CANDIDATURE DE L^ARCHIDUC HAXIMILIEN
nîère explicite. L*archiduc Maximilien, pour souverain du Mexique, étant un choix mexicain, Tempereur ne pouvait en choisir un autre; mais Tarchiduc n'ayant pas accepté positivement la couronne, ne pouvait être encore appuyé officiellement par la France; aussi, voit-on le gouvernement français n'appuyer qu'officieusement cette candidature mexicaine^ puisque l'arcbiduc n'accepta définitivement la couronne du Mexique qu'en 1864.
L'empereur savait aussi que le général Santa-Anna devait aller au Mexique, avant l'arrivée des troupes alliées à Yera- Gruz, pour y préparer le futur empire mexicain ; mais Santa- Anna différa tellement son départ que le général Almonte dut le remplacer pour donner au gouvernement nouveau le caractère d'institution mexicaine qu'il devait avoir, et ne pas le laisser soupçonner d'être imposé par les puissances étrangères. Napoléon III, désirant sincèrement pour le Mexique un gouvernement national, régulier, stable, devait naturellement voir avec plaisir tous les Mexicains résidant en Europe et dans les Antilles, aller au Mexique s'occuper librement de leurs affaires intérieures, sans craindre les violences ' du parti qui se trouvait encore au pouvoir. Empêcher les conservateurs d'aller, à l'abri de Tintervention, discuter à Mexico leurs intérêts politiques, n'était-ce point violer la neutralité et favoriser les radicaux aux dépens des conservateurs? Quant au retard mis par Santa-Anna à son voyage, — je dis retard, parce qu'on verra qu'il se décida plusieurs fois à faire ce voyage, -— il avait pour raisons : d'abord, les hésitations ordinaires à ce caractère étrange de l'ex-dictateur qui n'a jamais su faire le bonheur de sa patrie lorsqu'il le pouvait; ensuite, son antipathie pour les étrangers et la crainte de se compromettre en précédant une armée étrangère pour rétablir l'ordre dans son pays; finalement, il voulait bien préparer le futur empire mexicain, mais il désirait en avoir la régence exclusive, sinon jusqu'à sa mort, au moins assez de temps pour n'abdiquer qu'au moment où tout étant organisé, régénéré, son abdication, comme celle de
Gharles-Quint, pouvait avoir lieu sans qu*il perdtt de soq prestige.. Le général Almonte remplaça Santa-Anna, et Toa doit constater qu'il eut la sagesse de ne parier, dans aucune de ses proclamations, de la monarchie ni de la candidature de l'archiduc Maximilien; pour en parler officiellement, il attendit la réunion à Mexico de l'Assemblée des notables. Cette réserve mérite d'autant plus d'être signalée que le général Prim prétexta, auprès de son gouvernement, pour rembarquer les troupes espagnoles, l'arrivée de M. Almonte et ses discours.
L'empereur des Français et le gouvernement anglais apprirent, avec beaucoup de mécontentement, le départ de la Eavane des troupes espagnoles, avant l'arrivée des escadres ailiées; malgré les explications données par M. Mon, il resta, dans l'esprit de l'Empereur, l'idée que l'Espagne avait quelque plan particulier en hâtant le départ de la flotte. Uoe dépêche télégraphique de M. Mon à son gouvernement nous imlique que nos plénipotentiaires, M. Jurten de la Gravière et M. de Saiigny, avaient reçu dans leurs instructions des ordres pour appuyer, en cas de besoin, la candidature proposée par les Mexicains, a M. Thouvenel, est-il dit dans cette dépêche» est malade, mais je puis dire à Votre Excellence que le gouvernement français désire vivement établir au Mexique la monarchie, et je suis convaincu que des instruo tions dans ce sens ont été données à l'amiral français et à M. de Saiigny. Le candidat est Tarchiduc Maximilien d'Autriche; il accepte, et l'on compte que l'Angleterre ne s'opposera pas à cette candidature, si même elle ne l'appuie. Les Mexicains résidant à Paris travaillent dans ce sens avec leurs partisans au Mexique. »
Dans la réponse à cette dépêche, qui est une conflrmatioa de celle du 13 octobre , on voit que le gouvernement espaglûol se souciait peu du candidat mexicain, et que le départ précipité des forces espagnoles avait pour but la réalisatioa du desideratum secret exprimé dans la dépêche suivante : — tf Madrid, 9 décembre 1861. — Excellence.— Cette première
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secrétairîe a reçu en temps voulu la dépêche de V. Ei, n*» 371, du 31 octobre dernier, dans laquelle Elle rend compte d'une conférence qu'Eile avait eue avec le ministre des affaires étrangères sur les afTaires du Mexique.
« La Reine, notre maîtresse, à qui j'ai rendu compte de la susdite dépêche, a bien voulu approuver les réponses que V. E. a faites à M. Thouvenel, dans vos conférences sur cette question. C'est en même temps la volonté de S. M. que je fasse connaître à V. E. , comme je le fais en vertu de son ordre royal, que, selon ce qui a été prescrit au général Prim dans ses instructions, dont il a été donné connaissance, à V. E., \e gouvernement de la Reine verra avec plaisir l'établissement, au Mexique, d'un. pouvoir solide et stable; mais, soit qu'il se constitue sous la forme monarchique, qui est la préférable incontestablement, soit sous une forme moins sûre, l'Espagne désirera toujours que le choix soit l'œuvre de la volonté exclusive des Mexicains. On devra leur laisser la même large liberté pour choisir le souverain qui devra les gouverner, s'ils préféraient la monarchie à la république; mais le gouvernement de S. M. ne pourra cacher que, dans ce cas, il croirait conforme aux traditions historiques et aux liens qui doivent unir ces deux peuples, que Von préférât un prince de la dynastie de Bourbon , ou intimement uni à elle; cependant, il ne fera rien pour arriver directement à ce résultat, son principal désir étant que le Mexique et que tous les autres États de l'Amérique espagnole recouvrent la paix et le bien-être dont ils jouirent à l'ombre du trône de notre patrie, etc. — Calderon Collantes. »
L'Espagne, en effet, avait deux princes en vue pour le trône du Mexique : le duc de Parme et le duc de Modëne; le premier étant encore mineur, ne pouvait régner qu'avec une régence. Le général Prim devait-il être le régent ? Je l'ignore; je dis même plus, je ne le crois pas, le comte de Reus ayant dit aux Certes qu'il n'avait pas eu connaissance de cette dépêche du 9 décembre, ce qui signifie, sans doute, qu'il ignorait les desiderata qu'elle renfermait. La candidature du duc
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de Modène était plus sérieuse, car ce prince, possédant une armée de quinze mille hommes et jouissant d'une très grande fortune, pouvait employer son armée et sa fortune à consolider son nouveau trône. Aussi, je ne doute pas que les mots intimement unis à la dynastie de Bourbon ne soient une allusion faite au due de Modène. Malheureusement, pour les candidats espagnols, il est de fait qu'au Mexique, si les Espagnols sont acceptés de «préférence aux autres étrangers comme égaux, ils ne le seraient que les derniers comme dominateurs. Le sentiment d'indépendance est profondément enraciné dans le pays ; mais, chez le peuple spécialement, la signification véritable du mot ce indépendance », c'est indépendance de l'Espagne, ce Et, pendant que personne, ajoutait M. Guttierrez de Estrada, en parlant de cette question, ne croira cette indépendance détruite par l'établissement d'une monarchie avec un monarque d'une autre nation, quelle qu'elle soit, tout le monde la regardera comme perdue, du
moment où ce monarque serait espagnol
« Il ne faut pas oublier que cette question est éminemment mexicaine, quels que soient les intérêts que les autres nations peuvent y avoir; et les conservateurs mexicains» tant au Mexique qu'au dehors, se croient avant tout le droit de désigner leur candidat, droit naturel, évident, et consacré dans la convention de Londres. Or, le candidat des conservateurs est l'archiduc Ferdinand-Maximilien : ce sont eux qui l'ont désigné et qui le demandent. A ce sujet, apprenez que je dois être très au courant de ce qui se passe : quoiqu'on n'ait rien divulgué, croyez que les hommes d'action du parti sont d'accord sur ce point. Par conséquent, la candidature proposée en Espagne les contrarie : elle n'est pas la leur... La candidature de l'archiduc est purement et exclusivement mexicaine : elle a été conçue par des Mexicains, et, si la France l'accepte et l'appuie, ainsi que l'Angleterre, c'est seulement en vue de son excellence manifeste, et parce qu'elle résout une question difficile. » — Lettre à M. D. Pedro de la Hoz. Paris, 32 mars 1862.
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M. Gutierrez avait parfaitement raison, et si l'empereur Napoléon a accepté cette candidature, c'est uniquement parce qu'elle était mexicaine; jamais il n'a essayé de imposer aux autres puissances cosignataires du traité de Londres. « Gela est si vrai, disait à ce sujet M. le marquis de la Havane, que, lorsque les Français envoyèrent des renforts au Mexique, rien ne fut changé dans les premières instructions. — On se borna à dire aux plénipotentiaires d'avoir pour le comte de Reus toute la déférence possible, sans se mettre toutefois sous ses ordres. » *
Avant de laisser la parole aux événements qui se sont passés au Mexique dans le commencement de l'année 1862, et aux documents inédits qui les expliquent, je dois ici publier quelques extraits du discours de M. Rios y Rosas, prononcé le 13 janvier 1863 aux Gortès, concernant dés appréciations sur la triple intervention, et qui complètent les renseignements que je dois donner sur les motifs et le but de l'action commune.
« Jamais, dit l'honorable orateur, au Mexique on a rempli les obligations internationales contractées avec l'Espagne. Depuis qu'en 1836, nous reconnûmes l'indépendance du Mexique, il n'y a pas eu une promesse, un pacte, une convention, il n'y a pas eu un seul traité solennel qui ait été respecté; ni celui de 1847, ni celui de 1851, ni celui de 18S3, ni le traité de Mon-Almonte. Et si l'on parle de la sûreté des nationaux, de la sûreté de leurs personnes et de leurs biens, il ne s'est pas passé une seule année, on peut dire qu'il ne s'est pas passé un seul mois sans que les agents de l'autorité aient commis volontairement, gratuitement, des vols, des spoliations, des assassinats sur les personnes des sujets espagnols.
« Passons à la France : tout le monde sait ce que le gouvernement de Juarez... qui existe aujourd'hui au Mexique, a fait avec les sujets français, a fait avec le ministre français.
<c Si nous passons à l'Angleterre, qui, dans une période de quarante ans, s*est toujours refusée à tout ce qui était une
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intervention au Mexique; à TAngleterre qui s*y est toujours refusée, d*abord à cause du respect de John Bull pour son jeune frère Jonathan, et ensuite parce que, sous le rapport économique, Tanarchie au Mexique ne lui était pas encore devenue nuisible; du moment où cette anarchie le devint, du moment où elle toucha aux capitaux anglais, du moment où elle viola le domicile des sujets anglais et attenta à leur sûreté, alors TAngleterre reconnut le principe de Tintervention;... elle Ta invoqué avec persistance par la bouche de sir Charles Wyke lui-même, ministre plénipotentiaire au Mexique.
ce Par conséquent, «i la monarchie était nécessaire ; si la monarchie exigeait une dynastie; si la monarchie et la dynastie exigeaient une intervention; si l'intervention était juste et légitime, Tintervention devait se f{4ire... Qu'arriva* t-il au début des négociations? Le cabinet anglais, acceptant... le principe de l'intervention, veut intervenir au Mexique le moins possible... mais intervenir. Le cabinet français veut intervenir le plus possible ». . .
Après avoir démontré que le pacte de l'intervention, d'après les termes du traité, impliquait nécessairement que «clés alliés allaient au Mexique pour intervenir, pour détruire le gouvernement existant, et pour en établir un autre», l'orateur ajoute : « Ainsi donc les trois puissances s'étaient engagées à aller au Mexique pour renverser Juarez et établir un autre gouvernement dans les limites de la justice, de la raison et de la volonté nationale, dans ces limites qui sont les hypothèses nécessaires de toutes les interventions. »
Maintenant, avant de voir comment les représentants des puissances alliées ont exécuté les engagements et les intentions de leurs gouvernements réciproques, je dois parler de ce qui se passait à la Havane et à Vera-Gruz, au moment où les forces alliées se préparaient à envahir le Mexique. Voici ce qu'écrivait de la Havane le 25 octobre i86i, au général Woll, un de ses anciens aides de camp... « Ou l'ait déjà les apprêts pour aller à Vera-Gruz. Six mille hommes, avec tout