‹ Histoire du ministère de G. CanningChapitre 26 sur 36 · TOME IU · texte numérisé non relu

TOME IU

par Je raisonnement le plus simple, aucune autre brandie 4e la constitution pourrait désister à une puissance semblable» Si le gouvernement consiste dans là volonté publique , tout ce que nous avons à faire, cest de recueillir cette volonté, et, après t'avoir recueillie par un organe convenable , de l'exécuter comme souveraine et absolue. Par quelle ombre de raisonnement la Chambre des lords pourrait-elle se maintenir dans une autorité et une juridiction égales à celle de la Chambre des communes , lorsqu'une fois celle Chambre serait devenue une simple députation exprimant la volonté du peuple, et que cette volonté serait la règle du gouvernement? La Chambre des pairs doit agir d'une manière ou dune autre, si elle doit être encore une branche de la législature* Ou elle devra constamment adopter les mesures venant de la Chambre des communes, ou elle devra quelquefois prendre la liberté de les rejeter. Si elle les adopte constamment, c'est sans prétendre à l'autorité; mais oser rejeter un acte des députés de la nation entière! Par quelle usurpation de droits trois ou quatre cents grands propriétaires pourraient-ils s’élever contre la volonté nationale? Accorder donc aux réformateurs ce qu’ils demandent, d'après les principes sur lesquels ils le demandent, et il sera de toute impossibilité qu'après une telle réforme la constitution ne soit pas bientôt réduite à un seul corps, et que ce seul corps soit lui-même autre chose qu'une assemblée populaire*

» EU bien! Messieurs, est-cc là une théorie? ou cette théorie est-elle de moi? S’il est parmi ceux qui m’écoutent un seul homme qui ait été entraîné (comme dans le généreux enthousiasme de la jeunesse tout homme a pu l'être innocemment) par les doctrines de la nouvelle réforme, je le conjure, avant qu'il continue à s'avancer dans ces nouvelles doctrines, et à les embrasser dans toute leur extension radicale, de revenir à fhistoire

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tli's a flaires politiques de ce pays en l’année ifi^S, et il examiner la teneur des décisions parlementaires sur la question même de la réforme radicale. Il verra, Messieurs , que la résolution suivante passa dans la Chambre des communes d’alors :

» Résolu que le peuple est, après Dieu, la source de tout pouvoir juste I »

* Eh Lien J peut-il y, avoir un sentiment pius jmte,plps raisonnable? IV T est-ce pas là le fondement de toutes les libertés du genre humain? Soit, mais avançons. La Chambre des communes fait suivre cette résolution d'une seconde f conçue à peu près en ces termes :

” Résolu que les communes d’Angleterre, assemblées en parlement f étant choisies par le peuple et le représentant, ont la suprême autorité de la nation,

i>Dans cette résolution le pas est franchi. Les réformateurs radicaux, diront-ils que c’est injustement, ayant ou précédent si séduisant devant leurs yeux? Non, sans douter mais la conséquence n’en resta pas là, et la Chambre des communes ne tarda pas à adopter la résolation suivante, sans qu’une seule voix s’élevât contre.

» Que tout ce qui est décidé et déclaré loi par les communes d'Angleterre, assemblées eu parlement, a force de loi, et devient obligatoire pour tous les individus de la nation ^quoique fait sans le consentement e£ le concours ilu Roi et de la^ Chambre des Pairs.

11 Telle fut en 1648 la conséquence théorique de la Chambre des communes, ci je serai charmé, je le répète, de voir qu’on peut prouver logiquement que cette conclusion ne découle pas de J a proposition qui lui sert d'antécédent. Les conséquences pratiques ne tardèrent pas à venir après la théorie- Peu de semaines après, la Chambre de%lords fut déclarée inutile, et peu de semaines après encore , nous savons ce que devint le tréne.

» Telles étaient, dis-je ; les doctrines radicales en 1648 ,

et telles furent les conséquences auxquelles elles conduisaient naturellement* Si nous nous laissons entraîner à admettre maintenant les mêmes prémisses, quel est celui , je voudrais le savoir , qui pourrait se porter garant contre le retour de conclusions semblables ?

» Voila, Messieurs, les raisons qui me font regarder avec effroi la réforme parlementaire ; elle m'inspire des craintes d'autant [dus vives que, dans Tune des deux classes d'hommes qui coopèrent à la défense de cette question , je n’ai pas encore rencontré deux individus qui professassent les mêmes doctrines ; je n’ai pas encore eu tend il expliquer une théorie intelligible et praticable de réforme, excepte, il est vrai, celle des réformateurs radicaux ; celle-là , certes, il est assez aisé de la comprendre; mais j’avoue que quant à cette théorie, je uy suis pas e nco re s ulltsa m me nt p ré p aré * J e n e consenti m i j a in aîs à faire un seul pas dans ces voies nouvelles sans bien connaître d’après quel principe je suis invité à le faire, et (ce qui est peut-être d'une plus grande conséquence) sans déclarer de mon coté sur quel principe je ne veux pas consentir qu’un seul pas soit fait, quelque innocent qu’il puisse paraître*

*p Quoi de plus innocent, en effet, que d’oter sa franchise à un bourg corrompu en Cornouailles, qui a mal usé de cette franchise, et qui s’est couvert de honte lui et le système dont il fait partie ? llien sans doute* Je n’ai aucune espèce d’objection à faire a ce qu on agisse comme le parlement a agi en pareil cas (en supposant toujours que ce cas soit prouvé); je ne m’opposerai point à ce qu’on ote à un bourg sa franchise, et qu’on le mette dans fi m possibilité d’en abuser par la suite, Blais, bien que je ne m'oppose aucunement à une telle manière d’agir, je ne veux pas le faire cependant sur le principe d’un perfectionnement spéculatif. Je ne le ferai que sur le principe d'une punition spéciale pour une of-

fensc commise, et j’aurai gi'andsom iju’on ne tire, dans ce. cas particulier, aucune conséquence de mon consentement, pour établir une participation volontaire de ma part à un plan de changement général.

a Bien plus, il me semblerait extrêmement inconvenant et dangereux de laisser imaginer aux réformateurs radicaux qu ils auraient gagne un pouce de terrain pour Ta dm iss ion de leur théorie par un exemple semblable de puni Lion particulière infligée pour une inconduite aussi manifestement coupable. Je consens à une juste privation des franchises , mais j'y consens , non dans la vue de propager le système radical, mais bien plutôt pour lui opposer une barrière. Si je suis, bien aise d'effacer, mais prudemment et progressivement , toutes les tachés qui peuvent se trouver dans le système actuel, cest précisément parce que je veux que ce Système soit maintenu. Je veux retirer une franchise parce qu'au en a fait un ab us pra tîcj u e, e t n on pa rce que j e suis a i rcu neme 111 d isposé à examiner l’origine ou à discuter futilité de ces franchises mêmes, pas plus que je ne veux. Messieurs, examiner vos titres à vos propriétés territoriales. En dépouillant Grand-Poimd de sa franchise {si cela doit être), je veux conserver Okl-Larum.

11 J espère. Messieurs, que j'en use loyalement avec les réformateurs radicaux, et plus loyalement que ceux qui voudraient laisser supposer que la suppression de la franchise de Grand-Pound doive être le commencement d’un système général de réforme, tandis qu'ils savent bien qu’il s’agit (ils en ont, j’espère, autant que moi l'intention) non pas de reformer, dans le sens de changer, maj$ de maintenir la constitution* Je ne voudrais pas tromper les réformateurs, quand même; je le pourrais* et je sais qu’il serait touI-à-fait superflu de tenter défaire illusion à des personnes ayant tout autant de sagacité dans leur parti qu’aucun des réformateurs

modérés ou des anti-réformateurs en ont dans le leur. Ils savent du reste que les whigs iront pas plus envie que mot de se défaire des petits bourgs; non, certes, ils n eu ont pas envie. Une grande partie , et la plus grande partie peut-être de ces bourgs, est entre leurs mains. Bans l’assemblée où je suis envoyé par vous. Messieurs , quelques-uns de ceux qui siègent du même cêté que moi représentent assurément des villes moins populeuses que Liverpool ; mais sur le banc directement en face de moi, je découvre à peine une seule autre espèce de représentans que des membres envoyés par les petits bourgs, ou si vous voulez par ■ les bourgs pouris. Ainsi, supposer que nos adversaires politiques songent le moins du monde a se défaire des petits bourgs, serait une illusion grossière, et je ne doute nullement qu’ils ne se montrent aussi francs et aussi sincères que moi sur ce point à l'égard des réformateurs*

» E t pourquoi, Messieurs. suis-je satîsfai t d'un système que ne peut, dit-on, supporter nul homme qui n'est pas ami de la corruption ? Est^ce que je crains plus que tout outre homme de me présenter de front à une élection populaire? Tous pouvez répondre à la dernière question. Quant à la première, je vais y répondre moimême. Je crois fermement, comme je fai déjà dit, qu'une représentation complètement et entièrement dé^ mocra tique, telle que celle où tendent les réformateurs, ne saurait exister comme partie d'un gouvernement mixte. Elle peut exister (et je ne sais ni ne cherche à savoir pourquoi), elle peut exister avantageusement comme un tout. Mais je ne suis pas envoyé au parlement pour examiner si la démocratie ou la monarchie est la meilleure forme de gouvernement. Je suis né sous la monarchie anglaise ; j'ai vécu sous elle ; j'ai vu ma patrie llorissante sous elle; je l'ai vue jouir sous elle d'une pari aussi large de prospérité, de bonheur et de gloire , que

je crois aucune modification de la société humaine capable d'en procurer ; et je ne suis pas disposé à sacrifier on à risquer le fruit de plusieurs siècles if es périmée, de plusieurs siècles de lutte T et de plus d'un siècle de liberté aussi parfaite que jamais aucun pays de la terre ait eu le bonheur d’en posséder, pour des plans visionnaires de perfectibilité idéale , ou des essais douteux d'amélioration meme possible, u Je suis donc pour la Chambre des communes comme étant une partie du gouvernement, et non comme le tout j et comme une partie du gouvernement, je tiens qu'il est insensé de supposer que, par l'élection des membres du parlement, vous puissiez entièrement exclure, par une invention quelconque, même s'il était désirable d'agir ainsi, fin fluence de la propriété, du rang, des t;tlens, îles liaisons de famille, et de tout ce qui, dans le langage radical du jour, est considéré comme terreur ou corruption. Je crois que, si Ton accordait une réforme avec tou^e l'extension que demandent les réformateurs radicaux, vous trouveriez avant qu'une élection annuelle eût fait le tour du pays t de nouvelles baisons formées qu’il vous faudrait encore détruire j une nouvelle influence acquise que vous devriez dépouiller de sou autorité ; et que, dans ces vains efforts pour arriver a une pureté impossible à atteindre, vous travailleriez contre le cours naturel de la nature humaine,

» Je crois donc, quoi que vous puissiez imaginer, que quelques misérables motifs d’action de cette espèce trouveront moyen d’agir sur l’élection des membres du parlement. Je crois qu'il en doit être et qn d en sera ainsi » à moi ds que vous ne vouliez exclure des ail aire s de la nation toute richesse inerte, tout talent inactif, î hom me retiré, l’homme âgé, l’homme infirme, et tous ceux qui manquent de l’éoergie nécessaire pour prendre part aux délibérations orageuses des assemblées populaires ou

se livrer à une vie occupée, en un mot, à moins que vous ri ayez trouvé quelque expédient pour désarmer la propriété de toute influence , sans l'abolition de la propriété elle-même (chose pour laquelle j'espère que nous ne sontmes pas encore murs).

» Je voudrais avoir par choix, s'il pouvait encore être fait un choix, je voudrais, dis-je, avoir dans la Chambre des communes une grande variété d’intérêts > et je voudrais qu'ils pussent y arriver par une grande variété de droits d'élection, persuadé que F uniformité d’élection ne produirait rien moins qu’une juste représentation d’intérêts divers- Quant, ans petits bourgs , je sais que par eux sont parvenus à la Chambre des communes des hommes dont les taïeus ont fait honneur à l'espèce humaine, et dont les noms sont mêlés à FhUtoîre de leur pays. Je ne puis croire totalement vicieux un système qui a produit de tels résultats. Je ne pub croire qu'il ne doive y «avoir qu'une seule voie pour arriver à cette assemblée, ou qu'aucun homme ne doit être présumé propre aux délibérations d'un corps délibérant qui if aurait pas eu auparavant la force d'affronter les tempêtes des hustings,

n Je n'ai pas besoin de dire. Messieurs, que je suis un des derniers hommes à vouloir rabaisser futilité et la dignité des élections populaires. J'ai une bonne raison pour parler d'une manière toute différente* Mais parmi les autres considérations sans nombre qui me rendent précieuses les faveurs que j'ai reçues de vous, je confesse que c’en est une particulière de pouvoir 7 comme votre représentant, exprimer mes véritables sentiment sur cette question (vitale à mon avis) de la réforme parlementaire, sans être accusé de m'éloigner du parti populaire, ou de chercher un refuge pour moi dans cette partie de ia représentation que, comme élément entrant

&din la composition du parlement, je ne cesserai jamais de dé Tendre.

» Au l'ait. Messieurs, bien que la question de la réforme soit le prétexte des personnes qui ont troublé Je pays pendant quelques mois, je crois fortement qu’il en est très-peu, même parmi elles, qui aient confiance en leurs propres exagérations, ou qui se soudent beaucoup des améliorations qu’elles recommandent. EU quoi ! ne voyons-nous donc pas que les plus violeus réformateurs du jour aspirent à obtenir de siéger dans cette assemblée, quiU auraient du, suivant leurs propresthéories, laisser se vautrer dans l'opprobre et se couvrir de confusion et de mépris ? Il est vrai que s’ils eussent pu s’y glisser, ils auraient probablement essayé de nous faire sentir nos méfaits , et nous auraient privé de rétablir noire réputation par quelque acte dirigé contre nous-mêmes 5 mais 1 autorité de leurs noms en qualité de vos collègues, if aurait-elle pas plus que balancé la forée de leur éloquence comme réformateurs?

» Messieurs, je suis pour la constitution tout entière. La' liberté du sujet dépend autant du maintien des prérogatives de la couronne et de la reconnaissance du pouvoir légitime de l’autre Chambre du parlement, qu’elle dépend de la conservation de ce pouvoir suprême (car il Best dans un dessous du mot, quoique non dans celui de la révolution de 1643 ), le pouvoir de la bourse, lequel réside dans la branche démocratique de la constitution. Tout ce qu’une partie gagnerait au * delà de cette juste proportion, serait gagné aux dépens du tout, et Ja balance est peut-être maintenant aussi près d 'un équilibre parfait que peut l'établir la sagesse humaine* Je crains de toucher à cette balance, dont Je dérangement doit jeter la confusion dans le royaume.

» Je suis persuadé, Messieurs, qu'il est peu, très-peu d’hommes raisonnables et éclairés, disposes a se prêter k

des projets de confusion ci de desordre; mais je confesse que je désire bien vivement que tous ceux qui ne sont pas disposés à agir ainsi, considèrent le mauvais effet que produirait fout appui donné, non publiquement ou par une union apparente f à ceux que leur cœur et leur esprit méprisent également. Je me rappelle que l'excellent et très-habilç M, W il ber force disait un jour dans la Chambre des communes a qu’il n'avait jamais cru qu’une opposition souhaitât absolument du ma! au pays; qu’elle n’en souhaitait que tout juste autant qui! en fallait pour chasser scs adversaires et se mettre k leur place, « Or, Messieurs, je tic puis in empêcher de penser qu f Ü y a des gens qui s’arrangent avec la question de la réforme à peu près de la même manière. Ils ne vont pas si loin que les réformateurs ; ils établissent même des différences inconciliables ; mais, jusqu’à un certain point, iis s’accordent et coopèrent avec eux. Ils travaillent avec eux à exciter le sentiment public, non-seulemeraient contre le gouvernement, mais contre l’appui prêté par le parlement à ce gouvernement, dans l’espoir sans doute , de s’attirer la popularité qu'ont perdue leurs antagonistes, et de se mettre ainsi en état de réparer les fautes d’une administration inhabile. Vaine et trompeuse entreprise, qui consiste à exciter d’abord une grande exaltation et de vouloir ensuite lui commander. Ils peuvent, sans doute, animer les coursiers et les mettre en fureur , jusqu’à cc que le char soit emporté sur le bord du précipice ; mais se llattent-ils qu’ils pourront alors s’élancer sur ce char, et, renversant de son siège l’impuissant conducteur, se rendre maîtres des rênes juste assez à temps pour s'éloigner du précipice et éviter d’y être entraînés? Je craindrais qu’ils ne le tentassent en vain* L’impulsion une fois donnée, peut être trop rapide pour être modérée ; en voulant seulement changer la conduite de la

machine , Us peuvent la pousser, et eux avec elle , k une ruine inévitable,

» Puisse tout homme qui a quelque chose à craindre» dans ce pays, pour son état, sa réputation, sa fortune > sa famille , et pour 1rs espérances de ses enfans ; puisse tout homme qui a un sentiment des avantages prédeux dont il est redevable à la forme du gouvernement sous lequel Ü vit, reconnaître que le temps est venu où il doit prendre un parti; et qu'une fois décidé sur ce parti, il doit Je suivre invariablement, soit pour , soit contre les institutions de la monarchie anglaise. Le temps est venu où il riy a plus d'autre ligne de démarcation. Pour nous, Messieurs, il y a long-temps que nous avons fait choix du noté de cette ligne vers lequel nous nous rangerons. En soutenant de tous mes efforts ce choix que nous avons fait en commun , je représenterai fidèlement vos sentiment , en meme temps que je satisferai ma raison et ma conscience. 1 »

1 Madame Canning n demandé au conseil communal de Lù verponl d'être autorisée à adopter, comme Tun des supports de ses armes, le lion qui forme le cimier de la corporation de cette ville, afin de conserver la mémoire des relations que son mari a eues avec Liverpgol, de l'approbation que cette cité a donnée à ses principes politiques, et de la gratitude dont elle a conservé le témoignage, eu faisant élever une statue de liron&e eu son honneur,

La demande de madame Carmin g a été adoptée à r unanimité. ( Mars 1828).

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