‹ Histoire du ministère de G. CanningChapitre 23 sur 36 · TOME U · texte numérisé non relu

TOME U

f ultra torysme britannique efërcent en ce moment sur le cabinet de Londres, est semblable en tout à celle que lapostoHcisme et l'absolutisme français font subir au cabinet de Paris, avec cette seule différence, toute à l'avantage du premier, qu’accoutumée par une éducation d’un siècle et demi aux formes du gouvernement représentatif qui a jeté des profondes racines dans le sot, l’Angleterre ne voit dans un mauvais ftiinistère qu’un accident passager qui ne porte qu une atteinte passagère àses institutions ; tandis qu’en France, où commence ïéducation constitutionnelle , ce même accident peut avoir de longues et funestes conséquences' ranimer les factions découragées, ressusciter les prétentions éteintes, et compromettre le sort de l’État tout entier; car il importe, surtout en politique, de ne jamais remettre en question ce qui est jugé depuis long-temps. Aussi l’un des hommes d etat les plus habiles de la France impériale , s’adressant à Napoléon, qui lui recommandait des mesures de sévérité contre ceux qu'il regardait comme en opposition active avec son gouvernement : « Croyez-moi, sire, disait-il, évitez toutes les rigueurs qui ne sont pas absolument indispensables; rien ne vous serait plus funeste que d’accréditer, par des éclats indiscrets, l’opinion que les ennemis de votre autorité sont puissans et nombreux; plus les procédures et les punitions se multiplieront, plus votre puissance

Tl E G, C A K N I iï G •

morale s’affaiblira dans F opinion, et par conséquent sur vos peuples, car c’est toujours de la dernière conspiration découverte que la multitude date i'existence d:un gouvernement. »

Eu dernier résultat j FÀngleterre et la France trouveront-elles , dans tes ministères maintenant existant dans les deux pays, et qui succèdent, le premier à celui dont lord Goderieh était le chef, le second k celui qui avait le comte de Villèle pour président , les garanties nécessaires à leur sécurité intérieure et au maintien de la paix européenne? Non sans doute, en examinant leur composition, et en réfléchissant que l'appui moral des deux nations leur manque également* Bans les conjonctures actuelles, 1 Administration qui se présente avec moins de désavantage est celle de la France: car, eu remplaçant des hommes justement flétris et abhorrés, elle s'engage, avec des protestations de sincérité dont il serait pénible de douter, quoiqtieu ne croyant point k ses moyens de les réaliser, h rentrer dans les voies de Fhonneur et de la légalité; au moment meme où F Administration britannique , répudiant les grands principes de droit public universel proclamés par Ganning et auxquels s'étaient ralliés les deux mondes 1 ,

1 Assez de faits répondent avec trop à avantage fuis: flatteuses espérances de M. ïïuskisson , pom lotion n'y lise pas, dès ce moment f le changement

"27B HISTOÏTÏE DÛ N I MSTÈKE

s’engage de nouveau dans le système de fafosolutisme continental, et s'apprête, si on lui laisse le temps de s'affermir dans cette nouvelle carrière, si fatale aux intérêts et a l'honneur de la Grande-Bretagne, à renouer la chaîne des temps malheureux pendant lesquels un joug despotique opprima ^Angleterre. Interrompue dans les derniers siècles, cette chaîne fut rétablie depuis par Castlereagh et brisée plus tard par Canuing; mais il était réservé aux Wellington, aux 13athursi, aux Ellenborougli d'en réunir les anneaux. Si ce plan ri était pas arrêté, s'il ne iétait pas irrévocablement, M. Husldsson eût-il donc été le seul à élever la voix pour en justifier le ministère? Eût-il été le seul à se rendre garant que les principes de Canuing survivraient a ce grand homme? N auraiï-il pas été appuyé par ses nouveaux collègues dans ta déclaration solennelle et honorable qu’il vient de faire a Liverpool? Eûtil, seul au milieu d'eux, pris la parole eu faveur de cette grande administration Caîtoing a dont la ruine a déjà porté la douleur dans toutes les âmes généreuses et mis F humanité en deuil?

Si les ministres pour lesquels M, Huskisson

prochain de la politique britannique, et l'avenir, non moins fu peste pour le genre humain que pour t T Angleterre elle-même, dont sera suivi l'abandon de cette noble et sage politique, qui, pendant Six ans et demi, a placé le cabinet anglais à la tête de la civilisation européenne.

DE G. CA X Kl N G.

offre sa garantie, étaient eu effet pénétrés des mêmes principes que riioÉtôrable secrétaire d eutt ? ne sc seraient-ils pas empressés, 11 auraientils pas tenu k Klioimeur de réclamer une solidjrilé commune avec lui? Mais non; les ennemis de Ganning se trouvant compromis eu tjnelquc sorte envers leur parti par les espérances que Fhonorable M, 11 uskissou avait cru devoir donner en leur nom, n'ont jugé k propos de répondre que par un dédaigneux silence aux engageai eus pris par leur collègue ; et celui que l'opinion générale accuse dentre tenir a ne haine plus profonde pour la mémoire et pour le système politique et commercial de l'ancien premier ministre : celui que son rang met le plus en évidence dans fadmiuistration, s’est fait remarquer, dans cette circonstance où il importait de calmer des a larmes trop légitimes, par une plus parfaite iudiilèmieesî ce n'est par un plus profond mépris pour J estime et l’allée tion doses concitoyens. Lin homme habile tel que M. Ilirskisson , ne peut se laisser tromper ]iar des a p pareuces conLrediles par des laits ^ et qui en imposeraient h peine à l'esprit le plus borné; un homme d’honneur tel que lui, veut encore moins tromper les autres quand il a pu être trompé lui-même; quel rôle inexplicable joue-l-il donc dans tout ceci? C'est au temps seulk nous Fapprendre, et ce temps ne peut être éloigné. Quant au duc de Wellington, scs'doctrines com me chef du gouvernement un dilièrent en rien, i!

278 iiiSTOinE di ministère:

nous l’apprend lui-même, de celtes qu il professait comme général de la Sainte-Alliance. Sa haine des institutions libérales , des droits des peuples et surtout de la liberté de la presse, na rien perdu de son activité. Son esprit n’est ni plus juste, ni mieux éclairé par les vrais intérêts de son pays ; son âme n’est ni plus grande ni p!us généreuse que lorsque, dirigeant en chef les proscriptions européennes avec Castiereagh et le prince de Metternieh, pendant les jours funestes de 1815, il dévouait à la mort Tua des plus illustres guerriers des temps modernes, qu’un mot de sa bouche, qu’il était de son devoir de prononcer, puisque ce mot était la vérité 1 , pouvait soustraire au supplice.

Si, pour achever ce tableau que l’on peut re-

1 H s'agissait de savoir si le prince de laMbscowa (Ney) était ou non compris dans J a capitulation de Paris 3 du 5 juillet 1815. Le fait et ait positif; te duc de Wellington consulté i refusa de T attester, et livra ainsi aux bourreaux celui que la justice et l'honneur lui commandaient de protéger. Mais le héros français avait été son rival de gloire ; il avait sauvé une partie de l’armée française lors de la désastreuse retraite de Moscou ; et comme la confraternité d’armes qui unit les grandes âmes n’excite que de basses jalousies dans les âmes vulgaires, les titres, mêmes qui auraient dû assurer au malheureux maréchal l’appui du due de Wellington, comme ils lui avaient mérité l'admiration des hommes de guerre de tous les pays et 3 éternel le reconnaissance de la France, devinrent l'arrêt de sa mort.

DE G. GA'Nttl-NG.

garder comme le complément de Thistoire du ministère de G* Gamiiüg, ou rappelait ici quel était 7 en dernier lieu, l èüit languissant île la santé du monarque britannique, ré* duît à l’incapacité la, plus absolue de s'occuper des affaires; si Ton rappelait quelles intrigues criminelles étaient journellement mises en œuvre auprès de ce prince, pour lui arracher, eu janvier 1828, ce qu’il s était constamment refusé k accorder en avril 1827, lorsqu'il jouissait du libre exercice de ses facultés; si enfin Tou rappelait, avec les honteux détails qui ont été connus de toute l'Europe, des circonstances qui portent jusqu a l'évidence la conviction de ce fait : que le ministère actuel de la Grande-Bretagne est également contraire à la volonté du monarque, hautement manifestée en avril 1827, et au vœu du pays qui ne s'est jamais démenti sur ce point, nous ne ferions, sans doute, que remplir dans toute leur étendue les devoirs imposés a quiconque entreprend d'écrire' ridètoire* Toutefois, arrêtons ici les réflexions qui se présentent eu foule à notre pensée, et qui peut-être dépasseraient le but qu'il suffit d atteindre; mais nhésitous pas à reconnaître que la liberté du monde est, dans cette conjoncture , inséparablement liée à la liberté et à 1 honneur de l’Angleterre , et que * e est avec un sentiment profond de douleur, dhumiliation et d effroi, que la grande famille du genre htt-

main voit les destinées d'un peuple, auquel r après une si longue oppression ? elle venait enfin de rattacher les siennes, tombées, bien que pour un court espace de temps, espérons-le du moins, des mains loyales et puissantes de G, Ganning, dans les mains du continuateur de Gastlereagh et du complice de Metternich ï 1

1 L'histoire t dans les jugcrueus qu’elle porte sur les hommes publics, n'a point d'égard aux assertions dont ils sc servent pour expliquer et justifier leur conduite personnelle, surtout lorsqu'elles sont contraires à des faits positifs, universellement connus d’une génération entière ; en se rappelant la nature des derniers rapports qni ont existé entre Je duc de Wellington et Canning, notre opinion ne sera nullement changée par ce qui s'est passé dans la séance de la Chambre des pairs du 26 février 1828 j il faut attacher fort peu d'importance aux déclarations faites par le noble duc dans cette séance « qu'il n avait jamais eu d’éloignement pour la personne et le gouvernement de Canning*» bien qui! affirmât tout a la fois et dans le meme discours « qu ? ü lui eut été impossible j non-seulement de siéger dans le meme cabinet que ce grand homme d'état, mais encore de conserver sous son administration le commandement en chef de farinée. Ces débats, qui touchent de si près à l’honneur du caractère de Wellington , ont du lui causer un grand déplaisir; aussi nous laissons au noble duc le soin d'expliquer ses propres contradictions, et à l’opinion publique le soin de les juger.

Page 1