tome ii
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maux qui afflige ni. les pays de fabrique. Ou sait que ces maux existent, elle moyen de les diminuer est en notre pouvoir. Il se trouve dans le voisinage de ces pays une grande quantité de grains en entrepôt; les admettre a la consommation, c’est présenter un moyeu de soulager le peuple ; mais prétendre que l'admission de ces grains à la consommation fera regarder comme Line vérité constatée Tasser lion que la situation malheureuse où se trouvent les manufacturiers provient des lois céréales, nest pas moins déraisonnable qu'il ne le serait de dire d'un malade qui aurait été guéri par le quinquina, qu i! est évident que cet homme nétait torilbé malade que parce qu’il ne fusait pas un usage habituel du quinquina.
■» Relativement au pouvoir discrétionnaire de permettre l'importation des grains étrangers demandé par les ministres, je déclare que f sans les circonstances extraordinaires, les ministres, bien loiu de demander un semblable pouvoir, le repousseraient comme ils font fait lors du premier établissement des lois céréales. Letat du marché des grains indique dans ce moment qu’ils ont une tendance à hausser en prix. On a lieu de croire que Fadmission à la consommation des grains en entrepôt ne fera qu arrêter la hausse sans occasiouer de baisse ; il est donc <lu devoir du gouvernement de demander des pbuvoîrs extraordinaires, aün d’empêcher que
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le prix des grains ne s’élève jusqu’au point d’aggraver les malheurs des classes manufacturières! )»
Ces observations furent appréciées par la Chambre comme elles devaient l’être, et l’on n écouta plus que dans le tumulte ceux qui entreprirent de soutenir les opinions que le baronet avait sans doute reçu mission d’exprimer à la Chambre. Après quelques réflexions éminemment justes, et après avoir reproduit sous des (or mes nouvelles la plupart des a rg uni en s de Cauning, M, Ilusldsson insista surtout, ainsi que l’avait 'fait le secrétaire d état des affaires étrangères, «sur les dangers auxquels serait exposé le pays, si les grains venaient à hausser de prix apres la-prorogation du parlement, sans que le gouvernement eût le pouvoir de permettre 1 importation des grains étrangers. » Cette considération, deux fois reproduite avec une égale force dans la même séance, était en effet de la plus haute importance; elle était fort simple, et ce fut par cette simplicité même qu elle frappa tous les esprits et entraîna toutes les convictions j aussi, a peine le mipistçqeut-il cessé de parler , que J a Chambre demandant ii être consultée, l’amendement de sir Thomas Letkbridge fut rejeté à une majorité de deux cent quatorze voix contre quatre-vingt-deux.
Bien que déconcertée par le mauvais succès de cette attaque, la faction n’avait rien perdu de ses espérances et de son audace , et dès
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le soi lendemain, 5, elle comptait pouvoir embarrasser de nouveau les ministres, contre lesquels elle avait assez habilement établi son plan d attaque par la question des céréales sur laquelle elle fondait l’espoir de reconquérir sa popularité, lorsque Cauning, bien informé de cette tactique, demanda s presqu’à Couverture de la séance *< que la Chambre se formât en comité pour discuter les résolutions relatives aux lois sur cette matière. » C’était, comme on Fa déjà vu, le moyen sur lequel comptaient surtout les chefs de (oligarchie et plusieurs ministres étrangers qui s’étaient ralliés à cette faction, pour perdre le ministère dans l’opinion publique; or, le ministère, a cette époque, c’était Canning.
Aussitôt que la proposition du secrétaire délai des affaires étrangères eut été admise par la Chambre, il se leva, et commençant son discours pur défendre la conduite des ministres, il soutint u qu'ils n avaient pas manqué îi la bonne foi en proposant les résolutions en question* Qu après avoir déclaré, au commencement (le la session, que, selon leur avis, il ne convenait pas de discuter cette année les lois céréales, ils u avaient pas changé d’avis. Que la mesure proposée aujourd’hui était destinée à éviter a la Chambre la nécessité d’entrer dans la discussion des lois céréales* Que loin de violer leur foi en proposant cette mesure, les
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ministres I avaient environnée de nouvel les garanties, et avaient fait ce qui était le plus avantageux pour la classe qui semblait la plus menacée : « Messieurs, continuait - il, il ne serait ni sage, ni juste, ni politique, de rien entreprendre qui pût porter atteinte aux intérêts des agricoles, et je crois quon ne refusera pas de croire que le gouvernement de S. M. s’elforce de consulter les intérêts de toutes les classes de la communauté, sans distinction entre l'agriculture, le commerce ou les manufactures. »
Après ces observations préliminaires, Ganïiing répondit u l'assertion « que les ministres avaient changé d’opinion sur les lois céréales depuis la discussion de là proposition de M.Whitmore. » il expliqua ensuite la réponse faite par M. liuskisson a un membre de la Chambre, laquelle avait lait croire que les grains en entrepôt ne seraient pas libérés cette année. Canning insista principalement sur la difficulté delà position d’un ministre qui se croirait obligé de répondre directement aux questions qu'on lui adresserait, car sa réponse pourrait avoir les résultats les plus sérieux; il eu conclut qu’il devait être souvent dans la nécessité de donner une réponse éyasive ou de garderie silence.
Il s'attacha ensuite à la question principale, et commença cette partie de son discours, en rapportant le contenu de deux lettres écrites
de Liverpuol, depuis qu’on y avait su la détermination du gouvernement relative aux grains en entrepôt. « Ces lettres, dit-il, ont été écrites par des personnes très - respectables , mais qui me sont opposées en politique. Elles annoncent que la nouvelle de la détermination du gouvernement a influé immédiatement sur le commerce de Liverpool. Le- coton avait haussé de prix et la confiance renaissait. Je l’avouerai, cependant, messieurs, ce que je viens de communiquer ii la Chambre ne milite pas autant en laveur de la résolution que nous discutons aujourdhui, qu en laveur de celle que nous avons adoptée dans une dernière séance. Les avantages qui doivent résulter de la première sontëvidens; ceux de la seconde sont plus éloignés et plus incertains.
i> Pendant les trois semaines qui ont précédé la discussion de la proposition de 1 honorable député pour Eridgenorth on avait remarqué que les céréales haussaient de prix, et la hausse a continué trois semaines après; ainsi, en exceptant les derniers jours où la baisse s’est lait sentir.il y avait, dans le marché des grains, une tendance permanente à la hausse, et cela, au milieu d’un état de crainte et d'alarme qui, quoique je ne sois pas disposé à prédire la disette, semble indiquer qu’on approche d’une position qui ne
Sir Thomas Whitutorc-
DÉ Ü. C A IV a I N G*
pourrait être rien moins que satisfaisante.
Quand nous pensons que ta consommation de t année dernière a commencé avant même qu'on eût terminé ta récolte, et que la récolte de cette année pourrait bien être faite un mois plus tard que celle de l'année dernière, il faut convenir qui! existe des raisons de craindre plus qu ordinaires. Je ne prétends pas dire jusqu’à quel point ces craintes se trouveraient fondées. Plusieurs jours de beau temps et un vent d’ouest peuvent écarter le danger, pendant qu il suffirait de la moitié de ce temps pour nous apporter la disette. Dans une année précédente, une seule nuit a détruit toutes les espérances qu'on avait formées. L’expérience du passé nous euseigne ce que nous avons à faire, et nous mériterions le mépris, si la crainte d’être soupçonnés d’indécision nous détournait de prendre des précautions dont la nécessité est évidente.
» On veut que, négligeant de prendre maintenant les précautions nécessaires en demandant le consentement de la Chambre a la mesure en question, nous exposions le pays aux chances d'une mauvaise récolte, sauf à recourir, en cas de nécessite 1 , à la prérogative rafale pour l’admission des blés étrangers. Vous viendrez, nous dit-on ensuite, nous demander un bill d’indemiiite et on vous l’accordera. Mais les ministres de S.M. se rappellent ce qui est arrivé eu 1766,qoand lord Chatam était à ta tête du ministère, et
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quand lord Camden , le jurisconsulte le plus populaire qu i] y ait jamais eu, était son collègue. Le pays était menacé de la famine, et ce ministère, se fiant sur sa popularité, usa de la prérogative royale et défendit 1 exportation des grains dans l'intervalle des deux sessions. Eli bien ! ce ministère s est vu en butte à une attaque violente dès la réunion des Chambres, et il .a eu le désagrément de voir réussir complètement cette attaque dans les deux Chambres du parlement.
Instruits par cet exemple, nous prendrons les précautîous nécessaires, et nous ne nous lierons pas aux promesses de ceux qui nous offrent davance un bill d'indemnité.
* En effet, comment croire qu’il nous raccorderaient pour avoir usé d’un pouvoir qu’ils nous refusent maintenant avec tant d’opiniâtreté ? »
Canning, après avoir démontré tout le ridicule des argumens de ceux qui s’opposaient à cette mesure, prétextant quelle n’était pas nécessaire, attendu que, dans le cas d’une nécessité urgente, les ministres peuvent user de la prérogative royale, fit connaître à la Chambre les dispositions du bill qu’il avait l’intention de proposer; il était ainsi conçu :
« Le gouvernement sera autorisé à permettre 1 importation des grains étrangers jusqu a la concurrence de 50U,ÜÜÜ quarters, pourvu que cette
quantité ne soit admise en Angleterre que dans le cas d’un besoin absolu* »
Enlin après une langue discussion ù laquelle avaient pris part un grand nombre de membres 7 parmi lesquels on comptait, comme on peut bien le penser, ce meme sir Thomas Letbbridge qui avait espéré pouvoir prendre sa revanche de sa défaite du 3, et dont l'opiniâtreté était en parlait rapport avec son ignorance et sa pré* somption, la proposition de Cauning, rédigée dans les termes suivans , fut adoptée sans même aller aux voix :
a Le comité pense qu’il est nécessaire de donner a S. M. le pouvoir de permettre, par un ordre ou par des ordres de S- M* en conseil, Yen* trée, pour la consommation intérieure, d’une quantité additionnelle de blé étranger ou de farine; le tout soumis aux droits qui seront établis par un acte quon présentera dans la session actuelle du parlement* »
Cette question des céréales étant devenue une question de parti au lieu d’être une simple question d économie politique et d’artministration, on ne peut reprocher à F historien de donner quelque étendue a ces détails , qui se rattachent d ailleurs à un objet de la plus grande i ni po v t a n ce 3 ces fc - à - d i r e, la H be r t é < I n eo m merce, qui était un des plus solides anneaux
delà chaîne qui liait toutes les parties du vaste système de Ganuiug, continué depuis par le savant et patriote Huslisson.
Un événement de peu d’importance en luimême * mais qui en avait acquis beaucoup par l’état actuel des partis, dans le cabinet et dans le parlement, avait été la nomination du duc de Devonsbirjp. au poste d'ambassadeur extraordinaire de la Grande-Bretagne , pour assister au couronnement du nouvel empereur de Russie- Personne sans doute n était plus propre que lui à une mission de cette importance, par sa naissance, son immense fortuné et ses qualités personnelles; mais le noble duc était Fuu des chefs les plus remarquables du parti W hïg, et le premier de ce parti qui, depuis plusieurs années, eût été revêtu dune haute fonction publique. Ou savait h la vérité qu’une liaison intime s était formée entre le grand-duc Nicolas et lui, pendant le séjour que le premier avait lait en Angleterre en 1815 ; mais cette circonstance eût été toul-à~faii insiillisante pour ^expliquer cette nomination, si des considérations de 1 ordre politique le plus «levé lieu avaient pas donné la solution. 11 s agissait de préparer, par ce premier choix, le parti Wliig è se rallier franchement et fortement au nouveau système introduit par Canniug et à lui prêter son appui, fous les genres de convenance se réunissaient en laveur du duc de Devonshire ; dans cette circonstance
lout-à-fait heureuse pour le secrétaire d’état des aüairea étrangères le choix de son affection devint Je choix le plus éminemment politique.
Nommé j en février 1826, ambassadeur extraordinaire à Saint-Pétersbourg, le duc de Devonshire ne partit que le 9 mai suivant pour cette destination, c'est-à-dire treize jours après le retour du duc de Wellington,
Les considérations qui, neuf mois auparavant, avaient décidé Ganning à s'opposer à la dissolution du parlement paraissant fort affaiblies,
1 administration lut unanime sur l’adoption de cette mesure, mise en délibération dans le conseil pendant les derniers jours de mai f et dès le
2 juin parut la proclamation royale qui la prononçait. Les élections devaient être terminées le 2 !j juillet suivant. Ce ne fut pas néanmoins sans quelque étonnement de la part du public que cette résolution y fîit connue: car on pensait que la dissolution serait encore ajournée > mais seulement à raison lies troubles qui agitaient un grand nombre de districts manufacturiers , et de la détresse cruelle qui, se faisant sentir dans les provinces les plus industrieuses et les plus llorissontesj semblait, en quelque sorte, menacer l'ordre social de destruction- Quant 4 Té tôt d’Irlande * il était loin de présenter des symptômes aussi a (armans que dans les années précédentes. Les discours dé Canniug , ses principes et ses intentions connues, promesses, ei
surtout les instructions émanées de lui et le choix des nouveaux agens chargés de les exécuter , avaient réussi k ramener la confiance et presque la paix dans ce malheureux pays.
Lors des élections de 1826, h Liverpool, où 51* Huskissoti fut nommé membre du parlement, ce ministre annonça, dans un discours prononcé au club Caiming, qui, ainsi qu'on la vu au commencement de cet ouvrage , avait été fondé dans e et te v i ! l e de p ui s q u e 1 q u es a nuées q ue « Ga n n i ri g avait refusé de se présenter pour Westminster, et que , décidé î* donner dorénavant tout son temps et ses talens à son ministère, cette considélation seule avait pu le porter à renoncer k représenter la ville de Liverpool* » Le secrétaire d’état des affaires étrangères se retrouvait ainsi, à trente-trois ans de distance, député de cette même ville de Newport ( ile de Wight) où il avait commencé sa carrière parlementaire sous le patronage de Williams Pitt.
La constitution donnée en avril 1826 au Portugal par don Pedro IV, son légitime souverain, était devenue, à cette époque, le sujet d’une mésintelligence assez sérieuse,entre le cabinet britannique et la cour de Vienne, ennemie constante et implacable de tout ce qui sort de la sphère d, ignorance et de servitudeoù elle retient ses états héréditaires* Unie aux hommes qui gouvernaient la France par une haine commune pour les iustiüitious coiisütutipnnelles, cette cour secondait
DE G, C AN NI WG, ifj
de tous ses moyens, en Portugal, les mêmes troubles que la France faisait naître et soudoyait en Espagne, tandis que , cédant à des craintes dune autre uatu re et jouant tin jeu quadruple avec F Angleterre, F Autriche, l’Espagne et le Portugal, la cour des Tuileries reconnaissait à la première le droit de protéger le gouvernement constitutionnel du Portugal, et se mettait d accord avec 1 Autriche et 1 Espagne, dans toutes les intrigues ourdies h Paris, a Vienne, à Madrid et a Lisbonne, pour renverser ce gouvernement, à Finstant même où, montrant une apparence de franchise au cabinet britannique, cette cour paraissait se borner h exiger qu’il ne serait fait ou toléré par lui aucun effort, de la part du Portugal, pour accélérer par des moyens actifs , la chute du système qui régissait actuellement l'Espagne* 1! u est pas sans vraisemblance que, trouvant dans rengagement conditionnel pris par h France, l'assurance que la liberté du Portugal ne serait point inquiétée, puisque ces deux pays resteraient abandonnes a eux-mêmes et qu'aucun autre état ri interviendrait dans leur position relative, Canning ajouta peut-être trop de foi aux promesses fallacieuses du chef du ministère français, et que seulement quelques mois après, et lorsque certaines correspondances entre l'Espagne et le Portugal, eurent été saisies et mises sous ses yeux, il fut pleinement désabusé* Toutefois les intérêts du moment ( car
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1 Angleterre avait encore alors grand besoin de la France ) et peut-être un sentiment d’amourpropre assez naturel, ne loi permettaient pas d'avouer cette erreur. Les choses marchèrent donc assez long-temps de la même allure, avant que l'occasion se présentât de témoigner, à propos d'un seul fait, un ressentiment profondément gravé dans son cœur, et qui se reportait sur vingt autres. Plus une nécessité politiquecontraig liait encore Canning it jeter un voile sur les trames les plus évidemment dirigées contre l’ordre constitutionnel portugais, dont l’Angleterre s’était déclarée la protectrice et le garant, plus il s’indignait de cette circonspection timide qu’il regardait comme avilissante pour la Grande-Bretagne, comme coupable envers les peuples dont elle retardait l’émancipation constitutionnelle; honteuse pour lui-même qui l’avait promise.
Cest nu milieu de tant de perplexités et (T’embarras de tout genre, que Canning, qui avait pris, depuis quelque temps, la résolution de se rendre a Paris, exécuta ce projet au moment où 1 on s’y attendait le moins.
On mit un vif intérêt dans toute l’Europe & connaître les motifs de ce voyage; mais ce hit particulièrement en France qu’il fixa au plus haut point l’attention publique; tandis que, fidèle aux. traditions des ieuilles ministérielles de tous les temps et de tous les pay s, le Courrier anglais, réputé semi-officiel, comptant un peu
ï> K G. CANSlNSt
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trop peut-être sur la bienveillante crédulité de ses lecteurs, annonçait que ; « M. etM* 1 ** Canning étaient partis pour Paris , où ils allaient rendre visite au vicomte Granville, ambassadeur britannique près la cour de France, et que ce voyage, entrepris uniquement dans un but «le plaisir et de santé, ne se rattachait a aucune affaire politique » , les cabinets étrangers et les journaux de toutes les couleurs s’évertuaient h pénétrer le but du déplacement d\m homme d’état de rimportance de Canning , dans des circonstances aussi graves, et k une époque où sa présence dans le cabinet n’avait jamais été plus impérieusement réclamée par les intérêts britanniques* On serait même porté a croire , ou qu’il ny avait, en effet, rien de positivement arrêté sur la manière dont se ferait le voyage, ou , ce qui paraîtrait plus vraisemblable encore, quon désirait que l’opinion restât incertaine sur sa nature et sa durée, puisque des personnes attachées au département des affaires étrangères, ainsi que les journaux qui passent pour appartenir k ce département, et les amis «le Canning répandaient, tantôt que le séjour du ministre à Paris ne se prolongerait pas au-dela de quinze jours à trois semaines, tantôt que madame Canning avait le projet de passer trois mois dans cette capitale, et que, dans cet intervalle, son mari lui rendrait plusieurs visites. Quoi qu’il en soit de toutes ces conjectures, qui, bien quassez
indifférentes en elles-mêmes, prouvent néanmoins le liant degré d'importance que le monde politique attachait au voyage du ministre anglais, Cauning arriva a Paris le 16 septembre au matin, et descendit chez le vicomte Granville, à l’hôtel de Fambassade britannique, où des loge ni eus lui avaient été préparés. Le lendemain il rendit visite aux ministres français et aux membres du corps diplomatique, et reçut leur visite le jour suivant. Dès lors commencèrent entre lui et le président du ministère français, des conférences qui se renouvelèrent deux fois par semaine, pendant son séjour à Paris, et dans lesquelles ou peut considérer comme à peu près certain, qu’il était question, non pas exclusivement de telle ou telle affaire, à propos de laquelle se seraient élevées quelques difficultés , toujours faciles à faire traiter par les agens diplomatiques, mais de l’ensemble des intérêts communs a F Angleterre et à la France, tels que les affaires de FAmérique, de l’Espagne et du Portugal, et particulièrement celles de la Grèce , dans lesquelles Cauning songeait dès lors à engager le gouvernement français à prendre la part active à laquelle il venait d’amener la Russie, et dont le résultat, dans la longue suite d’événemens qui sc développaient déjà devant lui, devait, en définitive, conduire au traité du 6 juillet 1827. Il ne parait pas que, dans ces conférences, auxquelles n’assistait point de tiers, le ministre bri-
DE G. CANNISG.
tannique ait toujours été satisfait de la profondeur des vues politiques, des sentimens généreux, des taie ns, et surtout de la loyauté du ministre français; il parait même qu’il sortit plusieurs fois assez mécontent de ces entrevues; mais comme, dans ces circonstances, toute rupture immédiate avec le cabinet des Tuileries eût été préjudiciable à l'Angleterre, il convenait a Ganning de retenir l’expression de son mécontentement, jusqu’à ce que de nouveaux événemens missent le gouvernement britannique en mesure de changer de langage, d’avouer ses véritables sentimens, et de rendre aux hommes et à la politique du cabinet fiançais la place qui leur est assignée depuis long-temps dans l’estime des gens de bien et des véritables hommes d’état, et que l’histoire contemporaine a déjà confirmée. C’est ce qu’il a lait plus tard avec une chaleur d'indignation qui suffirait, toute seule, pour expliquer la contrainte quil sétait imposée jusque-là. Le temps que Ganning passa à Paris fut fécond en evénemens politiques, sur tous les points que nous venons de désigner; mais ces événemens se succédèrent avec une telle rapidité: leur aspect changeait tellement d’im courrier à l’autre, et les résolutions de la vedlc étaient si peu applicables aux événemens du lendemain, qu’il était presque impossible de les suivre, de se tenir a leur hatiteur, et surtout de les prévoir. Ainsi,
aux confins de l’Europe venait d’éclater entre tome u. /
la Russie et la Perse, une guerre asiatique 7 dont les conséquences devaient jeter fa-larme dans le cabinet de Saint-Jantes qui voyait déjà sa puissance menacée dans l’Inde, tandis que cette même Russie, regardant alors comme imminente la rupture des négociations d’Àckerman, qui n ont jamais été qu'un leurre de la part du divan, se préparait de longue main, toujours en protestant de son désir de conserver la paix, à une guerre européenne avec la Turquie, en même temps que 1 Autriche, effrayée des prétentions russes sur les principautés, et désirant prévenir leur accomplissement, paraissait se disposer à faire occuper par ses troupes la Moldavie et k Valaeliie, qui louchent à ses frontières. Il y avait, certes, dans tout cela, de quoi remplir les conférences des ministres dirigea ns de France et d’Angleterre.
Le 4 octobre, arriva de Londres à Paris le ministre des Etats-Unis d’Amérique, chargé de dépêches extrêmement pressantes de son gouvernement , pour le secrétaire d état britannique. La rapidité du voy âge de ce ministre, qui n’avait pas cru devoir différer de vingt-quatre heures la conférence qu’il venait demander à Canning, ht présumer qu’il s'agissait des plus hauts intérêts entre les deux gouvernemens; on ne se trompait pas en effet; mais comme il nentre point dans le but de cet ouvrage de discuter ici une question politique fort importante et fort étendue
de g. canning.
qui s agitait alors entre les deux gotivernemens, et qui nous conduirait trop loin, nous lions bornerons à dire que Canning, ami déclaré de la liberté du commerce, ayant fait ouvrir les ports des colonies britanniques aux vaisseaux de toutes les nations qui consentiraient à accorder la rëcipiocite, et cette réciprocité ayant été refusée par les États-Unis, avait décidé d exclure les navires américains des colonies anglaises. Ainsi, grâce à la présence du ministre britannique, Paris a e retrouvait être le point où se traitaient encore les intérêts des deux mondes.
Cependant les soins que Canning donnait sans relâche aux grandes, affaires politiques, n’excluaient point en lui cette intention, cette investigation scrupuleuse que doivent rechercher de véritables hommes d’état sur toutes les branches de la prospérité publique. Ses observations Jes plus profondes se liaient souvent à des parties de plaisir; rétablissement de M. Ternaux, à Saint-Ouen, jouissait d une célébrité qui avait inspiré à Canning le vif désir de le visiter : M. Ternaux eu fut instruit, et le 17 octobre, il pria Canning, l’ambassadeur d’Angleterre et leurs familles, d accepter chez lui un déjeuner, à la suite duquel le ministre britannique examina dans lé plus grand détail cet établissement qui excita toute son admiration, et lui donna lieu de développer la richesse et la vaste étendue de ses connaissances agricoles et commerciales.
CantÙJQg, qui ne voulait pas juger par quelques coteries, de l'opinion de la France, se mit en rapport avec les hommes marquons de tous les partis; niais il n’était pas difficile de juger que, bien différent de ce qu’on l’avait vu en 1816, toutes ses préférences se portaient maintenant sur les amis éclairés de la liberté, quoique des considérations de tout genre l’obligeassent à mettre une grande circonspection dans ses rapports avec eux.
Le 18 octobre, Canning dîna chez le Roi.
Ceux qui savent quelle était autrefois à Versailles, et aux Tuileries depuis la restauration, l’empire de la vieille étiquette, ne seront pas surpris d’apprendre à combien de discussions intérieures cette invitation avait donné lieu dans le château. On ne comptait, depuis cette dernière époque, que deux personnages, étrangers aux familles royales de l’Europe, ou y exerçant, sous d’autres titres, l’autùrité souveraine, qui eussent été admis à la table des Bourbons, et encore avaient-ils le rang de duc, qui leur donnait le titre de cousins ; c’étaient les ducs de Richelieu et de Wellington; il était même à remarquer que le premier n'avait été invité qu’au déjeûner de Louis XV]IL D’après cet usage, que les autres monarques de l’Europe ont eu le bon esprit de ne pas prendre pour règle, on doit juger de l’importance que devait mettre la cour des Tuileries à une semblable dérogation
DE G. CANNt.fiG.
ii ses habitudes. Toutefois, Je besoin qu’avait en ce moment M. de Villèle du cabinet britannique, surmonta tous les obstacles, que des causes d’une nature bien plus grave encore que l’étiquette , avaieut apportés à l’admission du ministre britannique au banquet royal. 11 fallut donc se résigner ; deux des augustes convives liront môme plus, ils s’efforcèrent d’y paraître aimables, empressés, conliaus même, et y réussirent quelquefois, bien qu’un air de gêne et dembarras régnât sur tous les visages, et que la vieille cour émigrée dissimulât maladroitement l’espèce d'indignation quelle éprouvait de voir un gentleman anglais, et qui pis est, un libéral, qui naguère venait de proclamer à la tribune de son pays les droits des peuples, et l’insouciance de l’Europe pour la légitimité des Bourbons, assis insolemment à la table de ses maîtres, d’où il ne lui était permis d’approcher elle-même que pour la servir. Dans cette circonstance, parut dans toute sa force à l'œil observateur du philosophe le terrible et inévitable empire des intérêts et de la nécessité, qui rapproche, réunit et confond au besoin ce que la société séparé. A l’aspect des déférences dont Cauning était l’objet, et en se reportant à d’anciens souvenirs, on aurait pu croire que les Bourbons étaient encore une fois devenus les commensaux de ^Angleterre.
En suivant avec intérêt les progrès qu’avaient
faits en France depuis dix ans, l’industrie, les arts et le commerce, Carmin g avait porté une observation attentive et spéciale sur les développent ens de cette admirable institution du jury, source et garant de toutes les libertés, qui, née de la révolution , mais profanée dans des temps déplorables, n’est encore qulmparfaîtement acclimatée en France, où elle promet de prendre de profondes racines h mesure que les principes constitutionnels s’affermiront dans le sol. Peu de jours avant son départ, Carmin g assista, avec un recueillement et une émotion qui lurent généralement remarqués des spectateurs, a l’audience de la cour d’assises du 21 octobre, où fut mis en jugement un jeune homme appelé Surreau, sur l'accusation d’avoir assassiné sa maîtresse. Assis sur un banc qui lui avait été préparé derrière la cour, il suivit avec la plus grande attention tous les débats de cette cause, et plusieurs fois on vit des larmes s’échapper de ses yeux , lorsque Y accusé, avouant un crime auquel il avait été entraîné par une jalousie furieuse, se jugeait lui-meme digne de mort, et demandait comme une grâce d’être réuni à sa maîtresse. Le désespoir de cet in fortuné désarma en partie la juste rigueur du jury, et T quoique rien n eut manqué à fa preuve de la préméditation, il ne crut pas devoir en reconnaître l’existence, et le coupable, h qui la peine de mort était évidemment applicable, ne fut
DE G. CÀNJJCING.
condamné quaux travaux forcés a perpétuité, non sans espoir de voir pi us tard commuer sa peine.
Canning quitta Paris dans la nuit du 25 au 2t> octobre 1826, après avoir pris congé du roi en audience particulière dans la matinée du même jour. On lui avait fait, pendant son séjour a Paris, la galanterie de laisser flotter, pour la première fois dans un port français, lç pavillon des nouvelles républiques du Mexique et de Colombie. On lui avait même communiqué un travail portant nomination de dix-sept consuls destinés k être envoyés dans le Nouveau-Monde; mais a peiue avait-il quitte la France, que ce tra~ va il était rentre dans les cartons du département des affaires étrangères, il en fut de même du projet d une année de soixante mille hommes que le ministère français avait promis à Canning d'envoyer en Espagne, dans le cas où Ferdinand ne se déciderait pas à proclamer l'indépendance des Amériques; tout fut abandonné et officiellement nié, du moment où Canning eut cessé d etre présent pour rappeler au ministère français ses promesses et ses engagent eus.
Quelques jours avant que 3e départ de Gunning n eût été annoncé, ou disait à Londres que le retour de ce ministre avait été accéléré par une affaire extraordinaire qui intéressait l'honneur du n pair du royaume uni et d’un membre de
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la chambre des communes, et qui pouvait donner lieu h une enquête judiciaire; mais rien n étant parvenu depuis à la connaissance du public et tirant donné de consistance h ce bruit , Thistorien doit garder le silence sur des conjectures ii l’appui desquelles il ne pourrait produire aucun fait.
Arrivé h Londres le 37, Canning ne s* y arrêta que peu d instans, et parût aussitôt de cette ville pour se rendre à Walmcr-Castle, maison de campagne du comte de Livcrpool, où ce ministre résidait alors,
Canning racontait Tanecrlotc suivante, dont il riait beaucoup lui -même, comme une preuve de légalité rigoureuse avec laquelle s exécutent les lois du lise en Angleterre. Au moment où il débarquait à Douvres, les préposés de la douane se présentèrent à bord du paquebot qui îavalent amené, et aperçurent pendant leurs recherches, plusieurs ballots qui n’avaient pas" la marque particulière d’exception de visite* Ces ballots contenaient des soieries françaises pour une valeur d environ 600 liv. sterling; une enquête ayant eu lieu sur la demande même de Canning, au nom et pour le service duquel avait été frété le paquebot, il parut en résulter qu'un habitant de Douvres, qui sans doute avait supposé que le ministre ne serait pas soupçonné de faire la contrebande ou qu’en cas de visite l'affairé serait
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passée sous silence, s'était entendu avec son correspondant de Calais pour placer ces ballots dans le bagage du ministre. 11 est probable que l'individu qui se trouvait compromis dans cette affaire, et qui‘sans doute appartenait à la suite du ministre ou à l'équipage du paquebot, aima mieux supporter la perte de ses ballots que de se faire connaître, car la saisie fut légalement effectuée, sans que personne fût nommé et qu'aucune réclamation s'élevât.
Il en serait autrement en France : femployé des douanes, qui agirait avec beaucoup moins de rigueur b l'égard du plus mince favori d’un ministre, recevrait en échange du procès verbal qui constaterait sa fidélité à remplir ses devoirs, une réprimande sévère, et probablement une destitution.
Peu de temps après le retour de Canning en Angleterre , des bruits sur les motifs de son voyage circulèrent h Paris, et prirent une assez forte consistance : il convient de les consigner ici , car ton peut être certain que les points de discussion qui vont être rapportés , furent au nombre de ceux qui, par la nécessité d’être traités avec le plus profond secret, influèrent davantage sur sa résolution.
Il s agissait de négocier personnellement avec le ministère français l'affaire de la reconnaissance des états de l’Amérique du Sud, pour laquelle devait se rendre plus tard b Paris le président du
consul) britannique lui-même (lord Harrowhv), et lord Walden, qui arrivèrent en effet, quelque temps après, ayant à leur suite une voiture chargée d'une immense quantité de papiers diplomatiques. Par le traité à conclure, la France, à qui l’on accordait quelques concessions commerciales, devait se charger de déterminer Ferdinand à renoncer officiellement à ses anciennes colonies, qui se chargeraient en échange de payer les dettes contractées par l’Espugnfe dans la dernière guerre. Cunning devait aussi proposer, de concert avec quelques banquiers de Londres et de Paris, un nouvel emprunt pour arriver au remboursement des créances françaises sur l’Espagne.
Lévacuation du royaume de Naples, par les troupes autrichiennes, avait été également résolue par le ministre britannique, malgré la résistance opiniâtre du prince de Metteruich, et même de la Russie, qui aimait encore mieux voir Naples sous le despotisme autrichien, que libre sous un parlement. Affranchi de ce despotisme et replacé sous la protection anglaise, le royaume de Naples pouvait devenir l’objet de craintes d’autant plus sérieuses pour l’Autriche, que la Grande-Bretagne faisant de sa capitale ce qu elle avait déjà lait de Lisbonne, tenait ainsi l’Autriche constamment en échec, de ce point. A ces considérations de haute politique , joignait, dans les vues de Cauning, la néces-
site de changer le personnel de la diplomatie française 5 a Madrid et à Naples, où résidaient comme ambassadeurs MM, de Moustier et de Blacas, ennemis déclarés du système britannique.
Les sentiment que Canuing avait rapportés de France semblaient fout-afait pacifiques et conciliateurs; cela ne doit pas paraître extraordinaire; il revenait à Londres, l'esprit tout rempli des magnifiques promesses qu'on lui avait faites, et dans la conviction qu’elles seraient fidèlement remplies; peut-être, néanmoins, y aurait-il lieu de s’étonner qu'a près trente-neuf jours passés à Paris, au centre de tous les intérêts et de toutes les intrigues, il connût encore si mal la faiblesse, l'incapacité et impuissance du ministère français, et surtout l’ascendant de la faction à laquelle ce ministère, u la fois impérieux et servile, était contraint d obéir.
Le 9 novembre eut lieu, à Londres, le dîner du lord Maire ; le comte de Liverpool, Canning, M. Huskisson , M, Peel, l'ambassadeur de France, et plusieurs autres personnages distingués de 1 administration et du corps diplomatique, y assistèrent. On était encore dans une sorte d'enchantement des prétendus succès qu’on disait avoir été obtenus â Paris par le secrétaire d'état des affaires étrangères. Le lord Maire porta la santé de l’ambassadeur français, lequel, après avoir prononcé quelques paroles de reconnaissance,
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lit des vœux « pour que la France et l'Angleterre lussent unies d'une amitié étemelle, et que leur commerce prospérât en même temps- » Lu santé de Ganning ayant été portée ensuite, il remercia rassemblée dans les termes suivans, où il serait difficile de reconnaître l’orateur qui, un au plus tard > adressait au ministère français de sangtans reproches et de terribles leçons, «Vous avez entendu» , disait-il, faisant ainsi allusion au discours du prince de Polignac » de la bouche d’un illustre étranger, quels sont les sentimens qu’on nourrit envers l’Angleterre, dans ce pays, contre lequel nous avons lutté pendant vingt nos pour la domination du monde.
Ges sentimens sont de la nature la plus conciliante, et je suis certain que l’assemblée apprendra avec plaisir quils auraient été répétés avec transport par les représentant des autres cours européennes, s'ils eussent été présens, La conservation de la paix et de la tranquillité qui régnent dans ce moment, sera une récompense suffisante pour des travaux auxquels , comme fonctionnaire public, je dois nécessairement me consacrer, » Cette fois la satisfaction île Ganning ne fut pas unanimement approuvée; on ne partageait ni sa confiance, ni ses espérances dans le gouvernement français ; et lui - meme, presque honteux d’avoir paru se laisser surprendre par une illusion contre laquelle il s’était si long - temps défendu , ne tarda pas h revenir à ses premières
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idées sur les hommes avec lesquels il avait cru un moment possible de s’entendre.
Le 14 novembre, les deux chambres se réunirent, pour remplir les formalités d’usage lors de la réélection d’un nouveau parlement ; et le 21 du même mois , le roi, en personne, lit l’ouverture de la session. Le lendemain 22, eut lieu, dans la Chambre des communes, l’une des pins importantes discussions qui eussent jamais occupé cette Chambre. M. Liddell, (ils aîné de lord Ravens Wortb, jeune homme plein d’ardeur et d’instruction, récemment élu député du Northumberlaud, et l’un des membres qui votait habituellement avec le ministère, depuis que ce ministère était devenu national, prit la parole au commencement de la séance ; justifia la conduite des ministres dans T alfa ire des céréales ; les loua de n’avoir point reculé devant la responsabilité qui pesait sur eux; et, rappelant les événemens qui s'étaient passés récemment en Portugal, fit entendre ces paroles mémorables qui, en peu de temps, retentirent hors des murs de la Chambre, et portèrent bientôt au delà de l'Océan, l’espoir et l'enthousiasme qu’elles avaient excité eu Angleterre, « Je le déclare hautement, Messieurs, j’espère, d’après ce qui se passe dans l’ouest de l’Europe, que bientôt nous verrons, partout l’établissement des gouvernemens représentatifs, que Y Angleterre favorisera (ici éclatèrent dans toutes les parties de la salle «les
histoire du ministère applaudissemens et un enthousiasme qui se renouvelèrent à plusieurs reprises ) ; et je ne doute pas de sa persévérance dans sa politique libérale, tant que la direction des alla ires étrangères sera confiée à l’illustre personnage qui en est maintenant chargé. » Après avoir proclamé les immenses avantages que le commerce britannique retirerait de la reconnaissance des étals indépendans de l’Amérique du sud et manifesté d’honorables vœux pour que le même principe, appliqué à la Grèce persécutée, mît un terme aux longues souffrances de cette nation , si constante et si intrépide dans le malheur, M. Liddell termina son éloquent discours en affirmant « qu’il n appartenait à aucun parti, et ne défendrait le ministère actuel que tant qu’il resterait fidèle à la noble direction qu il avait embrassée. » Les mômes applaudissemens et les mômes transports éclatèrent à ces derniers mots, et la Chambre consacra par un assentiment unanime les nobles doctrines que venait de développer l’orateur.
M. Winn parla«tisuite et dans le même sens. II rappela surtout 1 indignation qui s’était emparée de tous les cœurs anglais à la nouvelle de l’invasion de J Espagne par l’armée française, en avril 1823, et I expression générale du vœu publie qui s était manifesté alors pour la guerre contre la France. Il conclut à ce que la Grande- Bretagne, que l’obstination des partis qui déchiraient les deux Péninsules pouvait entraîner dans
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Je prochaines hostilités ; ne réduisit pas ses forces militaires, au moment où toutes les puissances de 1 Europe augmentaient les leurs*
M. Brougham s éleva ensuite contre la rédaction du discours du roi* 1! se plaignît surtout de ce qùen général les matières qui intéressaient le plus essentiellement le pays, étaient presque toujours celles dont les discours du trône parlaient le moins. Il se montra fort mécontent de ce que deux omissions importantes avaient été faites dans le dernier de ces discours; Tune avant rapport à 1 état actuel de l'Irlande, dont il nétait pas dit un seul mot, et l'autre au système deconom ie*
La réponse la plus sage et la plus satisfaisante, puisée dans la raison detat, mais non dans cette raison d'état des cabinets absolus dont toute la politique est de se renfermer dans le secret et les dénégations, pouvait être faite a jVL Brougham ; mais il faut laisser parler Canning, dont le discours était vivement attendu, et qui, au moment où il allait prendre la parole, fut interrompu par des acclamations teliemcuf vives et si fréquemment renouvelées, que, pendant quelque temps, il lui fut impossible de se faire entendre. Après avoir repoussé assez vivement les accusations de M, Brougham contre le discours du trône, et rappelé quelques-unes des observations que lui, ministre, avait faites dans d'autres temps, sur f impossibilité où se trouvait
le gouvernement , dans quelques circonstances, de s’expliquer aussi clairement qu’il le désirerait sur îles questions dont la discussion exigeant la plus grande circonspection, n’était pas meme exempte de danger, il s’occupa particulièrement des lois céréales dont il annonça la prochaine discussion, et après avoir examiné les passages du discours qui avait donné lieu aux plaintes de M. Brougham, et particulièrement lu phrase annonçant que le tableau des dépenses approximatives de l’année 1827, serait tracé avec toute réconomie que pourraient permettre les besoins du service public, il continua en ces termes : «Eh quoi donc,l'Angleterre n’at-elle pas son rang à conserver ? Ne devons-nous rien faire pour la conservation de la tranquillité de FEnrope? Ce pays n a-t-il pas une position dominante dans le monde? Et cette position ne lui coûte-t-elle rien? Ne fait-il aucune dépense pour exercer cette grande prépondérance qui lui permet d’arrêter, d’une main protectrice, dans le monde politique les germes du mal qui, si on le laissait croître, pourrait renverser en un an 1 édilice d’un siècle ? S. M. nous a dit qu’elle s’occupait, avec une sollicitude constante, soit séparément, soit de concert avec ses alliés, tant k arrêter les progrès des hostilités qui existent, qu’à empêcher l’interruption de la tranquillité dans diilérimtes parties du monde* L’honorable membre, M* Brougham, a-t-il voulu vous dire
que, pour parvenir à ce but bienfaisant, digne delà divinité, il n'était pas nécessaire d’entretenir certains services très-dispendieux, qu’on pourrait réduire dans d’autres circonstances? Si nous jetons un coup d’œil sur le -Nouveau Moude, qu’y voyons-nous? Des étals dans l’enlaucc, ravagés par des calamités auxquelles l'humanité et la politique doivent désirer mettre un terme. Si nous portons les yeux sur l'Ancien Monde, nous voyons en Europe un allié auquel nous sommes attachés par des traités, dans une position qui l’exposait à des agressions selon que nous aurions été disposés à l’assister ou à 1 abandonner ; n’est-il pas prudent d’avoir une Hotte anglaise dans le Tage ? Si nous eussions tenu une conduite différente, quelles conséquences funestes n’en pouvait-il pas résulter pour le Portugal! Mais, d’un autre côté, qu’on ne suppose pas que nous excéderons à son égard les bornes de nos obligations. Il est de notre devoir d’empêeher que les frontières du Portugal ne soient franchies par uue armée étrangère, mais il n’est pas de notre devoir d’intervenir pour donner l’ascendant à un parti ou à une faction. Au reste, puisque j’ai abordé ce sujet, j.’ose affirmer que, pendant les trois derniers mois*, la présence des forces militaires de l’Angleterre a empêché, sinon l’exécution de quelques projets contre la tranquillité du Portugal, au moins des actes d’hostilité d’une autre ' puissance qui auraient