III. Il
Uannée 1864 commençait très mal pour le second empire. Tandis que Tarmée franco-mexicaine poursuivait ses triomphes faciles, tandis que nos généraux parcouraient le Mexique à la recherche d'un ennemi qui fuyait toujours, la régence était obligée, le 2 janvier 1864, de destituer les magistrats de la cour suprême nommés par le décret du IS juillet 1863. Le décret de destitution suivait une proclamation dans laquelle, après avoir fait Tapologie de Tintervention française et de sa politique libérale et conciliatrice, que la régence devait imiter, il était dit : « La cour suprême, qui devait être le guide naturel des juridictions inférieures, n'a rien oublié, mais n'a rien appris. Les magistrats du passé qui ont été investis de notre confiance ont apporté dans le sanctuaire de leurs délibérations l'esprit de parti qui exclut la justice, favorise les mauvaises passions et entretient la haine et la discorde.
« Après avoir épuisé tous les moyens de persuasion à l'égard de ces magistrats d'une époque dont le retour est
impossible; persuadés que le salut du pays est dans Tadoption des mesures libérales qui nous sont indiquées par la nation généreuse qui nous prodigue son sang et son or... nous avons dû nous résigner au pénible devoir d'écarter des fonctions publiques les magistrats de la cour- suprême qui nous ont refusé leur concours... Le cours de la justice ne sera pas interrompu; lorsque se feront les nouvelles nominations de ceux qui seront chargés de l'administrer, nous ne leur demanderons pas à quel parti ils ont appartenu, mais nous exigerons d'eux qu'ils maintiennent la balance égale pour tous, sans distinction d'opinion, etc. »
Dans le premier « considérant » du décret de destitution il est dit : « Attendu que le tribunal suprême, par la représentation adressée à la régence de l'empire le 31 décembre dernier, s'est mis en état de rébellion contre le gouvernement légitime, en déclarant que jamais il ne s'associerait par ses actes ou ses décisions à l'exécution des circulaires et communiqués officiels publiés ou qui se publieraient par ordre de la régence touchant les biens dits du clergé, à moins que ces dispositions ne consacrent form^ellement le principe de leur restitution simple au clergé. »
Suivent deu;( autres « considérants » et le décret qui proa«vent rijpfluence de moo$eigneur Labastida sur les juges et Lq parti ultra-cléricaL J^ doute que l'archevêque de Mexico se r^ouiase aujourd'hui de l'opposition qu'il a faite alors à la politique de rinterveotion, puis à l'empire. Le même colon^ qui m'avait donné des détails si curieux sur les événeaie0t0 qnû se passaient à la Havane k la fin du mois de décembre 1861» Privait de nouvelles phrases prophétiques, à propœ des embarras de la régence... « Ici, disait-il dans une lettre datée du $ janvier 1864, aous sommes devenus la cibla des démagogues et des partisans du clergé ; ce qui nous manque maîntefiant, c'est qu'à l'arrivée de noire empereur^ nous soyons mis de côté. Si cela arrive, cela ne m'étonnera pas.; ainsi va le monde. » Cela ne manqua pas, eh effet. En parlant de la députatioo, il ajoute : << Je ae sais pourquoi ces
nedsieurs qui sont à Paris paraissent très hostiles au général Almonte, et à nous autres. Il eût été bon qu'ils fussent tenus exposer ici leur poitrine, quand' on avait besoin tf hommes pour le faire... Le P. Miranda n'est pas encore arrîté, — à Mexico. — Que Dieu nous sorte de ses mains ; quand il viendra, et verra ce qui s'est fait, il ne sera guère content. »
Une lettre du général Almonte , datée du 9 janvier 1864 , nous donne des renseignements d'un grand intérêt sur les faits que je viens de citer. <c Le résultat de la campagne dans ^intérieur, dit-il dans cette lettre, ne pouvait être meilleur ; nous n'avons rien à désirer sur ce sujet. Il n'en est pas de même de nos affaires politiques dans cette capitale. Nos amis, ou pour mieux dire ceux qui devraient l'être et devraient aider le gouvernement dans tout , lui créent, par leurs «xigenoes, de telles difficultés, qu'on a dû y mettre un arrêt, pour éviter de plus grands maux. Je fais allusion aux magistrats de la cour suprême, à ceux qu'il a fallu destituer parce qu'ils voulaient faire la loi à la régence, ne lui obéissaient pas, et lui faisaient des représentations pour l'obliger à prendre des résolutions en faveur du clergé.
« Vous n'ignorez pas que dès qye le gouvernement fut établi, je me proposai dé ne toucher en rien à la question si délicate des biens du clergé, et de la laisser comme nous l'avons trouvée, pour que notre empereur la tranchât à son arrivée. Le clergé, peu satisfait de cette décision, fit tant, que le général Bazaine déclara à la régence qu'il avait des ordres pour que tout restât dans le même état qu'avant. En premier lieu, comme je vous l'ai dit, c'était mon programme; secondement, dans le cas où il ne l'aurait pas été, ce n'était ni politique, ni rationnel de se mettre en lutte avec le général Bazaine, et moins encore au moment d'ouvrir la Campagne de l'intérieur; mais le clergé n'a pas voulu le comprendre ainsi ; il s'est déclaré en lutte ouverte avec lé général, et la suprême cour fit de même, opposant â tout son inertie et sa résistance. En vain, je fis appel à la patience, à
la tolérance et à la conciliation. La tolérance et le désir d'éviter un scandale furent pris pour de la faiblesse. La suprême cour, non satisfaite de désobéir et d*étre tolérée, fit, par écrit, une pétition à la régence dans laquelle elle se révoltait, et l'on fut obligé de faire un exemple. La régence a destitué tous les magistrats et en a nommé d'autres. Ce pas était très pénible à faire, mais indispensable pour établir l'accord entre la régence et ses subordonnés, et leur faire comprendre que le temps est fini où tout individu imposait sa volonté au gouvernement. Il est d'une absolue nécessité de respecter ses ordres et d'oublier la mauvaise habitude des années passées, etc. — J. Almonte.
P. S. A la dernière heure. Arramberri , Ampudia et Parrodi, généraux de Juarez, se sont présentés, M San Luis Potosi, au général Mejia et ont prêté serment à l'empire, ainsi que l'ancien ministre des finances et plusieurs autres fonctionnaires de Juarez. Doblado cherche un port sur le Pacifique pour s'embarquer. »
Ce même jour, 9 janvier, le général Almonte écrivit à l'archiduc Maximilien qui lui répondit la lettre suivante : — « Mon cher général. — Les nouvelles que me donne votre lettre du 9 janvier sont on ne peut plus satisfaisantes, au point de vue militaire/Les actes d'adhésion, reçus en dernier lieu par M. Gutierrez semblent hâter le moment où nous connaîtrons les vœux de la grande majorité du pays.
ce De mon côté, j'ai cru utile, pour activer les négociations que nous poursuivons en Europe, de me rendre à Bruxelles, où je suis plus rapproché du centre de ces négociations et où il m'est possible de recueillir directement les sages conseils du roi mon beau-père. J'ai aussi invité plusieurs notabilités mexicaines à rester ici auprès de moi, pour m'éclairer de leurs avis patriotiques.
« Lorsque les bases essentielles de nos engagements seront posées, je compte aller faire une visite à Paris et à Londres, et recevoir ensuite, dans la dernière quinzaine du mois prochain, à Miramar, la députation qui, d'ici là, sera sans
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doute en possession des documents constatant les votes des provinces plus éloignées.
« L'archiduchesse me charge de vous dire mille choses aimables et je suis, mon cher général, avec une estime sincère, — Votre très affectionné, — Haximilien. — Bruxelles, palais du roi, 27 février 1864. »
MM. Gutierrez de Estrada, Yelasquez de Léon et quelques autres Mexicains, appelés comme conseillers auprès de Tarchiduc, étaient renommés dans leur patrie pour l'exagération de leurs idées réactionnaires, politiques et religieuses et leur antipathie contre tout élément étranger. Ils firent chorus avec les partisans de l'archevêque qui accusaient la régence de faiblesse vis-à-vis de l'intervention et disposèrent l'archiduc à suivre une politique différente de celle du général Âlmonte, pour ne pas paraître agir sous la tutelle de la France: L'archiduc y était personnellement disposé, mais on verra qu'en se séparant brusquement de la politique conciliatrice et sage de la régence, il tourna le dos aux conservateurs, aux impérialistes et se jeta dans les bras des juaristes et des fédéraux. Â la fin de février, lorsque l'archiduc se trouvait à Bruxelles, il était enfin décidé à partir pour le Mexique, l'emprunt franco-anglais était à peu près conclu ; toutes les garanties qu'il demandait avaient été accordées; il voulut donner à son acceptation de la couronne, toute la solennité possible, et chargea M. Velazquez de Léon d'écrire au général Woll la lettre suivante, qui est trop étrange pour ne pas être publiée en entier :
a Bruxelles, 29 février 1864. — Mon ami très apprécié, — Je suis chargé par S. A. l'archiduc de vous écrire pour vous dire qu'Elle désirerait que les généraux prisonniers qui ont fait adhésion à son auguste personne, et que vous jugerez dignes, se rendent à Jtfiramar; mais que ceci se fasse sans qu'ils sachent que l'archiduc le désire, et comme un acte volontaire de leur part, pour assister à l'acceptation solennelle de la couronne du Mexique qui se fera à Miramar en présence de notre commission et de plusieurs Mexicains,
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invités à œi effet, lorsque arriveront les actes — les votes ^ qui manquent. Vous présenterez ces généraux, et Son Altesse espère que pour cela vous vous mettrez <l*acoord avec M. Escandon, parce qu'on lui a recommandé plusieurs prisonniers» parmi lesquels il y a on on plusieurs officiers indiens ; Tarchiduc désire que ces derniers assistent aussi à la solennité, à Miramar.
<c L*arcfaiduc désire, en outre, à cause de la connaissance que vous avez de Tarmée mexicaine, que vous proposiez, si vous les rencontrez à votre satisfaction, un ou plusieurs anciens officiers qui pourraient, par leurs connaissances particulières des armes et leurs capacités, choisir et recevoir l'armement que l'on doit acheter ici, sinon Ton nommera ici les commissionnés — pour cçs achats. — J. Vélazqoez de Léon. »
L'iirchiduc et l'archiduchesse se rendirent à Paris dans les premiers jours de mars, et furent reçus aux Tuileries avec toute la distinction qui leur était due. Le dimanche 6 mars, ils assistèrent à la messe, dans la chapelle du palais, à côté de Leurs Majestés. Le projet du traité de Miramar, qui ne devait être signé qu'après l'acceptation officielle de la Couronne, fut paraphé dans le courant de la semaine. Le vendredi 11, eut lieu, dans les salons de l'ambassade d'Autriche, une réception exclusivement réservée aux Mexicains résidant à Paris. H. Gmlierrez de Estrada présentait à Leurs Altesses les dames, et M. Hidalgo, destiné à la légation de Paris, présentait les messieurs. Au nombre de ces deiiiiers figuraient plusieurs généraux prisonniers devenus impérialistes. Le 12, à sept heures du soir, Leurs Altesses partirent pour Londres où des appartements leur avaient été retenus d'avance à l'hôtel Glarendon. Après avoir rendu visite à la reine d'Angleterre, aux nombres de la ftunille royale et à la reine Amélie, Leurs Altesses revinrent il Bruxelles, se rendirent ensuite à Vienne et retournèrent k Miramar fhire leurs préparatifs de départ pour le Mexique.
Le 9 avril , Tempereur d'Autriche vint à Miramar faire
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signer à son frère l'acte appelé Pacte de famille^ portant renonciation absolue à tous les droits lui appartenant du chef de son titre d'agnat d'Autriche. L'archiduc désirait maintenir intact son titre d*agnat, tout en se déclarant prêt à prendre rengagement de n*en invoquer le bénéfice qu*en cas de l'extinction totale des agnats appelés à la succession. Dans l'article 1^ du Pacte de famille signé par l'archiduc on lit : « L'archiduc Ferdinand Maximilien renonce, pour son auguste personne et ses descendants, à la succession de Tempire d'Autriche, etc. Art. 3. Dans les cas néanmoins, ce qu'à Dieu ne plaise ! où il arriverait que tous les autres illustrissimes archiducs et leurs descendants mâles... viendraient à s'éteindre, Son Altesse impériale conserve formellement et de plein droit, pour ce cas-là, tant pour son auguste per^ sonne que pour sa descendance mâle... tous les droits mentiennes de succession..., de sorte que, pour ce cas, la renonciation prononcée par l'art. 1^ ne devra porter préjudice ni à Son Altesse impériale ni à ses descendants, etc. » L'empereur d'Autriche repartit de suite pour Vienne, après la signature de ce pacte. Il était utile de parler de cet inci^ dent, car, avant la fin de l'année, l'empereur Maximilien protesta contre cet acte.
Le 10 avril, à 10 heures du matin, le contre^^amiral, comte Hadick,, chambellan de service, auprès de l'archiduc, alla diercber la députation, logée à la maison consistoriale de Trieste. Quatre carosses de gala amenèrent la députation à Miramar; elle était suivie d'un certain nombre de person- Mges mexicains, étrangers, de ministres, généraux, officiers eu grand uniforme. A midi, le comte Zichy, grand-mattre de la maison de l'archiduc, suivi du marquis Gorio, grandmattre des cérémonies, conduisit la députation mexicaine à te salle des réceptions. L'archiduc debout l'attendait devant flne table, sur laquelle se trouvaient les actes d'adhésion à l'empire; il avait à sa gauche l'archiduchesse Charlotte; à o6té«t derrière Leurs Altesses on voyait le général Frossard, aide de camp de l'empereur Napoléon, H. Herbet, délégué
impérial, la princesse de Metternich, la marquise de Ville, les comtesses Zichy, ColloaiU, le ministre belge près la cour d'Autriche, M. Monier, commandant de la frégate Themis et d'autres personnages.
Vingt Mexicains formaient un demi-cercle autour du président de la commission, M. Gutierrez de Estrada qui prononça un discours dans lequel il déplorait les malheurs de son pays, « sous lesquels, disait-il, il aurait succombé sans le secours de l'un des plus grands empires de l'Europe, et sans l'abnégation de Votre Altesse impériale... Honneur et gratitude... à la nation glorieuse, qui à la voix de son souverain, n'a pas hésité à verser son sang pour notre rédemption politique, créant de cette manière, entre les deux continents, une nouvelle confraternité... Honneur et gratitude à cet empereur aussi grand que généreux qui, faisant un intérêt français de tous les intérêts du monde, eut la gloire d'arborer, en quelques années et malgré les obstacles, le pavillon de la France, toujours craint, mais toujours sympathique, sur les confins de l'empire chinois et sur les extrémités lointaines de l'empire mexicain. » M. Gutierrez insiste ensuite sur les principes catholique et monarchique sur lesquels il faut s'appuyer pour faire le bonheur du Mexique ; il termine par des espérances sur la prospérité de l'empire;
L'archiduc dans sa réponse dit que le vote de l'assemblée des notables lui paraît ratifié par l'immense majorité des Mexicains. « Ainsi, ajoute-t-il, est accomplie la première condition formulée dans ma réponse du 3 octobre dernier. L'autre aussi que je vous indiquais alors, concernant les garanties nécessaires pour que l'empire naissant pût se consacrer avec calme à établir son indépendance et son bienêtre. Nous comptons aujourd'hui sur ces sécurités, grâce à la magnanimité de l'empereur des Français qui, dans le cours des négociations qui ont eu lieu à ce sujet, s'est constamment montré animé d'un esprit de loyauté et de bienveillance dont je conserverai toujours le souvenir.
« D'autre part, Tauguste chef de ma famille a consenti k ce que je prenne possession du trône qui m*est offert.
(c Aujourd'hui je puis donc tenir la promesse conditionnelle que je vous fis, il y a six mois, et déclarer ici, comme je le déclare solennellement, que j'accepte, avec l'aide du Tout-Puissant, des mains de la nation mexicaine la couronne qu'elle m'offre... J'accepte le pouvoir constituant que la nation, dont vous êtes les organes, veut bien me conférer, mais je le conserverai seulement le temps nécessaire pour créer au Mexique un ordre de choses régulier et établir des institutions sagement libérales
ce L'entreprise qui m'est confiée est grande, mais je ne doute pas de la mener à bonne fin, me confiant dans le secours divin et la coopération de tous les bons Mexicains.
a Je terminerai, messieurs, assurant de nouveau, que mon gouvernement n'oubliera jamais la reconnaissance qu'il doit au monarque illustre, dont Tamical concours a rendu possible la régénération de notre beau pays... »
M. Gutierrez de Estrada, suivant alors la coutume espagnole, mit un genou en terre, baisa la main de l'empereur, en signe d'hommage et cria : Salut à S. M. Maximilien P', empereur du Mexique ! Les Mexicains répétèrent ces cris. Les mêmes hommages et les mêmes cris furent adressés à l'impératrice. Ensuite l'abbé de Lacroma, la mitre sur la tête et la crosse à la main, assisté de l'aumônier et d'un prêtre mexicain, s'approcha de l'empereur qui prêta sur les Ëvaugiles le serment suivant : « Moi, Maximilieu, empereur du Mexique, je jure à Dieu parles saints Évangiles, de procurer par tous les moyens en mon pouvoir, le bien être et la prospérité de la nation, de défendre son indépendance et de conserver l'ititégrité de son territoire. »
En ce moment, le pavillon mexicain fut hissé sur la tour du palais et salué de vingt et un coups de canon par la frégate autrichienne Bellona et la frégate française Themis. Le Te Deum fut ensuite chanté dans la chapelle du palais. Puis, M. Velazquez de Léon, oàinistre d'État, le général WoU,
aide de camp de Tempereur, et M. Iglesias, secrétaire du cabinet, prêtèrent serment entre les mains de Sa Majesté. Ce même jour, l'empereur envoya un décret à Mexico pour dissoudre la régence, et nommer le général Almonte lieutenant de l'empire jusqu'à l'arrivée de Leurs Majestés sur le terri* toire mexicain. L'impératrice, par un autre décret, fut nommée régente, en cas de mort de l'empereur ou pour tout autre motif qui l'empêcherait de gouverner. Des nominations dans Tordre de la Guadalupe, rétabli par la régence et confirmé le 10 avril 1864, par l'empereur, furent également faites, ainsi que les nominations aux ambassades de Paris, Vienne, Rome, Bruxelles, Londres et Madrid.
Voici la teneur du traité de Miramar signe pareillement ce même jour.
« Napoléon par la gr&ce de Dieu et la volonté nationale» empereur des Français, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.
« Une convention, suivie d'articles additionnels secrets, ayant été conclue le 10 avril 1864, entre la France et le Mexique, pour régler les conditions du séjour des troupes françaises au Mexique ; convention et articles additionnels secrets dont la teneur suit :
« Le gouvernement de S. M. l'empereur des Françiais et celui de S. M. l'empereur du Mexique, animés d'un désir égal d'assurer le rétablissement de Tordre au Mexique et de consolider le nouvel empire, ont résolu de régler par une convention les conditions du séjour des troupes françaises dans ce pays, et ont nommé à cet effet, savoir : S. M. l'empereur des Français, M. Charles François Edouard Herbet, ministre plénipotentiaire de première classe, etc.» et S. M. l'empereur do Mexique, M. Joaquin Velazquez de Léon, son ministre d'État sans portefeuille, etc. Lesquels après s'être communiqués leurs pleins pouvoirs, trouvés en bonne et due forme, sont convenus des articles suivants :
c( ART. !•'. Les troupes françaises qui se trouvent aetuelle*
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ment au Mexique, seront réduites le plus tôt possible à un corps de 28,000 hommes, y compris la légion étrangère.
ce Ce corps pour sauvegarder les intérêts qui ont motivé l'intervention restera temporairement au Mexique dans les conditions réglées par les articles suivants.
ce ART. 2. Les troupes françaises évacueront le Mexique au fur et à mesure que S. M. Tempereur du Mexique pourra organiser les troupes aéce3saires pour les remplacer.
Qc Art. 3. La légion étrangère au service de la France, composée de 8,000 hommes, demeurera néanmoins encore peQ<daat six années au Mexique, après que toutes les autres forces françaises auront été rappelées conformément à rar^ticle S. Â dater de ce moment, ladite légion passera au service et à la solde du gouvernement mexicain. Le gouvernement mexicain se réserve la faculté d*abréger la durée de remploi au Mexique de la légion étrangère.
c( Art. 4. Les points du territoire à occuper par les troupes françaises, ainsi que les expéditions militaires de ces troupes^ â'il y a lieu, seront déterminés de commun accord et direc»* tement entre S. M. l'empereur du Mexique et le commandant en chef du corps français.
a Art. 5. Sur tous les points où la garnison ne sera pas exclusivement composée de troupes mexicaines , le commandement militaire sera dévolu au commandant français*
« En cas d'expéditions combinées de troupes françaises et mexicaines, le commandement supérieur de ces troupes appartiendra également au commandant français.
(c Art. 6. Les commandants français ne pourront inter** venir dans aucune branche de l'administration mexicaine*
« Art. 7. Tant que les besoins du corps d'armée français nécessiteront, tous les deux mois, un service de transports entre la France et le port de Vera-Gruz, les frais de ce ser^ vice, fixés à la somme de 400,000 francs par voyage — aller et retour, — seront supportés par le gouvernement mexicain et payés k Mexico.
« Art. 8. Les stations navales que la France entretieat dans
les Antilles et dans Tocéan Pacifique, enverront souvent des navires montrer le drapeau français dans les ports du Mexique.
« Art. 9. Les frais de Texpédition française au Mexique à rembourser par le gouvernement mexicain sont fixés à la somme de 270 millions pour tout le temps de la durée de cette expédition jusqu'au 1^ juillet 1864. Cette somme sera productive d'intérêts à raison de 3 «/o par an.
<c Art. 10. L'indemnité à payer à la France par le gouvernement mexicain, pour dépenses de solde, nourriture et entretien des troupes du corps d'armée, à partir du !<"' juillet 4864, demeure fixée à la somme de mille francs par homme et par an.
ce Art. h. Le gouvernement mexicain remettra immédiatement au gouvernement français la somme de 66 millions en titres de l'emprunt au taux d'émission, savoir : S4 millions en déduction de la dette mentionnée dans l'article 9, et 13 millions comme acompte sur les indemnités dues à des Français, en vertu de l'article 14 de la présente convention.
(c Art. 12. Pour le paiement du surplus des frais de guerre et pour l'acquittement des charges mentionnées dans les articles 7, 10 et 14, le gouvernement mexicain s'engage à payer annuellement à la France la somme de 25 millions en numéraire. Cette somme sera imputée : l^" sur les sommes dues en vertu desdits articles 7 et 10 ; ^ sur le montant en intérêts et principal de la somme fixée dans l'article 9; 3<> sur les indemnités qui resteront dues à des sujets français, en vertu des articles 14 et suivants.
« Art. 13. Le gouvernement mexicain versera, le dernier jour de chaque mois à Mexico, entre les mains du payeur général de l'armée, ce qu'il devra pour couvrir les dépenses des troupes françaises restées au Mexique, conformément à l'article 10.
« Art. 14. Le gouvernement mexicain s'engage à indemniser les sujets français des préjudices qu'ils ont indûment soufi'erts et qui ont motivé l'expédition.
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ce Art. 15. Une commission mixte, composée de trois Français et de trois Mexicains nommés par leurs gouvernements respectiTs, se réunira à Mexico dans un délai de trois mois, pour examiner et régler ces réclamations.
ce Art. 16. Une commission de révision, composée de deux Français et de deux Mexicains désignés de la môme manière, siégeant à Paris, procédera à la liquidation définitive des réclamations déjà admises par la commission désignée dans Tarticle précédent et statuera sur celles dont la décision lui sera réservée.
«Art. 17. Le*gouvernement français remettra en liberté tous les prisonniers de guerre mexicains, dès que S. M. Tempereur du Mexique sera rentré dans ses Ëtats.
ce Art. 18. La présente convention sera ratifiée et les rati; fications en seront échangées le plus tôt que faire se pourra.
« Fait au château deMiramar le 10 avril 1864. — Herbet. — Velazquez.
« Articles additionnels secrets. — Suivent les préambules ordinaires.
« Art. 1«'. s. M. l'empereur du Mexique, approuvant les principes et les promesses énoncés dans la proclamation de H. le général Forey, en date du 12 juin 1863, ainsi que les mesures prises par la régence et par le général en chef français, conformément à cette déclaration, a résolu de faire connaître à son peuple, par un manifeste, ses intentions à cet égard.
if Art. 2. De son côté, S. M. l'empereur des Français déclare que l'effectif actuel du corps français de 38,000 hommes ne sera réduit que graduellement, et d'année en année de telle sorte que les troupes françaises restant au Mexique, seront, eny comprenant lalégion étrangère, de28,000 hommes en 1865; de 25,000 en 1866; de 20,000 en 1867.
« Art. 3. Lorsque la légion étrangère, aux termes de l'article 3 de la susdite convention, passera au service et à la solde du Mexique, comme elle n'en continuera pas moins à servir une cause qui intéresse la France, le général et les
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officiers qui en font partie conserveront leur qualité de Français et leurs titres à l'avancement dans Tarmée française couformément à la loi.
c< Fait au château de Miramar, le 10 avril 1864. — Herbet Velazquez. »
Dans la journée du 14 avril, l'empereur et Timpératrie^ s'embarquèreiU à bord de la Novara suivie de la Thémis qui devait escorter Leurs Majestés jusqu'à Vera-Cruz. Le 18, dans l'après-midi, les deux frégates arrivaient à Giviia-Vee* chia. Le même soir, à 6 heures, Leurs Majestés entraient à Rome, saluées par le canon du château Saint-Ange, et allaient se reposer au palais Marescotti, résidence ordinaire de M. Gutierrez de Estrada. Le roi de Naples et le cardinal Antonelli firent immédiatement une visite aux nouveaux souverains. Le lendemain, Leurs Majestés eurent une entrevue avec Sa Sainteté; l'empereur alla causer ensuite avec le cardinal Antonelli, tandis que l'impératrice visitait le Vatioan. Le 20, Leurs Majestés entendirent la messe au Vatican, reçurent la communion des mains du souverain pontife, et retournèrent au palais de Marescotti pour recevoir la visite de Pie IX, qui vint les voir à midi. A quatre heures du soir, Leurs Majestés quittaient Rome; elles s'embarquaient à neuf heures à Civita-Veccbia, et une demi-heure apcès, la Novara et la Thémis mettaient le cap sur Gibraltar.
L'auteur de la brochure La Cour de Rome et tEmpereur Maximilien ne se fondait que sur des probabilités, lorsqu'il disait que l'empereur se rendit è Rome « pour obtenir les concessions indispensables pour Tordre et la tranquillité dans son empire. » Il ne passa à Rome que pour demander la bénédiction du Saint-Père ; les documents, dont l'autew? ne cite qu'une partie, prouvent que l'empereur, pendant son court séjour & Rome, comme l'affirme le cardinal knUh nelli dans sa lettre du 9 mars 186S, n'a entamé « aucune négociation relative aux affaires religieuses du Mexique. » Si le pape n'a pas signé de concordat, c'est qu'on ne lui en a point demandé. L'auteur de cette brochure l'ignorait sans doute.
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Sans ce concordat f empire du Mexique devait avorter, et, tous ceux qui connaissent ce pays, son histoire et les mœurs de ses habitants diront que Tempire a été tué par Tignorance ou te dédain de l'empereur à regard de la situation politique et religieuse de sa patrie adoptive. N*en déplaise au singulier avocat du maréchal Bazaine, la situation financière du Mexique pouvait accélérer ou prolonger l'agonie de l'empire, le tuer ou le sauver à jamais. L'empereur en arrivant au Mexique, pour ne pas devenir un gouvernement étranger et par conséquent antipathique à toute la nation, devait s'ap^ puyer sur la propriété, sur le travail, sur les forces vitales, c'est à dire sur le parti conservateur. Le parti libéral lui étant naturellement hostile, l'empereur pouvait espérer le contenir, l'empêcher de troubler le repos public, mais se le concilier, ce n'était possible qu'après de longues années de paix et de prospérité. Pour s'appuyer sur le parti conservateur, il fallait connaître ce qu'il était au Mexique, préparé]^ la solution des affaires religieuses, des biens nationalisés et ne quitter Rome qu'avec un concordat. Ce concordat n'eût pas été difficile à obtenir, car si « la cour de Rome, comme l'a dit M. Thiers, ne peut pas prendre l'initiative à cet égard, — la nationalisation des biens de mainmorte, — elle peut consacrer le fait, comme elle l'a consacré en France, quand ttne fois il a été accompli. »
Le projet, proclamé plus tard par l'empereur était sage ; de même que l'on doit sauver d'une incendie tout ce que Ie!3^ flammes n'ont pas d^vor^, il fallait sauver des transactionâ^ op^ées à la suite des décrets juaristes toutes les ventes illégales ; il s'agissait de dire aux détenteurs de bonne foi : Vous ne serez point inquiétés et de dire au clergé : modérer vos prétentions, acceptez une transaction, faites la part du feu ; Pie IX l'a bien faite, à son retour de Gaëte, en acceptant le papier-monnaie de Mazzini. Il était donc possible de^ s'entendre avec Rome ; les conseillers de l'archiduc, à Miramar comme à Bruxelles, auraient dû lui en montrer l'absofû^ nécessité, et Maximilien ne devafit pas venif an Mexique sans
un concordat qui réglât cette affaire. Sans cet accord préalable Tempire était mort-né, car le jour où Ton sut au Mexique que cet accord n'existait pas, Tempereur eut encore des amis, mais Tempire n*en avait plus, et l'année ne se passa pas, sans voir commencer son agonie. En Europe, la question des biens nationalisés pouvait se limiter à une mesure financière plus ou moins grave; au Mexique c'était une question de vie ou de mort; il est donc étrange que le parti réactionnaire, ultra-catholique, représenté par M. Gutierrez et monseigneur Labastida, n'ait point insisté sur la nécessité de résoudre cette question, avant de partir pour le Mexique.
En voyant la composition de l'entourage de l'empereur sur la Novara, tous ces hommes appelés à diriger ses conseils, qui divisaient — sans savoir pourquoi — le Mexique, en départements et par classes, on devait s'attendre à tous les gâchis administratifs et politiques qui ont précipité la chute de l'empire au lieu de le consolider. Pour un pays s'afTaissant sous le poids des dettes, ne présentant plus qu'un monceau de ruines sociales, économiques, industrielles et commerciales, on préparait des décrets pour ta préséance dans les cérémonies publiques, l'institution d'un nouvel ordre, de nouvelles médailles, une garde palatine, une courdi3pendieuse; les routes faisaient défaut, on manquait de ressources, et loin de songer à faire des routes, à se créer des ressources, on s'occupait d'habits brodés, de créer au palais, en faveur des étrangers qui suivaient l'empereur, des fonctions importantes et bien rétribuées. On voyait se renouveler sur la Novara l'histoire de ce Français qui voulant établir dans les déserts de l'Amérique un magasin dé marchandises à l'usage des Peaux Rouges, composait son stock de plumeaux, de toiles d'Irlande, de porcelaines fines et de services de thé ! Entre de telles mains, quelles pouvaient être les destinées de l'empire ? Saigné à blanc par les conseillers de l'empereur, il devait être étouffé par ses ministres.
Le 24 avril, la iVovara s'arrêta à]Gibraltar; ses hôtes furent
fêtés par les autorités anglaises qui dînèrent à bord. Le 27, elle se remit en route, et arriva le 16 mai à la Martinique. L'empereur, toujours bon avec les malheureux, donna la liberté à plusieurs officiers mexicains prisonniers et une somme de mille francs à ceux qui devaient attendre le décret d'amnistie. Le 28 mai, à six heures du matin, la Thémis jeta l'ancre à Vera-Cruz, annonçant que l'empereur arrivait, et dans l'après-midi de ce même jour la Novara vint à son tour s'ancrer entre le fort Saint-Jean d'Uloa et Sacrificios.
La nouvelle du départ de Leurs Majestés de Miramar était arrivée au Mexique, le 15 mai. Ce jour-là, le général Aimonte prit les rênes du pouvoir comme lieutenant de l'empereur. Avant de se dissoudre, la régence, dans un manifeste à la nation, rendit compte de la situation actuelle du Mexique, et de celle dans laquelle la régence l'avait trouvée au mois de juillet 1863. Ce manifeste, trop long pour être cité, contient des passages que l'empereur aurait bien dû méditer avant d'inaugurer une politique contraire à celle des régenls, il y aurait trouvé des enseignements utiles, a Un gouvernement, est-il dit dans ce document, qui devait son existence à l'action combinée des intérêts nationaux et de la France magnanime et civilisatrice, devait refléter dans sa conduite, les éléments auxquels il devait son origine... Le gouvernement provisoire n'a pas trouvé un seul employé dans aucune des branches de l'administration ; les archives les plus importantes étaient dispersées ou mutilées... Le trésor public, sans un seul centime, les ressources qui devaient l'alimenter entièrement desséchées, non seulement par l'imprudence et l'incapacité, mais encore par le système vraiment criminel du gouvernement déchu qui avait dépeuplé les villes et les campagnes, annihilé l'agriculture, tué l'industrie et le commerce, et détruit partout la sécurité, la paix et la confiance... Sans revenus, sans employés ni archives... sans organisation politique, militaire et judiciaire, sans rien, en un mot, pour aider le gouvernement provisoire, il lui aurait été impossible de faire un pas, sans la coopération efficace des
hommes et de la politique de l'intervention... Le gouverne* ment a mis à la tête des différents emplois politiques des faommes, dont le patriotisme et la probité les rendaient dignes d'être les collaborateurs et les interprètes du gouvernement. » Après avoir parlé de ce qu'avait fait la régence, malgré la modicité de ses ressources, pour le bien-être du pays, l'instruction publique et les sciences, le manifeste ajoute : « Le gouvernement provisoire a la satisfaction d^aanoncer que, pendant son existence, le Mexique a vu, comme un phénomène, payer religieusement tous les employés et les marchés du service public. »
Dans la soirée du 28 mai, le général Almonte se rendit à bord de la Novara ei remit ses pouvoirs à l'empereur qui le nomma grand maréchal du palais, fonction équivalente à une retraite de la direction politique du pays.Ge même jour, l'on afficha, dans Vera-Cruz, la proclamation suivante de l'empereur î
— a Mexicains. —Vous m'avez désiré. Votre noble nation, par une majorité spontanée , m'a désigné pour veiller, à partir d'aujourd'hui, sur l'avenir de vos destinées. Je m'em* presse de répondre avec joie à cet appel.
«c Quoiqu'il m'ait été pénible de dire adieu pour jamais à mon pays et aux miens, je l'ai fait cependant, persuadé que la Providence m'a assigné, par votre vote, la noble mission de consacrer mon cœur et toute mon énergie à un peuple qui, fatigué des luttes désastreuses, désire sincèrement la paix et le bien-être, à un peuple qui, ayant reconquis son indépen* dance, veut goûter enfin les fruits de la civilisation et du vrai progrès.
c< La confiance dont nous sommes mutuellement animés sera couronnée d'un glorieux succès si nous demeurons constamment unis pour la défense des grands principes, uniques fondements durables des États modernes, les principes d'inviolable et d'immuable justice, d'égalité devant la loi, du chemin ouvert à tous pour toute carrière et toute position sociale, la complète liberté des personnes résu-
mant en elle la protection de Tindividu et celle de la propriété, le développement de la richesse nationale, les améliorations de l'agriculture, des mines et de l'industrie, rétablissement de voies de comm'unication pour un commerce étendu, enfin le libre essor de Tintelligence dans toutes ses relations avec l'intérêt public.
« Les bénédictions du ciel , et avec elles le progrès et la liberté, ne nous manqueront pas si tous les partis, se ralliant à un gouvernement fort et loyal, marchent de concert au but que je viens d'indiquer et si nous sommes toujours animés du sentiment religieux, cachet distinctif de notre belle patrie, même aux époques les plus malheureuses.
ce Le drapeau civilisateur de la France, élevé si haut par son noble empereur, auquel vous devez la résurrection de Tordre et de la paix, représente les mêmes principes. C'est là ce que vous disait, dans un langage sincère et désintéressé, il y a quelques mois^ le chef des troupes françaises, prophète en quelque sorte d'une nouvelle ère de félicité : tout pays qui désire un avenir parviendra à être grand et fort en suivant cette voie. Unis , loyaux et fermes , Dieu nous donnera la force d'atteindre le degré de prospérité que nous ambitionnons.
« Mexicains, l'avenir de votre beau pays est en vos mains. Quant à moi, je vous offre la volonté sincère, laloyauté et la ferme intention de respecter vos lois et de les faire respecter avec une autorité inébranlable. Dieu et votre confiance constituent ma force. Le pavillon de l'indépendance est mon symbole. Ma devise, vous la connaissez : Impartialité dans la justice. J'y serai fidèle toute ma vie. A moi de tenir le sceptre avec confiance, l'épée de l'honneur avec fermeté. A l'Impératrice est dévolue la tâche, digne d'envie, de consacrer au pays tous les nobles sentiments d'une fervente chrétienne et la tendresse d'une mère dévouée.
« Unissons-nous donc pour atteindre le but commun. Oublions un sombre passé. Ensevelissons les haines de par- , tis» et l'aurore de la paix et d'une félicité méritée se lèvera
radieuse sur le nouvel empire. — Maximilien. — Vera-Cruz, 28 mai. »
Le lendemain matin, dimanche 29 mai, Leurs Majestés après avoir entendu la messe à bord, débarquèrent à Vera- Cruz, vers six heures, reçurent les clefs de la ville, et partirent pour la Soledad où elles arrivèrent à neuf heures du matin. Les journaux de Vera-Cruz de cette époque, sont remplis de poésies en l'honneur des jeunes souverains, poésies entourées de fleurs, placées aux portes et aux balcons des maisons, recueillies et publiées par la presse locale; tous disent que la réception fut enthousiaste et brillante ; des lettres particulières affirment qu'elle fut plus brillante qu'enthousiaste. C'est possible. Leurs Majestés ne faisant que traverser cette ville à une heure aussi matinale, l'accueil qu'on leur fit dut se ressentir de cette double circonstance; puis, il ne faut pas oublier que le désordre et les révolutions enrichissaient les négociants des ports mexicains; et qu'un gouvernement régulier devait les effrayer.
A la Soledad eut lieu un déjeuner auquel assistèrent les principaux personnages de la suite de Leurs Majestés, et ceux qui devaient les accompagner jusqu'à Loma-Àlta où s'arrêtait alors le chemin de fer. A Loma-Alta, les souverains montèrent en voiture, escortés d'un escadron commandé par le colonel D. Miguel Lopez et de cent lanciers du général Galvez. Entre le Paraje et le Cerro del Chiquihuite, un essieu de la voiture impériale se rompit pendant Tobsourité de la nuit, et comme il n'y avait aucun moyen de la réparer, Leurs Majestés continuèrent la route dans la voiture occupée par les généraux de Maussion et Galvez. Le vent se leva avec tant de force, et la pluie tomba en telle abondance que les torches portées par l'escorte s'éteignirent avant d'atteindre Paraje nuevo. Heureusement, des Indiens envoyés de Cordova, arrivèrent peu de temps après, leurs cris de joie et la lumière de leurs innombrables torches, changèrent le lugubre de la situation en une vraie fête. Le cortège impérial arriva à deux heures et demie du matin à
Cordova, et trouva la ville illuminée et remplie de spectateurs.
De Gordova à Mexico, le voyage de Leurs Majestés ne fut qu'une série ininterrompue d*ovations les plus frénétiques.
Le dimanche 12 juin 1864, après avoir entendu la messe è Notre-Dame de Guadalupe, Leurs Majestés montèrent en chemin de fer à neuf heures du matin et arrivèrent à Mexico un quart d'heure après. Des voitures les attendaient pour les conduire à la cathédrale où fut chanté un Te Deum. La ville était pavoisée^ ornée de fleurs, encombrée d'arcs de triomphe; une multitude en délire acclamait les souverains. Presque tous les États s'étaient fait représenter à cette solennité par des députations. Les fôtes durèrent trois jours. Depuis l'entrée du duc d'Alburquerque, jamais Mexico n'avait vu pareille réjouissance; depuis celle d'Iturbide, en 1821, on n'avait jamais vu semblable enthousiasme.
L'impératrice, née à Bruxelles le 7 juin 1840, avait vingt-^ quatre ans et cinq jours ; l'empereur né le 6 juillet 4832 au palais de Schœnbrunn, avait trente-deux ans. Ils étaient bien jeunes pour créer un empire ! Avant d'esquisser les mesures prises par l'empereur pour consolider son pouvoir et régénérer le Mexique, je dois dire dans quelle situation il trouva le pays au mois de juin 1864. A cet effet je me servirai d'une lettre de M. Zamacona, ministre de Juarez; elle donne des détails très importants sur les faits et gestes des troupes juaristes et sur la situation faite au Mexique par la sage administration de la régence, et l'impulsion donnée aux opérations militaires par le général Bazaine. Ces détails ne paraîtront pas suspects, venant d'une telle source; ils corroborent ce que j'ai déjà dit et prouvé sur l'opportunité d'une intervention européenne au Mexique et sur la popularité de cette intervention tant désirée, et si impatiemment attendue du peuple mexicain. Voici les principaux extraits de cette longue lettre.
c( Très secrète. — M. le président de la république, avocat D. Benoit Juarez. — Saltillo, 16 juin 1864. — Mon très cher
IIP HISTOIRB DU imiQUB.
aiqi et respectable monsieur. — Un incident qui vient d^ le passer me décide à rompre le silence, que j*ai gardé depuis longtemps avec vous, sur la marche des affaires publiques et priacipalement sur les faits qui ont eu lieu dans cette ville. Au coin de la rue où se trouve la « commandance militaire, » l'ofBcier qui présidait une commission de la leva :— recrutement forcé — est venu jusqu'à moi secouant spn 0uet d'un air menaçant, parce que je voulais lui prouver qu*un malheureux qu*il venait de prendre — pour l'armée — ^ était un domestique honorable ayant une nombreuse famille.
(c Ce n'est pas ce fait qui est le motif déterminant de cette
lettre... mais ce qui vient de se passer m'a fait comprendre au vif l'impression produit^e par ce genre d'excès sur les po-^ pulations, et m'engage à considérer les résultats, qui, dans l'opinion publique, doivent donner ce ferment odieux de liaine qui s'introduit dans le sein d'une infinité de familles copime un mauvais levain. La multitude de faits semblables qui se sont passés sous mes yeux ces jours-ci, m'ont fait beaucoup réfléchir. Aujourd'hui même, le président de la municipalité m'a confié un enfant de quatorze ans, dont le père, un pauvre artisan ayant cinq enfants en bas âge et infirme, a été enlevé ces jours-ci pour l'armée. Sa femme fit plusieurs démarches pour le délivrer et quelques visites au quartier, accompagnée de sa fille ainée qui fut séduite par un mauvais sujet du même bataillon dans lequel son père venait d'être incorporée. Arrachée des bras de sa mère, cette petite fille fut retenue plusieurs jours dans cette même caserne, et, lorsqu'elle put s'échapper, elle a soufi'ert de tels traitements et sa mère de telles menaces que l'autorité politique a dû chercher une maison qui pût servir de refuge et de garsintie à la jeune fille. Quelles peuvent être les dispositions de cette population si Ton en doit juger par celles de cette mère de famille, plongée dans la misère avec cinq enfants, craignant de perdre son mari, dont la maladie ne lui permettra pas de résister aux fotigite$ de la marche et aystnt sous pes ye«»[ le
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spectacle d'une fille déshonorée et perdue? Je déduis de ce cas les impressions dominantes parmi le peuple, parce que, j^ le répète, les cas de ee genre sont très nombreux. Les excès de toutes les sortes et les actes de violence ont pris de telles proportions depuis que ces troupes ont reçu Tordre de quitter la ville que l'autorité politique s'est vue obligée d'autoriser les citoyens k Faire feu sur les commissions de recrutement, puis elle a donné avis de cette mesure à la eommandance militaire.
« Cette eommandance part demain avec ses troupes ; il se* rait donc inutile de parler du mal une fois que le remède est donné, mais, monsieur le président, ce que je viens de vous raconter n'est pas le mal, mais un de ses symptômes. Le mal est plus profond; il a ses racines dans les conseils du gouvernement et se iie à V espèce de politique qui se développe depuis très longtemps.
« Permettez-moi de vous dire deux mots, à ce sujet. Vous savez que je n'ai jamais péché par intrusion, et que depuis longtemps je ne vous ai pas parlé des affaires publiques; mais la crise actuelle est arrivée à un point où nous voyons que les Mexicains n'auront plus de patrie, quoique cette époque ne soit pas encore très rapprochée. Me recueillant en moi^ )pôme pour voir ce qu'on pourrait contre un tel malheur, j'ai reconnu que tous mes efforts se limitaient à communiquer mes pauvres idées, mais bien intentionnées, à celui qui est chargé de nous sauver... Je crois avoir plus de raison que l'apôtre, en m'adressant à vous, et en criant, comme lui « Seigneur, sauvez-nous, » parce que je sens comme lui que les vagues viennent de plus en plus pour nous engloutir, qu'il nous manque même la superficie — du terrain •— que nous foulons, et je ne puis attendre, comme lui, notre salut d'un prodige surnaturel, mais de l'appui commun des forces humaines. En effet, monsieur, les flots de l'invasion progressent sans digue, ni résistance, et ces confins du pays oU ces flots ne sont point encore arrivés, cèdetit sous nos pieds et se changent en terrain non sûr et ennemi.
(( Ces idées ne sont point celles d'un esprit assombri ; depuis longtemps je les entends formuler par la bouche de tout le monde. Aussi, les amis du gouvernement qui résident ici avaient pensé de vous les exposer dans une lettre confidentielle, et quoiqu'ils ne soient pas encore d'accord sur la forme qu'ils doivent lui donner, et sur le plus ou le moins de convenance d'un tel acte collectif, tous s'accordent h juger la situation politique comme moi. Je ne crois pas, monsieur le président, que tous les citoyens qui ont suivi le gouvernement et tous ceux qui lui ont donné des preuves de loyal patriotisme puissent être taxés de panique.
« Us ne peuvent moins faire de s'impressionner en voyant devenir une réalité les plans et les espérances de l'intervention qui, il y a un an, provoquaient nos rires et que nous appellions chimères. Comment l'envahisseur s'esf-il étendu dans le pays, établissant d'immenses lignes militaires non interrompues? Comment a-t-il eu la tranquillité nécessaire pour s'occuper de travaux propres aux temps éminemment pacifiques? Comment a-t-il pu rétablir la ligne télégraphique depuis Queretaro jusqu'à Vera-Cruz, la reliant à Chalchicomula par une autre ligne? Comment a-t-il fait arriver jusqu'à Paso Ancho les travaux du chemin de fer? C.omment a-t-il régularisé le service des postes? Comment a-t-il rétabli la sécurité sur les principales routes? Comment a-t-il pu séduire certaines populations? Comment a-t-il capté la confiance du public qui met en ses mains des convois d'argent comme on ne l'avait pas vu depuis longtemps? Comment attire-t-il à lui des membres du parti indépendant? Comment gagne-t-il du terrain parmi les cours étrangères et le crédit financier, jusqu'au point que le frère de l'empereur d'Autriche se décide à occuper le trône élevé au Mexique par l'intervention, et que même le sage roi des Belges induit sa fille à ceindre la couronne mexicaine, et enfin que les banquiers de Paris et de Londres ouvriront au nouvel empire leurs coffres pour la réalisation d'un emprunt? L'impression est encore plus profonde lorsque le tableau qui précède se corn-
pare à celui que présente le gouveraement national. Dans le courant de cette année nous sommes tombés du piédestal glorieux sur lequel nous avaient élevés Zaragoza et les vaillants défenseurs de Puebla. Voilà longtemps que la presse étrangère ne parle plus des défenseurs de notre indépendance dans les termes de respect et de sympathie qu'elle employait même après notre départ de la capitale. Jusqu'au ministre des États-Unis qui a abandonné le pays et que l'on dise ou croie ce que l'on voudra, je suis sûr qu'il est parti avec des impressions défavorables sur la situation du gouvernement.
ce A l'intérieur, nous avons perdu presque tous les centres de population importants, et le pire est que l'ennemi a fait la conquête matérielle de toutes ces localités, sans avoir empêché les esprits de lui faciliter la conquête morale à laquelle il aspire, et, quMl a réussi, par un système sage, sinon à captiver les sympathies des Mexicains au moins à les refroidir pour la défense nationale. Notre gouvernement se trouve dans un coin du pays ignoré des populations les plus reculées qui, par ce motif, se sont jetées, comme le Yucatan, dans les bras de Tintervention et n'ont pas seulement relâché les rênes du pouvoir jusqu'à s'en affranchir, mais encore elles ignorent ce que font et se proposent de faire dans ces districts éloignés ses délégués politiques et ses généraux. La défense nationale n'étant point sujette à Faction du gouvernement^ elle a pris un caractère anarchique et destructeur^ fécond seulement en ruines et mauvais renom. Dans cette dernière moitié de l'année nous n'avons rien fait contre l'ennemi, mais nous avons beaucoup laissé faire contre le pays et ses habitants. La politique parait limitée, d'après l'organe officiel du gouvernement, à l'attente des fruits que peuvent produire les erreurs et les embarras de nos adversaires... La nation, instruite par l'expérience de cette année ne veut pas qu'on livre son existence et son avenir au hasard des complications qui pourraient surgir dans la politique européenne, au triomphe du gouvernement fédéral des États-Unis et aux
m HISTOIRE DU MEXIQUE.
embarras éventuels qui pourraient embourber rintervention. £n vue des progrès incroyables qu'elle a pu faire dans le courant de cette année, il est à craindre que les envahisseurs et leurs auxiliaires arrivent, faute d'obstacles suscités par nous autres, à dominer toutes les difiBcultés et réaliser les plans les plus absurdes, sic; et le gouvernement, d'autre part, devrait penser que lorsqu'un pouvoir ne s'exerçant plus, tombe dans l'oubli ou le discrédit, il ne se conserve pas, mais il se suicide... etc. — M. M. de Zamacona. »
Lorsqu'un ministre de Juarez parle de son gouvernement de cette manière, n*ai-je pas raison de déplorer Tignorance ou la mauvaise foi des écrivains et des orateurs qui font réloge de ce gouvernement , en ne s'inspirant que de leurs intérêts mesquins ou de leurs petites rancunes? Heureusement pour la vérité, les rancunes des partis et les passions privées passent avec ceux qui les ont nourris, et l'histoire reste avec son implacable logique des faits, pour faire justice de tous ces plaidoyers vénéneux et mensongers, publiés contre les intérêts généraux de la patrie.
Une autre lettre d'un ancien directeur de la douane de Matamores me donne sur 1^ situation des frontières du Rio-Grande des détails connus de l'empereur, lorsque Sa Majesté donna le commandement d'une brigade au général Cortina. — Nouvelle-Orléans, S juin 1864. — « Sous la férule du bandit Cortina qui commande ici, on ne peut plus vivre en sûreté dans son intérieur domestique. En une heure, on vous enlève la nuit de votre lit, et vous êtes fusillé, sous la moindre dénonciation de ses satellites et cela sans vérification, ni information. Dans l'espérance que les frontières seraient bientôt occupées par les troupes franco-mexicaines, je me réfugiai à Brownsville, mais un acte infâme des YsKikees, commis sur la personne de Manuel Baron, secrétaire de Vidaurri, qu'ils livrèrent k la demande de Cortina, me fit comprendre le danger de rester en cet endroit et je partis pour la Nouvelle- Orléans, en route pour la Havane.
« Vous qui connaissez la frontière vous devriez montrer
SECOND EMPIRE. m
la nécessité de sa prompte occupation.. Les ressources de la douane de Matamoros sont considérables maintenant, à cause de cotons, et sont les seules qui soutienneiit le gouverr nement moribond de Juarez.
a Les Américains unionistes ne pouvant lui donner une protection déclarée, le secourent de toutes les manières po3* sibles et Tencouragent à continuer la résistance, malgré les protestations qu'ils font au Français de ne se mêler de rien. Nous devons occupée immédiatement la frontière» pour payer cette canaille —sic — avec la même monnaie, et protéger les confédérés , dont la séparation définitive du nord nous intéresse tant. Cette séparation est d'une grande im^ portance pour Fempire mexicain, parce que si cet ennemi colossal et naturel de notre race, ne se détruit pas luimême, nous aurons au moins deux républiques faibles et incapables, chacune de son côté, d*empêcher la consolida* tion de la paix et de Tordre que nous nous proposons d'établir.— C. M. »
L'empereur , en arrivant à Mexico , n'entama aucune transaction provisoire avec le ctergé, relativement aux biens ecclésiastiques ; il mit à la porte du ministère, des préfectures, en un mot, de toutes les administrations importantes, presque tous les impérialistes, et les remplaça par des juaristes ou des fédéraux, c'est à dire, ses ennemis politiques naturels. Au ministère des affaires étrangères, il nomma même M. Fernando Ramirez, républicain ardent, connu par son antipathie pour l'intervention, et qui n'avait pas voulu faire partie de rassemblée des notables en 1863. En inaugurant cette politique funeste, contraire aux notions les plus élémentaires de la politique qu'il devait suivre, complètement opposée à celle que le bon sens devait lui inspirer et qui avait été suivie jusqu'alors avec tant de succès par la régence, l'empereur se suicidait; il enlevait les quelques chances de vitalité que pouvait avoir l'empire, et ressuscitait le parti juariste écrasé par la direction donnée aux affaires du Mexique par le général Almonte et le général Bazaioe.
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L'empereur s'imaginait se rendre populaire, en montrant de la confiance aux ennemis du régime monarchique et de l'intervention; mais pour réussir dans celte voie, il eût fallu que l'intervention et le régime monarchique n'eussent pas eu les sympathies de la nation, et c'est justement parce que l'immense majorité du peuple mexicain voulait l'intervention et la monarchie que l'impopularité de l'empereur devint générale dès les premiers mois de son séjour au Mexique. \ Le choix de ses ministres, de ses conseillers et de ses préfets ne pouvait être plus malheureux pour la consolidation de l'empire, car, on n'a jamais vu des républicains créer une monarchie. Aussi, n'est-il pas étonnant de voir les partisans du clergé faire, dès lors, une opposition sourde au gouvernement impérial, les conservateurs se tenir à l'écart et déplorer la conduite de l'empereur qui repoussait le pays vers l'abîme, les libéraux relever la tête, conspirer contre l'empire et notre armée, enfin voir commencer ce fâcheux désaccord entre le général Bazaine et le gouvernement impérial. D'après la correspondance publiée parM. de Keratry, on voit que ce désaccord commença dès les premiers jours de juillet 1864, qu'il s'accentue fortement dans la lettre du maréchal adressée à l'impératrice, le H septembre de la même année, et qu'il ne fait qu'augmenter jusqu'à l'arrivée du général Castelneau, quoique les rapports personnels de l'empereur et du maréchal fussent naturellement toujours courtois.
L'organisation de l'armée mexicaine devait être, après l'arrangement des biens nationalisés , la première occupation de l'empereur. Une organisation économique et provisoire, faite dans le but de pacifier le pays, devait précéder une organisation définitive et plus en rapport avec la dignité d'un empire. En effet, il était d'une bonne politique de mettre toujours l'armée mexicaine en avant, afin que les balles étrangères fissent couler le moins possible le sang mexicain. Nous devions multiplier dans les capitales de provinco nos garnisons, de manière à les rendre comme un centre au-
tour duquel pivotaient les troupes impériales. De la sorte, les Français restaient dans leur rôle de soutien, d*aide, ils appuyaient les troupes mexicaines qui auraient elles-mêmes, sous notre direction et soutenues par nous, pacifié leur pays ; on les aguerrissait ainsi, on les moralisait, au lieu de les laisser s'effacer et s'anéantir derrière nous. Pour arriver à cette pacification, nous avons dû adopter le système des colonnes mobiles, abandonner des villes que nous occupions momentanément, les livrer ensuite aux vengeances des juaristes et mécontenter tout le monde. Aussi, la pacification, qui était un fait accompli en 1864, ne l'était plus à la fin de 1868, où les troupes juaristes ne parcouraient plus le pays par guérillas, mais par corps d*armée.
L'organisation économique et provisoire de l'armée mexicaine devait se faire d'abord au moyen de recrutement en usage dans le pays, mais qu'on aurait modifié pour lui enlever le caractère odieux qu'il a. Ce mode vicieux aurait été changé plus tard contre celui proclamé par Santa- Anna, mais en attendant, on pouvait en faire usage. On pouvait également enrôler, sans crainte de défection, les officiers et les soldats de l'armée juariste, car, bien payés, bien nourris et bien vêtus, les Mexicains se battent fidèlement pour ceux qui les paient, quels qu'ils soient.
Les généraux D. Augustin Ziris et Joaquin de Castro se seraient volontiers chargés d'instruire l'infanterie. Le général D. Miguel Andrade se serait pareillement chargé de l'instruction de la cavalerie, et le général D. Martin Carrera aurait organisé Tartillerie. Ces généraux, à peu près nuls en campagne, étaient d'excellents instructeurs. Chaque brigade d'infanterie devait être formée de trois bataillons et de six pièces de campagnes, et chaque brigade de cavalerie, de trois régiments et d'une batterie montée de quatre obusiers de douze. Pour cette organisation , il fallait laisser de côté toutes nos idées européennes et ne voir que l'économie, les nécessités du moment et les habitudes du pays en cette matière. Quant au service des transports, on devait commencer
tse HISTOIRE DU MEXIQUE.
par des contrats pour des chariots et mulets de bagage; l'expérience ayant prouvé que, lorsque le gouvernement achetait les mulets et les chariots, les frais étaient plus cofisidé-' râbles et le service mal fait. Deux brigades d'infanterie, une de cavalerie et une batterie supplémentaire de six obusiers de campagne auraient formé une division légère de 4,809 fantassins, i,000 cavaliers et 200 artilleurs, en tout 6,000 hommes, sans comprendre le dépôt.
Au général Marquez, oiï pouvait en toute sûreté confier )e commandement d'une de ces divisions. Homme actif, ayant rhabitude de la guerre, un nom redouté des libéraux et une bravoure incontestable. Marquez pouvait en une seule cam^ pagne doubler le nombre de ses troupes. Sachant se faire obéir et craindre , il aurait seulement fallu Thabituer luimême à obéir, ce qui n'aurait pas été difficile. Le général de brigade D. Severo Cantillo pouvait également comnian<ter une division. Honnête, instruit, intelligent et brave, ce géné^ rai n'avait qu'un défaut, celui d'être sourd. Quant aux généraux de brigade, on pouvait choisir parmi D. Manuel Diaz de la Vega, D. Silverio Ramirez, D. Gregorio del Callejo, D. Felicio Liceaga, D. Elisio Ruelas, Marin, Ghacon, Tavera et autres. Marquez et Gastillo auraient opéré, l'un au centre sar Queretaro, Guanajuato, Léon, Aguas-Galientes et Zacatecas ; l'autre à l'ouest, sur Morelia, Guadalajara, Golima, Tepic et San-Blas. Le général Vicario, brave soldat, redouté dans le sud, par Alvarez lui-même, se serait chargé de la pacifica^ tion du sud de Mexico, en le laissant recruter son monde et se battre un peu à la cosaque, tout en lui donnant les fonds nécessaires à son entreprise, et remettant à plus tard le soin de régulariser son armée. Quant à Thomas Mejia, dont où connaissait déjà les exploits, qui avait battu, le 27 décembre dernier, Negrete, à San Luis Potosi , lui faisant 84S prisonniers, lui prenant 1,S00 fusils, toute son artillerie, un drapeau et lui tuant un nombre considérable de soldatd; Mejia qui venait récemment, ^ au mois de mai, — de con^cert avec le colonel Aymard, de mettre en déroute Dttbiado
SECOND EMPIRS. 19t
et son armée à Matebuala, lui faisant plus de 1,200 prisonniers, lui prenant 36 canons, onze obusiers, un drapeau et une quantité considérable de munitions de guerre; Mejia, peut-être nommé trop tôt, par Miramon, général de division, aurait eu bien vite, avec un bon chef d*état-major, pacifié le Gohahuila, le Nuevo-Leon et le Taumalipas, par sa bravoure et son intelligence indienne^
L'infortuné Maximilien, ne connaissant ni les hommes, ni les choses du Mexique , et ne consultant que ses théories, chaif'gea, le 7 juillet 1864, le général Bazaine d'élaborer un projet de réorganisation de l'armée mexicaine; il fit reviser les brevets des officiers supérieurs; puis, oubliant le projet de réorganisation, ne tenant aucun compte du rapport de la commission chargée de la révision des brevets, il élimiùa presque tous les officiers interventionistes et conservateurs, * mettant les uns à la retraite, envoyant les autres en mission hors du Mexique. Marquez et Miramon devinrent suspects à l'Empereur, vers la fin de 1864. Je crois que ce n'était pas à tort, ces deux officiers, influencés par la politique suivie par l'Empereur et le parti du clergé dont ils étaient les deux principaux défenseurs, étaient forts mécontents. Afin que ce mécontentement ne se traduisit pas par une révolte ouverte, l'Empereur envoya le premier à Jérusalem et le second à Berlin.
Voici quelques lettres adressées au général Woll et qui feront connaître la situation de l'armée mexicaine, et comment s'opérait sa prétendue réorganisation.
c< S. Luis Potosi, 38 juillet 1864. — Mon ami et cher côrttpagnon. — Aujourd'hui mes troupes partiront pour Victoria ; je les rejoindrai demain ; mais avant de partir je vaid vous ennuyer.
c( Au commencement de cette année, ma division ^e trouvait en campagne, du Venado à Matehuala, complètement nue. Le froid de la saison rendit malade mes soldats, et dûûë celte situation j'eus recours au général en chef de Tarbiéé franco-mexicaine, lui demandant des vêtements. Il m'àutom. 13
risa à en faire fabriquer, et j'en chargeai le préfet politique de ce département. L'habillement nécessaire n'a pas été fait, et l'on prit à crédit le drap et tous les accessoires pour fabriquer \e peu que j'ai reçu.
€( D. Antonio Muriedas, porteur de la présente et contracteur des vêtements fournis, n'a pu obtenir encore un ordre de paiement des intendants français. Je vous prie donc d'obtenir cet ordre et celui de faire compléter l'habillement de mes malheureux soldats qui ont marché presque nus pendant la campagne et la saison des pluies. — Thomas iMejia.»
« Camp de Chilapa, 13 octobre 1864. — Mon cher et très estimé ami. — Hier j'ai reçu une communication officielle de de S. M. I., de Guanajuato, par laquelle on déclare que les corps n'atteignant pas le chiff're indiqué par le règlement du 23 septembre 1863, seront refondus. Cette suprême disposition a découragé les forces de la brigade de mon commandement, qui se trouve en présence de l'ennemi qui occupe Chilapa, à portée de canon. Après les souffrances que nous avons endurées pendant la lutte, en faveur de l'empire, on parle aujourd'hui de règlement, quand nous nous battons avec l'ennemi, et qu'à notre corps on ne lui a pas donné l'armement nécessaire pour compléter le chiffre qu'il devait atteindre, ni le parc indispensable pour une campagne comme celle-ci. Je vous prie de supplier Sa Majesté de ne pas appliquer cette même disposition à ma brigade jusqu'à la fin de la campagne. Je vous dirai que déjà plus de cent villages de ce district ont reconnu le gouvernement de Sa Majesté impériale, et je crains qu'après m'être sacrifié dans ce département à poursuivre la pacification, l'on perde tout ce qui a été gagné en si peu de temps, dans un pays sans ressources, ayant des chemins affreux. J'ai entrepris ma marche sans argent, ayant la majorité de mes troupes sans vêtements, et d'après ce qui se passe dans ma brigade, je crois que jamais nous ne retournerons à inspirer de la confiance dans ces populations.
« Je suis résolu à retourner à Iguala et à donner la démis-
sion de mon commandement, à moins que l'on ne m'accorde ce que je demande par le ministère de la guerre, ei qu'on ne m'envoie le parc, l'artillerie, l'armement et tout ce dont a besoin ma brigade, ainsi que la reconnaissance de tous les officiers qui ont soutenu, à mes côtés, la cause que nous défendons, etc. — Juan Vicario. »
Le 27 octobre, le général Mejia envoyait de Matamores, à Mexico, son aide de camp, le capitaine D. Edmond Claret, en mission particulière auprès de l'empereur, pour l'informer de la situation des frontières, lui demander des instructions spéciales et le maintien de l'organisation actuelle de l'armée, les changements qu'on voulait introduire pouvant avoir des conséquences funestes. « Vous connaissez, dit-il au général Woll, auquel il recommandait d'appuyer la mission du capitaine Claret, l'organisation et les qualités particulières de mes soldats, la pleine confiance que j'ai en eux pour me maintenir fortement dans ce pays, et l'inquiétude que me causerait un changement radical dans les chefs et les officiers qui sont accoutumés à les commander. » Malheureusement l'empereur ne tint aucun compte de ces réclamations, l'armée mexicaine se désaffectionna comme l'avaient fait les partisans du clergé et les conservateurs, aussi, peu de mois après ne voit-on plus que deux petites armées mexicaines défendre sérieusement l'empire, ce furent celle du général Mejia et celle du général Mendez, fidèlement attachées à la personne de leurs chefs. Je ne sais sur quoi se fonde M. de Kératry, lorsqu'il dit qu'au début de l'année 1865, « l'armée nationale avait été réorganisée sur les bases des projets que chacun de nos chefs d'armes, suivant sa spécialité, avait étudiés et proposés. Mais cet auteur prouve deux pages plus loin qu'il était mal informé, et cite à l'appui de ce que je dis U4fie lettre de l'empereur au maréchal Bazaine, datée du 5 mai 18&5, dans laquelle Sa Majesté commence ainsi : « Partageant l'opinion de Votre Excellence, qu'il faut poursuivre activement l'organisation de l'armée, et n'ayant pas trouvé un général français ou mexicain qui
eût voulu OU qui aurait pu s'en charger, je me suis décidé à la conAer au général comte de Thun. » Disons-le de suite pour en finir avec cette question, Farmée mexicaine depuis l'arrivée de Tempereur jusqu'à sa mort, n'a jamais été organisée que sur du papier.
Le général Mejia arriva le 35 septembre à Matamorosi. Yoici sur son arrivée des détails qui me sont donnés par une lettre datée de Matamoros, 1«' octobre 1864... « En parlant des libéraux, vous me disiez au moment de quitter cette ville : — « Vous verrez ce qu'est la tyrannie de ces (c gens qui vont se rendre mattres de la destinée des froni< tières. » En effet, elle a été horrible, et, jusqu'il y a cinq jours où le général Mejia est arrivé avec ses troupes, nous avons dû subir des souffrances telles que la plume refuse de les écrire... Le jour ou le général Mejia entra dans la ville, les femmes et les enfants qui, comme nous, n'avaient eu que le spectacle continuel de sang, de vandalisme et de pillage, s'embrassaient les uns les autres , nous nous embrassions tous dans la joie de nous voir délivrés de l'oppression qui pesait sur tous les honnêtes gens.
« Le général Mejia se conduit admirablement, ne persecutant personne pour ses opinions politiques. Profitant dt cette indulgence, la bande des loups est restée au milieu du troupeau, et seulement une vigilance constante appuyée par des forces nécessaires pourra nous délivrer de nouvelles commotions. Il serait bon de faire sortir d'ici tous les vieux chefs de bandes des anciennes révolutions et nommer dans l'administration des employés étrangers au département. — D.V. »
Ces loups ne tardèrent pas à se mettre d'accord avec ïfegrete pour tâcher de dévorer le troupeau. L'empereur partit dans la première quinzaine du mois d'août pour faire un voyage dans l'intérieur. Pendant ce voyage qui dura deux mois environ les qualités personnelles de Sa Majesté lui attirèrent les sympathies de tous ceux qui eurent l'honneur de l'approcher. L'empereur était séduisant au plus haut
degré par ses manières simples, affables et bienveillantes ; il sut conquérir Taffection de tous ceux qui n'avaient point encore été frappés par sa politique étrange; les populations l'accueillirent avec un enthousiasmé sincère.- Le 16 septembre, jour anniversaire de Tindépendance' mexicaine. Sa Majesté se trouvait à Dolorès, village où le curé Hidalgo poussa son premier cri de guerre en 1810 : à l'occasion de cette circonstance, l'empereur prononça, de la maison même d'Hidalgo, un discours dans lequel il disait : — « Mexicains. — PluS' d'un demi-siècle bien orageux s'est écoulé depuis que, dans cette humble maison, est sortie, du cœur d'un prêtre, la grande parole d'indépendance qui retentit encore comme un tonnerre de l'un à l'autre océan, dans toute l'étendue de l'Anahuac, et devant laquelle tombèrent anéantis la servitude et le despotisme de plusieurs siècles. » Ces paroles, prononcées par un descendant de Charles-Quint, parurent excentriques au parti qui l'avait appelé sur le trône, il en fut offensé, et réimprima dans ses journaux' la proclamation d'Iturbide, au moment de se mettre à la tête de l'insurrection, et dans laquelle le libérateur disait : « Il y a trois cents ans que l'Amérique vit sous la tutelle de la nation la plus catho* lique, la plus douce, la plus héroïque et la plus magnanimej; c'est l'Espagne qui l'a élevée et agrandie, qui a formé ces villes opulentes, ces magnifiques cités, ces provinces et ces vastes royaumes. »
Lorsque l'empereur rentra dans sa capitale, l'impératrice fut au devant de lui jusqu'à Toluca. Une lettre de cette ville, datée du 27 octobre, me donne au sujet de cette petite excursion les renseignements que voici : « S. M. l'impératrice est arrivée ici quelques moments avant l'empereur; il parait que l'impératrice n'a été satisfaite en rien de la réception qu'on lui fit, ce qui a donné lieu à ce que l'empereur, contrairement à son amabilité naturelle, employa quelques paroles, rien moins qu'agréables pour les habitants de cette ville.
(c Aujourd'hui, il s'est présenté une commission des habi-
tants qui, au nom de la population, a donné satisfaction à Leurs Majestés de la réception glacée faite particulièrement à rimpératrice.
« L'empereur fait évacuer la place, aujourd'hui même, pour qu'elle soit occupée par Romero, chef de bande libéral, le plus près d'ici, etc. — R. »
De retour à Mexico, l'empereur s'occupa de l'organisation de sa cour, des embellissements du palais impérial et du parc de Chapultepec, de la formation de sa garde palatine et d'une multitude de détails fort étrangers à la régénération du Mexique. Les finances ne s'organisaient pas, les institutions d'utilité publique restaient en expectative, l'arrangement des réclamations françaises indiqué dans le traité de Miramâr, se remettait de jour en jour, les libéraux placés à la tête des ministères et des préfectures, ne pouvant conspirer encore ouvertement contre l'empire, commençaient auprès de l'empereur leurs attaques contre son plus ferme, son unique appui, les chefs de l'intervention ; dès le mois de septembre 1864, on voit le. général Razaine se plaindre à Leurs Majestés de ces intrigues et des calomnies des hauts fonctionnaires. Les nouveaux ministres, hostiles ju régime impérial et aux étrangers, annulèrent par leurs manœuvres la mission des inspecteurs français, chargés de surveiller les employés mexicains , attachés aux finances et aux douanes. L'hostilité des ministres contre les étrangers, et particulièrement contre le cabinet de l'empereur, se manifesta par une opposition plus ou moins déclarée à tous les décrets élaborés dans ce cabinet.
Ce cabinet, il est vrai, était pitoyablement composé. Son chef, M. Éloin était un Relge, ignorant la langue et les mœurs du Mexique. Ses compatriotes m'ont affirmé que le roi Léopold l'avait imposé à l'archiduc Maximilien, en lui disant que son ambition suppléerait à son défaut de talent. « Faute de capacité, m'ont-ils ajouté, pour devenir ingénieur, il resta conducteur des mines. Sa manière de chanter la chansonnette et quelques talents de société lui valurent la bienveil-
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lance d'un grand seigneur qui le poussa jusqu'à la cour où il sut capter l'attention du roi. » Les fonctions de chef du cabinet le rendaient plus puissant que les ministres. N'ayant jamais eu en Belgique de poste important, il était déplacé dans celui qu'il occupait à Mexico. Il ne sut pas s'élever à la hauteur de la tâche qu'on lui avait confiée ; il voulait tout voir, tout accaparer ; mais débordé par l'abondance des matières, et son peu d'aptitude au travail, il né concluait Jamais rien. Ses sentiments antifrançais, son ignorance complète de la situation du Mexique et de son passé, lui ont fait repousser une multitude de projets, présentés par des Français et d'une importance incalculable pour le pays. Son collègue, au conseil d'État, M. Scherzenlechner, était aussi nul que M. Ëtoin, en affaires, et aussi hostile envers nos compatriotes. Il a dû quitter le Mexique, ne pouvant s'accorder avec son collègue, dont la politesse laissait beaucoup h désirer. M. Iglesias, secrétaire de l'empereur, dut égale- ' ment quitter le cabinet, à cause de M. Éloin. En économie politique, ce triste personnage voulait que tout se fît par l'État, et rien sans lui. Il ignorait qu'au Mexique, l'État n'ayant ni argent, ni crédit, ni moralité, ne pouvait prendre à sa charge aucune des grandes entreprises industrielles, aucun des travaux publics nécessaires au développement des ressources nationales. A Mexico, l'on attaquait beaucoup le désintéressement de M. Éloin ; on l'accusait d'avoir bénéficié de sa liaison avec M. Sapia, dans l'affaire du second emprunt, et d'avoir éprouvé la reconnaissance de M. O'SuUivan dans l'affaire des paquebots américains. En général, les hommes politiques haut placés sont trop fréquemment l'objet de graves accusations, souvent non fondées; je dirai seulement que M. Éloin n'a pas permis à M. Maury, chef de la. police française, qui voulait lui remettre des papiers... relatifs à ces accusations, de soulever des poursuites judiciaires contre les détracteurs.
Le bureau télégraphique des lignes de Yera-Cruz et de l'intérieur était au palais de Mexico ; l'empereur avait nommé
%H . HI^OiRE DU MBÎIQUB.
PQur directeqr, fonction faisant partie des prérogatives du cabinet, un Allemand qui ne se contentait pas d*être indiscret et négligent, mais encore faisait payer à Tempereur des sommes exorbitantes les objets les plus insignifiants destinés au service du télégraphe, et prit 3S,000 francs pour éta- |}Iir Ja ligne de Ghapultepec à Mexico qui dût coûter environ 900 francs. Les autres employés de ce cabinet, au point de vue du désintéressement et des capacités, étaient à peu près tous d*une valeur semblable à celle des personnes dont je viens d'esquisser le portrait moral.
Le succès d'une entreprise, dépendant généralement, du chemin dans lequel on s'engage dès le point de départ, il était évident qu'avec un tel personnel au ministère, dans les préfectures, au cabinet, en un mot, partout, l'empereur devait échouer en tout. Je ne sais s'il en eut un pressentiment vers la fin de l'année 1864, malgré les illusions et les satisfactions qu'il affichait ostensiblement jusqu'au commencement de l'année 1866, ce qu'il y a de certain, c'est que Maximilien P% paraissait ne travailler au Mexique quç pour se dresser, en Europe, un piédestal de libéralisme qui devait le rendre populaire parmi ses compatriotes. Après le règlement de sa cour, il commence à faire pleuvoir des décrets plus libéraux les uns que les autres, et qu'il s'empresse de faire parvenir en Europe, où ils furent très bien accueillis. Sa politique si étrange, pour un empereur autrichien, descendant de Charles-Quint, si opposée au régime impérial qu'il venait établir, généralisa l'idée que Sa Majesté n'avait point l'intention de rester au Mexique. Cette idée devint une conviction, lorsqu'on apprit sa protestation contre le pacte de famiUe aigné à Miramar et communiqué au Reichsrath par M. le comte de Mensdorff-Pou iUy, le 16 novembre 1864. Voici le texte de cette protestation, fort curieuse, à bien des égards, et surtout par le ton qu'on y voit dominer du commencement à la fin.
« Nous ne devons pas cacher la pénible impression que nous a causée la lecture du passage suivant extrait d'un
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journal européen et arrivé par le dernier courrier, passage relatif au discours prononcé par TEmpereur d'Autriche à l'ouverture des séances du Reichsrath :
« L'acceptation qu'a faite, avec mon consentement, de la a couronne impériale du Mexique, mon frère l'archiduc Maxic< milieu I*% exigeait nécessairement un règlement des (^ droits d'agnation, qui ont dû être pris en considération, oc C'est pour cela qu'un pacte de famille a été fait à Miramar, et (c mon gouvernement est chargé de vous le communiquer. »
c€ Il est à peine croyable qu'un pacte de famille puisse être l'objet d'une communication officielle, soumise à la discussion d'un parlement, sans le consentement préalable des deux empereurs. Néanmoins, nous pouvons assurer que l'empereur du Mexique n'a pas été le moins du monde consulté. Sans nul doute, il eût été plus prudent que l'empereur d'Autriche couvrit directement du voile le plus épais tout ce qui se rapportait à une convention intime arrachée à son frère dans un moment suprême. On ne doit pas perdre de vue que c'est I A / sur Finitiative de l'empereur jîC Autriche que le trône du Mexique \ ^ ' ') a été offert à farchiduc Maximilien^ que l'acceptation de celui-ci a été subordonnée à la certitude donnée que la majorité -de la nation l'appelait à l'empire; que, pendant les négociations, dont les délais impatientaient la députation mexicaine, aucune demande ni allusion d'aucune sorte n'a été faite relativement à l'aliénation des droits de la fortune privée de l'archiduc Maximilien, et que ce fut seulement aux derniers moments, lorsque déjà des promesses avaient été faites à l'empereur et à la députation elle-même, lorsque des conventions avaient été contractées avec la France, et lorsqu'un refus aurait nécessairement entraîné les plus graves complications politiques en Europe et compromis surtout la situation de l'Autriche, ce fut alors que l'empereur François- Joseph , quittant sa capitale, et accompagné de ses conseillers les plus intimes, vint précipitamment à Miramar demander à son frère la renonciation complète et générale à tous ses droits, de quelque nature qu'ils fussent.
ce En souscrivant cette iaqualiAable convention, même sans vouloir s'inquiéter de son contenu» l'empereur Maximilien donnait à sa nouvelle patrie adoptive le témoignage le moins équivoque, et à l'Europe entière la preuve la plus évidente que rien ne pouvait l'arrêter, quand il s'agissait d'une promesse faite par lui. Toutefois, les diplomates les plus distingués et les jurisconsultes les plus experts, qui ont, depuis, étudié froidement ce pacte de famille, s'accordent unanimement à déclarer qu'il doit être considéré comme nul et dérisoire.
« Sans vouloir nous étendre sur la légitimité et la validité des moyens employés pour arracher une signature sous l'influence d'événements dont nous pourrons faire ressortir la gravité eii temps opportun, il nous suffira pour le présent de noter que les diètes, après avoir obtenu le consentement des deux empereurs, sont seules compétentes pour régler les droits d'agnation qui modifient un acte de la pragmatique sanction, et cela, quand elles sont convoquées pour cet objet et d'accord avec les princes intéressés, lesquels, dans le cas actuel, n'ont pas même été consultés. — Mexico, 28 décembre 1864. »
Le caractère et l'importance de cette protestation, relativement aux idées de l'empereur sur la renonciation à ses droits d'agnat, n'échapperont à personne ; mais, en outre, il est utile de constater que Maximilien lui-même affirme d'une manière implicite que c'est à la cour de Vienne qu'il fut désigné à M. Gutierrez de Estrada pour la couronne du Mexique.
Ce fut aussi pendant ce mois de décembre 1864, qu'eut lieu la rupture officielle entre le gouvernement impérial de Mexico et le parti du clergé. Le nonce du pape. Monseigneur Meglia, était arrivé dans la capitale le 7 décembre; il fut reçu par Leurs Majestés le 10 avec le cérémonial prescrit pour les ambassadeurs. Le 13, l'empereur l'entretint d'un projet pour la solution de la, question ecclésiastique, dont il avait fini par reconnaître l'urgence ; ce soir même, et le lendemain au ministre de la justice, le nonce déclara qu'il ne
pouvait négocier que sur quelques-uns des points proposés par Sa Majesté, les autres étant du ressort d'un concordat. Ces points étant peu importants, les principaux et les plus nombreux n'étant pas de la compétence d'un nonce, une entente entre Monseigneur Meglia et le gouvernement impérial devenait impossible.
Le ministre de la justice, M. Ë^cudero, lui écrivit alors le 24 décembre la lettre suivante : — « Monseigneur. — Gomme Votre Excellence m'a déclaré dans notre dernière conférence, ainsi qu'elle l'a répété, du reste, aujourd'hui, dans son entrevue avec S. M. l'impératrice, que, faute d'instructions nécessaires pour traiter sur les neuf points proposés dans le but d'aplanir les difficultés existant entre l'État et l'Église mexicaine, elle devait en référer à la cour de Rome; S. M. l'empereur se trouve dans la pénible nécessité de dicter les mesures que lui commandent ses devoirs et sa conscience, dans la situation actuelle.
« Mais, comme le manque d'instructions de Votre Excellence doit être la cause de mesures ultérieures que prendra Sa Majesté, elle désire que ce fait soit constaté par écrit et, à cet effet. Votre Excellence aura la bonté de m'écrire, en réponse à cette note, ce qu'elle a bien voulu m'exprimer de vive voix. Je profite de cette occasion pour réitérer à Votre Excellence l'assurance de ma considération distinguée. — Pedro Escudero. »
A cette note, le nonce répondit le lendemain par une longue lettre, dont voici les principaux extraits : «... En soumettant à S. M. l'empereur, dans l'audience privée qui me fut accordée le 17, une lettre confidentielle du Saint-Père, Sa Majesté daigna me donner connaissance du susdit projet, et je répondis, en toute franchise, que je n'étais muni ni des instructions, ni des pleins pouvoirs nécessaires pour négocier un concordat^ vu que mes instructions étaient en tout conformes à ce que Sa Sainteté exprimait dans sa lettre à l'empereur... » Suit une critique du projet. « J'ai suggéré ensuite à Sa Majesté et à Votre Excellence que le saint-siége
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n'avait pu d'autant moins me donner des instructions sur les points susdits, qu'il ne pouvait pas supposer que le gouvernement impérial les proposerait et consommerait ainsi l'œuvre commencée par Juarez. Tai assuré à Sa Majesté et à Votre Excellence que je n'avais entendu parler à Rome d'un projet ainsi conçu, ni par Sa Sainteté, ni par son secrétaire d'État, ni par d'autres personnes attachées à la cour pontificale, et que j'étais persuadé que le ministre impérial M. Aguilar n'en avait jamais fait mention au Saint-Père, lequel, certainement, aurait écrit une lettre et donné d'autres instructions à son représentant... J'ai l'honneur d'être, etc. — Pierre François, archevêque de Damas. »
Ces documents prouvent ce que j'ai déjà dit, qu'en passant à Rome, l'empereur ne s'était point occupé de la question du concordat; que le nonce n'avait reçu des instructions que pour les affaires ecclésiastiques du Mexique; que la cour de Rome et le clergé mexicain supposaient que l'empereur allait rappeler les décrets de Juarez contre l'Église mexicaine et ses membres, et que Sa Majesté pensait que le nonce pouvait ratifier les lois de réforme promulguées par Juarez et sanctionnées par Maximilien I^. Ces illusions réciproques et naturelles en ces circonstances, amenèrent en tombant, une rupture inévitable. Cette rupture devint officielle après la lettre du 37 décembre, écrite par l'empereur à M. Escudero, et dont voici les passages les plus saillants :
« Mon cher ministre Escudero. — .., La situation difiScile, qui se prolonge depuis plus de sept mois, et qui nous a coûté de si grands efforts, n'admet plus de retard. Cette situation exige un prompt dénoûment. En conséquence, nous vous chargeons de nous proposer immédiatement des mesures qui devront avoir pour effet :
ce Que la justice soit rendue sans égard à la qualité des personnes.
ce Que les intérêts légitimes créés par lesdites lois de réforme soient garantis, sans préjudice des dispositions &
prendre pour redresser les injustices et les excès auxquels ces lois ont donné lieu ;
« Qu'il soit pourvu à l'entretien du culte et à la protection des intérêts sacrés placés sous la sauvegarde de la religion;
<c Et enfin ^ que les sacrements s'administrent, et que les autrea fonctions du ministère ecclésiastique s'exercent, daiks tout l'empire gratuitement et sans charges pour les popu^ lations.
«.A cet effet, vous nous proposerez .tout d'abord un plan pour la révision des opérations de désamortissement des biens ecclésiastiques. Ce plan devra avoir pour base la ratification des opérations légitimes exécutées sans fraude et conformément aux lois qui ont décrété l'abolition de la main^ morte et fait passer ses biens dans le domaine de la nation.
ce Enfin, vous nous guiderez d'après les principes les plus larges et les plus libéraux de la tolérance religieuse, sans perdre de vue que la religion de l'État est la religion catholique, apostolique et romaine. — Maximilien. »
Le 39 décembre.. Mgr Meglia protesta contre les considé^ rants et la teneur de cette lettre; puis il conclut sa protestation en disant : — ce Je proteste donc contre toute manifestation ou insinuation tendant à faire retomber sur le suprême pontife la plus légère responsabilité de tout ce qui pourra se faire ici de contraire à l'Église et à ses droits : j'affirme que ni Sa Sainteté, ni son gouvernement, ni lé nonce n'ont jamais eu connaissance des projets et résolutions qui, au lieu de calmer les consciences timorées et de rendre la paix aux esprits, n'ont fait que les jeter dans des perturbations et des angoisses plus grandes encore. — J'ai l'honneur, etc. — Pierre François, archevêque de Damas. »
Après cette protestation, l'Empereur publia un décret pro«clamant la mise en vigueur des lois relatives à l'entrée des bulles, rescrits, etc., du souverain pontife, qui ne pouvaieùt recevoir l'exequatur avant l'approbation du chef du pouvoir exécutif. Ce décret acheva la rupture; Mgr Meglia attendit des instriicttons de Rome et quitta le Mexique quelques mois
plus tard. L*annéç 1864 finissait ainsi pour Tempire aussi mal que possible.
Ayant été chargé verbalement de donner à M. Drouin de Lhuys des renseignements sur la situation vraie du Mexique, situation défigurée de la manière la plus étrange par la presse européenne, j'envoyais, dès le mois de janvier 1865, plusieurs lettres à différents personnages pour les communiquer à Son Excellence. Je crus plus prudent de donner ces renseignements par une voie indirecte que les adresser au ministre des affaires étrangères. Voici quelques extraits de ces communications :
« ... J'ai trouvé le Mexique sur un volcan, l'empereur et l'empire usés, l'insurrection triomphante, partout où les Français ne sont pas en grand nombre; tous les partis se donnent la main pour faire de l'opposition au gouvernement... Depuis le plus grand jusqu'au plus petit, tous s'accordent à dire que si les troupes françaises partaient, l'Empereur ne pourrait pas rester vingt-quatre heures à Mexico. Son départ ne fait plus aucun doute; ce n'est plus qu'une affaire de temps... Les places sont occupées par des hommes nuls, des voleurs et des gens qui n'attendent qu'un moment favorable pour tourner contre le gouvernement... M. Eloin, chef du cabinet de l'Empereur, déteste les Français... il faitle vide autour de l'Empereur... Ma première conversation avec lui me l'a révélé encore mieux que l'opinion publique. Il est exécré de tout le monde; Mexicains , Français, étrangers de tous les pays ne peuvent le sentir.
a On n'a pas en France le moindre soupçon de ce qui se passe ici... L'immigration allemande et américaine qui pouvait régénérer le pays est arrêtée; elle va se diriger vers le Brésil... L'empereur aurait pu faire tout ce qu'il aurait voulu. Maintenant, c'est trop tard, l'occasion est perdue... M. Hidalgo se plaint que M. de Montholon dit du mal du Mexique à son gouvernement; aussi, la position de M. de Montholon est-elle déjà très difficile ici. »
Lors de ma première entrevue avec l'empereur. Sa Majesté
me dit : « — Voilà quatre mois que je prie mes ministres d'en finir avec le décret de concession du chemin de fer de Vera-Cruz à Mexico, et ce n'est qu'hier que j'ai pu le signer. » Cette phrase me donnait la clef de la situation ; l'empereur régnait, mais ne gouvernait pas. Aussi, je ne pus m'empécher de répondre ù Sa Majesté : — « Sire, Votre Majesté n'a point été appelée au Mexique pour être gouvernée par les Mexicains, mais bien pour les gouverner ; Votre Majesté sait ce qu'ils ont fait de leur pays depuis le demi-siècle qu'ils le gouvernent à leur guise; si Votre Majesté continue leurs traditions, elle arrivera aux mêmes résultats qu'ils ont obtenus, c'est à dire la ruine et l'anarchie. »
Mes lettres à Paris ftfrent très mal accueillies; on prit pour de la violence ce qui n'était qu'une douloureuse expression de la vérité dépouillée de ces oripeiiux qui la font ressembler au mensonge. « L'empereur Maximilien, me réponditon, se plaint beaucoup des sentiments hostiles que vous professez hautement contre son gouvernement. Si vous n'étiez pas protégé par votrer caractère sacré, vous auriez reçu déjà l'ordre de quitter immédiatement le Mexique, car Sa Majesté conteste à un étranger le droit de contrôler les actes d'un gouvernement souverain avec la passion que vous y mettez. D'ailleurs, croyez-le, M. Drouyn de Lhuys n'approuve non plus votre conduite, car il vous avait prié d'observer et de lui mander la vérité, mais il ne vous autorisait pas à vous poser en censeur officieux de Maximilien P'... Veiitas odium parit, »
En France comme au Mexique, mes appréciations défavorables, — mais non passionnées, — sur le nouvel «mpire déplaisaient dans certaines régions gouvernementales; on resta longtemps sans avoir le courage de dire la vérité à l'empereur Maximilien, comme à l'empereur .Napoléon; on n'a révélé le gouffre que lorsqu'il était impossible de l'éviter. Aussi, n'ai-je point été étonné d'entendre dire, au mois de novembre 1865, à M. Langlais avec une indignation mal contenue, et dans des termes très énergiques, qu'en France
le gouvernement ne connaissait point la vérité sur le Mexique. Gela se comprend: les réserves diplomatiques, les intérêts ofBciels ou privés donnaient aux rapports des agents des deux gouvernements, une couleur sinon rose, du moins gris-perle, de sorte que la vraie signification des événements qui se passaient au Mexique perdait énormément de son caractère déplorable. J'écrivais que l'avenir me donnerait raison, comme il Pavait déjà donné à mon livre intitulé VEmpire au Mexique, publié en 1863, et qu'il était préférable de connaître le terrain sur lequel on marchait que de s'embourber aveuglément, lorsque nous pouvions encore retirer de grands avantages de notre expédition ; ma franchise et ma profonde connaissance du Mexique furent prises pour de l'hostilité!
L'Empereur Maximilien, quoi qu'on en ait dit, ne s'y trompa pas, et si son entourage, antipathique à l'élément français,me représentait auprès de Sa Majesté comme disant du ma) de son gouvernement, l'empereur voulut utiliser mes notions du pays, et spécialement celles en matière de pressé. Sa Majesté me fit venir pour m'attacher à son cabinet en qualité de directeur de la presse. La première fois que j'eus l'honneur de dîner à Chapultepec, après cet appel. Tempe-* reur me dit : « Voilà plus d'un an que je dis à Eloin d'orga^^ niser la direction de la presse, mais il n'y comprend rien et n'est pas favorable à ce projet. » Il était impossible de mo^ difier l'opinion publique avec les éléments qu'on me donnait; mais j'aimais l'empereur, pour lequel on aurait volontiers sacrifié sa vie, après Tavoir connu dans l'intimité ; je ôbe cbis courageusement à l'œuvre, mais sans espoir de faire du bien, car il était trop tard, et je n'ignorais pas la mauvaise in-> fluence que M. Eloin, les ministres et tous les autres fonctionnaires, également nuls et malveillants, devaient avoit sur les décisions de l'empereur et les destinées du Mexique. Ma tâche fut tellement paralysée par l'hostilité de ces personnages que je donnais ma démission deux fois dans un mois; elle ne fut pas acceptée, mais enlSâG, l'empereur finit
SECOND EMPIRte. 213
par consentir à transporter mon cabinet à Paris pour y continuer mes fonctions.
Je ne sais pourquoi , le quartier général français voyait lui-même d'un fort mauvais œil l'existence de ce cabinet, blâmée par M. de Keratry, dans son plaidoyer en faveur du maréchal Bazaine. Ce cabinet était un lien entre le quartier général et le gouvernement mexicain, il défendait les intérêts français et ceux de l'empire qui étaient également des intérêts français, contre le mauvais vouloir de l'entourage de l'empereur; nous étions quatre Français dans ce cabinet et je crois qu'il eût été d'une bonne politique du maréchal de favoriser ce pei^sonnel et d'applaudir à cette institution, l'un et l'autre lui étant sympathiques et favorables. Ce cabinet n'était point un gouvernement central, mais une sorte de secrétariat général , où s'élaboraient les projets les plus urgents et les plus importants; il servait de canal entre l'empereur et les ministères, abrégeait et facilitait la t&che de tous et l'expédition des affaires. Malheureusement^ son premier chef, M. Eloin, l'empêchait de répondre à ce but, par la direction qu'il donna à cette institution. Voici sur le cabinet impérial quelques lettres de Leurs Majestés d'un grand intérêt.
« Jalapilla, 13 mai 1868. — fespère, à présent, pouvoir m'occuper de l'organisation définitive du cabinet civil, notre cher Eloin n'ayant rien fait jusqu'à présent; ce travail est difficile, mais extrêmement nécessaire. J'ai l'intention de rester encore quelques jours à la Hacienda de Jalapilla, ayant jun léger érésipèle au pied, ensuite de la piqûre d'un insecte; d'ici je me dirigerai par Huatusco à Jalapa. J'ai l'intention de retourner par Puebla directement à Mexico.
ce Le préfet d'Oajaca m'a prié de ne visiter cette ville qu'en automne, me disant que la misère y était tellement grande en ce moment qu'on serait obligé de dépenser une somme relativement trop considérable.
ce J'ai envoyé cette nuit S. en Europe, comme courrier pour y régler quelques affaires et remettre à Eloin des docu-