‹ Histoire du ministère de G. CanningChapitre 25 sur 36 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

Prononcé far G, CannlnGj au dîner qui lui a été donné £N 1820, FAR LES ÉLECTEURS DE LlVERROOL, FOUR Cɬ LÉBRER SA TROISIEME RÉÉLECTION COMME DÉPUTÉ DE CETTE

tille au parlement *■

« Messieurs f

» Quelque rapprochés que nous soyons de l'époque où je me trouvais au milieu île vous dans cette ville (1812) et dans une occasion semblable* les é\é- Jiemens qui ont rempli cet intervalle n'ont pas été sans

1 Parmi les discours et les documcns diplomatiques qui se rapportent au* évdnetnen» et au* époques de cette histoire , et qui, a raison de l'extrême étendue de quelques-uns , n’ont pu trouver place dans le corps même de cet ouvrage , le discours adressé en 1820 * par Canning, aux électeurs de Liverpool , nous a paru sous le rapport politique digne surtout d’attention dans les conjonctures présentes où se trouve la France- En effet, les réformes et les cons ta ns eÜoits de cette homme d’état, ennemi prononcé de toutes les exagérations , tendaient à introduire dans sou pays, par une suite dosages conseils et par des amélioration» progressives, nn système électoral plus digne d’un grand peuple l’intention de faire disparaître tous les excès, sans restreindre uucuTLdes droits légitimes de ïa liberté* se manifeste si clairement à chaque page de son discours ï la sécrète pensée d amener les eho*

une grande importance. La maladie morale, que nous signalions alors comme faisant des progrès dans le corps social t est parvenue depuis a son dernier degré d'extravagance , et, depuis cette époque aussi f on y a appliqué des remèdes qui l'ont t sinon entièrement détruite, du moins calmée temporairement.

Relativement à ces remèdes T c'est-à-dire aux travaux de la dernière session fort courte du parlement, qui a précédé sa dissolution, je sens que mon devoir , comme votre représentant ? est de vous rendre compte de la part que j*ai prise aux opérations de cette assemblée, où vous m’envoyâtes ; je sens que c'eit aussi mon devoir comme membre du gouvernement qui a conseillé ces mesures. Dans des circonstances aussi critiques et aussi impérieuses que celles dont nous venons de faire l'expérience, j ai regardé comme Je l’essence même de notre constitution libre et populaire d’établir une communication sans réserve Je sentimens entre Je mandataire et les commet tans; et si par hasard il arrive que celui qui vous parle comme votre représentant se trouve aussi du ns la position d un conseiller responsable de la cou¬

ses au point de circonscrire le droit d’élection dansles limites de la propriété Réchappe de tant de réflexions, et semble établir ainsi une telle sorte d analogie entr^ cette pensée de Carming et le système électoral de la France , tel que l’a fait La Charte , ruais non tel qu'il a été altéré, corrompu, mutilé depuis par un ministère d'execrable mémoire, que nous avons cru devoir donner ce discours dans toute son étendue. En effet t on y retrouve les dispositions de la Charte française les plus sages , les plus populaires, les plus en harmonie avec le principe du gouvernement représentatif ; principe que la plus coupable ignorance et la plus insigne mauvaise foi ont pu seules meure en opposition avec le principe de la monarchie constitutionnelle , qui est nümseulement en parlait accord avec tous les intérêts du gouvernement monarchique, mais encore inhérent » sa forme dans lé La t actuel

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tonne, je reconnais, dans cette coïncidence plus rare, un avantage non moins frappant et non moins précieux de cette constitution tant deprisee, sous laquelle nous avons ic bonheur de vivre, par laquelle un ministre de la couronne est mis en contact avec le vaste corps de \a communauté, et qui montre que le service du roi est une partie du service du peuple.

n Messieurs, un avantagé des travaux de la dernière session du parlement a été que, tandis que ces travaux étaient destinés à arrêter les maux qui étaient nés des attaques multipliées contre Ja chambre des communes, ils ont aussi, en grande partie, prouve la fausseté des accusations dles-mêmcs.

« J en appelle au souvenir de tous ceux qui m'écoutent » de tous les gens qui jugent avec le moins d'attention les sentimens nationaux, ou du spectateur le plus mditfc-

des mœurs, des lumières et des relations politiques et commerciales de l'Europe. Lu monarchie, sous le système représentatif 7 est devenu A leî point le besoin général des peuples civilisés, que ces formes de gouvernement seraient impossibles parmi eea peuples, sans l'appui que J'une. piété it l'autre et celui quelle en reçoit.

C'est eu s'expliquant franchement sur cette doctrine , professée par tous les hommes éclairés qui ne voient de salut pour l'ordre social que dans l’alliance intime du tidne et de la liberté, que Cunuirig s'était fait comprendre des nations européennes, et s'était concilié leur respect et leur eonliuuce. Quelque courte qu'ait été .sa carrière, aucune u'a été mie us remplie, car il a vécu assez pour que sa pensée ait jeté des racines profondes que tenteraient vainement d'extirper la triple conjuration du fanatisme , du despotisme et de l'ignorance : chaque jour et chaque événement fortifient cette conviction et amènent cette conséquence ; il ne s'agit que de surveiller et d’attendre. Les progrès sont rapides, el 7 s’ils nous paraissent lents , c T est que la y le hu maine est courte ; que sa durée n est point eu proportion avec le développement des grandes révolutions morales et physiques , et tome n. 19

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rent des éVénemens public», et je demande si aucun pays, à deux époques môme les plus éloignées de son histoire, présenta jamais un contraste avec lui-même tel que ce pays-ci en novembre -1819, et ce môme pays en janvier 1820? Quelle était la situation du pays en novembre 1819? Peut-on m’accuser d’exagération quand je dis qu’il n’y avait pas un propriétaire qui ne tremblât pour ses possessions ? qu’il n’y avait pas un homme de mœurs paisibles et retirées qui ne tremblât pour la tranquillité et la sûreté de sa demeure ? qu’il n’y avait pas un homme ayant des principes d'ordre et de religion qui ne redoutât que ces principes ne fussent sur le point d’être renversés et perdus pour les générations suivantes ? Y avait-il un seul homme qui ne craignit pas que le trône fût en danger? Y avait-il un seul homme

que nous somme* pressés de jouir d’un bien que nous sentons ne ponvoirpl us nous échapper. Sans partager sur tous les points, et d'une manière absolue , les idées de Cumiirig, exprimées dans ce discours, on ne peut s’empêcher de reconnaître que la plus profonde sagesse de vues politique», la plus parfaite connaissance du cœur humain , le plus ardent amour de la libel le legale s’y font remarquer. Partout on y retrouve la pensee qui deux ans pins lard, servit de base constante à la politique intérieure de cet homme d’état, et répandit sur la diplomatie britannique un caractère de franchise et de bienveillance universelle auquel elle n’avait point accoutumé ! Kurope . et une eloire dont elle n’avait hrillv que rarement sous un petit nombre de ministères, mais dont l’éclat devait être bientôt obscure. 0„ ne peut trop admirer le soi» et la précision avec lesquels Manning sépare dan* ce discours les droits sacres et imprescriptibles de I» liberté légale . de cette licence elhcriée qm a toujours été funeste , et contre les dangers de laquelle les vraisam.s de la liberté britannique pourraient venir aujonrd hui cher* des leçons et des exemples dans les collèges électoraux de la l’tance, dont la sagesse commence a réaliser pour ce pays les vieux que Canning formait pour l'Angleterre.

qui, attaché ans autres parties de la constitution , ne vît avec anxiété et avec douleur la rapidité et la force, irrésistible en apparence, avec laquelle se répandaient des doctrines ennemies de l'existence même du parlement tel qu'il est maintenant constitué, et faites pour exciter, non-seulement la haine et le mépris, mais remploi de I audace et de la force ouverte, spécialement contre la chambre des communes? Quelle est, sous ces rapports, la situation actuelle du pays? Est-il mi propriétaire qui ne reconnaisse que le titre par lequel il jouit de^es possessions a été affermi? Est-il un homme dé paix, qui ne reconnaisse que la tranquillité domestique a été assurée? Est-il un homme pénétré de principes moraux et religieux qui ne porte ses regards sur l'avenir, avec plus d'espérance de voir ses enfans élevés dans ces mêmes principes, qui ne salue avec une nouvel le confiance la renaissance et le rétablissement de ce sentiment moral et religieux qu’on axait tenté d'effacer dans le cœur des hommes?

* Eh bien, Messieurs, qu'est-il arrivé entre ces deux époques ? Une réunion de ce parlement avili ; mie réu~ de cette chambre des communes, l’objet de tant de railleries et de dérisions ; le concours des trois pouvoirs à une constitution imparfaite, dont aucun t nous devons en croire les réformateurs radicaux, ne vivait dans les cœurs, ne régnait sur les sentiment, ni ne commandait les respects de la nation ; mais qui , méprisés comme ils l’étaient pendant leur état de séparation et d’inaction, ont, par une coopération seulement de quatre semaines, rétabli l’ordre, la confiance, le respect des lois et un juste sentiment de leur autorité légitime.

» lï est survenu un autre événement d’une nature bien triste sans doute en soi, mais qui a puissamment con tribué à augmenter et à confirmer les impressions que la réunion et les actes du parlement étaient faits pour produire, je veux parler de la perte que la nation a

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éprouvée par la mort d'un souverain, avec la personne duquel tout ce qui est vénérable dans la monarchie s est identifié aux yeux des généra dons successives de ses sujets, d’un souverain dont la bonté, les mœurs, les chagrins et les souffrances doivent attendrir les cœurs des plus cruels .ennemis de la puissance royale;, dont les vertus actives, et le souvenir de ces vertus 3 quand il eut plu à la divine Providence qu'elles cessassent d'étre actives, ont été les guides et les gardiens de son peuple pendant une carrière longue, pénible et orageuse, et n’ont pas moins été des guides et des gardiens dans les ténèbres qui ont couvert le soir de sa vie, que dansl éclat de son midi meme.

>i Qu'une telle perte, les souvenirs et les réflexions qui en naisse ut naturellement, aient dû tendre a ranimer et à renouveler rattachement k la monarchie, et a frire jeter à cet attachement de plus profondes racines dans les cœurs anglais, c'est ce qui jcourrait facilement se démontrer par le raisonnement ; mais un sentiment plus vrai que le raisonnement devance la conclusion et rend l'argument inutile ; toute cette grande calamité a apporté avec elle sa propre compensation, et a contribué, avec les mesures adoptées par le parlement, au rétablissement de la paix dans tout Je pays*

ii Ete Messieurs, quel a été le caractère de ces mesures? Yoicîceque je regarde comme la meilleure recommandation : on peut dire de ces mesures ce qui a été dit de quelques productions achevées de la littérature, que, bien qu’au eu u homme ne les eût exactement imaginées d’avance, il n’en était aucun, quand elles étaient exposées devant

lui, qui ne sentit qu'elles étaient telles qu il eût voulu les avoir suggérées lui-meme. Elles sontsi parfaitement adaptées au cas pour lequel elles ont été grises, si exactement appropriées au degré et Ma nature du mai qu’elles étaient destinées à arrêter, que, tandis que nous sentons tous

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qu'elles ont produit leurs effets, je crois que personne ne dira qu’il y ait en ces mesures rien d excessif ou de superflu.

« Les réformateurs nous assuraient hautement que l'épreuve à Laquelle seraient soumis, dans tous les pays . ceux qui ambitionnaient de siéger au nouveau parlement, devait être d'avoir réclamé f etablissement de ces mesu * > ou de leur avoir donné leur consentement. Je me suis enquis ici, avec toute la diligence compatible avec mes devoirs, de quelle manière on a procédé aux autres élections, et je proteste que je ne connais encore aucun autre lieu que les H listings de Westminster et de Soui.liwand oii cette épreuve dont on nous menaçait, ait été appliquée à aucun candidat,Quant à moi, on ne fa pas employée comme une épreuve à mon égard ; mais on me l'a objectée comme Une accusation dont le'résultat a été une majorité en ma faveur de i, 3 oi) votes sur 2,000 électeurs dont le Poil était composé.

» Cependant, Messieurs* quoique cette question n'ait pas été comme OU nous en menaçait, le mot d ordre des électeurs populaire s, tous les autres moyenscependantont été habilement mis en usage pour persuader aux habita ns que leurs libertés ont été essentiellement compromises et restreintes par le règlement des assemblées populaires. C'est une des mesures adoptées par le parlement, contre laquelle les attaques des réformateurs radicaux ontété particulièrement dirigées. La première réponse, Messieurs à cette allégation, c'est que l'acte laisse intacts tous les modes constitutionnels d'assemblées, connus de In nation depuis quelle est devenue libre, car nous aimons à dater notre liberté de la révolution. Je serais bien aise de savoir à quelle époque, depuis cette révolution, ( jusqu'à celle très-récente, que je vais préciser ) a quelle époque . dis je , de ces règnes nés jde la révolution ; c’est-à-dire des premiers règnes de la maison de Brunswick , il a pu en-

lier dans la tête d'un homme raisonnable qu'au pût tenir de telles assemblée#, ou que la législature tolérât la ternie d'assemblées telles que celles qui ont affligé le pays pendant plusieurs mois , avant la dernière session du parlement. Lors donc* qu'on soutient que de telles assemblées ne furent jamais défendues auparavant, la seule réponse est que jamais auparavant l’on ne tenta systématiquement d'en tenir de semblables.

» Je crois réellement que la première réunion de cette espèce qui ait jamais été tentée et tolérée, car je n'en connais ancune antérieure à celle-là , est celle qui fut convoquée par lord George Pordon, dans St.-George-Fiel ds, et qui conduisit à ta démolition des chapelles et des maisons habitées, à 1 ouverture des prisons par la force , et enfin à l’incendie de Londres. L’Angleterre ne futelle donc jamais libre avant 1780 ? Sa liberté ou sa gloire sont-elles nées des cendres de la métropole ? Quoi ! n'y avait-t-il aucune liberté sous te règne de George scqpud F 1 n’y en avait-il aucune sous celui de George premier? aucune sous le règne de la reine Anne ou du roi Guillaume ? Je ne veux pas rem ou ter au-delà delà révolution , mais j'ai toujours entendu dire que la liberté et la gloire de ce pays étaient établies long-temps avant le commencement du dernier règne; bien plus, il est constant , d’après le témoignage des politiques les plus populaires , que sous le dernier règne elles s'affaiblirent un peu et rétrogradèrent, et cependant, jusqu'à ce règne, on n’a jamais rêvé, bien moins encore érigé en droit , un tel abus d'assemblées populaires, où les magistrats n'ont rien à dire, et où le pouvoir de la multitude est au-dessus du pouvoir du parlement,

> Est'Ce que je nie par-là le droit général du peuple de s'assembler, de faire des *péti dons, ou de délibérer sur ses griefs? À Dieu ne plaise! Mais le mot droit u'est pas un terme simple , absolu , positif , sans distinc-

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îion. Les droits dans un individu doivent êLre comparas avec les devoirs * et les droits dans une personne doivent être pesés* avec les droits des autres. Mais prenons le droit de s’assembler dans* son acception la plus étendue : les personnes qui convoquèrent l’assemblée de Manchester nous disent qu’elles avaient !e droit de réunir une multitude innombrable de gens pour discuter la question de la réforme parlementaire; de les réunir quand elles voulaient, et ou elles voulaient, sans le consentement des magistrats ni le concours des habitons, sans égard à leur commodité et à leur convenance ; or , le paisible, l 1 industrieux habitant de Manchester ne peutil pas dire : « J'ai le droit de dormir tranquille dans ma maison , j'ai le droit de faire aller ma manufacture , d’où dépendent, non-seulement- mou existence et celle de mes enfaus, mais encore celle de mes ouvriers et de leurs nombreuses familles; j’ai le droit d’être protégé dans l'exercice de ma profession légale; j'ai le droit de L 1 fifre, non-seulement contre la violence et le pillage, contre le fer et le feu, mais encore contre la crainte de ces calamités, et contre le danger de ces fléaux; contre les moyens employés pour intimider ou séduire mes ouvriers ; contre la distraction de cette application et 1 interruption de cette industrie, sans lesquelles ni eux ni moi ne pouvons soutenir notre existence ; j en appelle aux lois pour obtenir cette protection, et si les lois de ce pays-ci ne peuvent me l'accorder, vous pouvez compter que moi et mes ouvriers nous émigrerons en quelque pays où clics aient ce pouvoir, »"Voïlà un conflit de droits ; quelle est la décision à prendre ? laquelle des deux prétentions doit céder à l’autre? Est il aucun être raisonnable qui puisse balancer? aucun honnête homme qui puisse hésiter? Que la justice particulière ou l’intérêt public décide, la décision peut-elle jamais être autre que celle-ci, savoir.

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que ¥ homme paisible et industrieux soit protégé, que Fhomme turbulent et malfaisant soit réprimé ?

» Mais quel point de ressemblance y a-t-il entre des tumultes .tels que ceux-là*et une assemblée régulière, reconnu»par la loi, réunie pour tous les objets légitimes de discussion ou de position ? A Bien ne plaise .qu'il n’y eut aucun mode d'assemblée par lequel toutes les classes de cette grande nation puissent se joindre ensemble pour délibérer sur toutes les matières liées à leurs intérêts et à leur liberté ! C'est, toutefois , renverser l'ordre naturel des choses * c'est intervertir la marche établie de la société* que de représenter la discussion comme étant tout, et les occupations ordinaires de la vie comme n’étant rien, Protéger les citoyens paisibles dans leurs occupations ordinaires n'est pas moins du ressort des lois, que de fournir des moyens de discussion sur tous les objets qui doivent nécessairement et convenablement être discutés, Les lois font également Fun et l'autre ; mais ce n est nullement l'intention des lois qu'une multitude immense soit follement agglomérée, de mois en mois, et de jour en jour * lorsque l'agglomérat ion même d'une multitude de gens est, en soi, une source de terreur et de dangers pour le plus grand nombre des citoyens,

” nullement le texte des bis, et ce n'est pas

davantage leur esprit qu'une multitude semblable soit entassée, à la volonté de quelques individus f sans autonsaüou tu responsabilité, changeant le lieu de réunion suivant leur caprice ou leur convenance , et le fixant où ceux qui la composent n'ont ni propriétés, ni domicile, ni connaissances. L'esprit de la loi est clans un sens directement opposé; c'est éminemment , si je puis m'exprimer ainsi, un esprit de corporation. Les comtés, les pai oisses, les juridictions des villes, les compagnies, les professions, les divers genres de commerce, les états, forment autant de subdivisions locales et politiques, dans

JUSTI FICATIVES,

lesquelles le peuple anglais se trouve distribué par la loi ; et le principe dominant de toutes les parties est celui de la proximité ou du voisinage, par lequel chaque homme est tenu d'agir sous les yeux et l'inspection de ses voisins, de leur prêter son assistance, de leur demander la leur j de partager leurs conseils, leurs devoirs, leurs charges , et de prendre avec eux la part de responsabilité pour les actes de tout membre de la communauté dont il lait partie*

» Et observez que je ne parle pas ici seulement de cette loi parlementaire, avilie et décréditée, mais de cette vénérable loi commune. (common law ) à laquelle nos réformateurs sont si pressés d en appeler en toute occasion, aussi bien que de la loi parlementaire par laquelle elle est modifiée, expliquée ou réformée. Guidé par l'esprit de l'une non moins que par la lettre de l'autre, quel est l'homme, dans ce pays, qui ne puisse désigner la portion de la société à laquelle il appartient? Si une injustice est commise, à qui la personne lésée a-t-elle expressément clroit de s'adresser pour obtenir un redressement ? c'est au canton ou à la division où il a essuyé l'injustice. Sur quel principe? sur le principe que, de même que l'individu est justiciable de la division de la communauté à laquelle il appartient spécialement, de même aussi les voisins sont responsables les uns pour les autres. Loi éminemment juste s vraiment j équité admimiralvle ! Si doue, un étranger rassemble une vile populace qu'il enverra brûler la moitié de Manchester, il faudra que cette moitié incendiée s'adresse à l'autre moitié pour obtenir une indemnité, tandis que l'étranger s'éloignera sans que les spectateurs lui adressent une seule question.

» Qui peut nier que telles furent la nature et la tendance , je dis plus, que tel aurait pu être le résultat de réunions semblables à celle du 16 août ? Quel homme en

pesant tous les actes de cette journée, eu les rapprochant des rumeurs et des menaces qui les précédèrent, contes* tera que tel eut pu être le résultat de rassemblée de cette journée meme , si cette assemblée, si légalement formée, n’avait pas été dispersée par l'heureuse quoiqu’illégale décision des magistrats.

ii Ce u'est donc pas eu conformité, ruais en opposition à l'esprit de la loi , que de telles réunions ont été for* niées. La loi prescrit un caractère de corporation ; les auteurs de ces réunions font toujours soigneusement évité: aucune sommation aux francs tenanciers, aucune aux bourgeois, aucune aux,habitans des lieux: ou des paroisses particulières, aucune reconnaissance de classification locale ou politique. C'était justement la même chose au commencement de la révolution française j le premier ouvrage des réformateurs fut de relâcher tous les liens politiques existons, tout rapport légal d’homme à homme, de détruire toutes les corporations, de dissoudre toutes les classes subsistantes de la société , et de réduire la nation à des individus, pour les réunir ensuite eu ras semble mens de populace.

a Que personne ne s'abuse donc par Fidée que ces choses furent faites sans dessein. Rassembler les habitans d'un canton particulier, ou des hommes qui jouissent des mêmes franchises, c’est former une assemblée dont les parties agissent avec quelque respect et quelque crainte les unes pour les autres. D'anciennes habitudes, que les réformateurs appelleraient préjugés, des attachemens préexistant f qu'ils appelleraient cor ruption , ce respect mutuel, qui fait que fceil d’un voisin est une ga* raidie de la bonne conduite de chaque homme, mais que les réformateurs flétriraient comme une considération du petit nombre pour dominer sur leurs égaux, tout cela rend très-difficile de pousser subitement les hommes à aucune entreprise absurde et violente; mais

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réagisses une multitude d’individus n’ayant entre eux aucun rapport permanent* aucun lien commun que ceux qui naissent de leur rapproche ment comme membres de cette réunion, lien brisé du moment où la réunion est dissoute ; dans une pareille agrégation d’individus, il tT existe plus de respect mutuel, ce frein mis aux actions de chaque homme par la crainte d’encourir la désapprobation de ses voisins; et si jamais assemblée tumultueuse peut être formée pour le désordre, elle sera ainsi composée *

» Combien n'est-il pas monstrueux de confondre de pareilles réunions avec le mode naturel et reconnu de rassembler le peuple anglais? Fut-ce par des réunions pareilles à celles-ci que fut opérée la révolution, ce grand événement auquel nos antagonistes aiment tant à recourir ? fut-ce par une assemblée à Saint-Georges^Fields , à Spa-Fields, à Smith-Fields ? fut-ce par des multitudes innombrables entassées dans un village du nord ? Non ; ce fut par la réunion des corporations dans leur capacité de ce fait ; par l'assemblée des corps de Tétât reconnus, par la communication des opinions entre les parties de la communauté connues les unes des autres, et capables d'apprécier réciproquement leurs vues et leur caractère. Avons-nous besoin d'un mode plus imposant pour remédier h nos griefs? demandons-nous un exemple plus frappant? et n’a-t-il appartenu qu'aux réformateurs de nos jours de tracer la route que devait suivre la Grande-Bretagne pour établir et conserver sa liberté ?

» Messieurs, tout pouvoir est ou doit être accompagné de responsabilité; la tyrannie est le pouvoir non responsable. Cette définition est également vraie, que le pouvoir soit confié à un seul ou à un grand nombre, a un despote, exempt par ta forme du gouvernement du contrôle de la loi , à une populace, mise hors de la portée de la loi par la multitude d’individus dont elle

se compose. Il est donc oiseux et absurde de parler de liberté , là où une vile populace domine ; il est donc oiseux et absurde de parler de liberté quand votre propriété , peut-être votre vie, dépendent non pas , il est vrai, d'un signe de tête d'un despote, mais de la volonté d'une populace volcanifiée et rendue furieuse. Si donc, durant le règne de la terreur » à Manchester ou à Spa-Fïejds, il y avait des gens dans ce pays qui eussent droit de se plaindre de la. tyrannie, c'étaient ceux qui aimaient la monarchie, mais qui notaient manifester leurs opinions avant que les portes fussent barricadées, et leurs enfans envoyés en Heu de sûreté. Voilà ce qui était de la tyrannie, et tant que la populace fut sous les ordres d'un chef, c'était du despotisme. Et c'est contre cette tyrannie, contre ce despotisme que le parlement étendit enfin son bras.

» Tout pouvoir, je le répète, est vicieux, s'il n'est pas accompagné d'une responsabilité proportionnée, La responsabilité personnelle prévient l'abus du pouvoir individuel ; la responsabilité du caractère est la garantie contre l'abus du pouvoir collectif, quand il est exercé par des corps de citoyens dont l'existence est permanente et définie. Mais dépouillez ces corps de ces qualités, vous n'en faites plus que des multitudes3 et alors, quelle sécurité avez-vous contre tout ce qu'elles peuvent faire ou résoudre, sachant bien qu'à l'instant où la réunion se dissout. il n'est pas d'être humain responsable de leurs actions? L'assemblée de Manchester, Rassemblée de Birmingham , Rassemblée de Spa-Fields , ou celle de Smith-Fields, quel gage pouvaient-elles donner à la nation de la profondeur ou de la sincérité de leurs desseins ? Le caractère local de Manchester, le caractère local de Birmingham , ne présentaient aucun gage pour les opérations auxquelles leurs noms se trouvaient attachés. Un certain nombre de tribuns du peuple ambu-

JUSTIFICATIVES. 3 Qj

lans. élevés par eux-mêmes à cette haute fonction, prenaient le nom et l’autorité du premier endroit qu’ils jugeaient à propos de choisir pour lien de réunion ; leur tribune aux harangues était plantée, tantôt ici, tantôt là, selon la fantaisie de la populace ou la patience des magistrats ; maïs la proposition, l'auteur, étaient partout à peu près les mêmes. Et lorsque, par une espèce de ventnloquisme politique, on avait fait sortir la meme voix d’une demi-douzaine de différons coins du pays, on proclamait avec impudence que c’était un accord de sons harmonieux, composé des voix réunies du peuple d'Angleterre.

n Maintenant, Messieurs, examinons le grand tort qui a été fait à la liberté par 1 -Abolition des réunions telles que celles que je viens de décrire* Demandons quelle autorité légale a été restreinte? Demandons quelle communauté respectable a été lésée ? Demandons quelle forme d'institutions municipales a été abrogée par une loi qui fixe la plainte ambulante au lieu ou. elle déclare avoir pris naissance, et ordonne d’écouter les griefs de la bouche de ceux qui les ont Soufferts ; qui laisse à Manchester comme Manchester, à Birmingham comme Birmingham, à Londres comme Londres, toute la liberté de parler dont ces villes ont joui dans tous les temps, pour faire connaître leurs besoins, leurs sentimens, leurs vœux, leurs remontrances ; qui laisse à chacun de ces arrondUsemens sou autorité séparée , à la réunion de tous ou de plusieurs entre eux I autorité collective d’uu tel co ns en terne ot et d’une telle coopération - mais qui refuse à un marchand colporteur de plaintes et de griefs le pouvoir d'empreindre leurs noms sur ces marchandises; de prétendre, parce qu il peut élever un cri à Manchester ou à Birmingham, qu il exprime , dès lors , les sentîmens de la ville qu'il trouble et qu’il met eu danger ; ou, avec bicu moins de raison

encore* parce qu'il a troublé et exposé une demi-douaaine de bourgs, Les uns après les autres, qu'il est par cela seul leur organe à tous, et par eux, du peuple anglais tout entier,

jj Telles sont les absurdes jongleries que la loi de la dernière session a détruites j et tels sont l'objet el l'effet des mesures auxquelles, selon les orateurs du radicalisme , la liberté anglaise ue doit pas survivre !

3> Pour remédier à la blessure profonde faite à celte liberté j pour rendre au peuple ce que le peuple ira point perdu ; pour donner une nouvelle impulsion à cet esprit de liberté, qu'on ri-à rien fait pour embarrasser ni pour restreindre , nous sommes invités à altérer cette constitution par laquelle le peuple prend part à la législature; en un mot, à faire une réforme radicale dans la chambre des communes,

» J'ai toujours été frappé, comme d'une chose extraordinaire , de voir qu'il y eut des personnes disposées à soutenir la question d'un changement dans une branche si importante de la constitution , sans considérer de quelle manière ce changement doit affecter les autres branches et l'action elle-même de cette constitution,

a Dans des occasions précédentes , j'ai posé ici et ailleurs, sur ce sujet, une question à laquelle je n'ai jamais jusqu'à ce moment reçu de réponse ; *t Vous qui voulezré former la Chambre des communes , entendez-vous rétablir cette branche de la législature dans le même état ou elle se trouvait a quelques époques antérieures, ou en tendezM ous Ia recon str u i re sur de noü veau x pr ineipes ? »

» Peut-être un réformateur modéré,ou wkîg répondrait « qu'il ne veut que rétablir la Chambre des communes telle qu'elle était à quelque époque antérieure, » Qu'on me permette alors de faire une question , a laquelle il ne m'a été fait non plus de réponse en aucun temps n A quelle époque de notre histoire la Chambre

des communes a t-elle été dans l’état où vous la voulez rétablir ? W

» La Chambré des communes doit, par rapport à eet argument* être considérée sous tiens points de vue ; en premier lieu, relativement à.son action comme troisième partie de la constitution ; en second lieu > relativement à sa composition * par rapport a ses principes constitua ns. Quant à son action comme partie de la constitution , j’ose avancer sans craindre , je crois, de m'exposer à être contredit , qu'il n'est aucune époque dans l’histoire de ce pays où Ion trouvera que la chambre des communes ait eu une part aussi large aux fonctions du gouvernement que dans le moment actuel. Quoiqu'on puisse dire d'ailleurs de la Chambre des communes, ce point du moins est incontestable > que, depuis 3 e premier établissement de la constitution , le pouvoir de la chambre des com* mu nés a toujours été en s'accroissant, jusqu'à ce que, semblable à la verge d’Aaron, elle ait presque dévoré ses compagnes. Je ne dis pas si cela est on n’est pas comme cela devrait être ; je veux dire seulement pour* quoi je pense qu'on ne peut être fondé à se plaindre d un manque de pouvoir et d’une juste part au gouvernement, comme d’un vice attaché à la chambre moderne des communes.

a J admets cependant très-volontiers que plus la.part de pouvoir de cette Chambre est large, plus nous devons être jaloux de sa composition , et je veux présumer que e'est sous ce rapport, et relativement à ses parties constituantes, qu'on soutient que Jetât delà chambre des Communes a besoin de révision. Eh bien! à quelle époque de notre histoire la corporation de la chambre des communes était-elle donc matériellement différente de ce qu'elle est aujourd’hui ? Est-il une seule époque de notre histoire où les droits d élection aient été plus étendus? où ! influence de la propriété ait été moins directe? où les rc-

commanda tiens des candidats aient été moins puissantes? où quelques bourgs n’aient pas été aussi peu considérables qu iis lesont maintenant ? Je demande des renseignent ns positifs sur ce point, mais ces renseignemens, quelque facile et quelque simple qu’il soit de les donner, et quoique fort nécessaires, à ce qu’il semble , à obtenir pour bien apprécier, et bien plus encore pour décider avec connaissance de cause le point important dont il s’agit, je n’ai jamais pu, malgré mes humbles sollicitations, l'obtenir d'aucun réformateur, whigou radical.

u Le réformateur radical, il faut lui rendre justice, n’est pas dans le fait tenu à fournir une réponse à cette question, parce que, d’après sa manière d’envisager la matière, les précédons n'ont rien à faire ici, à l’exception d’un seul, dont je vais parler tout à l’heure. Le réformateur radical ferait probablement, a ma première in* terpelïation „ une réponse toute diflérente de celle que j'ai supposé que me ferait son frère plus modéré. Il me dirait ingénument qu’il n'entend pas simplement faire revenir la Chambre des communes, soit à la portion de pouvoir dont elle jouissait anciennement, soit aux modes d élections d'après lesquels elle était renouvelée, mais en faire ce quelle doit être selon lui, c'est-à-dire une représentation directe et efiectjvedti peuple,son représentant et non son délégué, commis pour prendre soin de ses intérêts, enfin son député chargé d énoncer sa volonté. Or , à cette manière d’envisager le sujet, je irai pas d’autre objection à faire que celle-ci, c’est que la constitution anglaise est une monarchie limitée \ qu'une monarchie limitée est, par la nature même des choses , un gouvernement mixte; mats qu’une Chambre des communes , telle que le réformateur radical la veut, constituerait en effet une pure démocratie, qui, selon moi, serait incompatible avec tout système monarchique et ne pourrait recevoir aucune limite.

” Je puis avoir un grand respect pour celui qui, eu théorie, préfère une république;* une monarchie; mais, dans f hypothèse même que je fusse d'accord avec lui sur cutte préférence, je voudrais discuter préalablement une question dont il peut très-bien ne pas $e sentir embarrassé î c est de savoir si, moi s né comme je le suis ( et comme je crois avoir à in en féliciter ) sous une monarchie f je suis entièremeiU le maître de me considérer comme ayant le champ libre pour les expériences politiques; si je serais autorisé, en supposant que je fusse convaincu de l'avantage d’un pareil changement r a bannir tout-à-fait la monarchie de la constitution anglaise , et à substituer une démocratie vague et Indéfinie; et si, quelques cbangemens que je désirasse introduire .je ne suis pas tenu de regarder la Constitution que je trouve établie comme circonscrivant l'étendue de mes pouvoirs, et me prescrivant, jusqua un certain point, h nature des améliorations qu'il m’est permis d’y apporter,

» Pour moi, je suis prêt, sans balancer, à soutenir f ancienne monarchie anglaise, par des argument tirés de ce que je croîs être les bienfaits dont nous avons joui sous celte constitution , et même par des argumens d’une autre sorte, si ces argumens d’une autre sorte étaient jamais employés contre elle. Mais tout ce que je veux prouver maintenant c’est que, quelque réforme qu’oo propose, elle devrait être considérée sOus ses rapports avec la constitution établie* Ce point m étant accordé , je n’hésite pas à dire que je ne puis concevoir une constitution dont une troisième partie serait nue assemblée déléguée par le peuple , non pour délibérer sur les intérêts de la nation, mais pour énoncer, jour par jour , la volonté du peuple ; et dont Peffet serait, après un petit nombre de séances, d'anéantir toute autre branche de la constitution qui tenterait de lui résister on de blâmer ses décisions* Je ne puis concevoir comment

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