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loi
» Notre choix était libre, et aussi le mien Tut pour la paix. Aujourd'hui, nous n’avons point de choix, et avec toute ma prédilection pour la paix, je ne vois d’autre alternative que de suivre la marche que ta nécessité impérieuse nous commande.
» Quant h la loi sur les en rôle me ns pour Vétrnoger, en premier lieu cette loi fut passée a l'instigation de l'Espagne, et influa beaucoup en sa faveur; en second lieu, comme toute la conduite de l'Espagne a été de faire précisément les mômes choses envers le Portugal, qu'elle nous supplia dVmpôcher les sujets de la Grande-Bretagne de faire envers l’Espagne, il aurait été en quelque sorte équitable de lui dire: « Eh bien, puisqu en 1819 nous vous avons accordé le bienfait de cette loi, et puisque vous avez tourné Je principe contre nos alliés Tannée passée, nous retirons notre protection , et nous vous mettons dans la position dans laquelle vous auriez été si la loi navait pas été adoptée; » mais quoique cela fût très-équitable envers l'Espagne, je ne crois pas que cette disposition influât sur les objets plus sérieux que j'ai ébauchés plutôt que je ne les ai rapportés dans la dernière partie de mou discours,
u L’honorable membre a dit quau lieu de rapporter Pacte contre les enrûlemens pour le service étranger, il faut demander h la France de retirer ses troupes de l’Espagne. Je ne puis entrer maintenant dans cette matière; il me suffît
de dire que je ne sais pas comment l’armée française peut être employée dans les vues de l’Espagne. Je crois que la présence de cette armée en Espagne a eu pour effet de protéger le parti quelle était destinée à combattre, et la retraite de cette armée aurait pour résultat la destruction du parti qui est en plus petit nombre. On prétend que l’Angleterre a été déshonorée aux yeux de l’Europe par' l’entrée des troupes françaises en Espagne : moi je soutiens le contraire; car la Chambre et le pays savent que, moi et mes collègues, nous avons tout fait pour empêcher cette invasion. Nous n avons pas voulu, il est vrai, en iaire la matière d’une guerre, eL cela pour beaucoup de raisons, et surtout pour cette raison bien simple, que la guerre n’aurait pas eu pour résultat ee que nous désirions. La guerre n’aurait pas fait sortir de l’Espagne ] aimée française; elle aurait eu même le résultat contraire.
» Je pense qu'on a toujours attaché aux liaisons qui existent entre la France et l’Espagne une importance exagérée. Je prie la Chambre de revenir sur le passé et de se reporter aux diverses époques où la question a éLé agitée ; la Chambre verra, en consultant les votes du parlement, qu’il avait déclaré qu’aucune paix ne pouvait être laite entre les deux pays pendant qu’un Bourbon était sur le trône d’Espagne. Qu’on réfléchisse à ces appréhensions exagérées, et qu’on se rappelle comme elles ont été réalisées, qu’on réfléchisse
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sur l'ancien pouvoir de l'Espagne, pouvoir si grand qu'il menaçait cl engloutir le monde. Cependant on trouvera que, même alors, l'Angleterre était établie dans un coin de l'Espagne.
» Je ne crois pas que le danger qui résulterait de l'occupation de l'Espagne par la France soit aussi grand quon a été disposé à le croire. Quand ! armée française est entrée en Espagne , nous aurions pu nous opposer à cette mesure par une guerre , mais cette guerre n'aurait pas eu pour but le rétablissement de ta balance du pouvoir; il aurait fallu avoir recours k d’autres moyens pour atteindre ce but.
M La balance du pouvoir en Europe a varié selon que la civilisation a fait des progrès et à mesure que de nouvelles nations se sont élevées en Europe. Il y a, à peu près un siècle, ia France, I Espagne, les Pays-Bas, et peut-être F Autriche* constituaient la balance du pouvoir.
» Trente ans après, la Russie a pris place dans le monde politique, ensuite vint la Prusse; et ainsi les moyens de conserver la balance du pouvoir ont été augmentés.
» Je sais que Feutrée des troupes françaises en Espagne a porté un coup aux sentiments de ce pays : c'est un fait que je 11 e nie pas. Un des moyens de redressement était une guerre contre la F rance. 11 y avait encore mi autre moyen : c'était de rendre la possession de ce pays inutile entre des mains rivales, c’était de la rendre plus qu i-
nutile, c'était enfin de la rendre préjudiciable au possesseur : j'ai adopté ce dernier moyen. Ne pensez-vous pas que VAngleterre ait trouvé en cela une compensation pour ce qu'elle a éprouvé en voyant entier en Espagne Tannée française et eri voyant bloquer Cadix?
>j J ai regardé ['Espagne sous un autre aspect ; jai vu TEspagne et les Indes. J'ai, dans ces dernières contrées, appelé h l’existence un nouveau monde, et j'ai ainsi réglé la balance. J ai laissé a la France tous les résultats de sou invasion,
» J a! trouvé une compensation pour l'invasion de l'Espagne, pendant que je laisse a la France son fardeau, fardeau ingrat dont elle voudrait bien se débarrasser et qu elle ne peut porter sans se plaindre; cesi ainsi que je réponds a ce qu'on dit sur l'occupation de l'Espagne. Je dis que la France serait bien aise que l'Angleterre l'aidât h se déliai Tasser de ce fardeau ; mais je répète que le seul moyen de porter la Fiance à conserver la possession de l'Espagne, c’est de faire de cette possession un point d'honneur.
w Avant de me rasseoir je ferai une seule observation : c'est que les mesures proposées n ont pas pour but la guerre; je répète que le but n'est pas d amener Ja guerre, mais bien d'assurer la durée de la paix. Si 1 Angleterre ne vient pas promptement au secours du ■Portugal, le Portugal sera foulé aux pieds ? et alors viendra la guerre jointe au déshonneur. »
Ce discours produisit ime impression profonde dans le parlement, dans toute l'Angleterre , et sur le continent* Il peut être considéré , en quelque sorte , avec le discours que Canniug avait prononcé lors de la reconnaissance dos nouveaux états mdépendaos des deux Amériques, et le traité du 6 juillet 1527 , relatif aux affaires dé la Grèce, comme le testament politique de Viiommè d’état illustre dont le grand caractère et la nouvelle direction politique se révélaient de plus en plus au monde, mais qui devait seulement survivre de quelques mois à la noble déclaration de ses principes, et de leur application aux graves circonstances où se trouvaient alors ^Angleterre, qu il replaçait à la tête de la civilisation et de la liberté de l univers; et l’Europe elle-même, dont tous les peuples s'inclinaient avec respect et confiance devant celui qui s annonçait comme leur libérateur. Les passages de ce discours remarqués surtout avec plus d'espérance ou d’effVûi par les amis de la liberté constitutionnelle ou les esclaves de l'absolutisme, furent la déclaration qu'il frémissait de donner commencement à une guerre qui pourrait avoir les plus épouvantables résultats, en annonçant, d’un ton menaçant et prophétique « qu’il né doutait pas, d après le pouvoir immense de la Grande- Bretagne, que les mécontens de tous les pays, proscrits par leurs gouvevnemens, ne sempres-
sussent de s’unir à elle dans sa lutte contre le pouvoir absolu ; sa réponse h l'allégation qu’il s’était engagé dans une guerre sans nécessité, après avoir déclaré, dans d’autres circonstances , qu'une guerre semblable serait onéreuse pour le pays. Canning avait dit : «Je soutiendrai mon opinion qu’il faut éviter la guerre tant que cela est possible ; mais quand nous sommes liés par une obligation positive, il est impossible d’y échapper. »
Et enlin sa réponse à l'assertion que « l’Angleterre avait été déshonorée aux yeux de FEurope par l'entrée des troupes françaises en Espagne. ïj Canuiiigavait ilït : « Loin de partager cet avis, je soutiens, moi, que la conduite du gouvernement, sous ce rapport, ne mérite aucun reproche, car la Chambre et le pays nignorent pas qu’il a tout fait pour empêcher cette invasion; je sais que Feutrée des troupes françaises en Espagne a porté un coup aux sentimens de l’Angleterre; cest un fait que je ne nie pas. Un des moyens de redressement était une guerre contre la France; mais il y avait encore un autre moyen, c était de rendre la possession de ce pajs inutile entre des mains rivales, détail de la rendre plus qu inutile, c était de la rendre préjudiciable aux possesseurs. J ai adopté ce dernier moyen. Penseriez-vous que F Angleterre na pas trouvé en cela une compensation pour ce qu elle a éprouvé de déplaisir en voyant en-
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tixr en Espagne l'armée française, et en voyant bloquer Cadix? J'ai regardé TEspagno sous un aspect; j’ai vu lEspagne et l'Amérique du sud. J'ai, dans ces dernières contrées, appelé à l'existence un nouveau monde, et j'ai ainsi balancé le compte. J’ai laissé h la France tous les résultats de la guerre; j ai trouvé une compensation pour l'invasion de l'Espagne, pendant que je laisse h la France son fardeau ingrat dont elle voudrait bien sc débarrasser, et qu'elle no peut point porter sans se plaindre, »
Le dernier passage de ce discours ÿ qui contient et explique toute la politique de Canning, - et a laissé une profonde trace dans tous les souvenirs*, était celui-ci : « Si l'Angleterre ne vient pas promptement au secours du Portugal, le Portugal sera foulé aux pieds, et alors viendra la guerre avec le déshonneur. »
Si on ajoute la déclaration suivante, faite par Garniing k la Chambre des communes, en réponse à l’accusation de retard ou de faiblesse élevée contre le gouvernement par un membre de cette Chambre ; «Vendredi j’ai été officiellement informé de la perfide agression de l’Espagne contre Je Portugal; samedi j ai rédigé avec mes collègues un message royal pour vous en faire pari; dimanche Je roi a sanctionné et signé ce message; lundi il vous en a été donné communication ; et aujourd’hui, mardi * a l'heure où je vous parle ,
des troupes s’embarquent sur plusieurs points pour voler an secours du plus ancien allié de la Grande-Bretagne. » Certes, on avouera qu’il était impossible de mieux comprendre et de faire mieux respecter la dignité et la puissance d im grand peuple.
Dans ces derniers temps encore, des hommes, dont l’évidence même ne saurait dissiper les préventions et les préjugés, ont étendu sur la mémoire de Carminée et du cabinet dont il fut le chef, la juste haine que leur avait inspirée son prédécesseur; nous les avons entendus appeler les défiances sur les hommes d’état qui partagèrent les principes de Canning, prirent part a ses actes, et * tomberont peut-être a leur tour victimes comme lui de leur dévouement k leur patrie. C’est au moment où les coupables machinations d'une odieuse oligarchie menacent sur tous les points de l’Europe, et nous nen exceptons pas l’Angleterre, l’indépendance et la liberté des peuples que toutes les pensées et tous les travaux de Canning tendaient à fonder sur des bases désormais immuables, que ce grand citoyen est accusé, soupçonné du moins, par des hommes qui se croient peut-être amis de la liberté, d avoir manqué de franchise et de loyauté dans la défense des principes pour lesquels il a sacrifié sa vie* Ce génie ferme, actif, lier, indépendant, que l’expérience, la réflexion, et l'ineptie des
grands cabinets européens semblaient avoir destiné à changer la lace du monde, ne serait, selon ces hommes, que le pendant d'un chancelier Autrichien, ou de tel autre homme détat de cette force ! Canuing voulait sans doute le maintien de la paix dans l'intérêt de sou pays; mais cette considération, quelque puissante qu’elle fût dans son application à un état commercial , ne balança pas un moment dans cette àme forte, profondément sensible à bhonneur et h l’injure, le respect pour la foi des traités et la protection due aux droits des peuples et à leur liberté. Dans Y alterna tive * de voir triompher en Europe, par la destruction de l'indépendance du Portugal, les principes de J’absotisme et toutes les superstitions qu'il traîne à sa suite, ou de s’engager dans une guerre qui, par sa nature, pouvait devenir générale, le choix de Canning ne pouvait être long-temps douteux ; mais si, même après avoir développé les moyens formidables qui devaient soumettre une faction rebelle, il était encore en son pouvoir d'éviter une coullagration européenne :si, dans la Péninsule et ailleurs, 1 espoir ri était pas perdu de faire triompher les principes du gouvernement représentatif sans avoir recours h cette ressource désespérée', nul doute qu’il ne lût de son devoir d éviter la guerre.
On ne peut trop s’affliger de rencontrer des hommes qui même ne manquent pas d'une
certaine instruction, mais qui sont toujours prêts h oublier que, du haut des sommités politiques ou rhommed'état est placé, il aperçoit souvent à î'exécution des plus nobles et des plus utiles projets, des obstacles qui doivent échapper aux regards de ceux qui, marchant dans des voies inférieures, peuvent seulement apercevoir cequiest dans leur horizon. 11 ny a en politique que trop de ces esprits superficiels qui, attachés ii des partis extrêmes et Déjugeant qu’avec leurs passions, s irritent contre toute vérité qui les blesse, trouvent qu'on ne marche jamais assez vite, qu’on ne frappe jamais asfce:Z fort, et ne veulent pas voir que c’est surtout dans cette science difficile que la circonspection est plus nécessaire, et que la précipitation peut gâter les meilleures situations.
Les passages du discours de Ganning dont nous venons de donner quelques fragments, avaient produit la plus forte sensation dans le corps diplomatique et dans le public; plusieurs de ses propres amis lui ayant témoigné quelquefois leur désapprobation , Ganning avait continue de leur répondre : « C’est précisément parce que je n’ai pas voulu la guerre que j’ai menacé de la faire; je ne pouvais douter de l’effet que produiraient mes paroles, aussi ai - je voulu quelles lussent entendues au loin. On a mis de la mauvaise foi à me reprocher d’avoir appelé à moi les mécontens ré-
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pandus en Europe; je me suis borné h énoncer un fait, et ce fait est que, dans letat d'irritation auquel ont été réduits une foule d’individus par la persécution de gouveraemens imprévoyans et malavisés, il était dans la nature des choses que ces malheureux, à qui Y on avait ôté leur patrie, se rattachassent à l’Angleterre dans la lutte quelle pouvait se trouver forcée de soutenir contre leurs oppresseurs. Ce n’est pas une menace que j'ai faite, c’est un conseil que j'ai donné; tant pis pour ceux qui n’en ont pas senti la justesse et fa-propos. Au reste, je ne reviendrai sur rien de ce que j'ai dit; j’ai parlé d’après ma conscience, et je ne me crois obligé à aucune rétractation , etc., etc. »
Des embarras d’un autre genre et non moins sérieux se présentaient à Canniug du coté de l’Irlande, depuis que le message royal relatif aux affaires de la péninsule était connu dans ce pays, et que la guerre y était regardée comme inévitable. Le vif intérêt qu’il portait h la cause catholique n était ignoré de personne, et il savait bien lui - même que les moindres imprudences commises îi Dublin lui seraient imputées à crime h Londres; ces imprudences furent commise^ en effet. Le message royal était arrivé dans la capitale de l'Irlande au moment où fassociation catholique était réunie pour discuter la nécessité d’entretenir un agent a Londres. L’un de ses chefs, ML Sbeil, lui apprit pur ces seules
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paroles ce qui se passait eu Angleterre, « La guerre! mes compatriotes, la guerre! celte nouvel le , que nous recevons à l'instant, doit réjouir le coeur de tout Irlandais. » Les transports rf’npe joie tumultueuse éclatèrent sur-le-champ au miliett de rassemblée, et ne se calmèrent quelques minutes après que pour permettre a M. O’ConnelI de prononcer les mots suivans :
« Jamais je ne me suis levé avec tant de plaisir pour parler h une assemblée de catholiques :
l’Angleterre est en guerre, quelle ose maintenant maltraiter Tir lande! »
La nouvelle de cette sortie inconsidérée donna de sérieuses inquiétudes h Garni ing, h qui elle avait été mandée immédiatement. Trois funestes effets pouvaient en résulter : elle justifiait les alarmes et les effrayantes prédictions des ennemis des catholiques; elle compromettait, vis-àvis du gouvernement, le ministre qui lui avait constamment donné son appui ; enfin elle apportait un grand obstacle à une guerre entreprise dans l'intérêt de l'indépendance et de la liberté des peuples, intérêt si cher aux chefs de la cause catholique, et que cette imprudence pouvait ajourner indéfiniment.
Si donc, Ton considère d'une part la nature des rapports qui parvenaient au gouvernement sur les dispositions malveillantes du peuple portugais à J égard de Tannée anglaise, dispositions quil faut toutefois rapporter exclusivement au
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séjour et à la conduite oppressive et tyrannique qu’avait tenue, en 1817, le maréchal Beresford en Portugal, et nullement aux derniers événemens; et, de l’autre, les nouveaux germes de mécontentement qui se manifestaient en Irlande, et auxquels des espérances trop tôt et trop légèrement conçues venaient de donner naissance, on aura l’explication la plus naturelle et la plus complète des craintes de Canning à s’engager dans une guerre, quelque légitime qu'en fût la cause, mais dont aucune prévoyance humaine ne pouvait calculer ni l’intensité, ni la durée.
Cependant le même vague, les mêmes incertitudes continuaient à régner dans les affaires de la péninsule. Canning n’avait reçu depuis trois semaines aucune réponse aux dépêches qu’il avait adressées au cabinet espagnol, et qui contenaient Y ultimatum de T Angleterre. Il était évident que les cours de Madrid et rie Paris se concertaient ensemble sur ce quelles avaient à faire pour parvenir à leur but dans les affaires de Portugal, sans toutefois entrer en guerre avec la Grande-Bretagne, bien que celte puissance fut devenue odieuse à ces deux cours et à quelques autres où domine le principe de ïabsolutisme, parce qu elle s était fait le centre de cette hérésie politique qui avait reconnu 1 indépendance des états de f Amérique etqui combattait maintenant pour la liberté constitutionnelle du Portugal, et parce quele ministre dirigeant avait osé proclamer