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HISTOIRE D V !V11 NTSTÈflJÏÏ
pu entraîner toute l'Europe dans la guerre \ » Ala suite decet exposé de la situation politique et militaire de la Grande-Bretagne, qui Üxa au plus haut point Attention de la Chambre et pendant lequel le silence le plus profond ne fut pas un moment interrompu, Canning prit texte de ce qu il venait de dire, pour démontrer que c était seulement en assurant le paiement des dépenses présentes, quon pouvait prévenir la nécessité den faire de nouvelles et de plus grandes que toute la prévoyance humaine ne pourrait calculer, et qui! n'avait parlé tïéconornie que dans ce seus* L assentiment de la Chambre lui ayant prouvé qu’il avait été parfaitement compris, Canuing ajouta « qu'il nj avait pas un seul article qu’il ne consentît à discuter dons tous ses détails, et que, quant aux omissions reprochées au discours du trône, les membres de la Chambre avaient le droit de demander, toutes les fois qu’ils le jugeaient nécessaire, la discussion des objets dont il nétait pas fait mention dans ce discours*» Il termina ces observations en déclarant que l'administration ne présenterait de proposition d’aucun genre, relativement a Tirlande, niais qu'il était disposé a agir, à cet égard, ainsi ‘quil lavait toujours fait* Que
1 L'étendue de cc discours ne permet que d'en donner ici un extrait; mais les citations renferment ce que le discours présente de plus remarquable.
du reste, il était parfaitement d’accord avec M. Brougham sur tout ce qui regardait ce pays.
De nouvelles acclamations s’élevant à ces dernières paroles, dont la vérité fut confirmée par M. Brougham. Plusieurs membres de l’opposition, et particulièrement sir Robert Wilson , ayant ensuite parlé sur feu semble du discours que venait de prononcer le ministre, sir Robert lit le plus brillant éloge de son système, de sa personne et des services qu’il avait rendus depuis quelques années à F Angleterre «relevée par lui», dit-il, a du mépris où la politique de Gastlereagh l’avait fait tomber aux yeux de l’Europe, au plus haut degré de splendeur où elle pût parvenir. » 11 rappela le voyage que venait de faire Canning dans la capitale de la France, et dit « que ce ministre avait dû éprouver un noble sentiment d’orgueil en voyant tous les hommes honnêtes, amis de la liberté constitutionnelle , et dont le suffrage peut être compté pour quelque chose, applaudir unanimement a sa conduite. « Il a obtenu plus encore, » ajouta sir Robert Wilson, « il a réussi h se faire respecter de ceux-là même qui étaient ses adversaires, et qui u f avaient pas rougi de le dépeindre comme un homme qui trahissait les intérêts de son pays. »
Ainsi disparaissaient les faibles restes de l opposition nationale devant un ministre qui, national lui-même et porté au pouvoir par la force
fiS HISTOIRE DU MINISTÈRE
irrésistible (les événemcns et <!e l’opinion publique, proclamait du haut de la tribune britannique, à lafacetjes cabinets absolus du continent et de leurs envoyés, que « la Grande-Bretagne était reuLrée tlans les larges voies d’une politique généreuse et libérale «et annonçait, aussi clairement que le permettaient les convenances diplomatiques, aux peuples soumis a u despotisme, quels que fussent la forme et le nom de ce despotisme «que, dans le silence désapprobateur de leurs gouveruemens, fAngleterre, sans se départir,à moins d’y être contrainte, du système de neutralité armée quelle s’était imposé, avait compris les besoins et les voeux de ces peuples, et préparé pour eux, dans un avenir prochain , un nouvel ordre social, par J affranchissement de la raison humaine. «Qui ne pouvait voir, en effet, que, pour atteindre ce but, Canning avait commencé par placer à Lisbonne, dans les états d un des alliés les plus anciens et les plus nécessaires de la Grande-Bretagne, une tribune auxiliaire de la sienne, et qui, par le seul fait de sa situation géographique, devait soumettre , à une époque peu éloignée, la Péninsule espagnole à l’influence constitutionnelle , en même temps quelle deviendrait au besoin Je point d’appui d'où il serait facile au ministre britannique de soulever un jour l’Europe elle-même, dans le cas où des résistances qu’il nétait déjii que trop possible de prévoir, rendraient la guerre indispensable à l’exécution de ses pro-
Dfcl G CA WN ING.
jets* l'ont cet avenir } si nous avons bien saisi i esprit général de cette première séance de la session de 1826, et. particulièrement celui du discours prononcé par Gaüning, se trouve clairement développé dans le procès verbal de la séance elle-même. Par une allusion adroite mais ihrecte, et dont 1 application na pu échapper îi aucun esprit intelligent, ce ministre manifestait la plus forte improbation contre le principe de toute intervention étrangère avant pour but, soi t d asservir pour 1 e p r op re co m p te d e I a p u i ssance intervenante , soit d'assurer la prépondérance duu parti sur un autre. Ko homme d état qui voyait les choses de très haut et de très-loin, il déclarait que, pour une nation placée dans une situation aussi dominante que l’était 1 Angleterre, le premier de tous les intérêts était de soutenir la bonne foi et riiomieur de son pavillon: de venir au secours de ses alliés: et de protéger et faire prévaloir, dans l'Ancien et le Nouveau Monde, les principes de la liberté civile et religieuse , proclamés dans le parlement britannique ^ sans mettre en balance avec ces devoirs et tant d'avantages, quelques sacrilices d argent indispensables pour conserver on obtenir d'aussi importuns et d’aussi solides résultats, Il affirmait enfin, avec toute 1 autorité de son nom, de son expérience et de ses services, que, si l'administration n’accédait pas sans réserve au vœu exprimé par l’honorable M. Brong-
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haiT!,de réduire les impôts, c’était seulement parce que, dans la situation actuelle des deux mondes, l’Angleterre 11 e pouvait, sans de grandes dépenses , garder la position suprême qu’elle occupait, et dont elle avait besoin pour maintenir cette vaste puissance ? a laide de laquelle elle était en mesuré d’étouffer dans le monde politique le germe du mal qui, en se développant > détruirait en moins d’une année l'ouvrage d’un siècle. »
Or, nous le demandons « que iallait-il entendre par cet ouvrage d'un siècle ? si ce n était le système progressif d amélioration que l’esprit philosophique, auquel Y Angleterre et l’Europe doivent la première pensée des gouvernement représentatifs, n’a cessé d'introduire, depuis cent ans, dans toutes les parties de I ordre social? De quel autre germe du mal voulait parler Canning , que de celui dont le développement, après avoir couvert l’Espagne d’échafauds et de ruines, par Va néan tisse ment de toutes les idées généreuses et constitutionnelles , qu’il fallait seulement rectifier et approprier au gëu ie de! a nation espagnole, avait réservé les mêmes désastres au Portugal, y avait méconnu l’œuvre de l’autorité royale, avait soulevé les résistances d’une faction a la tête de laquelle s était placé le fils même du monarque; et avait été chercher , jusqu'aux extrémités de VEurope, des alliés qui, heureusement, étaient alors assez occupés de leurs propres affaires pour ne
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plus interveruir dans celles «tes autres? Et est vrai qu'un instant île baisse dans les fonds britanniques fut la conséquence de la franche et noble déclaration faite à la Chambre des communes par le secrétaire d’état des allai res étrangères , mais cela ne pouvait être autrement, au milieu de circonstances aussi graves, aussi diversement appréciées, et dans un pays dont presque toute la politique, fondée sur les intérêts de son commerce, se discute à la Bourse, \ ingt-quatre heures suffirent néanmoins pour rassurer les esprits. Toutes les intrigues tombèrent «levant la confiance qu’inspirait le ministre national, et les fonds publics , un moment ébranlés par le froissement inévitable des intérêts particuliers et secondaires, au milieu du mouvement rapide des grands intérêts d’état, se relevèrent promptement. Les explications données par Canning parurent sans réplique, même à celui des membres île l’opposition (M. Brougham) qui, après avoir élevé la question d'économie , avait abandonné sa proposition; et une majorité de cent sept voix contre vingt-quatre confirma le triomphe du secrétaire d’état des alfaires étrangères.
Pour se faire une juste idée de la grande influence que peuvent exercer les circonstances les moins importantes en apparence , sur les transactions diplomatiques les plus graves, et en même temps du degré de confiance qu il faut presque toujours attacher aux protestations p.v
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citiques des journaux officiels des cabinets absolus de l’Europe et des agens diplomatiques de ces cabinets, il suffira de remarquer que pendant les mois de septembre, d’octobre et de novembre 1826, c’est-à-dire alors même qua Londres, a Paris, à \ieûne, à Lisbonne, îi Madrid et a Saint- Pétersbourg, Ganning employait toutes les ressources et tous les efforts de sou génie, appuyé de 1 influence et des forces de terre et de mer de la Grande-Bretagne, pour conjurer une guerre générale, qu’un seul acte hostile , ouvertement émané du cabinet de Madrid contre le Portugal aurait, du propre aveu de ce ministre, infailliblement allumée; dans ce même moment les journaux et les âge iis dont nous venons de parler, ne cessaient d’affirmer, dans leurs colonnes et dans leurs discours, que « jamais la paix européenne n’avait été établie sur des bases plus solides; quen aucun temps il n’avait existé entre les gouvernemens moins de causes de mésintelligence et de division; et quenfin, â aucune autre époque , depuis 1 etablissement de la sainte - alliance (qui a laissé pendant sept ans répandre, eu Orient, plus de sang chrétien que n en ont coûté , pendant vingt-trois , dans toute l’Europe, les guerres de la révolution et de l’empire ) une conformité plus parfaite d’intérêts, desentimens et de vues ri avait régné parmi les cabinets! » Puisse ce rapprochement qui résulte
DE G. C AN N I NC.
si naturellement de la séance des communes britanniques du 22 novembre et des réflexions qui précèdent, faire naître, dans l’àme de ceux qui se jouent avec tant d'impudeur de la crédulité publique, nou pas un remords, nous ne Fespérons pas, mais une réflexion bien simple, faite dans l’intérêt même de leurs comraettans, et confirmée par une expérience journalière:
c’est que, par l’exagération et souvent la mauvaise foi avec lesquelles ils se croient obligés de défendre les principes et la politique des cabinets dont ils sont chargés d’exprimer la pensée, ils sont tombés dans un tel discrédit auprès de toutes les classes de la société, accoutumées à réfléchir et k comparer, qu’une dénégation de leur part équivaut à une affirmation-, et que^ dans leur bouche, déclarer un fait faux c’est à peu près eu constater l’authenticité.
De nouvelles mésintelligences ayant éclaté , vers la fin de 1826, entre l’Angleterre et les États-Unis d’Amérique, relativement au commerce entre les colonies anglaises et ces Etats, Canning prit pour base de la correspondance qui eut lieu entre le ministre des Etats- Unis et lui, sous les dates des 26 août et 11 septembre de cette année ; que la métropole avait le droit de régler les relations de ses colonies par une législation particulière. D’autres démêlés s’étant élevés ensuite avec le même pays au sujet des prétentions formées par 1 état du
Maine, appuyé par l'Union, sur la possession d’un territoire quon avait regardé jusque-là comme partie intégrante delà province de New-Brunswick ? dont les habitans, membres actuels de la milice de cette province, ont toujours reconnu la souveraineté de la Grande-Bretagne, celle-ci insistait d'autant plus sur la conservation de ce territoire, qu i!était à la fois pour elle un moyen de défense et de communication d'hiver avec le Canada, Canuing, qui attachait une grande importance à ce qûil ny eût rien de changé dans ce qui avait existé jusque-là, parce que, de cet état de choses dépendait , pour l’Angleterre, la conservation éventuelle de cette colonie, repoussa avec beaucoup de force les prétentions élevées £ar le gouverneraent des Etats-Unis, ce qui excita , de la part de ce gouvernement, un mécontentent très-vil contre le cabinet britannique et contre Gaimiug en particulier, qu’on accusait spécialement de setre obstinément refusé à toute sorte d accommodement.
L’événement qui acheta d ouvrir les yeux de Ganuing sur la perfidie et rintpuissance du ministère français (car il ne lui restait [dus de preuves à acquérir sur la conduite du ministère espagnol ) lut 1 invasion des provinces du Portugal attenantes a l’Espagne, effectuée du 19 au 24 novembre 1826, par les émigrés portugais , auxquels s : étaient réunis quelques régimens espagnols en garnison sur les frontières , et dont les
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chefs avaient reçu des ordres directs de Madrid. La complicité.du gouvernement de Ferdinand, instrument du parti apostolique d’Espagne et de France , était matériellement démontrée; quatre camps avaient été organisés pour y rassembler des déserteurs rebelles, envoyés dans ce dessein en Espagne par les conspirateurs de Madrid et de Lisbonne. Ces camps étaient placés à Lugo (Galice), à Toro, à Badajoz (Estrainadure), et à Caja (Andalousie). Formés en trois colonnes, enrégimentés, vêtus, nourris, armés par l’Espagne; ayant à leur tête les mêmes chets qui, le 30 avril 1824, avaient privé Jean VI de sa liberté n’ayant pu lui ôter la vie, les rebelles étaient entrés au nombre de quatre mille dans la province de Tras-os-Montes et d’Alentejo, proclamant partout l'infant dou Miguel roi, et mettant îi mort quiconque était connu par son attachement ;i la cause constitutionnelle. Lès le 3 décembre . le marquis de Palmella , ambassadeur de Portugal près la cour de Londres, avait remis à Canning une note qui contenait la récapitulation des obligations contractées par la Grande - Bretagne envers le Portugal, dans différées traités remontant à cent cinquante ans, et l’énumération des aggressions de l’Espague, qui réclamaient 1 intervention de l'Angleterre. En réponse à celle note, Canning se contenta d’envoyer au marquis de Palmella , le I I décembre, à l'issue de la séance
/u histoire du ministère
de ce jour, le message du roi, qui venait d’être communiqué aux deux Chambres, en ajoutant, à cet envoi 1 offre d'un vaisseau de ligne pour porter immédiatement ce message à Lisbonne.
Les .renseignemens abondaient "déjà de toutes parts sur les causes de cette révolte, et les documens diplomatiques qui démontraient la liaison intime du ministère français et du ministère espagnol, dont la faction absolutiste et apostolique était le lien, étaient sans doute trop positifs et tro P authentiques pour qu'il fût possible à Cauning de conserver le plus faible reste d’incertitude sur leurs secrètes intelligences relativement aux affaires de Portugal ; mais alors encore , la. prudence et la parfaite connaissance qui! avait du caractère personnel du premier
ministre français,-des difficultés de sa situation,
des démens dont se composait le cabinet des Tuileries, et par-dessus tout de la crainte qu’avait ce cabinet de s’engager dans une guerre avec I Angleterre, lui prescrivaient une grande réserve, et lui faisaient, en quelque sorte, une nécessité de paraître beaucoup moins bien inform <- qu il ne 1 était en effet, du double rôle que les deux cabinets jouaient avec lui. Cette nécessite était encore d'autant plus commandée à Canniug, que la simple lecture du journal ministériel français, qui ne désignait que sous les noms il intrigue et de malentendu , l’attaque à main armée, dirigée par l’Espagne contre le
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Portugal, lui prouvait le soin et 1 importance que Ton mettait à lui faire prendre le change sur le but et les véritables auteurs de ces événemeus. Assuré qu'il était de faire agir, quand il le jugerait convenable, le cabinet des Tuileries dans le sens qui conviendrait à sa politique, par des promesses ou des menaces faites a propos , le temps n’était pas venu , mais il était prochain , ou les ménagemens cesseraient d'être nécessaires. Jusque-là il avait besoin d’inspirer autant de confiance qui] en éprouvait peu, et de laisser croire qu'il était lui-même disposé h faire de grands sacrifices au maintien «Tune paix dont il espérait bien , dans peu, dicter en maître les conditions.
En attendant, Cannîng fit présenter, vers le milieu de novembre, deux dernières notes à la cour de Madrid ; par la première, on demandait* à cette cour de répondre catégoriquement par oui ou par non, si elle voulait exécuter, sans retard % la convention relative aux rebelles portugais.
Par la seconde , ou rappelait à la même cour que par ses traités avec le Portugal la Grande- Bretagne était obligée, eu cas d’agression étrangère, de soutenir cette puissance avec ses forces; et que, dans fétat actuel des choses, il était impossible de considérer sous un autre aspect, l’attaque du territoire portugais, laite de vive force par les rebelles de cette nation, réfugiés en Espagne. Qu’en un mot f le casus fœderis
n'avait jamais été plus justement applicable qu’;i la circonstance présente , et que la force serait repoussée par la force.
Enfin, l’instant arriva où le cabinet britannique dut se déclarer hautement. Le 8 décembre, un courrier extraordinaire apporta au roi d’Angleterre une dépêche de la princesse régente de Portugal, laquelle, eu conséquence des événemensqui venaient d’avoir lieu dans ce royaume, réclamait l’assistance de la Grande-Bretagne. Le lendemain 9, un conseil de cabinet, auquel assistèrent tous les ministres, et qui dura près de quatre heures, fut convoqué par Canmng, chez le comte deLiverpool, retenu chez lui par une grave indisposition. Le 1Ü , le même conseil se réunit chez le secrétaire d’état des afïaires étrangères; et le 11, pendant que lord Bathurst portait à la £hambre des pairs le message royal, arrêté dans les conseils du 9 et du 10, Canning, h qui la rédaction en avait été confiée, se rendit ii la Chambre des communes, à laquelle il en donna connaissance, annonçant que, îles le lendemain, il proposerait une adresse en réponse. Sir Bobert "Wilson ayant déclaré, après la lecture du message « qu’il retirait la motion qu’il se proposait de {aire le lendemain , ue doutant pas que le parlement ne donnât au roi le moyen de soutenir son ancien allié le Portugal, ■ contre des aggressions qu’on avait supportées trop longtemps; » Canning (it observer que « ce n’était
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que lé 8 décembre soir que le gouvernement avait reçu les nouvelles qui rendaient le message absolument nécessaire, et qu’un seul moment n avait pas été perdu. » Il demanda ensuite l'ajournement de la Chambre au lendemain, ce qui fut arrêté sans réclamation.
Voici le message dont la lecture produisit tin effet électrique sur la Chambre, et fut suivi des acclamations les plus vives et qui se prolongèrent long-temps.
Message du roi d'Angleterre,
George, roi. — S. M. informe la Chambre des lords et celle des communes que S, M. a reçu un message pressant de la princesse régente du Portugal, qui réclame, au nom des anciennes obligations d’alliance et d’amitié qui subsistent entre S. M. et la couronne de Portugal, l’assistance de S* M* contre une agression hostile de la part de l’Espagne.
» S, M. a fait, depuis quelque temps, tous ses efforts , conjointement avec son allié le roi de France, pour prévenir une telle agression, et la cour de Madrid a donné des assurances répétées de la détermination de S. M. catholique de ne commettre ni de laisser commettre aucune agression contre le Portugal, venant du territoire espagnol.
>! Mais S. M. a appris avec un profond regret
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que ? malgré ces assurances, des incursion^ hostiles sur le territoire du Portugal ont été concertées en Espagne, et exécutées sous les yeux des autorités espagnoles, par des régimens portugais qui avaient déserté en Espagne, régimens que ic gouvernement espagnol setait solennellement ? et a plusieurs reprises, engagé ù désarmer et à disperser.
w S* Mi n épargne aucun eflort pour faire sentir au gouvernement espagnol les dangereuses conséquences de cette connivence ouverte*
» S. M* fait cette communication aux Chambres ? dans la pleine et entière confiance quelles concourront cordialement, et lui donneront leur appui, pour maintenir la foi des traités, et pour garantir des hostilités étrangères la sûreté et f indépendance du royaume de Portugal, le plus ancien allié de la Grande-Bretagne, »
Le lendemain 12, à 1 ouverture de la séance, Garnijng proposa la lecture de Tordre du jour pour prendre en considération le message du mi, communiqué la veille h la Chambre. Il dit que « les ministres ayant ordonné des mesures qui pourraient peut-être amener une guerre, il était de leur devoir de donner aux Chambres des explications sur les motifs qui les avaient fait agir ainsi. » Abordant ensuite le fond de la question, il commença en ces ternies l 1 un des discours les plus étonna ns par 1 audace des pensées, les allusions directes, les aveux accabla ns
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et les effrayantes révélations dont ait jamais retenti la tribune britannique 1 .
rc Je puis assurer la Chambre qu il n'y a pas une classe quelconque d liontiïÆs plus convaincus que les ministres de S* M. , et personne plus que celui qui s adresse a la Chambre en ce moment, de i importance vitale de la paix pour ce pays et pour l'Europe.
» Je déclare que ce sentiment fait sur moi une impression profonde; qui! ny a pas dé considération d’avantages futurs, qu’il ny a pas de perspective de danger éloigné qui pût me porter à demander k la Chambre d entrer dans une guerre ; mais je sens ce qu ont senti les meilleurs
i Ce discours, dont la traduction affaiblit nécessairement L'énergie, est peut-être, de tous les discours qu'a prononcés Cannitig, celui qui, par l'application immémédiate et hardie des principes qu'il proclamait depuis quelque temps à la tribune britannique , a causé la plus profonde sensation en Europe, ïl explique, mieux que ne pourrait le faire Thistorien lui-même, la gravité et la complication des conjonctures politiques dans lesquelles se trouvait alors le midi de l'Europe, ainsi que la pensée intime du ministre britannique qui en jaillit à tout instant et malgré lui-même. Cette pensée présente des contradictions évidentes dans quelques-uns de ses développemens, par h difficulté qu éprouvait Cannbg de parler plus clairement sur une matière aussi délicate dans une assemblée nombreuse, qui recueillait jusqu'à la moindre de ses expressions. Jamais, en effet, une entière franchise ne lui avait été plus impossible qtte dans un moment où, bien que fermement convaincu de la connivence du
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hommes d état de ce pays : c’est qu’il y a deux positions différentes dans lesquelles on ne peut agir autrement que nous le faisons aujourd’hui; c-est quand Flionneur national et la foi publique sont compromis, La question maintenant agitée devant la Chambre touche a Fun et à l’autre de ces intérêts ; autrement je n'attendrais pas avec tant de confiance la réponse de la Chambre au message du gouvernement. Afin qu’on comprenne clairement sous quel point de vue il faut que le parlement envisage Faffaire qui a donné lieu au message, j’exposerai brièvement quel le est a la Fois une question de droit et une question de fait.
» Il est impossible que le parlement ou le gouvernement, après avoir tout examiné, puisse la
cabinet des Tuileries avec celui de Madrid, de nouvelles communications confidentielles venaient de lui être faites de la part du président du cabinet français, qui, espérant se soustraire tout ensemble aux exigences du ministre anglais et de la faction apostolique , trompait il la fois tous les deux, cri les assurant qu'ils n'avaient pas d’allié plus fidèle que lui. Toutefois, nous ne nous rappelons aucune circonstance dans la vie de Canning oit il se soit affranchi davantage de la circonspection diplomatique» Après avoir rendu compte des faits , nous reviendrons sur ce qui nous paraît mériter dans ce discours, où tout est remarquable , une attention plus particulière. Avant de le lire, et pour le bien comprendre, il est essentiel de se pénétrer de l’esprit de cette note.
regarder comme n étant pas une question de droit national. De toutes les alliances que ce pays a faites, à des époques diverses, avec des nations étrangères, aucune n’est aussi ancienne, aucune n’a été aussi stable, il n’en est aucune dont les obligations soient si précises, aucune qui se rattache autant aux époques brillantes de notre histoire, que l'alliance entre la Grande- Bretagne et le Portugal.
» Si nous tournons les yeux vers le passé, nous verrons que cette alliance a survécu à tous les conflits desévénemens, et quelle est plus ancienne que l’époque où la maison de Bragance est montée sur le troue, et où le Portugal lui-même est. devenu un pays indépendant.
» Depuis ce temps, jusqu’au moment actuel, l’alliance a été maintenue au milieil des circonstances les plus difficiles.
» Quand la foidesauLres nations a été ébranlée, quand plusieurs nations, en dépit des traités, ont fait la guerre à l'Angleterre, le Portugal est resté ferme et a partagé avec nous la gloire de nos succès*
M Cette h 11 lance nous a été quelquefois a charge, et souvent on a demandé que 1 Angleterre s’en délit, puisque, au lieu de nous être utile, elle nous était préjudiciable; mais un sentiment de sympathie nationale, et dautres considérations d une importance secondaire ont toujours empêché que ce pays préférât ses propres intérêts a
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l'honneur et à ln gloire de conserver une amitié inébranlable h un ancien et fidèle allié. À diverses époques, des traités et des alliances ont été laits entre ce pays et le Portugal.
» Le dernier traité a été fait quand les souverains étaient assemblés à Viennej et ont formé le pacte de l’Europe moderne, qui constitue maintenant le droit publie des nations. Par ce traité, Y Angleterre a renouvelé ses anciennes obligations, et sest obligée à secourir le Portugal, et à défendre ses droits, ses privilèges et son indépendance.
» La liberté de notre allié est attaquée; que la chambre juge si, d’après les conditions du traité de Vienne, nous ne sommes pas impérieusement obligés de venir à son secours. Cependant, avant d’entrer en d'autres détails sur ce point, je lirai à la chambre îe troisième article du traité de Vienne, signé le 22 janvier 1815.
« Le traité de Rio-Janeiro, conclu le 19 février 1810, n’était que provisoire, et fait d 7 après les exigences de l’Espagne; ledit traite est annulé en entier par le présent, mais sans porter préjudice à ce traité d’alliance ‘et d’amitié qui a subsisté si long-temps et si Heureusement entre les deux parties contractantes, et qui est encore en vigueur. »
n Afin de mieux comprendre les effets de ce traité, la chambre me permettra de donner quelques explications.