III
Vu UiSTOlRB DU MEXIQUE.
ments qu*il n'avait pas pu emporter à cause de son départ précipité. S. est aux anges de voir son vieux père qui est bien souffrant depuis quelque temps. » — L'empereur trop faible ou trop indécis pour commander en maître, ou seulement affronter une discussion, profitait toujours de i'éloijçnement de ses opposants pour prendre ses décisions; c'est ainsi qu'il organisa son cabinet, installa la direction de la presse pendant l'absence de M. Eloin, qu'il fit battre monnaie à son effigie, lors du voyage au Yucaian de son minisire Ramirez qui, sous différents prétextes, empêchait le frappage des piastres à l'effigie de l'empereur; ce fut aussi pendant le séjour du commandant Loysel en France qu'il changea son ca- . binet en un simple secrétariat, sous la pression de ses ministres. Je clos la parenthèse et continue la lettre.
ce L'esprit de la population, sur tout mon passage, est excellent et surtout dans ce moment-ci vraiment touchant. Ce qui me paraît de très bon augure, c'est le rapprochement très prononcé du clergé qui se montra dans toutes les villes et les villages que nous venons de traverser. Le curé d'ici a déjà demandé spontanément d'être payé par l'État, et un autre curé des environs me demanda le placet pour deux brels du Saint-Père. Vous comprenez que tout fut immédiatement accordé.
a Vous pouvez donner connaissance de cette lettre à l'impératrice et au maréchal auquel vous direz bien d'amitiés de ma part. Les nouvelles que j'ai reçues d'Europe sont excel- • lentes. — Maximilien. »
— « Jalapa, 1" juin 186S. —Je vous envoie avec cette lettre le règlement que j'ai fait pour le service civil du cabinet. Faites-le traduire en français par le lieutenants, et ensuite en espagnol, ajoutez y les dispositions nécessaires pour le service civil et envoyez-moi tout cela le plus tôt possible à Puebia, car je tiens beaucoup à ce que ce règlement soit bientôt mis en pratique. — Maximilien. »
— « Puebia, 19 juin 1865. — Je suis enchanté de l'extrait que vous avez fait du règlement du cabinet; arrangé de cette
manière, on pourra le publier au Diaro officiel et le faire imprimer dans la collection des lois et règlements que j*ai ordonné, et qui a été commencé par le sous-secrétaire d'État. En attendant, je fais lithographier ici, à Puebla, le règlement détaillé qui sera mis en vigueur le 4«' juillet.
« Chaque membre du cabinet recevra un exemplaire de ce règlement pour la tâche qui le concerne, mais personne d'autres, pas même les ministres. Cependant j'ai fait la lecture aux ministres avant-hier de tout le travail et ils l'ont accepté sans le moindre changement, ils en paraissent même très contents.
« Le cabinet civil actuel qui, au fond, n'est rien autre qn'une agglomération d'hommes incapables et paresseux qui, sans règlements et sans ordres, ne savent trop pourquoi ils existent, sera complètement dissout le 30 de ce mois. La nouvelle organisation commencera le 1"^ du mois de juillet avec un nouveau personnel que je suis en train de choisir. De l'ancienne clique — sic —qui se nommait cabinet, ne restera que Duran pour le service des audiences et pétitions, le major Boleslawsky pour la direction de la bibliothèque et Blasio pour le service de Chapullepec et de voyage. J'ai donné Tordre au secrétaire de l'intendance, M. Poliakowilz, de se vouer pendant le mois de juillet à Tintroduction et direction de la branche du registre et de la formation définitive de l'archive. M. Poliakowilz connaît mes idées sur ces deux points et s'empressera de former des employés qui pourront, dès le !••' août , continuer sans son aide leurs services.
tt Ayez la bonté de faire préparer tout le relatif pour la publication au Diaiio et pour la dissolution du cabinet actuel. Les employés renvoyés devront être de nouveau placés dans les différents ministères, et il s'entend de soi-même que les employés du nouveau cabinet qui auront immensément à faire, devront être bien payés et pas traités comme jusqu'à présent par notre excellent Éloin ! — Maximilien. »
— « Puebla, 2t juin 1865. — Je vous envoie ci-joint les
nouvelles nominations pour le cabinet civil ; les personnes nommées doivent entrer en fonction le 1" juillet, mais elles ne sont nommées que provisoirement; après quelques mois de bons services on pourra donner des décrets définitifs... Vous aurez la bonté de préparer pour mon retour un plan de réduction considérable en locaux; les deux cabinets prennent beaucoup trop de place dans le palais. Le ci-devant appartement de M. Scherzenlechner devra être remis à ma disposition, devant servir à Tavenir pour mon archive et ma bibliothèque privée.— Maximilien. »
— « Chapultepec, 19 juillet 1865. — Le cabinet a pris fausse route du temps de ce pauvre Éloin ; il se développa en gouvernement central, sans en avoir le droit ni les qualités; il a fallu le remettre à sa place, et cela s'est fait dans les dernières semaines. Il commence à fonctionner parfaitement bien et nous voyons enfin de l'ordre et de la décence. En ce qui concerne le personnel du cabinet et surtout les chefs, ils devraient savoir s'accommoder à mon caractère; c'est la moindre demande que je puisse leur faire.
(( Or, mon caractère n'est pas des plus heureux et entre autres défauts, j'ai un sentiment d'indépendance absolu, de manière que même l'impératrice, avec son tact tout spécial, ne vient jamais chez moi, ne dérange pas mon travail sans que je l'invite de venir. Elle connaît sur ce point ma faiblesse, et en s'y accommodant, jamais l'harmonie n'a été troublée. Pour ne pas être interrompu dans mes travaux j'ai inventé le style épistolaire pour correspondre avec les ministres et avec les chefs de mon cabinet, copiant en cela le sage exemple de mon beau-père, qu'il exagère peut-être, en correspondant même avec ses propres fils, qui se trouvent cependant sous le même toit.
« ... Je vous avoue que je suis très étonné de voir les Français se plaindre. Si quelqu'un a le droit de se plaindre ce droit revient à moi. Mais mon caractère qui a ses fautes — défauts, — que j'ai franchement avouées a aussi une qualité, celle d'un profond sentiment d'équité, or moi je ne me
plains pas contre les Français auxquels le Mexique doit tant de reconnaissance, mais je me plains amèrement et directement contre quelques Français qui servent mal Içur empereur... si je ne me plains pas ouvertement... c'est par égard pour mon meilleur ami l'empereur Napoléon, par respect pour cette grande nation à laquelle nous devons tant, ravale bien des injustices, bien des humiliations auxquelles je n'étais accoutumé de ma vie, par amour pour ma nouvelle patrie, par amitié pour la France... Du reste je me console de ne pas recevoir de rapport inexacts, » — Sa Majesté veut dire qu'Elle ne recevait pas de rapports sur la situation intérieure du Mexique et que lorsqu'Elle en recevait, ils étaient inexacts — « puisque le même malheur arrive, comnje je viens de le savoir positivement, à l'empereur des Français. On se joue des deux empereurs, voilà la situation, mais elle ne durera pas longtemps, car les deux empereurs commencent à voir clairement... — Maximilien. »
L'empereur n'aimait recevoir des plaintes d'aucune sorte; quand on lui en faisait, il se plaignait à son tour d'une situation qu'il s'était faite, qu'il ne voulait pas regarder en face et qu'il n'avouait pas. Dans une lettre datée de ce même jour et traitant différents sujets, on voit que l'impératrice ne se dissimulait pas les difficultés du gouvernement impérial.
ce Mexico, 19 juillet 1865. — Je savais bien, dit-elle dans cette lettre, que vous n'étiez pas de ceux qui abandonnent la brèche au moment du péril ou qui quittent la partie lorsque récheveau est embrouillé. Une tâche entreprise par un mobile élevé doit faire trouver dans ce sentiment la force pour continuer à l'accomplir. Le bien triomphe tôt ou tard; c'est le grand phare au milieu des défaillances de ce monde et les droites intentions trouvent toujours leur récompense... Ce qui reste dans l'esprit de l'empereur n'est jamais perdu... Jamais ceux dont le hasard ou la séduction qu'il exerce sur les cœurs a placé la destinée sur le chemin de l'empereur n'ont eu à en souffrir. Et le jour de son avènement au trône, il n'était occupé qu'à faire autant d'heureux qu'il avait eu
d'amis, et à songer à tous ceux qui dans toutes les partie^ du monde lui avaient adressé un mot affectueux ou donné une preuve d'intérêt.
. Cl Vous dites n'avoir été excité à votre démarche par qui que ce soit; prenez y garde, vpus êtes du sang de la vieille France, de la terre de la loyauté et de la fidélité séculaires', mais à la suite des bouleversements de la France moderne, il s'est fait plus d'un disciple de Machiavel, et on n'a pas toujours écrit sur son front qu'on appartient à cette école. Pour ce qui est de la fibre française et de tout ce qui la froisse ou lui. plaît, je n'ai besoin que de consulter la moitié de mon être pour m'en rendre complètement compte. — Charlotte. »
Voici d'autres lettres qui témoignent que si le personnel français du cabinet avait parfois des raisons de se plaindrç^ Leurs Majestés, d'autre part, n'étaient pas toujours satisfaites du personnel mexicain employé à la direction du télégraphe et des courriers. Ces extraits, peu importants en eux-mêmes ont, à mes yeux, l'intérêt historique de révéler le caractère intime de Leurs Majestés, peint par elles-mêmes, et c'est k ce titre que je les -publie.
c< Chapultepec, 27 juillet 186S. —Le service du télégraphe (!u cabinet devient pire chaque jour. On fait sur lui des plaintes innombrables et bien fondées. Ces jours-ci j'ai appelé à Chapultepec deux personnes très connues à Mexico, Tune reçut son appel urgent quatre jours après, et l'autre vingt>quatre heures plus tard. Il n'y a pas une seule dépêche dont l'orthographe soit bien mise; il y en a d'autres entièrement incompréhensibles. — Maximilien. d
— « Mexico, 28 juillet. — Le mieux est l'ennemi du bien ; je suis satisfaite de vos indicateurs et de leur contenu, et je ne désire pas davantage. Le modèle projeté n'est pas s^ssçz sérieux pour quelqu'un qui a le désir de travailler véritablement et de manière à se rendre utile, c'est plutôt un indicateur de salon et je trouverais cela humiliant pour mes faibles efforts. Je ne désire plus pour le moment aucune
SECOND IIMPIRE. in
esjpëce d'idée lumineuse ni d'améJioration bienveillant. — C. »
-— « Chapultepec, 28 juillet 1868. — Vous me parlez des cbamt)res demandées par G., je vous dirai qu'elles sont maintenant de toute nécessité pour le service de l'impératrice, à cause des travaux qui doivent se faire encore pendant six semaines dans son appartement.
« Le palais est si mal disposé qu'il n'a pas une seule chambre disponible — pour le cabinet — et moi-môme je devrai pendant ces six semaines me réduire à une seule chambre qui est l'unique à ma disposition dans tout le palais, mais le bon service de l'impératrice doit passer avant tout. — Maximilien. »
—«Chapultepec, 6 septembre 186S —Bien qu'on n'ait jamais ec\vie de vous gronder, j'y étais un peu disposé ce matin, car vous avez envoyé hier un paquet d'orties, hermétiquement fermé et aussi indigeste que possible, au sujet duquel j'ai dû faire un « meà culpâ » qui vous revenait de plein droit, le ne sais pas non plus ce qui prend au cabinet civil; il y a des jours où les lettres pleuvent comme la manne du désert et d'autres où rien ne parait. C'est complètement inicrmiltent et peu encourageant pour ceux qui arrangent le? dossiers : je suis loin d'en avoir fini, ayant pris de chez rempereur les plis fermés que je lui avais remis, vu que le nombre avait paru effrayant. — Ch. »
— « Chapultepec, 12 septembre 1868. —Je crois qu'il y aurait lieu de présenter à l'empereur un plan de réforme du télégraphe. J'ai vérifié ce matin qu'une dépêche pressée prend une heure et jusqu'à ce qu'on ait la réponse, ujie heure; et demie. Autant vaudrait aller à pied. — C. »
Le service du nouveau cabinet finit par s'organiser de manière à satisfaire le but que FEmpereur s'était proposé en le refondant au mois de juin. Les lettres de Leurs Majesté^ concernant les différentes questions administratives, poli* tique? et militaires du Mexique donnent raison aux communications que j'envoyais indirectement au ministère des
affaires étrangères à Paris au commeneemeDt de Tannée 1865. Les événements ont depuis sanctionné la justesse et la droiture de mes appréciations. En voyant la conduite des ministres et des fonctionnaires, appelés par Maximilien P' à le seconder dans son œuvre de régénération, on dirait que leur tâche n*était pas de proposer, mais de s'opposer à rétablissement de toutes les institutions utiles au Mexique. Leur force d'inertie , hostile à tout progrès , laisse tout à Tétat de décret ou de simple projet; tout vient échouer contre leur indifférence, leur mauvais vouloir et leur nullité. Ministres, généraux et préfets, presque tous trahissent l'Empereur par leur opposition active ou passive, ouverte ou cachée, aux désirs de Sa Majesté; la trahison prend toutes les formes, elle se révèle à toutes sortes de degrés, et se développe de mois en mois d'une manière ostensible. Chaque jour il arrivait à l'Empereur des accusations contre les ministres, les généraux, les préfets et les hauts personnages; Sa Majesté repoussait ordinairement ces accusations et s'en montrait fort mécontente; d'autres fois elle y attachait une certaine importance et demandait des preuves écrites avant de se convaincre du fait. Sa correspondance à ce sujet, nous révèle des contrastes de caractère comme on verra dans toutes les autres questions, et mérite que j'en publie quelques extraits.
c< Hacienda de Jalapilla , 13 mai 1865. — Ce que vous me dites dans votre dernière lettre, à propos du ministère de rintérieur , est très juste. Cortez Esparza — le ministre — n'était qu'un essai, dans le temps vivement prôné par notre pauvre Scherzenlechner; l'essai a très mal réussi. Cortez Esparza est beaucoup trop partisan enragé et en même temps paresseux.
« Ce qui concerne les préfectures et leur bonne direction, chose tellement — très — essentielle. Je viens de réunir mes six meilleurs préfets, tous hommes modérés et capables, pour leur donner le diapason et les engager à me proposer une liste de candidats pour les autres préfectures,
leur faisant bien comprendre que je veux des hommes honorables et énergiques, qui ne soient ni d*uu extrême, ni de Tautre; je me flatte que cette liste réussira très bien. J'ai aussi donné à mes six hommes une direction sur la manière de traiter la presse. Le choix de leur chef est très difficile et très important, aussi n'ai-je nullement l'envie de trop me hâter. » — Peu de jours après, l'empereur prit pour leur chef, c'est à dire pour ministre de l'intérieur M. Esteva, préfet de Puebla, qui n'était guère connu que par ses poésies, en l'honneur des dames. Sa Majesté aurait bien fait de suivre sa première résolution de ne pas trop se hâter pour ce choix.
(( Ce que vous me dites de Campillo — ministre des finances — est aussi bien vrai, mais il ne faut pas oublier que c'est M. Bonnefond qui l'a inventé et qui a montré dans ce choix comme dans maintes autres occasions une capacité assez médiocre. J'attends déjà depuis longtemps de la part de M. Bonnefond l'esquisse du budget provisoire, n'ayant pas de budget, nous marchons comme des aveugles, et il arrivera le moment où nous ne marcherons plus du tout. — Maximilien. »
En écoutant des étrangers qui ne connaissaient nullement le pays, l'empereur devait naturellement s'attendre à ce que les personnes présentées par ces étrangers pour remplir de hautes fonctions ne répondissent pas à ces espérances. Pourquoi, lorsqu'il avait un choix pareil à faire ne consultait-il pas les anciens membres de la régence, beaucoup plus compétents en cette matière que des Autrichiens et des Français ?
« Hacienda de Jalapilla, 15 mai 1868. — Il est très facile de jeter dans le monde une accusation semblable, plus difficile et plus utile de le prouver. Il est aussi très facile de dire qu'il faut faire des enquêtes, qu'un souverain doit montrer de l'énergie et donner des exemples salutaires. Montrer de rénergie, et rien que le montrer sans pouvoir venir à bonne fin, c'est ridicule et très dangereux. Vous vous rendez
iVt HISTOIRE DU MEXIQUE.
odieux et faites croire h un caractèrç capricieux. Avec des documents en main on peut agir et alors vous ne me verrez jamais fléchir. Informez — exactement sur le fait, cherchez à trouver la source, et si malheureusement le fait serait vrai, procurez-moi des documents, puisque dans un si triste cas ce n'est que le conseil d'État et moi qui pourront juger le chef de mon ministère. — Maximilien. »
Il s'agissait ici de M. Ramirez; voici une autre lettre concernant d'autres fonctionnaires.
c( Jalapa, 26 mai 1865. — Ce qui.se dit relativement au préfet de Tlalpam est grave, et je ne déclinerai pas sa faute; mais il est nécessaire qu'on m'envoie des preuves du fait. Je dis -de même pour le préfet de Cuernavaca et le commandant militaire de S. Angel, parce qu'on ne peut permettre de tel^ délits à un employé. — Maximilien. »
En parlant du désordre des fonctionnaires l'empereur écrivait de Puebla, 18 juin 1865. — « Quant à la proposition d'acheter quinze mille fusils, je désire savoir d'une manière exacte ce qu'on a fait de la grande quantité d'armes prises à l'ennemi, déjà depuis plusieurs mois, dans les provinces du nord. Je n'ai jamais pu savoir ce qu'est devenue cette grand|^ quantité de fusils et de canons. — Maximilien. »
M. Almonte écrivait, le 10 juillet, à l'un de mes amis, à propos des ministres... « Le ministère, composé de libéraux modérés, continue ses travaux avec plus de dissimulation que les exaltés ; mais, heureusement, tant que le maréchal Bazaine restera ici avec son armée, il n'y a rien à craindre» nous devons seulement déplorer le temps qui se perd pour ia pacification du pays. »
Le 28 juillet, il ajoutait:— « Les choses vont un peu plus mal que lorsque vous étiez ici, et cela parce qu'on veut faire un empire avec des républicains, au lieu de le consolider avec des monarchistes et des impérialistes. Dieu veuille que notre souverain ouvre les yeux, parce qu'en les tenant fermés tout va mal. — Almonte, »
Les ministres se vengeaient des accusations qui arrivaient
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contre e^x, par l'entremise des Français, en en faisant à leur tour contre nous pour jeter du discrédit sur nos officiers. Ea voici des preuves dans une lettre de l'empereur.
ce Chapultepec, ïl juillet 1868. — Faites préparer up» écrit qui donne les ordres les plus sévères d'ouvrir, en présence de deux employés de l'État et de M. Poliakowitch, comme secrétaire de l'intendance, pendant deux mois, toutes les caisses qui arrivent sous mon adresse ou sous celle d^ rimpératrice. Le même ordre sévère, sans l'interventioa, ns^lurellement de M. Poliakowitch, devra être donné pour toutes les caisses qui viennent pour l'armée française e^ celles du maréchal. J'ai reçu sur ce point des inrormationa peu édifiantes. Je pense que le maréchal et les officiers français doivent être heureux de prouver, comme moi, au public que les calomnies qu'on fait circuler sont sans fondement. Les plaintes contre la contrebande qu'on fait sous le nom de l'armée française, ont do4iné lieu h une forte discussion au conseil des ministres. J'ai apaisé alors mon monde; maisi,^ puisque je vois que les mêmes plaintes se font à présent i mon adressé, j'insiste pour qu'on use de la plus grande sévérité... — Maximilien. »
Le même jour, Sa Majesté vivement froissée par la publication de la lettre du préfet de Morelia, écrivait, en parla.Qli du chef de police... c< Si M. Galloni n'est pas plus habile pour les autres affaires que pour cellQ qui concerne la lettre du préfet de Morelia, il ne me donne pas une grande idée du système qu'il veut introduire. Je sais déjà depuis quinze jours le fait scandaleux de lacirculation de cette lettre, on me l'a ap|)ortée il y a huit jours de la rue même. Il y a une semaine que j'ai donné l'ordre au ministre de l'intérieur de faire venir le préfet et de le mettre sous procès... — Maxi-, milien. »
Voici cette lettre, dont M. Éloin me niait l'existence :
— ce Morelia, 30 juin 1865. —Sire, — la politique que Votre A^ajesté a bien voulu introduire dans son gouvernement n'a pas atteint le but élevé qu'Elle se proposait en
%ti HISTOIRE DU MEXIQUE.
Tadoptant. Bien au contraire, les populations ne l'ont vue qu'avec une grande méfiance, et la révolution — les libéraux — avec un dédain prononcé. Le Jeu de l'enthousiasme une fois éteint, les populations sont retombées dans l'indifférence d'où elles passeront bientôt à des sentiments de haine contre le gouvernement. Le parti révolutionnaire,. après avoir vu ses titres reconnus d'une manière explicite par Votre Majesté, méprise les concessions, parce qu'il ne les considère, en bonne logique, que comme de justes réparations ; il avance vers son but; rien ne l'arrête, et sans doute, il triomphera dans ce département. Ce n'est pas qu'il soit fort par les armes; sa force consiste dans la faiblesse du gouvernement. Celui-ci n'a pas d'idée fixe; ses dispositions ne s'accordent pas entre elles; l'à-propos et l'unité d'action, font en tout défaut; en un mot, Sire^ il y a désaccord entre l'intelligence supérieure qui dirige, la volonté ferme qui décide, et la main vigoureuse qui exécute. La conséquence inévitable de tout ceci, c'est le chaos, et tel est l'état du département de Michoacan.
« Je viens donc. Sire, offrir, pour la quatrième fois, ma démission de cette préfecture politique, et je sens qu'il est de mon devoir, comme autorité et comme gentilhomme loyal, d'exposer tout ceci, à Votre Majesté, avec une entière franchise.
« Je prie Votre Majesté de vouloir bien accepter ma démission, ne fût-ce que pour m'affranchir du ridicule qui est réservé aux fonctionnaires publics de ce malheureux départements. Veuillez, etc. — Antonio de Moral. »
Au lieu d'interner dans la capitale ce personnage influent, il eût été prudent d'écouter ses conseils; quand on en reconnut la sagesse il était trop tard pour les suivre. L'empereur n'aimait aucun genre d'accusation; il défendait aussi bien les Français que les Mexicains. Le chef de la police, M. Galloni, se fit beaucoup d'ennemis, et bientôt il fut accusé d'avoir ouvert des maisons de jeu qui lui rapportaient des bénéfices importants; son renvoi fut demandé par les
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Mexicains et par le maréchal... a Quant à Galloni, écrivait Sa Majesté de Ghapultepec le 27 juillet, j*ai donné de nouveau, hier, l'ordre précis de ne faire aucune démarche jusqu'à ce qu'on m*ait remis des preuves et documents constatant sa culpabilité, parce que j'ai aperçu dans le courant de cette affaire un peu d'intrigue et de vengeance... — Maximilien. »
L'empereur pourtant avait une contre-police, et les renseignements qu'elle lui donnait étaient mieux reçus que ceux qui lui venaient d'ailleurs. Cette confiance dans ses propres agents se révèle dans plusieurs lettres , comme on le verra dans le cours de cette correspondance.
ce Ghapultepec, 28 juillet 1865. — J'ai su par mes agents, d'une manière digne de foi, que le célèbre chef de guérilleros Epitacio Huerta qui était prisonnier à Paris et commande une trQupe de dissidents, a envoyé ces jours-ci un courrier à Mexico» pour inviter quelques rouges à une assemblée secrète d'une grande importance. Ces personnes ont promis d'y aller. Vous donnerez des ordres pour que la police veille à ce fait aussi intéressant et m'en informe au plus tôt, m'envoyant les noms des personnes qui obéiront à cette invitation... — Maximilien. »
— « Palais de Mexico, 6 août 1865. — Mon cher ministre Ramirez, ayant reçu déjà depuis quelque temps des plaintes répétées, provenant d'étrangers et de Mexicains^ sur la difficulté de voir mes ministres, je désire qu'il se publie au plus tôt dans le journal ofBciel et autres journaux, les jours et les heures, très clairement indiqués, auxquels chaque ministre sera à la disposition du public... — Maximilien. »
— a Palais impérial de Mexico, 23 août 1865.— Sire.— fai l'honneur d'annoncer à Votre Majesté le rapport de la police. Le signe *** s'applique au ministre de la justice; il m'est venu d'autre part des renseignements compromettants au sujet de ce fonctionnaire, et l'on assurait qu'il devait demander à Votre Majesté un congé pour se rendre à son hacienda, afin de se trouver absent au moment oh des
événements propres à le compromettre pourraient ^e passer.
« Le maréchal transmet un rapport du colonel d'Ornano sui' les afTaires de Tehuacan, et demande que le sous-préfet de la Romana qui a lâchement abandonné son poste, soit traduit devant un conseil de guerre, ce qui est parfaitement justifié par Télat de guerre... — Cabinet de Sa Majesté. »
—a Tulancingo, 31 août 1865.— J'ai vu la liste des personnes arrêtées à Mexico. Une fois que le maréchal a fait te premier pas, il ne doit pas se montrer faible maintenant; c'est pour cela que l'idée d'une amnistie le, 16— septembre — ne me paraît pas heureuse.
« Ceux qui ont conspiré ou tenu des correspondances d'une manière traîtreuse avec les dissidents... devront être envoyés sous escorte au Michoacan pour être remis à Arteaga,... ce qui me paraît, sans doute, le meilleur châtiment, ou devront aller h l'étranger par ordre de l'autorité militaire, comme le disait le maréchal, le jour où il a dîné avec nous.
« Ceux qui sont entièrement innocents, et qu'on n'aurait jamais dû emprisonner, devront être mis immédiatement en liberté, si c'est possible, avant mon retour. — Maximilien.»
— « Chapultepec, 9 septembre 1865.— J'ai lu le rapport de la police du 7 et du 8 ; il sera nécessaire de continuer à surveiller avec beaucoup de secret la maison F... et me mettre toujours immédiatement au courant de ce qui se passe. J'ai moi-même sur celte affaire, d'un autre côté, des renseignements, mais pas très clairs. — Maximilien. »
— Rapport de la contre-police de Sa Majesté. — « Sire, — Mes agents affirment qu'à la tête de la conspiration se trouvent l'archevêque de Mexico et Zuloaga. Je fais surveiller leurs maisons... Un général, appelé Silverio Ramirez, vient d'être nommé à un poste... qu'il serait dangereux de lui voir occuper. Zuloaga compte sur les troupes de Guadalajara.
■ —Rapport de la police du 12 au 14 septembre 1865.— « Chez M. F... toujours nombreuses allées et venues... A cinq heures est venue en voiture une dame qui a fait demander très im-
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périeusement une personne de lâ maison, disant que c'était très important. Il est alors descendu un vieux monsieur k tête blanche... accompagné d'un tout jeune homme très brun. Ils sont montés en voiture auprès de la dame et partis dans la direction de la place d'Armes.
« De onze heures à midi, F... est resté au ministère de l'intérieur et de là à celui de la justice... M. Campero, chambellan de l'Empereur, est allé chez F... à cinq heures.
a On me signale comme se livrant au transport des dépêches, entre les dissidents du Michoaoan et leurs adhérents à Mexico, un nommé D. Orquisos, propriétaire d'une hacienda dans le Michoacan. Il serait aidé par un domestique qui lui est très dévoué... Ils sont ici actuellement. Luis Ocampo se livrerait aux mêmes mau(Buvres par l'entremise des conducteurs de diligence.
« A l'archevêché, hier, nombreuse réunion, depuis neuf heures du matin jusqu'à deux heures. Il — l'archevêque — a reçu plusieurs visites, entre autres celle de Navaro, sorti avec une liasse de papiers. Ce personnage tient à sa porte un domestique en vedette.
tt Fidencio Villagran, signalé depuis le 21 août, est venu à Pachuca dans la nuit du H au 12, arranger ce qu'il appelle les affaires de la guerre; puis, jusque près de Mexico, d'où, par un courrier, il a envoyé une lettre qui a été reçue par F. Paz Gomez. Celte lettre a pour but de faire partir par la route de S. Cosme cette nuit même tous les hommes engagés pour l'hacienda du Lion, d'où ils iront à Popotla où se trouvent Fidencio Villagran, Leybas, Fragoso avec 1,700 soldats de cavalerie et d'infanterie. Ces différents chefs sont en relation avec Horan, Vicente, Martinez, etc. Leur agent est Ignacio Villaloros parti de Mexico le 6 de ce mois, ne reviendra pas, » ,
Les autres rapports de la police et de la contre-police deviennent plus explicites vers la fin de Tannée, on voit que tes chefs des deux partis extrêmes se donnaient la main pour conspirer contre l'empire. Des ministres et d'autres
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Mexicains de l'entourage de l'empereur sont compromis dans les dénonciations et réussissent à enlever quelques preuves matérielles de leur complicité et de leur trahison. Un ancien agent de police des États-Unis était en relation avec tous ces messieurs. Les rapports du 8 et du 9 décembre nous apprennent que Ton fomentait ouvertement à Temascaltepec et dans d'autres villes la révolution du Michoacan.
a L'autorité, disent ces rapports, devrait surveiller les frères Gonzalez, D. Manuel Arebal, l'ex-général Camano et Mateo, frère du payeur Rivas Palacio;tous ces individus sont ennemis de Tempire et de l'intervention.
« On me signale le licencié Sanchez Solis, comme étant parti pour Puebla le 6 courant. Il emportait avec lui une caisse de papiers. Je le fais surveiller dans cette ville parce qu'il a beaucoup de relations principalement avec Ignacio et Rafaël Cueillar, chef juaristes.
« D'après les renseignements que j'ai reçus, il serait urgent de faire une enquête auprès du ministre des travaux publics sur les sommes reçues par la maison E... pour les droits du chemin de fer de Vera Cruz, depuis 1888 jusqu'à ce jour, et de constater après cette enquête le montant des sommes reçues par le gouvernement pour ses droits. Dernièrement M***, alors oflRcier supérieur dans ce ministère voulut établir ce compte, soupçonnant des fraudes. Pour étouffer l'enquête qu'il désirait faire, on s'est empressé de mettre un frein h son zèle, en l'envoyant au Yucatan.
« Hier, une dame s'est présentée — à la prison de Belen - pour visiter un prêtre détenu, à qui il était défendu de communiquer avec qui que ce soit. Pour une gratification donnée h l'employé de service, ils ont pu causer librement dans une chambre à part. Il se trouve actuellement dans la prison un nommé Montes Yoca, condamné à mort, qui a proposé à mon agent — sergent de garde — une forte somme d'argent, s'il voulait le laisser évader. Il lui a promis, en outre de lui faciliter les moyens de rejoindre Porfirio Diaz ou Riva Palacio, et de lui faire obtenir l,e grade de colonel
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dans l'armée de l'un de ces messieurs. Ce prisonnier est celui pour lequel on a le plus d'égards dans la prison; il est presque continuellement en rapport avec l'agent principal qui pourrait parfaitement lui faciliter une évasion. »
 ces dernières communications, l'empereur répondit le 10 décembre : — « Du rapport que je vous renvoie, il résulte qu'il est très important de faire un changement prompt et radical dans la direction et les principes qui régissent la prison de Belen^ nommant d'autres personnes et faisant un règlement énergique et clair. Il serait également important de trouver une personne énergique et dévouée à mon gouvernement pour l'envoyer, au moins pour quelque temps à Toluca, pour réparer avec tact le mal de la situation, le commissaire H. même s'est beaucoup plaint auprès de moi de la mauvaise influence de cette ville sur les districts qui l'entourent. — Maximilien. »
On a vu, par ces documents, contrairement à ce que disait M. Gutierrez deEstra(la,enl866, dans les journaux français, que les conspirations et la trahison se montraient au Mexique en 1868, sous bien des formes. Après avoir révélé cette déplorable situation dans la politique générale et le personnel des fonctionnaires impérialistes ^ je dois l'examiner aussi dans les finances et l'administration. Cette revue, par ordre de matières, de l'année 1868, année décisive pour la vie ou la mort de l'empire, aura l'avantage d'éclairer l'opinion publiqxie sur chaque question particulière, à l'aide de documents inédits.
Je ne relèverai pas ici les inexactitudes et les appréciations hostiles et non motivées de M. de Kératry contre le gouvernement français, à côté des documents qu'il cite sur la créance Jecker. Dans les lettres de l'empereur Maximilien, datées de 1868, dans lesquelles il est question des réclamations françaises et des travaux des malheureux agents financiers que nous avons envoyés à Mexico, je ne vois pas une seule fois le nom de Jecker. Je crois donc que la créance Jecker, devenue créance française à cause des intérêts fran-
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^ HISTOIRE DU MÉtlQUB.
çais qui se trouvaient engagés dans Temprunt émis sous Miramon, préoccupait fort peu Sa Majesté. Quant aux réclamations françaises, proprement dites, ces lettres prouvent au contraire que Tempereur désirait les régler au plus tôt, et que nos agents, aussi bien que les tninistres mexicains, ne répondaient pas à Timpatience de Sa Majesté pour résoudre cette question.
Dans la correspondance impériale je trouve un brouillon de lettre, presque indéchiffrable, sans date, et dont voici la leneUr :
(c Mon cher ministre Ramirez. — En raison de la situation •particulière de la France vis-à-vis du Mexique et des relations plus étroites d*amitié qui doivent exister par suite entre les deux pays, je désire qtie la question des réclamations 'présentées par des sujets de S. M. Te^pereur Napoléon, pour préjudices subis antérieurement , soit réglée dans le ^lus bref délai. Pour atteindre ce but j*ai décidé qu'une commission spéciale serait immédiatement formée et qu'elle comprendrait : MM. Bonifacio Gutierrez qui a déjà fait partie d'une commission mixte chargée d'un travail analogue; Martin Castillo ex- sous-secrétaire d'État aux finances... Eiguero conseiller d'Éiat.
« Cette commission se livrera immédiatement à l'examen de la question desdites réclam^tidns ; elle devra me présenter, dans un délai de huit jours, ses conclusions avec aton dictamen — décision — sur la manière de régler définitivement l'affaire pendante. Je compte sur votre zèle et votre activité pour assurer, sans retard, l'exécution de ces disspoôitîons. »
Dans une note historique, rédigée par ordre de Maximilien I^% et qui accompagnait une note secrèle sur nos opérations militaires, destinée à être connnuniquée à Tempeteur Napoléon, Sa Majesté démentait le bruit accrédité que le gouvernement mexicain payait les créanciers at^laiset ne payait pas les créanciers fran<;ais. Cette note n'a pas de date, mais elle doit ôtre de fin février 1865. — La question
SECOND EM?]RB. «Il
du règlement des indemnités, estait dit dans ce document, sertit terminée depuis longtemps, si elle avait été entamée et traitée par tout autre — que M. de Montholon —- ce qai explique pourquoi M. Hidalgo a été chargé de terminer cette arlfoire avec le ministre des affaires étrangères à Paris. Il importe à ce sujet de redresser une erreur qu'on persiste à (bire prévaloir comme un des principaux arguments. Jusqu'ici le règlement des indemnités réclamées par les Anglais n'a pas été entamé, il est donc erroné de persistera prétendre qu'on a accordé aux Aglais le 6 ""/o rédamé par to France... Les Anglais avaient des conventions solennelles, les unes sanctionnées par le pouvoir législatif, les autres autorisées par sentences judiciaires et quelques-unes rapportant 12 7o d'intérêt. Ces créances privilégiées furent réglées de nouveau en 1861 , avec le ministre de S. M. Britannique, elles devaient porter un intérêt de 3 Vo avec S d'amortissement pendant les quatre premières années, et de la cinquième en avant 4 <^/o d'intérêt et S d'amortissement» avec la condition que si cette convention n'était pas exactement exécutée, les créanciers rentreraient dans leurs anctens droits.
« Les révolutions continuelles souffertes par le pays empêchèrent d'exécuter cette convention, de sorte que les créanciers réclamèrent leurs anciens droits. La gravité de cette situation obligea le gouvernement de faire de nouveacrx arrangements , en vertu desquels on changea le précédent système de paiement, supprimant la quantité désignée pour l'amortissement et donnant en compensation un intérêt fle 6 ^/o à tout droit de douane. Telle est l'origine de cette quote-part.
(c II suffit de ce simple renseignement pour comprendre l'exactitude avec laquelle on a dit qu'il n'y avait aucune comparaison à établir entre les créanciers anglais et les froaçais pour les assimiler. »
On sait que M. Fould envoya M. Bonnefond à Mexico diriger les finances du Mexique ou du moins établir un budget
^n HISTOIRE DU MEXIQUE. '
qui devait régler les bases financières du pays et mettre un peu d'ordre dans Tadminislration. L'empereur, se méfiant des idées préconçues de nos financiers, lui commanda, dès son arrivée, uu budget provisoire; mais soit à cause de l'état de santé de M. Bonnefond, soit à cause du terrain nouveau qu'il avait à défricher, ce travail n'arrivait pas. L'impératrice, qui gouvernait alors en qualité de régente pendant l'absence de l'empereur, s'impatientait de ces retards et son impatience était d'autant plus légitime qu'on mettait ces retards sur le compte de Leurs Majestés. Ces détails devaient précéder la publication des lettres suivantes qui prouvent que le souverain du Mexique n'était pas mieux secondé que l'empereur Napoléon, dans la noble tâche de consolider le nouvel empire.
« Hacienda de Jalapilla, 17 mai 1865. — L'impératrice fait très bien d'exiger de M. Bonnefonds le travail sur le budget provisoire, puisque ce travail lui fut recommandé le lendemain de son arrivée, et qu'on lui en remit les travaux préparatoires les plus détaillés. Ce qui est à présent la plus grande nécessité c'est de savoir le chiffre exact des sommes que le maréchal veut encore dépenser en évolutions et travaux militaires, parce que c'est toujours là la grande dépense... La promenade d'Oajaca l'a bien montré.
« Il sera de même très nécessaire de se mettre en rapport avec le général Thun pour savoir la somme nette qu'il lui faudra pour les troupes volontaires et l'organisation de la brigade mexicaine. J*ai engagé les ministres, il y a bien trois mois, à me faire chacun un aperçu détaillé des dépenses extraordinaires absolument nécessaires dans leurs départements; dites cela à l'impératrice pour qu'elle puisse demander en mon nom ce travail aux ministres.
(c II me serait très agréable si le budget provisoire, ces aperçus des ministres et tout ce qui a rapport au budget pourraient m'étre envoyés h Jalapa où j'aurais peut>étre quelques jours de repos et de bon travail. — Maximilien. »
— a Perote, 3 juin 1866.— Je déplore l'état de santé de ce
pauvre Bonnefonds. Dites-lui bien des amiliés ()e ma part et tout rintérét que je prends à sa santé. Il sera bon de ne pas écrire en Europe pour demander une nouvelle capacité financière avant que je n'en parle à M. Dano qui viendra probablement me voir à Puebla. — Maximilien. »
— « Puebla, 18 juin 1865, —Avant-hier j'ai donné Tordre de publier dans le Diario l'acte de concession de la banque, en omettant toujours, d'après le conseil de M. Bonnefonds. le dernier paragraphe. Il est de toute nécessité que ce pauvre Bonnefonds remette tout à fait les affaires à M. Campillo. Son état moral ne peut nous donner les garanties nécessaires dans un branche si délicate comme celle des finances. Je travaille assidbment pour mettre un peu d'ordre dans ce chaos, et je dois dorénavant insister avec toute énergie qu'on n'envoie plus de créance ni de traite sur l'emprunt sans m'envoyer avant à moipersonnellement, tous les comptes détaillés. En récapitulant les affaires financières, je vois plus que jamais que ce n'est que le ministère de la guerre et la guerre qui dévorent tous nos fonds avec une rapidité effrayante et sans le iboindre contrôle. Cela doit finir le plus tôt possible.
ce II n'y aura plus personne dans l'État que moi, qui décidera des finances. C'est moi qui suis dorénavant le ministre des finances au Mexique, et personne autre ne pourra à l'avenir se mêler dans ces affaires. C'est malheureusement la seule branche, dans l'État, dans laquelle on n'a fait aucun pas depuis mon règne. J'ai eu beaucoup de patience jusqu'à présent, mais je n'en aurai plus, et je l'ai écrit à l'empereur Napoléon pour le calmer.
« Puisque nous parlons d'argent et de dépenses, je dois remarquer que le crédit demandé pour les fortifications de S. Luis Potosi est énorme. J'en ai parlé à Dano, qui prêche l'économie comme tous ceux qui viennent d'Europe. Je crois que notre situation avec nos grands voisins est tellement en train de s'améliorer que cette terrible dépense ne parait pas pour le moment indispensable. Dans tous les cas, nous
tu HISTGIHE m MEXIQUE.
Q*avons pas malheureusement l'argent pour la payer. — Maximilieo. »
« Puebla, 19 juin 1865. — Je ne comprends pas bien coo^ment M. Rolland puisse se plaindre, » — des entraves. miSQS par les ministres aux fonctions des agents financiers français, — a comme le fait de même ici M. Le Be^ume; ces deux fonctionnaires doivent cependant savoir que M. Bonnefoads a déjà— depuis — trois mois, la haute direction des finances mexicaines en main , et que M. Campillo , que personne ne connaissait, a été inventé par lui. Si M. Bonnefonds n'a rian fait et n'a pas su diriger ses agents, ce n'est certes pas la faute du gouvernement mexicain. — Maximilien. »
Un mois après cette lettre, le décret sur la Banque n'étajt point publié, M. Ramirez laissait le décret dans ses cartons. a Je ne comprends pas, écrivait Sa Majesté le 16 juillet, la raison pour laquelle on n'a pas encore publié les statuts de la Banque. Vous prendrez des renseignements là-dessus, du résultat desquels vous me ferez part. » Ce n'était pas le seul décret qui devait rester à l'état de lettre morte.; on en verra bien d'autres; l'Empereur lui-même ne paraissait pas toujours attacher beaucoup d'importance à Texécution de ses décrets. Le 15 mai, il avait concédé à M. Gourcillou l'autorisation d*établir un service de voitures accélérées, sous le nom d^Express de Vempire mexicain^ pour transporter les voyageurs et les marchandises de la capitale aux deux océans. Le matériel à introduire devait être exempt de droits de douanes. Par cette concession, la gouvernement jouissait d'un rabais de 10 ^o sur ses transports particuliers; mais je crois qu'il devait subventionner provisoirement la compaguie> car, dans une lettre datée de Mexico, 9 juilLet* 1865, l'Empereur dit :
a Je viens de parler avec le ministre Ramirez, sur l'affi^ire Courcillon. Nous sommes tous les deux d'accord que ni l'État ni la liste civile, disposent dans ce. moment d'assez de fonds ^our faire les dépenses proposées par cet agent. Je croîs qu'il faudra le laisser partir en le congédiant d'une manière
8B$|0ND ^mW^ nus
tr^ ajiDable et en lui donnant Tespoir d'utiliser ses services plii^ tard, le prisant de nous donner des nouvejles suivies 99^ rétat d0^ choses en Amérique... » •— Maxipiilien.
Au ipois d*août, le^ réclamations françaiseis n*étaient point réglées; M. Langlais n'était pas encore arrivé pour reipplf^cer M. Bonnefons, dont la santé avait été fortement éb|*ai>lée. 1HpK9 légation dirigeait rarrangemeni de cette affaire i:eqQ|i^ eutre les mains d'une coipmis^iou frs^nçaise ; ipais la dipipinatie embrouille les questions et les envenime plus souvwt qu'elle ne les arrange. On sait, déjà que les prétentions de npsi nationaux furent limitées à quar^ntQ millions p^r nqlT^ gouvernement; dans le docun^ent ()e la çommissjpfl qui demandait un chiffre supérieur à celui-ci, il s'y trq^vait de? vues que l'enipereur dn Mexique «ipprécia de 1^ manière suivante :
« Pachuca, le 38 août 1865. — ^ai lu très attentivement 1q travail que vqus m'avez envoyé, fait parla commission fr^nç^jsç des réclamatioBS. C'est sani^ doute un travail tr^s diplôn^Mique qui dit ^ la fois beaucoup et rien du tout, et. qi^i tqnd à un principe eon)plét^ment ruineux pour n^a patrie. On yoit intercalé, avep beaucoup d^ finesse dans ce travail, une phrase qui parle des réclamations futures qui pou^rajen^ arriver des points éloignés du p^ys. Daps cette phrase se trouve un avertissement pour l^ pauvre trésor n^exicpii), et un principe que je consi()ère des plus injustes, parce qq'il nqujii obligerait un jour à payer les dommagées causés par l,a gn^rre lente actuelle.
€^ Quand on cpnnatt l'esprit qui règne dans les provinces o(|cupées par les juaristes ; quand on voit des villes et des dj^t^îcts pris et repris p^r l'un et l'autre parti, on peut s^ fnjre une idée de ce qui se passera.
« On nous rend responsable (}es faits qonimis par le gouv^riiement de Juarez qui n'est pas reconnu. *. cela me partit impossible et entièrement contraire aux vues justes et loyales d^ f^op noble ami l'emper^uif Napoléon. S'il était ici» il 91;r^it le premier ^ m^ donner rajson. De toutes rpanière^ il
m HISTOIRE DU MEXIQUE.
sera nécessaire que *ce travail passe par le canal officiel et que le fait d'avoir été lu par moi soit secret, ne pouvant ôtre d'aucune conséquence pour les personnes qui doivent s'en occuper officiellement et auxquelles incombent ces sortes d'affaires. — Maximilien. »
Voici ce qu'écrivait l'impératrice sur ce même sujet : — a Mexico, le 30 avril 1865. — A la suite de notre conversation d'hier, j'ai pris la résolution de ne plus entamer le sujet des indemnités, et je vous prie, de voire côté, de faire de même. Vos sentiments sont français, les miens n'en sont pas loin, et ne pouvant aider ni vous ni moi à une solution, le mieux est de laisser cette affaire tranquille. Si, Française aux trois quarts par le fait, je le suis encore plus par le cœur, mon devoir est avec le Mexique, entre le cœur et le devoir, on fait mieux de se taire ; d'autant plus que quelque disposi* tion que prenne l'empereur, elle sera toujours d'accord avec ce qu'il y a de plus généreux envers le souverain et le pays qui sont nos alliés les plus chers... Je suis donc d'avis que si vous m'en croyez, il sera préférable de laisser entièrement à cette afTaire le chemin diplomatique oii l'insistance est naturelle et où chacun reste dans le rôle qui lui est propre. — Charlotte. »
Une lettre de M. Bourdillon, agent financier anglais, envoyé à Paris par l'empereur pour l'emprunt, annonce à Sa Majesté le prochain départ de M. Langlais, homme intègre, travailleur infatigable et d'une capacité réelle en matières de finances. Le Mexique avait donc l'espérance de voir régulariser la question financière par un homme vraiment capable, honnête et dévoué à la tache qu'il allait entreprendre. J'ai tout lieu de croire que l'empereur Maximilien ne l'avait point demandé, et que l'impératrice Charlotte avait écrit à l'impératrice Eugénie pour la prier de faire nommer un homme de premier mérite pour remplir au Mexique les fonctions de ministre des finances. Le choix était parfait et l'empereur Maximilien l'accepta. Il traduisit la lettre de M. Bourdillon et l'envoya au cabinet. C'est à ce titre que j'en cite
SECOND BtfPIRB. 237
les extraits suivants, ainsi que pour rectifier certaines inexactitudes publiées à propos de la nomination de ce personnage.
« — J'ai l'honneur d'apprendre à Votre Majesté que j'ai eu hier — 30 août — avec MM. Germiny et Sapia, une longue conférence avec M. Langlais qui était arrivé la veille de Fontainebleau. Je ne puis pas me former une opinion exacte d'un homme que je connais depuis si peu de temps, et qui a été appelé avec la sanction de Votre Majesté à la position de ministre des finances, mais je tiens à signifier que ma première impression a été très favorable; il parait très pratique et connaît déjà les difficultés de sa charge; il semble très déterminé à les surmonter et à mener à bonne fin sa mission.
« Son principal but est de rendre le Mexique, aussi indépendant que possible par l'institution d'un budget, dans lequel les recettes et les dépenses seront presque égales, et, consi* dérant les ressources du pays, il croit y arriver par l'adoption d'un système d'impôt analogue h celui qui est déjà établi dans d'autres pays civilisés. Comme j'ai toujours été de cette opinion, je lui ai donné tous les encouragements possibles, mettant à sa disposition tous les faits et toutes les informations que j'avais obtenus pendant mon séjour dans le pays.
« M. Langlais considère que la création d'une banque nationale est de la plus grande importance et il a été peiné de voir que jusqu'à présent les personnes qui ont reçu la concession n'ont fait aucun pas pour l'exécuter; mais il s'est calmé lorsque M. Sapia lui a dit que, dans le cas où ces messieurs ne voudraient pas remplir leurs engagements, M. Pinard, du comptoir d'escompte, établirait la banque avec ou sans eux. Il m'a été demandé si Votre Majesté voulait, à présent, accepter d'autres personnes à la place de ceux qui ont obtenu la concession et si je pouvais m'engager pour Votre Majesté? J'ai répondu seulement que le 16 octobre finissait les dix -huit mois — accordés pour l'établissement de la
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banque — et que je considérai^ le gouvernement mexicain libre d*asir de 1si manière dont il voudrait, et j*ai caractéh risé par des paroles énergiques la conduite des personnes qui faisaient un contrat solennel et ne Tei^écuiaiecit pas... — Bourdillon. »
Ce n'était pas seuleoient la Banque nationale qui ne troii* vait pas k s'établir au Mexique, soit par la faute des coocôqsionnaires, soit par la mauvaise volonté des ministeea; Finstitution du Crédit mobilier demandée par M. Bouluguet, rencontrait une vive opposition dans M. îlloin et M, Gésa^r» spus-secrétaire d'Ëtat des finances. M. César comparant les SiQciétés financières aux établissements de débits. dVtictos de première nécessité ne voulait accorder aucun privilège à la société représentée par M. Bouluguet. Dans ses lettres, ce dernier explique minutieusement toutes les démarahes qu'il avait faites et les conversations qu'il eut avec MM. £loin et César qui firent échouer cette entreprise à laquelle l'tmpereur s'intéressait.
« Je suis arrivé à Mexico, écrivait le 4 octobre M. Bouluguet dans une lettre qui devait passer soua les yeux de Sa Majesté, le 1*^' janvier, porteur d'une proposition utile pour le Mexique, que je venais présenter sous sa forme la plus simple, puisque je l'appuyais sur le précédent d'qne institution semblable qui a donné de si admirables résultats en Europe.
(c Le 18 janvier, je vis M. Ëloin, chez qui je rencontrai dès ses premières paroles une opposition, immotivée de parti pris, Des démarches réitérées de ma part demeurèrent impuissantes, non pas seulement à le convaincre, mais mèoie à m'ouvrir la chance de voir ma proposition examinée sérieusement. Après trois mois, d'efforts infructueux et d'espt^ rances déçues, je dus reconnattre que j'avais devant moi un obstacle insurmontable qui ne me permettait môme pas d'arriver ju8qu*à Sa Majesté... — Bouluguet. »
Le vomitoseul empêcha cet agent de partir; il venouy^ta ses démarches aussitôt après le départ de. H* filoin pour
SfiCOND EMPIRE. 9SI
TEurope; elles furent bien accueillies par le chef du cabinet ei par l'empereur, mais elles échouèrent devant la résistance inhabile de H. César et le retour de M. Éloin qui dit à M. Bouluguet : <c Je saurais bien empêcher l'af&ire de se conclure. »
Lo décret concernant l'adoption du système métrique pour les poids et les mesures eut un sort senlblable à celui de la banque et à l'affaire du Crédit mobilier. Cinq compagnie^ firent leurs soumissions pour obtenir Tadjudication de cette entreprise; trois furent écartées comme n'offrant pas de3 garanties suffisantes ou des propositions acceptables. Les deux soumissions faites, l'une par la compagnie Heit at l'autre par M. Davalos furent l'objet d'un rapport. Le conseil des ministres, dirigé par l'empereur accepta les propositions de M. Heit, et Sa Majesté signa le décret de concession. Avant qu'il parût dans le journal officiel, M. Raidirez, ministre des affaires étrangères, y fit opposition ; M. Robles, ministre des travaux publics, déclara que la signature de Sa Majesté ne signifiait rien sans celle d^ ministres et mit le décret au panier. Les ministres en firent une question àe convenance, et envoyèrent k ce sujet un rapport de dou2^ pages à Sa Majesté qui l'envoya au chef du cabinet en demandant pourquoi le décret ne paraissait pas.
Le chef du cabinet militaire, chargé provisoirement du cabinet civil, répondit à l'Empereur : a Une loi signée par Sa Mâjebté , et dont l'exécution est recommandée à tous le3 ministres, ne peut être envoyée qu'au ministre d'Etat. Il n'y a point d'explications à donner, point de rhétorique à faire; c'est une simple transmission, constatant la sortie du oabi- * net d'un document important... Toutes les arguties continuas dans ce factum de dovze pages constatent une fois de plus In tendance générale des ministres à conserver le dfoit. de veto vis-à-vis des actes du souverain... C'est par suite d'uoe étude faite... sur l'ordre die l'Empereur et après un examen long et attentif de Leurs M^estés, que le décret, des poids et mesures a été donné et transmis simplement ensuite pour exécution au ministre d'État*
«40 HISTOIRE DU MEIIQUB.
(c La lettre de M. le ministre des affaires étrangères, chargé du ministère d'État, dit qu'il profite de la f;^culté accordée par Sa Majesté aux ministres. Cette faculté ne doit pas Tautoriser à écrire une lettre peu convenable, ni enlever à l'Empereur le droit de faire traiter par son cabinet une affaire étrangère à la milice. Enfin, elle ne peut permettre à un ministre d'État de réserver sa compétence, de discuter les ordres de l'Empereur et de refuser de publier une loi portant la signature du souverain. — G. Loysel. »
Le ministre nomma, sur l'instance de Sa Majesté, une commission de trois personnes pour examiner de nouveau les projets, mit également au panier le rapport de cette commission, favorable à la maison Heit, qui était française, et donna l'entreprise à un Mexicain, M. Davolos, qui demandait 12 7o de plus que son compétiteur, le privilège pour vingt ans, c'est à dire pour une durée double de celui demandé par M. Heit, et n'exécuta pas son contrat.
Le même jour où l'Empereur demandait pourquoi son décret n'était pas publié, l'Impératrice faisait une demande semblable relativement à l'émigration... « J'ai aussi, disaitelle dans sa lettre, ici le dossier de l'émigration californienne, mais je n'y comprends pas grand'chose; il s'y trouve un décret de l'Empereur qui n*a pas été promulgué et une foule de restrictions... pourquoi le décret a-t-il été retiré?... J'aurais assez aimé connattre suffisamment la question pour ne prononcer que le résultat, le dossier me paraissant trop volumineux pour être remis en entier... — C. »
A propos des routes, question d'une grande importance financière au Mexique, l'impératrice écrivait à cette mêmeépoque : — « La route de Durango à Mazatlan mérite, je crois, au point de vue du commerce, une certaine attention; je crois qu'il faudrait donner suite à l'exécution de cette idée, si le tracé est bon , former des devis et soumettre , d'accord avec la direction des ponts et chaussées, le projet à' l'empereur dès qu'il aura été étudié et formulé, de manière à pouvoir être commencé. Toutefois, il ne faut pas perdre
de vue qu'il y a peut-être des travaux de plus d'importance qui ont la priorité, tels que le chemin de mules et le rétablissement des grandes artères de la circulation dans l'intérieur. — Ch. »
Par ce chemin de mules, Sa Majesté faisait allusion au projet suivant, que l'empereur voulait exécuter et voici pourquoi. Personne n'ignore qu'un pays est riche ou pauvre, non pas en raison de ses ressources naturelles, mais en raison de la consommation à l'intérieur, et de son commerce d'importation et d'exportation. Un peuple qui ne consomme pas n'a pas besoin d'importation ; ce qu'il produit lui suffit ordinairement. Un pays qui n'a pas de route ne saurait avoir de commerce; les frais de transport élevant, dans ce cas, le prix de la marchandise transportée à un taux excessif pour le consommateur. Pour produire une marchandise, il faut que le producteur soit assuré de trouver un marché où le prix de vente soit tel, qu'après avoir prélevé d'abord le prix de revient, ensuite le transport sur le marché, il lui reste un bénéfice.
Au Mexique où la fertilité du sol pourrait produire des richesses inouïes, voici ce qui se passe. Prenons le blé pour exemple : le prix de revient est toujours très faible, à cause du bas prix de la main-d'œuvre, de la fertilité du sol et de son étendue qui permet de laisser reposer les terres et dispense des frais d'engrais. Mais lorsque le producteur serait souvent heureux de livrer son blé à cinq francs le quintal, il est obligé, pour trouver un marché, de le porter parfois à trente lieues de son hacienda, de payer vingt francs de transport, et même davantage Dans ces conditions le blé n'est plus vendable et le producteur trouve de l'avantage à engraisser son bétail, au moyen de ce blé, afin de le transformer en une marchandisfe qui se transporte elle-même. Ces difficultés s'appliquent h toutes les productions qui, telles que les céréales, les bois, les fers n'ont pas une grande valeur intrinsèque sur aucun marché. Pour trouver un marché, les produits sont obligés, de supporter des frais
«IS HISTOmC DU 'MEXIQUE
de transport presque toujours (quadruples de ia valeur de l^bjet lui-môme. Il arrive à cause de la diversité des climats et de rétendue des provinces mexicaines, qu*il y a disette dans l'une d'elles, et qu on est obligé de laisser périr les récoltes sur place dans une province voisine, faute de trouver un prix rémunérateur après avoir prélevé le prix de transport.
Les Espagnols avaient tracé des routes qui reliaient les principales villes, mais leur nombre est insuffisant, et les Mexicains les ont laissé tomber dans un état qui défie toute description. On peut s'en faire une idée, quand on sait que pendant les quatre ou cinq mois de la saison des pluies, il y a des convois de marchandises qui ne peuvent faire plus de ùnà quatre kilomètres par jour. Dans de telles conditions, le développement du commerce, de l'industrie et de la colonisation devient impossible. En eifet, le travail du colon n-est-il pas une marchandise qui ne se transporte quesur fes lieux où son prix est élevé, et où le bon marché des objets manufacturés rend la vie confortable ?
Au Mexique, l'excessive cherté des transports tnainfîent la main-d'œuvre, dans les campagnes, h un très bas prix, parce qu'on n'a aucun intérêt à développer le travail, les produits ne pouvant pas s'écouler facilement; quant aux objets non produits sur l'hacienda, ils sont à des prix énormes. Le début de viabilité est donc la digue la plus insurmontable qui arrête la libre expansion des immenses richesses fie ce pays. Ce défaut, en outre, rend longue et laborieuse la pacification des provinces. Grâce au manque de routes, au mauvais état des chemins, le transport rapide des troupes régulières est impossible et les révolutions sont faciles. La construction des voies de communication devait donc ouvrir une pleine carrière à l'activité humaine, attirer le travail et les capitaux étrangers, développer les ressources naturelles, grossir le budget des recettes et h&ter la pacification du pays. L'empereur voulait remédier à cette situation, mais il avait à vaincre des difficultés matérielles, financières et so-
SECOND «MPlKfe. m
cialefs potir créer les voreB qui convenaient le mieux au Mexique. Il fallait en premier lieu, cotinaître le système qui devait donner les résultats les plus prompts et les meilleurs. Qe système ne trouva guère d*appiii qu'auprès de Sa Majesté.
Les moyens de communication par eau durent être écartés, à cause de leur peu d'importance âfu Mexique ; restait donc tes routes ordinaires, empierrées ou pavées et les voies fer* rées. Il fallut d'abord les diviser en deux classes : 1'' celles d'intérêt général, d'un transit minimum de drx mille tonnes par année, et devant supporter en tout temps de lourds fardeaux ; 2^ celles d'intérêt municipal, reliant les communes les unes aux autres ou les communes aux voies d'intérêt général. Sur ces dernières, les gros transports peuvent s'effectuer pendant les six mois de saison sèche ; pendant le reste de l'année elles devraient être interdites, excepté aux cavaliers et aux voitures légères. Pour ces routes, on pouvait se (contenter d'un léger empierrement à la surface ; les communes qui, seules en profitent, devaient en avoir Tentreiien ; quelques journées de prestations fournies par les habitants eux-mêmes auraient suffi à cet entretien.
L^iatne doit prendre à sa charge que les lignes qui relient ta capitale aux diverses provinces entre elles, quand des prévisions bien fondées sur leur richesse et leur besoin d'échanges assurent au trésor le recouvrement de ses avances, par l'accroissement des revenus publics qui suit toujours le développement de la fbrtune publique. Il est évidetit que le gouvernement ne peut pas établir de route faite ou subventionnée par le trésor, s'il n'est pas certain d'un transit annuel de dix mille tonnes, au moins, présent ou futur, ou s'il n'est pas déterminé par des considérations stratégiques de pacification du pays et la sécurité des frontières. Sous le ciel des tropiques, qui verse des torrents d'eau pendant cinq ou six mois de Farinée, il fafut, pour l'entretien des routes macadamisées, une surveillance au dessus des ressources actuelles du Meïique et du personnel des ponts
Ui HISTOIRE DU MEXIQUE.
et chaussées. En outre, la constitution géologique et topographique de ce pays est peu favorable à la production des matériaux nécessaires à Tempierrement; aussi sont-ils à des prix très élevés. Il y a peu de rivières qui fournissent du gravier, il faut extraire les pierres des roches primitives; elles coûtent alors fort cher pour l'extraction et le cassage. Jusqu'à présent, le mètre d'empierrement est revenu à plus de cent francs pour le premier établissement. Quant aux routes pavées, leur prix du premier établissement est trop considérable ; il ne faut point y songer pour le Mexique. Les voies macadamisées ou pavées, excellentes dans les pays du nord, très onéreuses dans les régions irttertropicales, devaient donc être moins encouragées par le gouvernement, que les voies ferrées.
Ici se rencontrait une autre difficulté. De même que l'industriel intelligent proportionne les frais de son outillage à la quantité d'objets qu'il pourra écouler, le prix de chaque objet étant grevé de sa part d'amortissement du .capital dépensé par les frais de premier établissement, l'État, dans le choix du chemin de fer à subventionner devait considérer la quantité de transports qu'on peut prévoir pour un chemin, pendant les dix ou quinze premières années. Si un chemin de fer ne doit porter journellement que de trente à cinquante tonnes — cas où se trouvent les routes les plus fréquentées du Mexique — doit-on construire un chemin à rampes de deux à trois centimètres de pente, et à rails pouvant supporter des locomotives de cinquante à soixante tonnes? Les frais de premier établissement s'élèveront à plus de cent mille francs par kilomètre ; l'amortissement et l'entretien du chemin monteront au minimum de dix mille francs par an, et si l'on n'a que dix mille tonnes à transporter, le prix de transport de chaque tonne sera grevé de un franc par kilomètre; ce qui ferait pour le prix de transport d'une tonne de Vera-Cruz à Mexico, par exemple, une augmentation de 409 francs à ajouter aux frais de traction. Or, par les transports à dos de mulets ou par les chariots, sur les
mauvaises routes actuelles, on ne paie que SOO francs la tonne dans la bonne saison.
En établissant des chemins de fer à traction d'animaux, dont les pentes peuvent être aussi fortes que sur les routes macadamisées, le poids des rails qui n*ont plus à porter que des wagons de deux à trois tonnes peut se réduire au tiers et le cube des bois de traverse peut se réduire au cinquième. Si les rails sont posés sur une route dont la chaussée est faite, on peut établir le chemin au prix de dix à vingt mille francs le kilomètre. S'il est à construire entièrement, son prix n'atteindra pas en moyenne cinquante mille francs le kilomètre, prix minimum de Tempierrement d'une chaussée macadamisée, réduite à la moitié de la largeur des voies actuelles. Le prix de la traction sur ces rails sera au moins d'un quact meilleur marché que sur les meilleures routes emnierrées. Cette différence suffit largement à payer l'entretien de la route et l'amortissement d'une partie de son capital d'établissement, quand l'importance du transit atteindra dix mille tonnes. Dans ce cas, l'entreprise devait rapporter des bénéfices assez considérables pour que l'Ëtat n'eût à donner une subvention que pour le premier établissement. En consacrant ainsi chaque année cinquante millions à ces travaux qui feraient bientôt affluer des revenus abondants dans ses caisses, l'État, après dix ans, aurait eu un réseau de vingt mille kilomètres de voies ferrées, sans avoir excédé les limites de ses ressources financières.
Il résulte de cet exposé que les chemins de fer dits américains, c'est à dire h traction d'animaux, sont les plus utiles, les plus expéditifs, les moins dispendieux et les mieux appropriés au Mexique. M. Aubry, capitaine du génie français, appelé par l'empereur pour organiser l'arsenal mexicain, et connaissant très bien l'Algérie, fit sur ces chemins américains un rapport admirable de simplicité et de lucidité qui prouvait à Sa Majesté que ces sortes de chemins étaient les seuls à subventionner. L'empereur en fut si satisfait qu'il ordonna immédiatement la création d'une route m. i6
i(46 HISTOIBE DU MEXIQUE.
impériale de Vera-Cruz à Mexico d'après ce système; mais Sa Majesté comptait sans ses ministres. Au mois de juillet, Sa Majesté écrivait au cabinet... « L'idée d'Aubry, d'établir des chemins de fer américains à la place des routes ordinaires, me plaît beaucoup. Préparez les mesures nécessaires pour mettre Aubry dans la possibilité d'exécuter ses desseins. Les ordres, communications et décrets nécessaires se prépareront au cabinet pour qu'Aubry puisse prendre la direction du chemin de Vera-Cruz. Vous vous entendrez avec lui sur la formation d'un régiment d'ouvriers et de travailleurs et me ferez ensuite les propositions relatives. — Maximilien. »
— Notes du cabinet... « J*ai déjà signalé à Votre Majesté l'opposition générale qui s'élève contre tous les projets utiles. M. Aubry, qui vient au cabinet..., voulait précisément signaler les impossibilités qu'on lui crée chaque jour... M. le ministre des finances est de l'avis de M. Lezama^— conseiller de cabinet — relativement au crédit à ouvrir pour l'arsenal. Si le décret du 26 janvier doit être une lettre morte, si on ne veut pas d'arsenal, si on ne veut pas de chemins de fer traînés par des mules, c'est parfait. Mais si l'on veut obtenir des résultats, il faut accorder les moyens ; un arsenal est indispensable pour les besoins de l'armée et pour les travaux publics; le crédit de 50,000 piastres est une première demande; ce n'est pas avec cela qu'on peut fonder un arsenal. Le budget se fera et montrera que la dépense doit être beaucoup plus forte.
« Le ministre des travaux publics n'a rien à voir dans une dépense concernant un arsenal qui dépend de la guerre et viendra subsidiairement en aide aux travaux publics qui ne se font pas. Il y a déjà bien du temps de perdu, avec l'éternel manana — demain; — la limite du 1^' mai fixée pour l'ouverture du chemin de fer américain est déjà devenue impossible. Le mauvais vouloir, Tignorance et la routine qui luttent contre les entreprises de progrès espèrent, par la force d'inertie, enterrer tous les projets qu'ils ne peuvent concevoir, » — Pas de date.-
— (K Mexico, 3 août 1868. — Je sois très satisfait que Santiago Mendez — directeur des travaux publics, — et Aubry soient d*accord sur Tintéressante question des ctiemins... Le ministre des travaux publics devra, malheureusement, avoir quelque influence dans cette affaire, mais il serait bon de ta limiter à l'absolue nécessité des convenances. — Maximilien. » N'est-il pas étrange de voir un empereur demander qu'on diminue l'influence de ses ministres? Mais, jusque dans les plus petites choses, les lettres tie Leurs Majestés nous révèlent une situation vraiment bizarre autant qu'insoutenable et pourtant acceptée.
— « Chapultepec, 7 août 1865. — Aujourd'hui, comme toujours, il arrive que les ministres m'envoient tant de choses inutiles ou d'une solution facile et qui me font perdre une grande partie de mon temps... Faites-moi traduire le projet ffAubry, envoyez-le-moi demain, en duplicata, pour ma signature, afin de ne pas perdre de temps. Préparez également celui qui est relatif au couvent de San-Fernando où à tout autre local destiné aux arsenaux... — Maximilien. »
Au mois d'octobre, rien encore n'était fait. Le projet concernant les arsenaux fut finalement enterré par l'inertie des ministres et la tolérance de l'empereur; quant au chemin de fer américain qui devait aller de Vera-Gruz à Puebla, en passant par Jalapa, Sa Majesté le voulait absolument et son exécution fut concédée à l'industrie privée. M. "Aubry s'étant retiré, en présence du parti pris des ministres de la faire manquer.
(c Alcazar de Chapultepec, 15 octobre 1865. — En réponse à votre lettre du 13, relative à l'affaire Aubry, je répondrai en vous disant que je me décide avec beaucoup de calme et avec assez de difficulté dans les questions importantes, mais une fois décidé, je ne recule jamais, et plus je rencontre d'obstacles, plus la lutte me plaît ; j'agirai de la sorte avec le chemin de Jalapa. J'accepte la renonciation d'Aubry, qui ne me surprend pas ; vous arrangerez immédiatement toute cette affaire avec Santiago Mendez; on peut allonger le
2i8 HISTOIRE DU MEXIQUE.
délai, mais que , sans perdre un seul jour , Mendez fasse ses propositions et me les apporte lui-même... — Maximilien. »
Une autre entreprise de route, demandée par un ingénieur mexicain , échoua grâce à la mauvaise volonté des ministres, après la mort de M. Langlais. L'empereur en parla dans une lettre qui mérite d*étre citée à plusieurs titres :
« Palais de Mexico, 22 novembre 1865. — Je vous envoie une lettre du sous^secrétaire d'État aux finances et une pétition de D. Gajetano Rubio. Vous parlerez avec lui et M. Langlais, disant à ce dernier que Rubio est revenu me parler du chemin de Queretaro à Tampico, que cette affaire me paraît très importante, d'autant plus que M. Rubio se déclare disposé à demander au gouvernement seulement vingt mille piastres, et non les cinquante mille qu'il demandait dans sa première pétition, et que cette somme serait l'acquit d'une réclamation de plus de soixante mille piastres que ledit monsieur avait contre le gouvernement. Avec les vingt mille piastres qu'il demande et sa propre bourse, ledit chemin sera terminé dans une seule année, mais avec la condition qu'on donnerait à Rubio la direction dés travaux, parce qu'il se plaint beaucoup de la mauvaise direction du ministère des travaux publics.
* <c ... N'oubliez pas d'envoyer à M. Langlais la loi. sur les forôts que M. Eloin avait, d'une manière incroyable , enfermée dans son bureau ; et si la santé de M. Langlais ne lui permet pas de s'occuper de cette affaire, ayez la bonté de désigner un dQ ses employés auquel on pourrait confier la révision de ce travail... — Maximilien. »
Malheureusement, la mort de M. Langlais devait anéantir toute espérance de voir régulariser le budget de l'empire et réaliser les entreprises industrielles et financières qui pouvaient mettre un peu d'or dans les coffres de l'État. Dans ses lettres de 1866, on voit que Maximilien I*' regrettait sincèrement ce fonctionnaire. Je trouve dans sa correspondance le brouillon d'une lettre adressée à l'empereur Napoléon, datée
probablement du mois de novembre 1865, et que je dois publier à cause de Tintérêt qui s'y rattache.
(c Monsieur mon frère. — La réputation qui précédait M. Langlais me faisait désirer vivement l'arrivée de cet homme d'État ; j'ai pu me convaincre, en le voyant de près, combien ses capacités et son expérience doivent être utiles à mon gouvernement; aussi je ne saurais trop remercier Votre Majesté du choix qu'elle a fait en cette circonstance et du nouveau service qu'elle m'a rendu. Malheureusement M. Langlais se trouve assez gravement malade depuis trois semaines et ce fâcheux contre-temps nous prive pour quelques jours encore d'un concours précieux.
c< Afin d'éclairer complètement Votre Majesté sur la situation financière du pays, je lui adresse deux rapports traitant cette question : le premier a été établi par M. Castillo, actuellement ministre des affaires étrangères et qui a dirigé les finances, comme secrétaire de Hacienda, du temps de la régence d'abord, et ensuite pendant mon gouvernement jusqu'à l'arrivée de M. Bonnefonds. Le second est l'œuvre de M. César, secrétaire actuel de l'Hacienda. J'ai fait remettre ces rapports à M. Langlais avec tous les documents concernant la question, afin qu'il puisse acquérir toute la lumière désirable sur la situation des finances dans les derniers temps et dans le moment actuel.
« Les lois, décrets et règlements, qui forment l'organisation provisoire de l'empire, sont maintenant réunis et forment un code facile à consulter, je vous transmets les cinq premiers volumes qui seront très prochainement suivis de deux autres dont la reliure n'est pas terminée. Je vous prie d'accueillir ces travaux avec indulgence — de ne voir dans ces travaux qu'un premier plan ; — j'ai bâti la charpente générale de l'édifice; le temps et l'expérience m'amèneront sans nul doute à apporter de nombreux perfectionnements, mais il me fallait avant tout une base qui me fournit un point d'appui pour gouverner avec énergie et décision.
« En priant Votre Majesté de présenter — déposer — mes
«50 HISTOIRE DU MEIIQUE.'
hommages aux pieds de l'impératrice, je lui renouvelle avec plaisir les assurances de la haute estime et de l'inviolable amitié avec lesquelles je suis, monsieur mon frère, de Votre Majesté impériale, le bon frère. — M. »
L'empereur trouva dans Torgaaisation de la justice autant de difficultés qu'il en avait trouvépour améliorer ses finances. Quelques-unes de ces lettres sur ce sujet donnent des détails utiles pour l'histoire.
a Ghapultepec, 22 juillet 1865. — Je vous envoie cijoint une copie de l'organisation des tribunaux comme elle a été envoyée hier par le ministre de la justice au conseil d'État... Les propositions ne me paraissent pas très libérales, mais le ministre dit que pour le moment on ne pouvait pas faire plus, que le système adopté pour la capitale et la vallée de Mexico n'est qu'un essai et que tout dépend du choix des hommes qui va être fait maintenant. — Maximilien. » *
— « Hacienda de Reyes , 15 avril 1865. — La complète et bonne administration de la justice se fait chaque jour sentir plus urgente, et tous les partis se plaignent du mauvais état qu'elle conserve. Vous aurez la bonté de paîrler avec B. pour voit où en est son travail; une fois terminé il sera nécessaire de le traduire en castillan, le plus brièvement possible ; mais avec cela le vrai travail ne sera pas conclu, il faudra préparer au plus tôt une liste très scrupuleuse des nouveaux juges qui devront être nommés. Je comprends parfaitement bien combien il sera difficile de faire cette liste, mais sans elle, la bonne organisation judiciaire ne pourra pas marcher. Il ne suffit pas d'avoir de bonnes lois, il faut aussi avoir des personnes pour les exécuter. Vous connaissez déjà tant de monde dans notre pays que vous pourrez préparer d'accord aveu B. et sous toute réserve cette liste.
a II faudra pareillement surprendre par ces travaux la paresse de mon ministère. Voilà quatorze mois que je demande à mes ministres ces travaux d'une nécessité si ur-
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gente, et je ne reçois que des promesses, jamais dés faits. — Haximilien. »
— « Pachuca, 29 août 186S.— Pai lu avec beaucoup d'intérêt votre lettre du 27 courant. Ce que vous me dites du travail de B. est très positif; mais d'un autre côté il n'y a pas de temps à perdre, parce que cette affaire pèse sur ma conscience pomme du plomb. Je né sais si M. Langlais sera en état de juger dès à présent de telles affaires; il faut qu'il connaisse bien le pays, la nation et ses particularités. Vofils voyez combien il y a de difficultés pour former une liste. 6e fait, comme dans toutes les autres choses de ce pays, est une grande et triste excuse pour les gouvernants, mais cela ne doit pas nous faire perdre courage ; si nous n*avons pas des spécialités, au moins nous aurons des médiocrités et non pas des canailles — sic — comme à présent.
ce Dans ce pays il faut marcher lentement, mais ne jamais s'arrêter. Prenez de nouveaux renseignements sur Luis Hendez et vous m'en ferez part.
« Mon voyage a été très heureux jusqu'à présent, et j'espèl*e qu'il ne manquera pas d'qtilité. Partout je vois les mêmes fkiis : une population excellente, très résignée, mais une horrible justice, le manque de gardes rurales, la plaie des guérilleros et les voleurs. — Maxlmilien. »
— « Alcazar de Chapultepee, 6 septembre 186S. — Ce que vous me dites de votre conversation avec Luis Mèndez m'a beaucoup intéressé. Préparez conjointement avec lui les ordres pour réaliser les idées émises dans votre lettre, de la sorte nous gagnerotis du temps et donnerons aussi du travail à bien des gens oisifs. Quant à Luis Méndez J'ai déjà parlé de sa nomination comme sous-secrétaire d'État à la justice, sfvec Ramirez comme chef du ministère.
« Il serait très utile pour moi, si je pouvais avoir, avaftt de nonifner Mendez, une espèce de confession sur ses idées judiciaires, parce que s'il n'a pas à ce sujet des idées vrsDotient libérales, comme par exemple Lares les a, nousl ferons de nouveau une mauvaise affaire. Le changement dadft' la
i52 HISTOIRE DU MEXIQUE.
partie judiciaire doit être radical, dans les principes comme dans les personnes; je ne crois qu'il y ait aucun inconvénient à prier ce monsieur de nous Taire par écrit cette confession. Nous connaîtrons ainsi Thomme et ses principes, et nous aurons dans nos archives secrètes un document utile. — Maximilien. »
Voici la lettre à laquelle Tempereur fait allusion :
— « Mexico, 5 septembre 1868. — Sire. — J'ai vu aujourdliui M. Luis Mendez que j'avais prié de venir au cabinet, pour avoir divers renseignements sur quelques questions de justice, dont je savais qu'il avait connaissance. Toute loi sur l'organisation de la justice doit être une lettre morte, si elle ne s'appuie pas sur un code civil, un code pénal, un code de procédure civile et un code de procédure criminelle. Or, d'après ce que m'a dit M. Mendez, le travail sur le code civil est terminé ; une copie en a été remise à Votre Majesté. Il reste à en faire la révision, et la commission qui doit y procéder attend des ordres; elle peut commencer demain, et alors, avec un travail de deux heures par jour, elle peut avoir fini en deux mois. Le code de procédure civile n'existe pas, c'est un travail à faire qui pourrait être exécuté par la commission chargée de préparer le code civil. Quant au code pénal et au code d'instruction criminelle, ni l'un ni l'autre ne sont commencés, l'on pourrait charger de leur rédaction le conseil d'Ëtat qui a dans son sein beaucoup d'avocats.
« ... M. B... travaille avec la plus grande activité au dé- ,cret d'organisation ; mais, comme je l'ai déjà dit à Votre Majesté, les codes en sont un complément indispensable.
« D'après ce qui m'a été dit, M. Lares est encore l'homme qui parait avoir les idées les plus saines sur cette organisation judiciaire, il aurait même avoué que les projets présentés par le ministre et le conseil d'Etat avaient uniquement pour but de donner une satisfaction apparente à Votre Majesté sur cette question et de ramener forcément à la déplorable organisation actuelle , en créant toutes sortes de difficultés pour l'application de la nouvelle... Après avoir
causé longuement avec M. Luis Mèndez, je crois que c'est encore lui qui pourrait faire le meilleur sous-secrétaire d*État de la justice. »
Le 25 septembre, l'empereur écrivait de Ghapultepec à ce sujet : — « Je désire que vous me prépariez avec Luis Mendez, les ordres nécessaires au ministre de la justice, et au conseil d'État, pour la rédaction du code, et vous les soumettrez à ma signature. — Maximilien. >
(( Mexico, 18 octobre 1865. — Vous avertirez en mon nom, l'auditeur M. Luis Mendez, que la semaine prochaine je présiderai le conseil des ministres et le conseil d'Ëtat réunis, pour discuter le nouveau plan de justice. Le ministre lira, aux deux conseils, un extrait succint contenant les principes généraux de son nouveau système, rappellerai Luis Mendez à cette session, avec le droit de voter, il devra défendre nos idées modernes qu'il a si bien comprises; Lares sera prêt à l'aider.
a II est très probable que lious resterons en grande minorité, mais cela ne me décourage pas pour l'avenir, et je désire que l'on enregistre dans le procès-verbal du conseil, mes idées exprimées par Mendez.
« Je l'avertirai aujourd'hui même pour qu'il puisse se préparer avec Lares qui est parfaitement disposé à nous soutenir dans cette délicate affaire. Ayant journellement deux sessions privées et n'ayant pas le temps matériel pour manger et dormir, je ne puis accorder l'audience demandée...
— Maximilien. »
— « Palais de Mexico, 15 décembre 1865. — Ayez la bonté de dire à Luis Mendez que le moment est arrivé oh il est nécessaire d'avoir la liste urgente des juges et des personnes qui doivent occuper les nouveaux postes — de juges...
— Maximilien. »
Au lieu de se donner autant de mal, pendant tant de mois pour arriver à rédiger des décrets qui ne devaient pas être exécutés, il eût été plus simple de choisir des ministres qui auraient secondé le gouvernement impérial dans ses idées
libérales et progressistes; l'empereur aurait bien dû s'apercevoir qu'il oe fallait point chercher le vrai progrès et le libéralisme parmi les libéraux mexicains; mais il voulait, disait-il, ce leur prouver qu'ils n'étaient bons à rien. » Malheureusement, ces essais sont dangereux; il n'est pas prudent de les faire quand on est solidement assis sur un trône; quand il s'agit de fonder ce trône, prendre des républicains, des ennemis politiques pour les consolider, c'est de la déraison. Les ministres s'opposaient à l'exécution des idées humanitaires de TEmpereur, avec une aussi constante perfidie qu'ils empêchaient la réorganisation des finances et de la justice. Leurs Majestés aimaient beaucoup les Indiens dans lesquels ils voyaient une classe intéressante, opprimée, constituant l'immense majorité de la population et les anciens propriétaires du territoire mexicain. L'empereur avait même voulu que Chimalpopoca, descendant d'un souverain aztèque, vînt h Miramar lui donner des leçons de la langue parlée par Moctezuma, et ce ne fut que sur la remarque qu'on lui fit, qu'il trouverait rarement l'occasion de parler cette langue, qu'il renonça à son projet. Si sa sympathie pour les Indiens ne se manifesta officiellement que vers la fin de 186S,ce n'est point par ingratitude, comme le prétend M. de Keratry qui n'a su de cette question que ce qu'en disaient les journaux, mais à cause des difficultés qu'il rencontrait dans ses conseils pour exécuter ses bonnes intentions. Dans toute la correspondance de Leurs Majestés on trouve des preuves de leur affectueuse sollicitude pour cette classe honnête et laborieuse, tant mutilée par les révolutions, tant dégradée par le régime républicain. Voici des extraits de quelques-unes de ces lettres :
« Jalapa, 2S mai 1865... — Je viens d'arriver à Jalapa. Nous avons heureusement traversé le chemin bien difficile '01 dangereux, mais superbe, de Huatusco et Mirador; cependant j'étais bien tourmenté d'une assez forte d][ssenterie que j'ai attrapée à Orizaba à la suite d'un bain froid. Tout mon monde souffre de la même indisposition.
SBCOND EXPIRE «K
ce J*ai reçu votre lettre. Ce qui a rapport à l*église de Monoalco, me paraît grave; c'est un sanctuaire dlndiens, --* froisser cette race dans ce moment, en matière religieuse est dangereux, puisque de cette manière on met les armes aux mains des agitateurs; il me paraît nécessaire de trouver d'autres localités moins connues et vénérées. — Maximi*lien. »
Il s'agissait de prendre une chapelle indienne pour en faire une poudrière ou un dépôt d'armes. L'empereur emp6châ la conversion de cette chapelle en un magasin d'utiiilé publique. Ce n'était pas seulement des sympathies platoniques qu'il avait pour les Indiens, il voulut les affranchir et ce projet lui suscita l'opposition d'une foule de propriétaires républicains et conservateurs. Sa Majesté avait institué une commission pour aviser aux moyens d'affranchir les Indiens; ses ministres, pour faire avorter les projets de Sa Majesté résolurent d'introduire des membres opposants dans cette commission. Le 13 juin l'empereur écrivait, à ce sujet, de Puebla. — a Je vous prie de prendre des informations sur les trois personnes que Siliceo — ministre de l'intérieur — propose pour le « conseil des classes nécessiteuses. » Vous savez les idées qui m'ont guidé en organisant cette commis** sion» il faudrait donc savoir si ces messieurs répondent à mes vues, surtout en ce qui concerne la classe indigènCi ^^ Maximilien. »
— Palais de Mexico, 17 août 1865. — Je vous envoie sous toute réserve un projet de loi qui me paraît remarquable et qui m'a été remis hier par le « comité des classes nécessiteuses, » Ce projet me semble très libéral, juste et néces* saire ; la députation envoyée par le comité m'a dit que le ministre de l'intérieur est entièrement contre ce projet^ l'aph pelant dangereux, et disant qu'il pourrait occasionner quelques soulèvements de la part des Indiens et des guerres de castes. Ces objections me paraissent ridicules; si les Indiens qui, jusqu'à présent, ont été enlevés de leurs inaisons« arrachés par force de leurs familles, pour servir dans l'armée
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nationale, n'ont jamais tiré vengeance de leurs oppresseurs et de leurs tyrans , ils le feront encore moins à cause de cette mesure. D'autre part, nous voyons un exemple en Russie qui a eu le courage de donner la liberté aux serfs, malgré toutes les prophéties de calamités et de révolutions, et qui atteint son but sans danger pour le gouvernement. Enfin, si par hasard il y avait quelques mouvements partiels, ils ne seraient pas dangereux et ne causeraient pas de crainte ni le droit de faire tyranniser sept millions d'Indiens par un million de blancs.
<( Ayez la bonté d'examiner au plus tôt cet intéressant travail avec B... Vous me direz ensuite si la loi peut être admise, s'il y a quelque chose à changer ou si elle doit être réellement suspendue pour le moment, comme le dit le ministre de l'intérieur.
« La question est intéressante et l'on peut dire : d'actualité, à cause de la position menaçante de nos grands voisins et la nécessité probable d'être mal avec Rome pendant quelques années.
<c Une fois que la loi sera approuvée il faudra la faire traduire secrètement dans quelques-uns des idiomes les plus répandus dans le pays, et avoir prêts des agents fidèles qui pourraient en inonder les points les plus importants du territoire. — Maximilien. »
La situation de ces Indiens est, en effet, des plus douloureuses. Ceux des villes et des villages sont malheureux et pauvres pour la plupart, mais ils jouissent de leur liberté; ceux des hacienda sont de vrais esclaves, et généralement traités comme les nègres des États-Unis. Leurs maîtres et surtout les majordomes les rançonnent et les malmènent d'une manière indigne. Je ne parle pas des coups de verge qu'ils reçoivent parfois jusqu'à faire couler le sang, ni des autres châtiments corporels infligés sans contrôle, parfois injustement, ni des familles mourant de faim et conduites au travail sous le fouet du majordome, ni des hommes chargés de chaînes allant mourir d'épuisement au soleil sous
l'œil de Dieu ; mais je fais allusion aux spéculations du mattre — l'haciendado — sur la nourriture de ces pauvres gens et sur les haillons qui les couvrent à moitié.
L'haciendado oblige les Indiens à lui acheter leurs aliments et les objets de première nécessité; le prix est ordinairement très élevé, de sorte que le prix du travail étant insuffisant pour subvenir à l'entretien de sa famille, l'Indien s'endetle de jour en jour. Ses dettes s'augmentent encore par le casuel du clergé mexicain. Les baptêmes, mariages, messes et les nombreuses fêtes que les Indiens ont l'habitude de célébrer , leur coûtent fort cher. L'haciendado paie son chapelain très modestement, quelquefois pas assez pour vivre ; il n'exige pas la gratuité de son ministère parce que les dettes de l'Indien garantissent la continuité du travail; le chapelain de son côté, soit par nécessité, soit pour se créer un bien-être convenable, se fait payer chèrement son ministère, de sorte qu'à part quelques exceptions, on voit peu de chefs de famille liquider leur situation annuelle par un bénéfice. Beaucoup doivent en moyenne à leur maître une somme de cinq cents francs ; il y a des haciendas qui ont jusqu'à cent mille francs de créances sur leurs peones ou travailleurs. C'est pour mettre un terme à ces créances honteuses, pour diminuer les heures de travail, augmenter le salaire et donner en un mot, aux Indiens, les moyens de reconquérir leur liberté que l'empereur avait réuni un comité qui devait faire rédiger un projet de loi pour préparer l'émancipation des Indiens.
ce Mexico, 23 août 1865... — Tai remis à l'impératrice... le travail du comité protecteur des classes nécessiteuses. L'impératrice fera tout préparer, et si elle voit qu'il y ait possibilité de le faire passer heureusement par le conseil des ministres, elle le fera et l'enverra pour ma signature, de manière que les ministres ne puissent pas étouffer l'esprit libéral de cette affaire si importante et si transcendante pour l'avenir de sept millions de Mexicains, c'est à dire l'immense majorité du pays. — Maximilien. »
iSa HISTOIRE DU MEXIQUE.
L*empereur devant faire un petit voyage, ce Tut Fimpératrice qui resta chargée de terminer cette affaire et d'enlever l'assentiment des ministres qui s'opposaient à sa conclusion. Mais l'impérairice était moins patiente que l'empereur et présidait les conseils d'une manière toute différente que le souverain. Au' lieu de soumettre son jugement à la discussion des ministres et de s'en aller à la fin de la séance avec tous ses projets renvoyés aux calendes grecques, elle arrivait munie de tous les documents au moyen desquels elle avait étudia la question de la manière la plus approfondie, la plus minutieuse et déjà élucidée par des hommes compé* tents, puis elle disait aux ministres : — « Messieurs, voici la question, après un sérieux examen, je crois qu'elle doit être résolue dans ce sens; qu'en dites-vous? » Les ministres étonnés, convaincus ou par politesse répondaient : oui. Alors l'impératrice répondait : — « La loi étant acceptée, elle sera envoyée au Diario officiel ce soir et exécutée demain. » Telle était à peu près la manière dont l'impératrice présidait le conseil des ministres; aussi, les affaires marchaient vite, quand elle gouvernait comme régente et quittait-elle rarement le conseil des ministres avec un projet rejeté. Celui conéernant les Indiens était donc entre bonnes mains. En sortant du conseil où cette question venait d'être résolue l'impératrice écrivit la lettre suivante qui ne manque pas d'un certain décousu.
« Mexico, 31 août 1865. — Je viens de remporter le triomphe le plus complet sur toute la ligne; tous mes projets ont passé; celui des Indiens, après avoir excité un frémissement au moment de la présentation, a été accepté avec une sorte d'enthousiasme. Il n'y a eu qu'un seul ayis contraire. Forte de ce succès, je leur ai développé des théories sociales sur la cause des révolutions au Mexique, qui a procédé des minorités turbulentes, s'appuyant sur une grande masse inerte, sur la nécessité de rendre à l'humanité des millions d'hommes, quand on appelle de si loin la colonisation, et de faire cesser une plaie à laquelle Tindé-
pendance n'avait porté qu'un remède inefficace, puisque citoyens de fait, les Indiens étaient pourtant restés dans une abjection désastreuse. Tout cela a pris — sic-^h mon grand étonnement, et je commence à croire que c'est un fait historique... — Ch. »
Ce fut dans cette même séance que l'impératrice fit accepter le décret surles poids et mesures, dont j'ai déjà parlé; ces triomphes lui étaient très agréables, mais elle dut s'apercevoir bientôt qu'il y avait loin, au Mexique, entre Tapprobabation ministérielle d'un décret et son exécution.
Lors de l'arrivée de l'empereur à Mexico, la régénération du Mexique était moins dans l'accord dés partis politiques et la pacification matérielle du pays que dans le choix des fonctionnaires civils et militaires, dans la création des routes pour faciliter le commerce, et dans la colonisation qui devait amener un peuple de travailleurs honnêtes et laborieux qui auraient su défendre leurs champs et leur industrie. L'immigration était nécessaire, non seulement pour développer les ressources du Mexique, mais encore pour peupler ses déserts, introduire l'émulation, l'exemple du travail et le croisement des races. Lors même qu'il aurait le meilleur des gouvernements et qu'il jouirait de la tranquillité la plus parfaite, il ne saurait devenir un pays riche sans l'immigration américaine ou allemande, puisqu'il ne consomme pas. Cette question est tellement vitale que le gouvernement impérial aurait dû la résoudre, sinon à Miramar, au moins pendant la guerre des États-Unis.
Au mois de janvier 186S, je fis à ce sujet une proposition à H. Éloin, qui me répondit : « Nous ne voulons pas de l'immigration, car nous n'avons pas un pouce de terrain à lui donner. » Effectivement, on l'entravait de la manière la plus formelle, et lorsque l'empereur voulut réparer cette faute, en passant par dessus les préjugés et l'hostilité de ses conseillers, les décrets arrivèrent trop tard, l'occasion d'avoir peut-être cent mille familles américaines du sud était perdue. Il en est des gouvernements comme des individus; s'ils
«eo HISTOIRE DU MEIIQUE.
n^ouvrent pas immédiatement la porte, lorsque la fortune y firappe, elle s'en va, et ne revient pas.
Sous la domination mexicaine, la Californie était un désert comme le sont les trois cinquièmes du territoire mexicain. En dix ans, avec leur système de colonisation, les Américains en ont fait un des pays les plus riches et les plus commerçants du globe. Après l'exploitation brutale du sol, ils ont introduit le respect de la propriété, des lois, la justice. Une pareille transformation était bien plus facile au Mexique, pays neuf, il est vrai, mais n'ayant pas les inconvénients des terres inconnues, ayant une population docile, patiente, facile à gouverner, des villes, quelques routes, et surtout une grande lassitude des révolutions et du self-govemment. On aurait dû dire aux émigrants des États-Unis et de l'Allemagne : « Venez au Mexique, vous planterez votre tente sur le premier terrain inculte qui vous conviendra; au bout de cinq années de travail, on vous donnera des titres de propriété pour tous les terrains que vous aurez cultivés. » En décrétant cette manière d'exploiter le Mexique , on enrichissait tous ses habitants. En voici une preuve :
Un terrain qui ne produit pas, ne profite ni à son propriétaire, ni à la commune, ni à l'État. Un terrain cultivé profite à tous. Après l'indépendance du Texas, le gouvernement américain donna à tous les colons qui se trouvaient au Texas avant 1847, sept cent quarante acres de terre aux chefs de famille, aux ministres de religion et aux maîtres d'école. Les habitants, qui n'appartenaient pas à ces trois catégories, n'avaient que la moitié de cette concession. La moyenne de ces terres valaient 3 fr. l'acre. Les colons qui ne pouvaient les cultiver , pour une raison ou pour une autre, donnèrent gratuitement la moitié de leur concession à quiconque s'engageait à construire une cabane sur ce terrain rétrocédé e( à le cultiver dans un an. Le résultat de ce don fut que les propriétés non cultivées, mitoyennes aux terrains cultivés, augmentèrent de valeur, et se vendaient au prix de 15 et 20 fr. l'acre : bénéfice net, 9 à 14 fr. par acre. Les Mexicains intel-
lîgents ont si bien compris Timportance de ce fait, que plusieurs d'entre eux ont offert aux colons qui voudraient s'établir chez eux des terres, des bestiaux, des instruments et même un logement provisoire, soit gratuitement, soit à des prix très bas et remboursables à longues échéances.
L'objection de M. Eloin contre l'immigration me parut d'autant plus absurde qu'il n'était nullement besoin de recourir à l'arbitraire pour donner des terrains aux colons étrangers, quoique, lorsqu'un pays souffre d'un mal exceptionnel, il est permis d'employer des remèdes exceptionnels pour le sauver. Les deux tiers des propriétaires ruraux, au Mexique, n'ont aucun titre légal pour justifier la légitimité de leur possession. Presque tous ont profité des révolutions et de leur position pour prendre à TËtat ou aux Indiens des terrains sur lesquels ils n'avaient aucun droit; on en voit aujourd'hui qui, par ces moyens, ont acquis de 800 à 1,200 lieues de terrain. L'axiome, qui déclare l'État mineur, n'admet pas de prescription contre lui ; en obligeant ces propriétaires à restituer ce qui ne leur appartenait pas, on développait la moralité dans l'acquisition de la propriété. Le gouvernement devait donc décréter : 4*> que toutes les propriétés, dont, avant un an, on n'aurait pas justifié la légitime possession, deviendraient propriété de TËtat; â^" que toute propriété non cultivée serait soumise à une taxe de . . . par lieue carrée. A la suite de ces deux décrets, l'Ëlat aurait eu plus de 60,000 lieues de terres à donner aux colons étrangers ou nationaux.
Un de mes anciens amis de Brownsville, le général confédéré Slaughter, apprenant la défaite de son parti et l'emprisonnement de Jefferson Davis, se disposait à passer, au mois de juin, au Mexique avec toute son armée. Le 39 mai, le maréchal Bazaine écrivit à Tempereur une longue lettre . dans laquelle il lui disait : « Le droit international autorise parfaitement l'asile donné à une armée battue dans ces conditions. Après le désarmement préalable du corps d'armée sudiste, ne serait-il pas possible dé former entre Monterey m. 17
im HISTOIRE DU MBXIQUB.
et SaUillo, et sur les terrains qui appartiennent à l*Ëtat dans ces contrées, ou même sur ceux de M. Sanch'ezNavarro^des groupes coloniaux qui formeraient ainsi un premier obstacle aux envahissements des flibustiers... « C'était une excellente occasion d'avoir de suite 28,000 colons, bons agriculteurs, endurcis aux Tatigues, aux privations et qui n'auraient permis à aucun ennemi de l'intérieur ou de l'extérieur de venir troubler le district dans lequel ils se seraient établis. L'empereur ne sut pas profiter de cette occasion. Voici ce qu'il ëcrrvit à ce sujet.
« Perote, 3 juin 186S. — Pendant mon indisposition à Jalapa je me suis occupé plus que jamais des affaires de l'Amérique, et j'ai formé un pian de campagne politique complet que je commencerai à réaliser à Puebia, où j*arrive le 6, et qui va être continué à Mexico avec autant de zèle que la siluaiion l'exige.
ce Concernant les troupes de Slaughter, l'idée du maréchal est la mienne. On ne peut pas défondre à cette armée, après l'avoir désarmée, de passer la frontière pour chercher un asile chez nous. Les terrains où l'on pourrait les établir seraient fixés plus tard. C'est probablement dans les contrées de Jalapa qu'on les inviterait à venir pour cultiver le coton. Aux frontières du nord ces gens seraient toujours une difficulté. Mais avant d'agir dans ce sens il faudra faire des dé* marches amicales vis-à-vis de Washington, ce qui se fera probablement en peu de jours. — Haximilien. »
Au lieu de se faire des amis de ces 25,000 confédérés, on les mécontenta par des hésitations et des mesures maladroites. Loin d'agir avec toute la promptitude qu'exigeaient les circonstances on songeait à négocier. Quand une maison brûle, il est plus naturel de courir immédiatement aux pompes que de méditer longuement sur les couses de findendie et les moyens de l'éteindre. Malheureuseioent pour le M^ique, le gouvernement impérial, toujours disposé à méditer, à négocier, songeait rarement à prendre des décisions opportunes et promptes. L'empereur envoya M. Ar-
rofo aux États-Utris pour attirer à Tempire tes sympathies d» gourernemeot américain. Le momeat ne pouvait être plus mal choisi.
Le 9 juin, un des personnages les plus importants du parti confédéré et d'une réputation universelle, que je ne dois nommer, écrivait la lettre suivante qui fut remise à Tempeveur, et décida Sa Majesté à s'occuper activement de l'immigration américaine.
«c Mexico, 9 juin 486Î5. — Notre cause honorable est arri- Tée h une fln ignoble; mes nobles et courageux compatriotes baissent la tête avec humiliation. Tous ceux qui le pourront s^expatrieront. Nous en avons assez avec les républiques; nous aimons plus le Mexique que toutes les autres contrées, % cause de sa proximité, et par conséquent la facilité d'y parvenir avec nos femmes et nos enfants... parce que le Mexique sort de ces scènes de commotion civile et d'anarchie dans lesquelles les États-Unis vont entrer; enfin, parce que le doux climat, le terrain fertile et la place abondante parmi les terres inoccupées, offrent & nous et à nos enfents un avenir heureux. Notre intention, si nous venons ici, est de nous identifier avec le pays, de faire ce que des sujets loyaux et dévoués doivent faire pour établir Tempire, de nous dévouer à sa grandeur future, sa gloire et ses destinées, aussi complètement que nous Tavons fait avec notre propre patrie qui, maintenant est déchirée et foulée aux pieds de ses conquérants.
c( Il y a dans la Virginie et le sud environ 200,000 familles, dont les chefs sont des hommes d'une grande influence, très intelligents et de beaucoup de fortune. Ils étaient planleurs et fermiers, et tous les nègres engagés pour cultiver la terre leur appartenaient. Ces 200,000 famtlles ont dirigé toutes leurs forces industrielles dans le sud. Sous leur administration et avec les travaux qu'ils commandaient ils ont changé les déserts du sud en jardins ; ils ont fait de cette partie du territoire une contrée prospère, grande, heureuse, et après avoir prélevé pour eux et leurs subordonnés ce
dont ils avaient besoin, ils dislribuaient le surplus de leurs produits au monde entier pour la somme annuelle d'un milliard cinquante millions de francs...
« Il estaupouvoirderempereurMaximilien de transporter au Mexique ces familles avec leurs esclaves affranchis^ de les convertir immédiatement en de loyaux sujets, et par leur concours établir fermement et subitement Tempire. C*est pour cela que je suis ici.
« Si l'empire était parsemé d'établissements d'une douzaine de ces familles chacun, ils relèveraient l'agriculture industrielle dans tout le pays. Chaque établissement serait une école d*agriculture de premier ordre, enseignant par l'exemple. Ces planteurs du sud apporteraient avec eux non seulement leurs instruments perfectionnés,* mais encore leurs méthodes de culture avec cette habileté, cette persévérance qui ont rendu le sud si prospère. L'impulsion ainsi donnée à cette grande branche de l'industrie, ne consoliderait pas seulement l'empereur et son trône, mais elle développerait immensément la richesse de tout le pays et rehausserait la valeur des terrains cultivés par les ftlexicains.
<c Je parle de mes compatriotes qui amèneraient leurs nègres avec eux, et dont quelques-uns sont encore esclaves, mais si les maîtres sont encouragés à venir, ils seront heureux d'émanciper leurs esclaves et de les amener comme travailleurs libres. L'introduction de ces planteurs rendrait bien vite inutile ici la présence des troupes françaises... Par leurs vertus, leur intelligence, leur obéissance à la loi» leur amour pour l'ordre et leur exemple comme sujets soumis seraient ici d'un puissant effet pour le bien... Maintenant quels sont les avantages nécessaires qui doivent être faits pour amener au Mexique cette population?
« Premièrement, la tolérance religieuse existant déjà, il n'y a pas de difficulté de ce côté-là. Ensuite, il existe déjà des décrets en vigueur, je crois, pour encourager l'immigration... Tai entendu dire qu'ils étaient faits pour la classe ordinaire d'émigrants, et par conséquent ne pourraient pas encourager
à venir la classe d*hommes dont je parle. (Test la classe la plus élevée, I9 plus distinguée» et dont ce pays-ci a tant besoin... Je ne demande ni concession, ni des avantages personnels, ni des privilèges exclusifs, mais seulement le glorieux privilège de faire du bien, aux conditions suivantes :
ce lo Entrée libre des droits de douane de^ articles et machines pour Tagriculture ;
«2^ Exemption de contributions et de la conscription militaire pendant quelques années; permission d'établir une garde de sûreté dans chaque colonie.
c( Z"* Une indemnité au maître pour chaque nègre libre qu'il amènera, suffisante pour payer les frais de transport du travailleur et de sa famille.
« 4^ Une concession de terrain pour chaque planteur ou chef de famille, proportionnée au nombre de personnes composant la famille, et les travailleurs libres du planteur.
« Il serait utile pour produire des re^venus à la couronne, de ne pas imposer une charge à TÉtat, d'adopter le système des terrains alternatifs, au moyen duquel la moitié d'un terrain de... est concédé pour être mis immédiatement en culture, et l'autre moitié est réservée pour la vente par l'État, à d'autres colons. La vente d'un terrain inculte rapporte beaucoup moins à l'État que celle des terrains vagues intercalés entre les terrains cultivés. » — C'est ce système qui fut adopté au Texas en 1847, et dont j'ai parlé plus haut.
ccgo Plusieurs familles se trouvant complètement ruinées par la guerre, le gouvernement leur prêtera une somme proportionnée aux besoins de la mise en exploitation des terrains concédés, laquelle somme sera hypothéquée sur l'établissement et payée avec les intérêts par amortissement en un nombre d'années déterminé.
« &* Dans le cas ob le gouvernement ne pourra pas faire ces avances de fond, il nous prêtera son concours pour nous permettre d'organiser de suite un emprunt spécialement appliqué à l'exploitation des terrains mexicains... — M. »
Si TofiTredes sudistes, entremise par M. H., eût étéaccep-
M« HISTOIRB DU MBXIQUB.
i\\e à cetie époque» l'empereur serait encore sur le trône à Mexico, et Tempire en train de se consolider. Mais Sa Ha^- J6Sté mil des lenteurs à sa décision et les ministres mirent des entraves à Texécution de ce projeL Tandis qu'au lieu d'agir on discutait à Mexico, le général Brown réclama. \m* périeusement au général Mejia la livraison du matériel de guerre et du coton transporté au Mexique par les confédérés. Le 23 juin, l'empereur fit donner l'ordre ce de remettre au général des États-Unis les armes des confédérés » qui avaient passé le Rio-Grande. « En ce qui concerne le coton, dit-il dans sa lettre, il faudra constater les faits avant d'agir. »
En attendant l'organisation d'un comité de colonisatîoa pour méditer sur les offres de M. M., ce personnage fut nommé directeur d'un observatoire qui n'existait pas. Voici, du reste, des extraits de quelques lettres concernant celte affaire, et celle des confédérés internés au Mexique.
a Gbapultepec, 27 juillet 1868. — Je suis très satisfait de ce que vous me dites dans votre lettre du 26, concernant M. M.; je désire qu'on fasse la minute d'un diplôme, la voir de suite et qu'on la dirige de manière à pouvoir la publier dans les journaux.
oc Vous devez donc faire comprendre à H. M. que l'obser* vatoire se fera à Chapultepeo, que sa nomination n'est que pour lui donner immédiatement une haute position o£Qcielle ( t que, comme agent secret de la colonisation, ses rensei-* gnements devront être également secrets ; il me les enverra directement par l'entremise du cabinet. Quant aux garan** ties qui se concèdent et aux conditions qui s'imposent aux nouveaux arrivés — les soldats de Slaughter — elles sont, comprises dans les instructions que M. Ramirez a envoyées* il y a plus d'un mois, aux autorités du nord et que le mi^ Bistre Robles a reçues pareillement ; on pourra remettre une copie de ces instructions à M. M.
« Quant à ce qui touche à la concession des terrains,. le cabinet préparera une lettre, que je signerai, adressée au ministre des travaux publics, dans laquelle on traitera tous
SBCOND BMPIiB» tt?
les points concernant Tachât de terrains. Un autre point que je crois convenable de régler, c'est que sans que personne le sache, M. M. travaille au cabinet comme conseiller de colonisation. — Ma»milien. »
«- « SaUillo, 27 juillet 1865.— Au général D. Juan N. Almonte. — Je prends la liberté de m'adresser à vous en considération des bons rapports qui ont existé entre voua, et. mon père, le colonel Bernard Bee, lors de la révolution du Texas.
« Après quatre années de fidèles services, en qualité de général dans l'armée conrédéfée, je me vois exilé dans votre pays^ cherchant un foyer pour ma famille et moi« Je suis arrivé le 26 du mois dernier à Monterey avec quelques amis et me suis présenté au préfet du département, l'informant da but de mon arrivée et lui demandant la protection des lois de Tempire. Ce qui me fut aimablement accordé... Aujourd'hui l'on m'apprend que toiis les corps confédérés armés qui viennent dans le pays doivent être dirigés sur S. LuisPotosi. Je ne crois pas que cet ordre doive s'appliquer à moi et à mes amis venus sans armes, simplement comme personnes privées, cherchant un asile pour sortir des difficultes politiques de notre pays et n'ayant aucun objet poli* tique en vue.
a Gonflant dans Tintelligence du gouvernement de Sa Majesté, les amis du Mexique espèrent que l'empereur verra l'arrivée des malheureux confédérés comme un élément de force et d'utilité, pouvant tirer du mal de très bons résultats et qu*il ne les regardera pas avec méfiance. La politique du gouvernement des Ëtats-Unis est de faire sortir de son territoire les hommes riches et influents du sud qui composent les plus puissants éléments de la société et qui deviendront une acquisition merveilleuse pour n'importe quel pays qui les recevra avec bonheur.
a J'ai appris que quelque confédéré qui désirerait choisir un autre point que S. Luis Potosi pour sa résidence, pourrait en demander l'autorisation au gouvernement suprême de
«6S HISTOIRE DU MEXIQUB.
Mexico. C'est pour cela que je vous prie de m'obtenir cette permission pour moi, et les amis dont je vous envoie les noms... afin que nous puissions nous choisir un domicile permanent... Néanmoins si des objections s'opposaient à notre prochaine rencontre, je vous prie de m*en faire part de suite, afin que nous puissions passer dans un autre pays, avant l'épuisement de nos ressources... — Hamilton Bee. »
— a Mexico, 23 août 1868.— Sire.— Le maréchal a fait connaître les difficultés qui se présentent au sujet des émigrés du sud qui afDuent à Monterey et S. Luis Potosi. Je pense qu'il devrait être donné des instructions pour permettre à tous ceux qui présentent des garanties d'aller s'établir là où ils le désirent. En vue du dénûment où se trouve une certaine partie d'entre eux, il pourrait être donné au générai Douay une somme de 10,000 piastres, par exemple, au nom du gouvernement de l'empereur, pour secourir les plus nécessiteux. » — Noté du cabinet.
Au mois d'août, MM. Bourdillon et Courcillon rassuraient, chacun de leur côté, l'empereur et l'impératrice sur les dispositions des États-Unis, vis-à-vis du gouvernement mexicain. Le premier écrivait : « M. B. qui est toujours bien informé de tout ce qui se passe aux États-Unis, me fait croire que le cri contre le Mexique est élevé seulement pour le but d'un parti, et que parmi les partisans de la doctrine Monroe, il y en a peu qui prendraient la responsabilité d'une guerre avec la France, et une autre probable avec l'Angleterre. » M. Courcillon écrivait dans le même sens. L'impératrice résolut d'en finiravec l'hostilité de ses ministres contre les confédérés et la colonisation. Voici des extraits de ses lettres à ce sujet.
« Mexico, 30 août 1868. — Je trouve cette lettre de M. de Courcillon bien... Peut-être que l'on croit ce que l'on désire, mais j'y crois plus qu'à celle d'hier, elle me semble envisagée à un point de vue plus clair et plus vraisemblable. Les Américains sont un peuple étonnamment pratique, ils ne se jetteront pas dans de mauvaises affaires. Ils savaient très
bien ce qu'ils faisaient en détruisant l'esclavage, et jamais ils ne font les choses à tâtons... — C. »
— Pas de date. — « Peut-être pourriez-vous savoir par le maréchal, à raison de la situation des troupes, où est Tempereur et s'il viendra demain ou pas, si ce sera le soir ou dans la journée, parce que s*il ne venait pas, ou seulement tard, je réunirais demain le conseil de ministres et la colonisation pour en finir avec toutes ces affaires. Veuillez envoyer de suite, car s*il s'agit de convoquer les ministres, on ne pourrait le faire trop tôt, ni pour M.; je tiens à savoir cela avant que vous ne retourniez chez vous, pour le cas où il y aurait des instructions à vous donner pour M. — Gh.»
— Pas de date. — « Voici mon paquet et ma lettre pour l'empereur. Comme je ne crois pas que les lettres d'Amérique doivent en rien modifier notre activité vis-à-vis de la colonisation du sud, je vous prie de convoquer demain, à 10 heures, comme la dernière fois, M. Esteva, ministre de l'intérieur, — César et vous-même, afin dé discuter le décret et son règlement. J'espère que vous avez envoyé à l'empereur la note que je vous ai demandée au sujet de la séance de l'autre jour. Je crois que vous ne feriez pas mal de lui communiquer aussi les lettres de Montholon et Courcillon comme correctif Tune de l'autre... — Ch. »
— Pas de date. — « Je vous prie d'écrire à Esteva que M. M. se plaint de l'hostilité du sous-préfet de Cordova, dont j'ignore le nom, pour la colonisation et qu'il serait heureux de le voir remplacé par M. Nieto, homme très respecté dans le district et porté pour l'émigration; ce district étant spécialement destiné à être colonisé. M. Esteva devrait avoir la bonté de faire connaître à l'empereur son opinion à ce sujet. — Ch, »
Celte lettre de l'impératrice révèle qu'à peine le décret sur la colonisation et les volontés de l'empereur à cet égard, avaient été connus, les autorités mexicaines empêchèrent de tout leur pouvoir l'établissement des confédérés dans les
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districts qui leur étaient désignés pour les coloniser. Les .résultats de cette hostilité que le gouvernement n'eut pas le courage de briser furent naturels. La colonisation n*eut pas lieu. Dans une lettre datée de Mexico, 5 septembre I8681* M. M. nous apprend que ses concitoyens quittaient le Mexique, malgré ses efforts pour les retenir, a Comme» dit-il dans cette lettre, l'empereur a dit à ses ministres l'autre jour: Maintenant les heures comptent pour des jours^^ ces paroles n'ont cessé de sonner à mes oreilles.
(c Je pense qu'il est grandement désirable que le décret et les Instructions et Règlements que je vous ai soumis avant, hier partent par le paquebot américain du 14. Le document intitulé General Information, ci-inclus, devrait être ajouté aux Instructions et Règlements et signé par les commissaires de rémigration. Ainsi, il nous semble à tous que les informations que nous pouvons donner maintenant devraient être répandues parmi mes concitoyens, et les confédérés qui sont ici cesseraient de quitter le pays dans le désespoir» en voyant que rien ne se fera avant Fépuisement de leurs ressources. »
Ce fut en vain, les confédérés et les immigrants attirés par les promesses que fit M. M. fit répandre aux États-Unis, se trouvèrent au Mexique livrés à eux-mêmes, sans agent of&ciel pour les recevoir et les installer, en face de propriétaires dont les exigences devenaient chaque jour plus exorbitantes. Le gouvernement n'avait toujours pas de terrain à leur donner. Un grand nombre d'entre eux, après avoir vainement attendu qu'on leur désignât des terrains qu'ils pourraient cultiver, virent leurs ressources s*épuiser dans un cruel désappointement et durent rentrer aux États-Unis dans une situation désespérée. On vit repartir dans une seule semaine un groupe de cinquante riches colons qiû formaient l'avant-garde d'une immigration de huit à dix mille personnes. D'autres allèrent au Brésil où le gouvernement et la population rivalisaient d'efforts bien dirigés pour attirer les étrangers dans leur pays et particulièrement les
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colons sudistes. Au mois de juin 1866» l'empereur prit des mesure» énergiques pour avoir des terrains à offrir à la colonisation étrangère, mais, comme pour toutes les autres mesures de première urgence, il était trop tard quand elles furent décrétées. L'occasion était perdue, et le Mexique condamné à vivre misérablement comme par le passé.
Une autre question non moins importante que celles du choix des fonctionnaires, de l'organisation des finances, de la justice et de la colonisation, et sur laquelle on aparlé avec autant de partialité que d'inexactitude, mérite une expo* sition consciencieuse. Je veux parler de la question militaire. M. de Keratry nous a montré que Torganisation da l'armée mexicaine avait été faite par les chefs de notre expé'dition, que la pacification du Mexique était fort difficile ea 1863, au moment du départ du général Bazaine pour l'intérieur; Tauteur des publications faites à^ns la Liberté attaquait le maréchal Bazaine avec une violence qui prouvait que cet officier avait été mal reçu du maréchal à Mexico; l'empereur Maximilien, dans sa lettre du 29 juin 1865, publiée dans la brochure la Cour de Rome et dans d'autres lettres que je cite moi-même, accuse le maréchal de ruiner les finances mexicaines par ses expéditions ; M. de Keratry affirme que ces expéditions étaient demandées par l'empe-^ reur; enfin je 6ais aussi que Sa Majesté, professant une grande estime pour le maréchal, demandait néanmoins son rappel en France, comme le dit également M. de Keratry.
Au milieu de ces contradictions, j*espère établir clairement la vérité par la publication de la volumineuse correspondance de Leurs Majestés^ sur la question militaire, et en ex* posant simplement les faits, sans vouloir défendre personney ni juger les actes. Je dirai seulement que les faits ont un langage plus accentué que les plaidoyers pour ou contre les personnes et leurs systèmes. C'est donc aux actes militairefr et à leurs conséquences naturelles qu'il faudra demander des éclaircissements sur cette question.
Le maréchal Forey paraissait avoir pour système d'aller
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lentement mais sûrement, et de briser les obstacles avec mesure, mais avec une ténacité sur laquelle il comptait pour assurer le succès. On l'a vu à l'œuvre ; il a mis plus de huit mois pour aller de Vera-Criiz à Mexico, mais enfin il y est arrivé. II se proposait ensuite de pacifier de la même manière un certain nombre de départements, entourant ceux de Yera-Cruz, de Puebla et de Mexico, afin d'organiser les principales provinces du Mexique, avant de s'étendre plus loin. De la sorte, il eût été complètement mattre de ce cercle restreint d'opérations et d'occupation.
Le maréchal Bazaine, au contraire, paraît avoir voulu donner de suite une impulsion rapide à ses mouvements, organiser les villes et les districts qui reconnaissaient l'iatervenlion, et les mettre à même de se défendre le plus tôt possible par leurs propres moyens. L'organisation des gardes rurales et la construction de forts, de bastions et de tout ce qui pouvait rendre aisée la défense d'une place ou d'une position militaire prouvent que tel était le système du maréchal Bazaine. Ce système, excellent en Afrique avec des Français, n'était pas applicable au Mexique ; le passé, avant et après l'intervention, a prouvé que les Mexicains se renfermaient rarement derrière des fortifications, et que lorsqu'ils le faisaient, ils ne les défendaient pas longtemps. L'empereur se plaignait des sommes énormes dépensées pour ces fortifications ; il avait parfaitement raison ; pas une seule n'a servi à défendre l'empire, après notre départ du Mexique.
D'autre part, le maréchal avait également raison de vouloir laisser aux Mexicains le soin de défendre le nouveau régime qu'ils avaient adopté, car nous ne devions pas rester toujours au Mexique, nous étions des aides, des alliés et non pas des conquérants ; il eût été dangereux de laisser dormir les habitants dans une sécurité continuelle, tandis que nous aurions veillé constamment à leurs portes. Lorsque l'empereur se plaignait de nos promenades militaires, pendant lesquelles nous entrions dans les villes que nous abandonuions
ensuite aux vengeances des dissidents, je ne sais s*il avait tort. L'empereur, en effet, demandait le disséminement de nos forces et le maréchal y consentait fréquemment, quoique ce fût contre les règles militaires; mais ne pouvant occuper toutes les villes du Mexique; il fallait souvent en abandonner une pour courir sur une autre, attaquée par les dissidents. Â mon avis, la cause de cette déplorable situation provient tout k la fois des mécontentements suscités par la politique du nouveau souverain et par le siège de Oajaca.
Dans une note secrète de Sa Majesté, écrite au mois de février ou de mars 18G5, — note qui devait être remise à Tempereur Napoléon, et qui ne ]e fut pas, parce que le porteur, avant son départ de Yera-Cruz, connaissant toutes les preuves de sympathie personnelle que Tempereur Maximilien donnait au maréchal , crut que cette note avait été écrite dans un moment d'humeur et la conserva, — après avoir critiqué la conduite de nos chefs et ce le système d'impôts forcés appliqués aux propriétaires ou aux habitants soupçonnés d'intelligence avec les dissidents, » l'empereur ajoute dans sa note : <c Hâtons-nous cependant de citer de nombreuses exceptions; ainsi les généraux Douay , l'Hériller, Brincourt avaient su mériter l'estime et la confiance des populations placées sous leur commandement. Pourquoi faut-il que ces of&ciers distingués soient ceux choisis pour quitter le pays? Douay, dégoûté et en contradiction avec son chef, est rentré en France. L'Hériller, bien que désirant y rester, est également rappelé, et Brincourt, qui rendait à Puebla des services appréciés partons, est envoyé à l'autre extrémité du pays, à Léon où il n'existait pas un homme de garnison lors du passage de l'Empereur.
a II y a six mois, le général Brincourt marchait sur Oajaca, et était sur le point de s'en emparer, lorsqu'il reçut contre-ordre. Inutile d'insister sur le temps et surtout sur l'argent perdus. Depuis ce moment, la défense s'organisa et les opérations du siège bouleversèrent tous les projets d'attaque sur d'autres points. Il devint nécessaire de dégarnir
•S1I HISTOIRE DU MEXIQUB.
Mexico même pour parvenir à investir U place assiégée, fie là une recrudescence dans le ipouvement des bandes qui avoisinent la capitale. Sans être militaire, il est permis de discuter le système généralement adopté : prendre et oc* cuper militairement un centre de population, y rétablir l'ordre pour abandonner la position peu de temps après, n'est-oe pas perdre non seulement tout le fruit de ses efforts, mais en outre exposer les habitants livrés à eux-mômes aux représailles terribles des bandes qui, certaines de leur succès, ne manquent pas de revenir bientôt, plus féroces que jamais. Si ce système est funeste dans l'intérieur, il Test encore bien plus sur les côtes où des richesses ont été détournées, gaspillées au profit des dissidents, où des provisions et munitions de guerre de toute espèce leur sont parvenues et leur arrivent encore chaque jour, alors qu'il semblait si •facile d'oeeuper ees ports qu'on a trop souvent abandonnés. Non seulement les finances de l'État en ont soufTert, mais les dépenses résultant du désordre de l'organisation de l'armée mexicaine ont toujours été en croissant. Le licenciement des troupes mexicaines, l'établissement des gardes rorales qui, de l'avis du maréchal, devaient produire d'importantes économies, évaluées à plusieurs millions, n'ont abouti jusqu'ici qu'à des surcroîts de dépenses. Il n'est donc pas étonnant qu'à elle seule l'armée ait engouffré Temprunt en peu de temps... »
j£ termine ici l'extrait de cette note, le reste traitant les questions au point de vue personnel ei ne concernant pas la (politique générale. Je dois faire remarquer, en passant, que tes accusations passionnées de la Liberté, contre le dernier chef de notre expédition, ne reposent sur aucun fait sérieux. 'Le système suivi par le maréchal Bazaine au Mexique n'avait pas le but qu'on lui prêtait et ne pouvait pas l'avoir, il était vniquement une tradition du système semblable adopté en Algérie, particulièrement par les bureaux arabes. On sait, en effet» que les chambres fran^^ises attaquaient autrefois notre colonisation d'Afrique, comme elles ont récemment