E G. CA SKIS G
» L'offre de cette médiation sera faite à la Porte, après la ratification du traité, au moyen d’une déclaration signée par les plénipotentiaires des cours alliées a Constantinople j i*t, en meme temps, il sera fait, aux deux parties belligérantes, demande d’une suspension d armes immédiate , comme condition préliminaire et indispensable pour l'ouverture des négociations.
Art. 2. n L’arrangement à proposer à la Porte Ottomane reposera sur les faits suivans : les Grecs relèveront du Sultan comme d’un seigneur suzerain , et, en conséquence de cette suprématie, ils paieront un tribut annuel dont le montant sera üxé, une lois pour toutes, dun commun ac cord. Ils seront gouvernés par des autorités qu ils choisiront et nommeront eux-mêmes, mais sur la nomination desquelles la Porte Ottomane aura une action déterminée.
» Afin d’établir une séparation complète entre les individus des deux nations, et pour empêcher les collisions, inévitables conséquences d’une si longue querelle, les Grecs entreront en possession des propriétés situées sur le continent ou dans les îles de la Grèce, sous la condition d'indemniser les propriétaires actuels, ou par le paiement d’une somme annuelle ajoutée au tribut qui doit être payé è la Porte, ou par touL autre arrange ment de la même nature.
Art. 3. » Les détails de cet arrangement, aussi bien que les limites du territoire sur le continent tome u. 1£ f’
et la désignation des îles de Y Archipel auxquelles cet arraugi ment doit s’appliquer, auront lieu par des négociations ultérieures entre les hantes puissances etdcsdeux parties belligérantes.
Art, 4. » Les puissances contractantes s’engagent à poursuivre l'œuvre delà pacification de la Grèce, d’après les principes poses dans les articles prëeédens , et de fournir dans le moindre délais leurs représenta ns à Constantinople, les instructions nécessaires pour Y exécution du traité maintenant signé.
Art, 5, » Les puissances contractantes ne chercheront dans ces arrangeniens ni une augmentation de territoire, ni rétablissement dune influence exclusive, ni d'autres avantages commerciaux pour leurs sujets, que ceux que toute autre nation pourrait obtenir également.
Art, 6, n Les arrange me ns de réconciliation et de paix qui seront définitivement convenus entre les parties en contestation, seront garantis par celles des puissances signataires qui jugeront utile ou possible pour elles de contracter une telle obligation, La nature de cette garantie sera fobjet de stipulations subséquentes entre les hautes puissances.
Art. 7. » Le traité actuel sera ratifié, et les ratifications échangées dans Y espace de deux mois, ou plus tôt, si cela est possible.
» En foi de quoi les plénipotentiaires res-
pectifs Vont signé et scellé du sceau de leurs armes*
» Fait à Londres, le 6 juillet 1827*
» Signés , Dl dley, Poligkac, Lievkn. »
Article additionnel et secret,
h Dans le cas où la Porte Ottomane ri accepterait pas, dans Vespace d\in mois, la médiation proposée, les hautes parties contractantes conviennent de prendre les mesures suivantes ;
» 1 11 sera déclaré à la Porte , par leurs repré¬
sentai respectifs b Constantinople, que les ineonvéniens et les maux indiqués dans le traité comme inséparables de letat des choses, en Orient, pendant les six dernières années, état auquel la Porte ne paraît pas avoir les moyens de porter remède , imposent aux hautes parties contractantes l'obligation de prendre sans délai des mesures pour se rapprocher des Grecs;
» II est entendu que ce rapprochement sera effectué en établissant avec les Grecs des relations commerciales; en leur envoyant et en recevant d'eux des agens consulaires, aussi long-temps qu'il existera parmi eux des autorités en état de maintenir de telles relations.
« 2\ Si, dans l'espace d'un mois, la Porte a accepte pas l'armistice proposé dans le premier
article du traité public* ou si les Grecs le refusent de leur côté* les hautes parties contractantes déclareront à celle des parties belligérantes qui voudra continuer les hostilités* ou a toutes les deux si cela devient nécessaire , que iesdites hautes parties contractantes ont Tintéetion de prendre tous les moyens que les circonstances indiqueront comme convenables* pour obtenir l'effet immédiat de l'armistice, en empêchant, autant qu'il leur sera possible, toute collision entre les parties belligérantes ; et, en effet, immédiatement après la déclaration susdite, les hautes parties contractantes emploieront conjointement tous les moyens en leur pouvoir pour atteindre le but de ladite déclaration, sans cependant prendre une part quelconque aux hostilités entre les deux parties eu contestation.
» En conséquence, les hautes puissances contractantes, immédiatement après la signature de cet article additionnel et secret, transmettront aux amiraux commandant leurs escadres dans les mers du Levant des instructions conformes aux prévisions de cet article,
» 3°, Finalement, si ces mesures ne suffisent pas pour engager la Porte-Ottomane h adopter les propositions des hautes parties contractantes, ou si, de Tautre côté, les Grecs renoncent aux conditions stipulées en leur faveur par le traité de ce jour, les hautes parties contractantes continueront a poursuivre 1 ouvrage de la pacifica-
lion d'après les principes convenus entre elles ; et en conséquence elles autorisent leurs représentons ci Londres , à discuter et à déterminer les mesures ultérieures qu’il deviendra nécessaire de prendre.
» Le présent article additionnel et secret aura la même force et valeur qu i! aurait s'il était inséré dans le traité d’aujourd’hui. 11 sera ratifié, et les ratifications seront échangées en meme temps que celles dudit traité; en foi de quoi les plénipotentiaires Tout signé , et y ont apposé le sceau de leurs armes.
» Fait à Londres ? le 6 juillet, l’année de grâce 1827.
' » S igné Du n le y , Po l i g nâ c , Li e v eh . «
Si, d’une part, on réfléchit au nombre et a la nature des difficultés qu'a dû surmonter Ganning pour amener quelques hommes à signer ce traité, et quelques autres à se désister de toute opposition â ce quil fût signé; si de 1 autre, on considère que, d’après toutes les probabilités existantes au moment de sa signature, son* effet devait dissiper forage prêt à fondre sur la Grèce, et laisser à son auteur le temps de former de nouvelles combinaisons de salut pour ce pays ; si enfin , après avoir, par cette première amélioration apportée au sort des Grecs (et la plus importante de toutes, puisqu clic les arra-
cliait a une extermination imminente), Canuing s était, comme on a lieu de le penser , réservé les moyens d'ouvrir les voies à des améliorations nouvelles en laveur de cette nation infortunée; qui ne conviendrait qu'il avait été impassible de préparer ce bienfait de plus loin , avec un secret plus profond , et en écartant ou diminuant, avec une admirable habileté, toutes les chances défavorables} Or, ces trois assertions reconnues, quel plus grand service a pû être rendu â Thu~ ma ni té que de suspendre, dans TOrient f , la nouvelle effusion de sang humain que les opiniâtres prétentions des oppresseurs et*l'irréconciliable haine des victimes allait rendre inévitable; car, nous rougirions de placer à côté d’une aussi noble pensée et sur une même ligne, les considérations qui se lient en grand nombre h des intérêts politiques ou de commerce. La gloire d’avoir prévenu tant dr malheurs appartient donc incontestablement â Canning; elle est le fruit de ses méditations pendant plusieurs années ; elle est â jamais attachée â son nom, et suffirait seule pour le transmettre d’âge en âge â la vénération et à la reconnaissance de la postérité 1
3 Le salut de la Grèce et le repos de l'Europe sont encore dans la manière dont le traité du 6 juillet sera exécuté ; si l’exécution répond au plan que Canning avait conçu, la Grèce sera libre et la paix de f Europe ïu&urée.
DE G* Ç A Nîfl N G* -1 O
Les négocia lions qui avaient été ouvertes depuis quelque temps entre Carmin g et le marquis de Landown, au nom des chefs des Wighs, étant arrivées au point désiré, le noble pair, le comte de Carlisle et M, Tierney, déjà membres du cabinet, mais sans portefeuille , lurent chargés ; le premier, du sceau de secrétaire detat de l'intérieur, à la place de M. Sturges Bournes, nommé garde de la nouvelle forêt; le second , de l'office de lord du sceau privé, à la place du ducdePortlaud; M* Fierney fut nommé maître de la Monnaie.
L'indisposition que Canning avait éprouvée dans les premiers jours du mois, ne lui avait pas permis de prendre part au x dernières délibérations du cabinet, Le 15 juillet, il était plus souffrant, et te 16 il garda la chambre pendant toute la journée; Le dimanche 17, il éprouva de fortes irritations d entrailles, auxquelles il était sujet depuis quelque temps, mais un bain lui procura du soulagement. Tout ce qui l'entourait et lui-même sentaient qu'un grand repos d'esprit lui était necessaire, mais, dans sa position et quel le que lût sa propre volonté, ce remède était le seul qui ne lût pa.-> u son usage. Les assiduités même de ses amis, leurs empressemens, leur conversation, n étaient plu> une distraction pour lui, mais une fatigue* Il fut décidé, en conséquence, qui! partirait le plus tôt possible pour la campagne,et ne s occuperait point d'affaire jusqu'à ce que Fétat de crise dans lequel
il se trouvait fût entièrement passé. 11 fallait pour cela clioisîr une habitation qui fût à peu de distance de la capitale, et don il put, au besoin, se transporter facilement à Londres. Le château de Chiswick * situé à moins de six milles de cette capitale, et appartenant au due de De vonsbire, lami particulier de Canning, parut remplir ce but. Le duc le mit k sa disposition, et il fut convenu que Canning irait y passer un mois ou six semaines. Gomme il s’était trouvé mieux le 17, à la suite du bain, qui lui avait été ordonné, il convoqua, pour le lendemain 18, un conseil de cabinet qui se réunit chez lui, et dura près de deux heures; mais il Ven trouva fatigué. La journée du 19 se passa assez tranquillement , et le 20, Canning, accompagné de son épouse, partit à quatre heures de l'après-midi, de sa résidence de Downing-street, pour se rendre ii Chiswick, après avoir eu un long entretien avec son beau- frère 3e duc de Portland, L'air de la campagne et l'absence de toute occupation sérieuse parurent, seulement après quatre jours, lui avoir rendu assez de santé pour lui permettre de revenir passer quelques heures à Londres et s y occuper des allaites du gouvernement. Lenergie de son àme et son courage moral lui faisaient illusion sur son véritable état. Absorbé dans les devoirs de sa place et le sentiment des besoins du pays, il croyait, par la puissance de son dévouement et de sa volonté, pouvoir surmonter tous
I> E G. GARNI WG*
les obstacles ^ quand lui seul, comptant sur la vigueur de son tempérament, ne s apercevait pas gué les forces de son corps, alïaiblies depuis long' temps par le travail et minées depuis quatre mois par la plus lâche et la plus odieuse persécution , ne répondaient plus aux forces de son génie. Il revint a Londres le 24 juillet pour l’expédition des affaires, et partit pour Windsor le lundi 3U , quoique toujours fort souffrant de l'indisposition qu’il éprouvait depuis le commencement du mois. Pendant le travail de Camiing avec le roi, et dans le courant de la journée qu’il passa toute entière au château, Georges IV fut tellement frappé de l’altération de ses traits, que, peu de temps après le départ du ministre, ce prince dit à sir William Knigkfcon, son médecin, que « Canning lui avait paru fort mal, et qu’ü était vivement alarmé de son état. » La chaleur avait été très-forte pendant toute la journée, mais la soirée fut trèsfraîche- À son retour de Windsor, Canning ouvrit les glaces de sa voiture pour respirer plus à Taise, se plaçant néa moins de manière à éviter le courant d'air. Il résulta de la position quil avait prise, que la partie de son corps qui se trouvait exposée h Tinipression de la température extérieure, fut saisie du froid dont T autre était défendue, ce qui détermina une attaque violente de lombago , qui avait redoublé d’intensité dans la journée du 31, à raison de son extrême application au travail. Dans cette même journée sir William
Knighton, qui était parti pour Londres avec l’ordre exprès du roi de se rendre auprès de Cauning, vint trouver le ministre au trésor, où il travaillait alors, et s’informa, dans le plus grand détail, des nouvelles de sa santé. Un rhume, causé par le froid de la nuit précédente, venait de se joindre aux causes de la première indisposition. Ganning lit remarquer au médecin «que la sensation qu’il éprouvait était celle d’un homme qui, devenu vieux tout à coup, serait tombé dans une extrême faiblesse; que, du reste, il ne pensait pas que son état fût d ngereux , et qu’il ne doutait pas que quelques jours de repos et de retraite ne lui rendissent l'exercice de toutes ses facultés,» Sir William Kniglhon dit a Canning, en le quittant, que, comme il ne devait partir de Londres que le lendemain, mercredi 1 t août, pour se rendre à Windsor, il irait lui faire une visite a Ghlffwict, Lorsqu’il y arriva, Canning était déjà alité : des ventouses avaient été ordonnées à la suite d’un vésicatoire qui avait été appliqué sans produire aucun bien. La qualité du sang annonçait qu’une inflammation redoutable régnait dans les reins. Toutefois, quoique 1 état de Canning n'eût cessé d’aller en empirant depuis le mardi 31 juillet jusqu’au jeudi 2 août, aucun symptôme vraiment alarmant ne s était ma uif esté encore, et sa famille et lui-même Savaient pas conçu d’inquiétude sérieuse sur sa situation , lorsque ce même jour (2 août) un raétle-
DE G. CÀNNIflG.
cinde ses amis étant venu le voir à Chiswiekpour lui parler d’a Ha ires, fut tellement frappé de l'état dans lequel il le trouvait , qu il insista vivement pour que les secours de Fart fussent promptement appelés. Cet avis fut suivi, et le soir même il y eut une consultation, h la suite de laquelle les médecins déclarèrent que la situation du malade présentait le plus grand danger : six d entre eux passèrent la imita Chiswiek.
Le vendredi 3 août, Faspect de la maladie, dont les progrès avaient été lents et incertains jusque-là, devint tout-à-fait alarmant, malgré la continuelle surveillance des médecins, qui s'efforçaient d’appliquer à chaque période «lu mal le remède qu ils croyaient propre, soit à vaincre sa violence soit à l’adoucir. Le samedi soir 4, la gravité des symptômes augmenta h tel point, que les médecins perdirent tout espoir de sauver Fillustre malade, dont les douleurs devenaient insupportables. Dans les momens , déjà trèsdréquens, où son esprit s’égarait, il laissait échapper des phrases entrecoupées et décousues , qui indiquaient que les mêmes pensées, les mêmes inquiétudes auxquelles il était livré depuis plusieurs mois, le préoccupaient sans cesse. Au milieu de son délire, le sort à venir de l'Angleterre, et les affaires publiques qui ne pouvaient plus être Fobjet de ses méditations, Fêtaient devenus de ses rêveries; et, pendant les courts intervalles où il reprenait ses sen v s et OÙ la douleur lui laissait
quelque relâche, il manifestait les mêmes sollicitudes. Faisant un retour amer sur sa propre situation et sur celle du roi 1 , il s’exprimait de la manière îa plus noble et la plus attendrissais te « sur les malheurs dont FAngleterre et son souverain seraient menacés par le renversement du système politique dont la fondation lui coûtait si cher, et le triomphe de 1 odieuse faction qui n’aspirait qu’à reprendre le pouvoir pour détruire tout ce quïl avait édiûé. n Ses paroles prenaient alors un caractère auguste et prophétique, qui redoublait réniotion religieuse dont tous les assistons étaient pénétrés; elle semblaient, eu quelque sorte, déjà empreintes de fautorité du tombeau.
Le dimanche 5 août, parut le premier bulletin
de la maladie de Gannin™: il était couru en ces # o *
termes :
- Cîiiswkk , dimanche matin ,5 août 1S27*
)> Nous annonçons h regret que M- Canniug
f On n'a point oublié les insultes et presque les outrages que George IV a éprouvés, en avril 1827, de la part de la faction qui voulait alors s'emparer du pouvoir, et qui, en janvier 1828, Ta enfin ressaisi, mais non pas tout-à-fait encore comme elle le désirait. Le résultat des violences exercées envers le trôné en avril J 827, eût été exactement le même alors qu’en janvier 1528: c’était la même conspiration et les mêmes hommes \ mais Canniug existait alors î
T)E G. CAKSING*
u éprouvé une violente attaque inflammatoire. II a passé lu nuit avec moins de souffrances , et la gravité des symptômes est en ce moment un peu atténuée.
h Signé , J. Tjerney, J.-B. Faure,
* H. Holland. »
Le môme jour parut le second bulletin , daté de huit heures du soir :
« Nous annonçons avec douleur que les symptômes de la maladie de M. Canning sont devenus tellement alarmans depuis ce matin , que nous considérons sa vie comme étant dans un danger imminent. »
Mêmes signatures *
Le bulletin suivant, publié le G au matin, confirmait les craintes de la veille , et dès lors l'opinion générale des médecins et celle des personnes réunies à Cliiswick, était que Canning ne passerait pas la journée :
. Cliiswick, 6août ; huit heures àiï matin.
m M. Canning a dormi par intervalles la nuit dernière, mais le danger est toujours imminent. » ,
Mêmes signatures.
Ce sommeil avait fait renaître une lueur d es-
pérance. L'inflammation et les douleurs paraissaient avoir perdu quelque chose de leur intensité, et quand, vers une heure du matin, on vit Gannïng s’endormir, on eut un moment l'espoir que ce sommeil serait réparateur ; mais cette illusion fut promptement dissipée, et les médecins reconnurent bientôt qui! ne fallait fa Un huer qu’à la destruction progressive des forces vitales, qui rendait impossible la continuation des remèdes et devait amener une prompte dissolution.
Ganning fut réveillé, le mardi matin 7, à six heures, par le retour de la douleur inflammatoire, et les forces continuaient à décroître; ce qui donna lieu au bulletin suivant t
* Chiswick, 7 août, huit heures da matin.
» Le danger <le M. Canoing est encore plus imminent qu’il ne l’était lors du précédent bulletin. »
Mêmes signatures.
Rien ne changea dans letat du malade, depuis l’instant où parut ce bulletin jusqu’à une heure de l’après-midi, et l’on faisait répoudre aux continuelles informations qu’on envoyait prendre du dehors que « sa situation était plus calme quelle ne l’avait été depuis quelque temps. » 11 y eut alors une nouvelle consulta-
DE G, CAÎÏNING.
tion pour aviser eux moyens de traitement qu il serait convenable demployer, dans le cas où quelque changement viendrait à s opérer dans le cours de la maladie* À deux heures les symptômes avaient pris un caractère plus effrayant, et cependant son courage, sa force d’àme et sa présence d esprit étaient tels, que ses amis ne pouvaient renoncer encore à l’espoir de le conserver. Un peu après trois heures, Canning se rendormit; ce sommeil, qui dura environ cinq heures, fut plus tranquille que la nuit précédente, et les médecins s’accordèrent à penser que tout dépendait de la situation dans laquelle il se trouverait â son réveil. Mais ce réveil ne confirma aucune des espérances qu’on s était plu il concevoir. Les douleurs devinrent plus cruelles quelles ne favaient été jusqu a ce moment, et les cris qu elles arrachaient au malade étaient si aigus et si long-temps prolongés quon les entendait à une grande distance dans les appartenons, et même hors du château. Le soir du même jour parut le bulletin suivant :
« Mardi soir » huit heures.
y> M. Canning a dormi, à divers intervalles, dans la journée ; mais le danger n’est pas diminué. U
Mêmes signatures.
Madame Canning et sa tille, la marquise de Clanricarde, n’avaient pas cessé de prodiguer les soins les plus tendres à leur époux et ù leur père et s’écartaient li peine quelques instans du chevet de son lit, Canningrépondait avec un calme et une tranquillité parfaite aux paroles que lui adressait son épouse, peu d’instans encore avant qu’il rendit le dernier soupir. Elle observait avec la plus douloureuse anxiété que sa voix s’affaiblissait progressivement, lorsque les signes les moins équivoques d’une dissolution prochaine se manifestèrent tout à coup sur les traits de son visage. L’effroi qui s’empara d elle à cet affreux spectacle, la fit tomber évanouie, et elle fut entraînée par les domestiques loin de ce lit de douleur. Ce fut dans cet intervalle que Gauuing, auprès duquel étaient restés les médecins sir Williams Knighton, sir Matthew Tierney et M. Holland, rendit % sans convulsion le dernier soupir. Quelques heures après, lorsque madame Canning eut repris connaissance, elle demanda qu’on lui fit connaître la vérité, quelque affreuse qu’elle pût être; mais comme il avait été convenu d’avance avec les médecins de ne la lui annoncer qu après l’y avoir préparée, on employa divers prétextes pour l’éloigner de la chambre où son époux venait d’expirer. Le duc de Poraànd, qui arriva à Chiswick à 7 heures du matin, fut chargé d’informer, sa belle-sœur de la perte qu’elle venait de faire.
Le mercredi matin, le bulletin suivant annonça la nouvelle fatale.
‘ Chiswick, mercredi matin, 8 août 1827.
« M. Cadfling est mort ce matin, sans douleur, k quatre heures moins dix minutes. »
Sans signatures.
On a remarqué, comme une circonstance extraordinaire, que trcs-peu* de temps après la nioi't de Canning, sou corps parut singulièrement rapetisse, et que la décomposition des traits de son visage fut si rapide et si complète, que les personnes qui lavaient le mieux connu, n’auraient pu te reconnaître. C’est probablement à cette observation , fondée sur îles causes constatées dans plusieurs occasions par la physiologie , et a la répugnance qu’éprouva la famille de Canning à permettre l’autopsie du corps, quil faut attribuer l’opinion manifestée en Angleterre par un petit nombre de personnes, qui ont attribué au poison la lin desjours de ce grand bomme. Eu France, et dans une partie de l’Europe, cette opinion est encore généralement accréditée. Les peuples ont voulu voir, dans tous les temps , le concours d'évéuemens extraordinaires accompagner -la fin des hommes qui ont joué un grand rôle sur la terre, tome ii. i5
22G histoire du ministère
comme si la nature toute seule n’était pas assez forte pour détruire son ouvragé. Après beaucoup de recherches et d’informations, nous croyons pouvoir affirmer que les deux circonstances que l’on vient de rappeler ne doivent être d’aucun poids dans l’opinion qu'il faut se gainer à cet égard; mais l’accord de quelques haines puissantes et invétérées, eu Angleterre et en Europe : l’ambition sans mesure de quelques hauts iutrigans, dont la capacité politique n’est point en rapport avec leurs,prétentions : une horreur profonde pour les droits des peuples: et, enfin, lepouvantable coalition d’intérêts et de passions qui en est résultée et qui a donné naissance au système de calomnies et de persécution le plus léclie et le plus atrocement suivi contre un seul homme, sont les véritables causes auxquelles il paraît naturel de rapporter la grande, calamité dont la mort de Canning a frappé le genre humain. L’historien a quelque droit à la confiance, en s’exprimant ainsi; car, nous l’avouerons , la possibilité d’un crime si profitable, osons le dire, si nécessaire à ceux qui l'auraient commis, qui seuls en ont recueilli les fruits, et dont l’histoire offre de si nombreux exemples, s’est présentée d’abord à notre esprit ; mais bien qu’il y ait des imputations, qui, appliquées à certains personnages, ne soient pas repoussées par la vraisemblance, il est de notre justice et tie notre-devoir de dire que, dans la
DE G. CANNIKG. 227
déplorable circonstance dont il s'agit, et après avoir rassemblé, en Angle terre, sur le lieu même où s'est accompli ce fatal sacrifice, et de la bouche de personnes dont le témoignage a droit a notre confiance et a notre respect , tous les documens propres à fixer notre opinion, tien ne semblé justifier Faceusation de poison.
La perfidie, l’outrage 3 la calomnie, sont donc les seules armes; mais quelles armes , grand Dieu! dont cette faction impie, ennemie implacable des libertés publiques et des progrès de la raison humaine, a fait usage pour mettre fin aux jours du grand citoyen , qui fut it la fois homme de génie, homme d’état illustre, ministre populaire, et qui eut, aux yeux de cette faction, deux torts quelle ne pardonne jamais, ceux de croire fermement que la seule politique saine, ellleaee et durable, nest pas nécessairement en guerre avec Ja justice, l'humanité, la liberté, la tolérance , et que la haine et le mépris des peuples ne doivent pas être une recommandation et un moyen de faveur auprès des rois. Si cette explication peut mettre en repos la conscience des hommes que le monde accuse de la mort de Ganning, et que nous ne prétendons désigner ici que de manière à ce qu’ils sy reconnaissent eux-mêmes, quils soient satisfaits: nous leur allions cette réparation des soupçons formés contre eux, mais qu i!s n'en demandent pas dautre!
228 HISTOIRE Ot' MINISTÈRE
Lorsque la nouvelle de la mort de Canning fut connue à Londres, elle y causa une terreur profonde qui se peignait sur tous les visages. On comparait les dates des bulletins officiels avec celles des bulletins particuliers, car chacun avait le sieu ; il semblait qu’on cherchât à les mettre en opposition les uns avec les autres, dans ce qu’ils rapportaient de plus alarmant, afin de trouver dans leurs récits contradictoires une preuve de leur inexactitude ; et, lorsqu’il (allait se rendre à l’évidence des faits, une stupeur froide succédait aux discussions les plus animées sur les circonstances du fatal événement; enfin, on peut affirmer que jamais malheur national ne fut plus profondément senti, plus eîoquemmeiit cxpii— iné par tout un peuple; ce fut surtout dans la Cité, où, depuis le commencement de la maladie de Canning, toutes les affaires paraissaient suspendues pour ne s’ocuper que de la santé du premier ministre, que la nouvelle de sa mort lut reçue avec une plus vive douleur. Si l'on se rappelle la sensation qu’avait produite, un an auparavant, et presque jour pour jour, la mort de Castlereagh 1 , les éclatantes démonstrations de la joie publique à cette époque, et les imprécations unanimes exhalées sur la tombe de cet odieux ministre, on doit reconnaître que si la
1 On sait que Castlereagh est mort le 12 août
de: g. caxning.
patience des peuples est longue quelquefois, leur réveil et leur justice sont inévitables et terribles* ■Un grand hommage fut rendu a Canning mort, par les mêmes hommes qui, vivant, ravalent poursuivi avec fureur. Tous ? ou presque tous, ^étaient fait inscrire à sa porte, mais seulement lorsque le danger était devenu tel, que toute espérance de salut était perdue. La manifestation des regrets et des alarmes publiques contraignait la faction elle-même à dissimuler ses vœux et ses espérances, et à s’associer a la douleur commune. En un mot, on ne saurait donner une plus juste idée du deuil général et de feffroi avec lequel chacun jetait les yeux sur la venir, qu en rapportant les propres paroles d’un journal 1 , connu pour exprimer d’une manière plus spéciale les sentimens de la cité de Londres, et qui est en possession de la confiance des amis éclairés de la liberté* Voici ce qu’il renfermait, deux jours-avant la mort de Ganning :
« Le résultat funeste de la maladie de M. Cauning (plaise à Dieu qui! n'en soit pas ainsi !), plongerait, non-seulement f Angleterre, mais le genre humain tout entier, dans la consternation * Tous les peuples seraient épouvantés, en considérant les suites d’une nouvelle lutte entre les grands principes qu ü a appuyés et le parti pernicieux, qu il a renversé. Toute la terre changerait de face,.
% Le Times tiu 6 août 1827*
si les Lorys anglais revenaient au pouvoir. Des projets d'agrandissement et d’oppression seraient poursuivis dans l’ouest et dans l’est, sans crainte et sans remords. La Grèce serait éteinte; la Turquie et la Perse deviendraien t la proie de la Russie ; l’Espagne et le Portugal deviendraient une province de îa France , et l’Irlande serait le champ de bataille où lutteraient les apostoliques de la maison de Bourbon, et les partisans bigots de Londonderry et de PeeL »
Un rapprochement remarquable a été fait par un journal anglais, relativement à la mort de Canning et à celle de Fox, qui avait eu lieu vingtun ans auparavant.
Tous deux venaient de former une administration dont ils étaient les chefs;
Tous deux avaient parlé pour la dernière fois en juin, dans la Chambre des communes.
Tous deux sont morts au château deChiswiek, dans la même chambre et dans le même mois.
Enüo, tous deux étaient âgés de cinquantesept ans.
Le 16 août fut le jour désigné pour les obsèques de Canning. Son corps avait été transporté de Chiswiek à Londres deux jours après sa mort, et déposé dans sa résidence de Downing-street, d où il devait être conduit h l’abbaye de Westminster, dans laquelle le roi avait ordonné qu’il serait inhumé. On avait décidé que la cérémonie funèbre aurait lieu sans aucune de ces pompes extérieures,
Dtë G, CA N N ING*
qui sont d usage aux lu né rail les des personnes élevées eu dignité. Ou avait jugé sans doute que la douleur publique qui devait accompagner le grand homme dans l'asile où il allait enfin jouir de la paix que les hommes lui avaient refusée, et cette Foule immense qui s empresserait sans ordre et sans convocation autour de ses dépouilles mortelles, seraient le cortège (e plus digne de lui. Quelques heures avant Ftustant indiqué pour le départ du convoi , un nombre immense de personnes, presque toutes vêtues de deuil, se réunirent dans les rues voisines de Downiugstreet, quoique aucunes dispositions n annonçassent encore que le convoi aurait lieu ce jour-Un Vers dix heures, plusieurs voitures drapées de noir se rendirent chez les personnes distinguées qui devaient former le cortège , pour les amener à la résidence du premier ministre; mais le pu* btie, ignorant sans doute que la famille de Gauning, en apportant la plus grande simplicité & ses funérailles, n avait luit que se conformer au désir exprimé par hai-méme ii cet égard, témob gua beaucoup de surprise et de mécontentement de ce que rien n'avait été disposé pou* rendre à 1 illustre défunt les marques de respect et d'honneur qui lui étaient dues à tous les titres , et que réclamait surtout te sentiment de la reconnaissance nationale. Au reste, les regrets et tes larmes du peuple étaient,dans cette douloureuse cérémonie, une compensation plus que suffisante
de ce qui manquait a l'étiquette, On ne s'entretenait partout que du noble caractère , des ëmiliens services et des qualités publiques et privées du grand homme quon venait de perdre* Un orateur populaire s'était élevé au milieu de chacun des groupes nombreux qui s étaient formés de tous côtés, et y prononçait un de ces panégyriques, inspirés par ie cœur, répétés par la reconnaissance , et quon entend si rarement aux pompes funèbres ministérielles*
À midi, commença la marche du cortège, au milieu d’une foule immense qui accourait de tous les points* On pouvait reconnaître a son attitude et son langage, qu elle était beaucoup moins amenée par une vaine et stérile curiosité, que pressée par le besoin de rendre un dernier devoir U l'ami de son pays, au bienfaiteur du genre humain* À ces expressions de douleur, de regrets et d’amour, pour celui dont on suivait la froide dépouille, se mêlaient de terribles jugemens et de continuelles malédictions contre les ennemis du peuple et les siens, dont les noms étaient hautement proclamés, et dont cette multitude semblait redouter surtout le retour au pouvoir , en même temps que, pour se rassurer contre cette crainte, elle répétait les dernières recommandations faites par Cauning mourant a Georges IV, « De ne pas permettre qu il fut rien change ada politique intérieure et extérieure de l’Angleterre; » et les assurances positives données
et renouvelées lï plusieurs reprises par ee prince à son ministre ? en parlant à la personne de confiance qu il lui avait envoyée plusieurs fois « qu’il ne serait porté aucune atteinte au système qui régissait maintenant l'Angleterre, et que tout ce qui avait été créé par Cacning serait fermement maintenu. » Il est vrai que le prévoyant monarque u avait pas déterminé la durée de ce maintien, mais les bons citoyens étaient trop accablés en ce moment, pour ne pas s attacher, sans trop d'examen, à tout ce qui pouvait apporter quelque consolation à la douleur publique et jeter quelques* lueurs d’espérance sur un avenir qui apparaissait maintenant chargé des plus sombres nuages.
Vers une heure arriva le char mortuaire, traîné par six magnifiques chevaux noirs, et peu d'instans après, le cercueil y fut placé par huit hommes attachés au service des pompes funèbres. Downing-street était éclairé par un nombre considérable de torches, et des barrières avaient été placées à rentrée de la rue, afin de prévenir les accidens, Toutes les dispositions faites, le cortège se mit lentement en route pour 1 abbaye de Westminster»
Immédiatement après le char mortuaire, venait la voiture du duc de Clarence, héritier présomptif du trône, qui portait rattachement le plus tendre à Canning, dont il partageait tous les principes politiques et sous le ministère du-
quel il avait accepté les fonctions de lord grandamiral: Ce prince occupait tsa voiture avec son royal frère le duc de Sussex, toujours si lîdèle a la cause de la liberté. Apres la voiture du duc île Garance suivaient neuf voilures de deuil, où se trouvaient le jeune Charles Canuiug, arrivé d’Eton, peu de jours avant la mort de son père pour assister à ses derniers momens; le marquis de Clanri carde, gendre de Canning ; le duc dePorthmd; le duc de Devonshire; le lord chancelier, et plusieurs personnages considérables dans 1.Etat, parmi lesquels on ne remarquait ni le duc de Wellington, ni les comtes d’Eltlon et de Westmoreland , ni M, Feel lui-même, qu’on avait entendu protester si souvent dans la Chambre des communes , de son tendre attachement, de sa sincère afiéction, de sa profonde estime pour celui qu'il appelait alors son honorable ami, et avec lequel, sauf la question catholique, il s'estimait heureux, disait-il, d’être en parfait accord de principes sur tous les points, relativement a la politique, soit intérieure, soit extérieure du pays.
Après les voitures de deuil venaient vingt voitures particulières, dont chacune était attelée de six chevaux.
Le cortège funèbre étant arrivé à la grande porte de fabbaye k une heure vingt minutes, se dirigea immédiatement dans la salle dite de Jérusalem , où devait être déposé le corps, et où se
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trouvait déjà un grand nombre de personnes de toutes conditions, réunies par un sentiment commun de douleur et de respect pour l’illustre défunt. Les ducs de Clarence et de Sussex, comme conduisant le deuil, marchaient immédiatement après le corps, donuant la main au jeune Charles Canning, placé entre les deux princes. Suivaient ensuite les autres personnes dont se composait le deuil, le marquis de Clanricarde, le lord chancelier, lord Goderich, le duc de Devonshire, le marquis d’Ànglesea , le vicomte Dudley and Ward, sir J, Macintosh, lord Garvagh , M. Tierney, le marquis de Conyngham, etc., etc.
Le doyen de Westminster ayant récité les prières d’usage, le corps fut descendu dans le caveau, à l’entrée duquel se tenaient les ducs de Clarence, de Sussex, de Portland et île Devonshire, les proches parens de Canning, et les ambassadeurs et ministres étrangers.
L’odice terminé, chacun se rendit sur le bord du caveau pour jeter un dernier regard sur le cercueil du grand homme dont naguère le génie, la puissance et la renommée retentissaient jusqu’aux extrémités du monde, et dont les restes mortels n’étaient plus qu’un peu de poussière. Cette simple inscription était gravée sur le cercueil :
« Ici est déposé le corps de George Canning, l'un Jes membres du conseil privé de Sa Majesté,
premier lord commissaire du trésor, chancelier et sous-trésorier de l’échiquier de la Grande-Bretagne et d’Irlande, etc*, etc., né le 11 avril 1770, mort le 8 août 1827. »
La pierre tumulaire qui ferme le caveau où sont déposées les cendres de Canning, est de la plus grande simplicité et porte son nomseulementet le titre de sa charge, qui semblent y avoir été gravés depuis un siècle. La couleur de cette pierre est sombre comme les murs de la bbaye, et Ton voit quelle na été un moment détachée de la place qu elle occupait dans les siècles passés parmi les antiques dalles de Védifice, que pour recevoir le nom du grand homme dont elle doit transmettre la mémoi re aux siècles à venir. On distingue à peine cette pierre de celles qui recouvrent les tombes de Pitt, de Fox, de Perceval, de Gastlereagb, dont celle de Canning est entourée. Les dates des époques ou ces ministres ont tour à tour passé sur la terre, ont presque disparu elles-mêmes, et ce nomdeCastlereagh, si indigne de figurer à côté de celui de Canning, réveille à peine quelque attention par Sa différence des souvenirs qu’ont laissés ces deux ministres, dont, pour nous servir des expressions énergiques du Times , « La mémoire a été si diversement traitée par le peuple, que tandis que la douleur profonde et vraie de la nation avait accompagné Canning dans son dernier asile.
DE G, CÀNNITSG.
les restes de Castlereagh chargés d exécration et souillés d'ordures, u avaient pas meme trouvé, dans le tombeau , de refuge contre la haine publique. >*
Un seul motif nous avait amené dans cette vaste solitude de Westminster, où commencé le néant de tant de grandeurs, de renommées et de gloire : c était le désir de rendre un dernier hommage b Ganning, et de répandre, comme membre de la société humaine, quelques larmes sur la cendre de Fun des hommes qui, après avoir le plus éminemment contribué b son perfectionnement, b sa liberté, à son bonheur, avaient été le plus lâchement calomniés et persécutés pour tout le bien qu elle en avait reçu ! Espérons, pour l'honneur de l'Angleterre, que, malgré le triomphe momentané de la faction qui fit descendre Canniug au tombeau, le monument que la reconnaissance nationale élève à sa mémoire, acquittera bientôt la dette de sa patrie. Hors de l'Angleterre, tous les cœurs généreux se sont chargés, sur tous les points du monde civilisé^ d’acquitter la dette de la liberté et de la tolérance.
Qui ne pardonnera a ^historien d'être entré dans de longs détails sur toutes les circonstances de (a maladie et de la mortdeFhomme illustre dont l'Angleterre et le monde sont en deuil. Tout ce qui reporte 1 attention publique sur ceux qui ont
bien mérité de leur patrie et du genre humain : tout ce qui contribue a les faire mieux connaître, et à justifier l'opinion qui s est formée sur eux, n appartient pas moins à Vhistoire que les grands exemples et les hautes leçons qui résultent des actes de leur vie,
Gfluning n a point laissé de fortune ; semblable à William Pitt, son protecteur, son ami et son modèle, le premier commissaire de la trésorerie est mort pauvre; sa veuve a reçu de la munificence royale, une pension de quatre mille livres sterling, que l'honneur de sou nom ne lui eût pas permis d'accepter d'un ministère dont le le duc de Wellington est le chef,
Nous n’avons parlé encore que de l’elîèt produit en Angleterre par la mort de Canning; comme historien, étranger au pays qui le vit naître et dont il lut le ministre, il nous reste un autre devoir à remplir, c’est défaire connaître l’impression , non moins prolonde sans doute , que celte perle immense a excitée sur les continens d’Europe et d’Amérique, parmi les hommes éclairés qui apprécient le caractère, les intentions et les talens d’un homme detat, non de cette manière absolue qui entraîne à tant de faux jugemens, ou d’après les intérêts particuliers du pays auquel ils appartiennent, mais par comparaison avec les obstacles que cet homme a eu à surmonter, et avec la puissance des ennemis qui les lui suscitaient. Il est impossible,
DE G* CANN1NG.
sous ce point de vue, d’avoir de plus grands droits que Canning au respect et k la reconnaissance de la société toute entière , qu’il a constamment défendue , pendant son ministère de cinq armées, contre les entreprises de la faction sous le joué de laquelle les peuples de l’Europe et de fÀmétrique espagnole ont gémi si long-temps , et qui, en Angleterre, vient fie ressaisir une partie du pouvoir au moment où elle semble forcée de t’abandonner en France.
C'est une grande douleur de penser que Cannîng na pas assez vécu , pour juger par lui-même delà force d'émotions, de sentirons et de sympathie par laquelle cette société, dont chacun des actes de l'administration de ce grand ministre avançait l'affranchissement, a répondu aux bienfaits quelle en a reçus et qui étaient si peu de chose, si on réfléchît k tout ce quelle devait encore en attendre. Qu on n objecte pas, comme on Va déjà fait avec une insigne mauvaise foi ou une impardonnable ignorance, que Canning n’était qu un ministre anglais ; tous les faits sont là pour démentir cette assertion. Sa politique était anglaise sans doute \ elle fêtait avant tout; mais qui ne sera convaincu, avec un peu de réflexion et en considérant attentivement la situation de fAngleterre, fêtât présent de l'Europe et des Amériques, que, dirigée par un génie supérieur, la politique de la Grande-Bretagne devait devenir, en quelque sorte, cosmopolite,
c’est-à-dire, intéressée à ce que tous les peuples avec lesquels elle entretient des communications commerciales, se regardassent comme protégés, non opprimés par son alliance; or, comment cette confiance pourrait-elle exister, si cespeuples ne voient dans les hommes qui la gouvernentquc des compl ices avoués ou secrets de leurs oppresseurs. La Grande-Bretagne n’est pas, et ne peut pas être un peuple isolé ; toute sa force est dans les relations extérieures de son commerce qui, seules, peuvent la soutenir an degré de puissance et de prospérité où elle est maintenant parvenue, mais dont une altération prolongée de son crédit, au dehors, finirait par la précipiter. La crise financière qu’elle a dernièrement éprouvée, eu est la preuve. Si les principes de son administration cessent d’être en rapport avec les intérêts généraux des peuples civilisés : si ces principes détruisent, au lieu de l’encourager, la confiance que Caiimng avait etahlie chez toutes les nations, et qui avait rallié autour de lui tous ces intérêts : si, enfin, le despotisme d’une oligarchie inerte et persécutrice, unisur le continent au système intolérant et oppressif des grands cabinets, ne prête plus d’appui qu’à ses complices et renverse le drapeau de la liberté civile et religieuse, présenté par Canning aux natious, comme point de ralliement : il est évident que le grand édifice de la puissance et de la prospérité britannique s’ébranlera et finira par s écrouler, à la
DE G- CARNIJÏG* %{ ]
suite des plus violentes convulsions. 1] y a, dans les peuples du dix-neuvième siècle, un sentiment de leurs besoins et de leurs forces qui ne peut être ni méconnu ni dédaigné , sans que les gouvcrneniens s exposent aux plus grands dangers j de ce sentiment, résulte , dans ces peuples, un instinct naturel, un merveilleux discernement, pour apprécier le bien ou le mal qu ils doivent attendre des boni mes placés à la tête de leurs affaires. Pénétrées de cette conviction, que le monde entier doit ressentir dans leurs conséquences et d une manière plus ou moins immédiate, les effets des principes qui servent de base à la politique britannique et aux actes de son gouvernement , les nations reconnaissent toutes que cette politique doit devenir tôt ou tard la règle des états et les élever ou les abaisser dans l’échelle de la liberté publique et de leur prospérité. De cette conviction découle naturellement l'importance immense quelles doivent sous le rapport de leur intérêt particulier, attacher aux révolutions du cabinet britannique. Avec quel enthousiasme ces nations, éclairées de plus en plus par cette masse d écrits sur la politique proprement dite, 1 administration et le commerce, et dont il n’est plus au pouvoir des gouvernemens d arrêter la circulation , ne devaient-elles donc pas accueillir cette diplomatie si nouvelle et si consolante, uniquement ducaux méditations profondes et à l'expérience dcCanuing, et introduite