusieurs fois, au Mexique, injuste envers nos chefs. Je ne retracerai point ici le portrait de l'arcbiduQ esquissé dans mon livre intitulé Le Mexique tel qu'il est. La vérité sur son c/tmal, ses habitants et son gouvernement, le dois pourtant dire que S£| réputation de prince libéral, faite en Lombardie, ne signifiait absolument rienT L'arStiiduQ Maximilien n'était que le lieutenant de son frère et n'avait par conséquent qu'une responsabililé très limitée. L'empereur n'avait point d'enfant, Farchlduc pouvait espérer d'en avoir; en se rendant*populaire par des concessions faites aux It^i-^ liens et au parti libéral, il pouvait enirevoir, dans un ave-
GANDI0ATqR9 W L'AKCHU^UG MAXIMIUEN. aas
nir plus ou moins rapproché, la couronne d'Autriche peser sur son front. Tout le bien qui se faisait dans le Lombardo- Yénitien était attribué à Tarchiduc, tout celui qui ne se fai-r aaît pa3 et toutes les mesures de suspicion ou de répression qui faisaient tant murmurer les libéraux, retombaient sur son frère l'empereur. On avait peut-être raison, mais Tarchiduc profitait de *cette situation ; gai, simple, affabliâ» s^^iâant au possible, il développait par ses manières ce soutinrent public qui creusait un sillon entre les deux frères. G'^t ce sillon, ces espérances inavouées qui motivèrent, jua^'en 1863, les hésitations de l'archiduc Maximilien, à regard de la couronne du Mexique qu'on lui offrait', qui le décidèrent ensuite à faire scruter par M. Ëloin, en 1866, Fopinion publique en Autriche et qui lui valurent la dépêche envoyée par le gouvernement autrichien à M. Lago, lorsque l'infortuné prince voulut abdiquer et revenir à Miramar.
Sf. Gutierrez, en arrêtant son choix sur i'archiduc MaximUien pour le trône du Mexique, s'imagina que les qualités du prince suffisaient pour régénérer le pays et lui imposer un gouvernement stable et fort. C'était une erreur; on ne pouvait ni régénérer le pays ni lui donner un gouvernement fort avec un prince faible, et malheureusement ce priocé était d'une extrême faiblesse de caractère; il crut que le Mexique était une succursale de la Lombardie, et qu*en lui donnant de bonnes lois il ferait son bonheur. Cette illusion le perdit. Outre ses illusions et ses faiblesses de caractère, le prince n'était point l'homme de la situation. En 1862, lorsque j'écrivis mon livre intitulé LEmpire au Mexique^ je di3 à la page 139, en parlant de la candidature de Tarchidue Maximilien. — « Qui donc empêchera Carvajal^ Juarez, Sarogozar^t tant d'autres d'aller à Mexico fusiller l'archiduc, lorsque les Français n'y seront plus »? Que faisait alors ce prince? U faisait venir à Miramar, de Paris et de Vienne, des dessins d'habits et de boutons pour sa future livrée im* périale, et pourtant, il n'avait point encore accepté la couronne ! ! !
8«i HISTOIRE DU MBXIQUB.
Hais ce n'était pas tout d'avoir trouvé un empereur du Mexique, il fallait d'abord obtenir son consentement, pois faire accepter le souverain aux puissances intéressées et enfin le faire agréer aux Mexicains. M. Gutierrez de Estrada dut mettre cinq ans d'efforts continuels, de voyages et de pourparlers pour arriver à ce triple résultat. L'archiduc Maximilien n'ayant aucune envie d'accepter la couronne du Mexique, M. Gutierrez, pour le décider à seconder ses vœux, eut indirectement recours à la princesse Charlotte. Sûr de trouver en elle un appui, dans le cas où le roi Léopold approuverait ce projet, M. Gutierrez part pour la Belgique, reçoit du Nestor des souverains l'approbation la plus complète et des encouragements formels. Le roi, esprit'très pratique, vit dans ce projet une couronne impériale pour sa fille, une inquiétude de moins pour rAutricbe, une alliance utile entre la Belgique, l'Angleterre, l'Autriche, la France et l'Espagne. Au point de vue politique, cette couronne était plus sûre pour la princesse que celle d'Autriche; au point de vue commercial, Anvers et toute la Belgique devaient éprouver les bienfaits de ce grand marché nouveau, ouvert au commerce belge en Amérique.
M. Gutierrez repart alors pour Miramar ; j'ai tout lieu de croire qu'il avait l'agrément, par écrit, non seulement du roi des Belges, mais encore de l'empereur d'Autriche ; il entretient d'abord l'archiduchesse, qui le seconde déjà, puis l'archiduc, des malheurs du Mexique et de ses ressources; il fait appel à leur intelligence, à leur cœur pour entreprendre la régénération et le salut de ce pays; il engage ces deux jeunes descendants de Charles-Quint à se dévouer à cette noble mission humanitaire et politique; il les séduit enfin par l'éloquence la plus touchante que put lui inspirer son vrai patriotisme. L'archiduc, pourtant, n'accepta pas ; avant de se décider, il voulait avoir l'appui des puissances intéressées au maintien de l'ordre au Mexique, il voulait aussi être appelé par le peuple mexicain. Quant à l'archiduchesse, une couronne impériale a pu la séduire, mais ce n'est point