‹ Histoire du ministère de G. CanningChapitre 8 sur 36 · DE G. G ANN 1 K G · texte numérisé non relu

DE G. G ANN 1 K G

senter,c était au moment du congrès de Vienne, quand les puissances de l'Europe ont reconnu les anciens traités entre T Angleterre et le Portugal, comme existons.

Mais , je n’appuie pas mes argumens sur un article quelconque d’aucun ancien traité ; je les appuie sur celui de Vienne.

» Ainsi, je rapporte les cas d’obligation morale aussi bien que politique, et je ne craindrai pas de dire, car j’en ai le droit, qu’au moment où le Portugal,prévoyant Poràge qui se préparait, appela le gouvernement anglais ù le secourir, nous n’avons pas hésité k reconnaître notre obligation de le faire, si le casus fœderis arrivait. Ainsi, quel que soit le délai que l’on mit a répondre, le retard ne provint d'aucun doute de la nécessité où nous étions de secourir le Portugal, mais d’une ignorance de fait, si le cas propre était ou non arrivé.

» Dans cette partie de rnon rapport, j’ai répondu, je crois, incidemment k une objection qui a été faite relative nient k la conduite du gouvernement de S. ML, comme si aucun délai extraordinaire n’avait eu lieu.

» Le fait est que le 3 décembre seulement je reçus de f ambassadeur portugais la demande directe de secours de la part de son gouvernement. La réponse donnée alors fut que, quoique des bruits nous fussent parvenus par la France et par d’autres par lies du continent, sur les

événemens qui ont eu Heu en Portugal, cepen^ dant nous n avions pas ces renseignemens exacts, cette notion précise des faits nécessaire pour faire une communication au parlement,

» Ce fut seulement vendredi dernier que cette information authentique arriva. Le samedi, la décision du gouvernement fut prise; le dimanche, cette décision reçut la sanction de S, M.; le lundi, elle fut communiquée par un message au parlement; et, a l'heure que j ai l'honneur de parler à cette Chambre, les troupes sont en marche pour le territoire portugais. Je crois, d’après cela, qu’on ne peut imputer aucun délai répréhensible au gouvernement, (Cette déclaration fut accueillie par un mouvement unanime d’enthousiasme.)

» Mais de l’autre côté,(quand cette réclamation si claire , si obligatoire, si grave h cause de ses conséquences possibles, nous parvint sans aucun doute, il était du devoir du gouvernement de S. M. de ne rien donner aux on-dit ; ainsi, tandis quon admettait la force entière de lobligatiou de secourir, il fallait en même temps attendre que le moment d’agir fût arrivé. Permettez-moi d’ajouter que, dans ce pays-ci, nous luttons contre beaucoup de désavantages à l’égard de ce qui se passe à l’extrémité du royaume portugais. Nous recevons nos nouvelles par la voie de Madrid où les événemens sont dénaturés pour favoriser quelque acte de politique partielle, ou bien nous en sommes redevables è la presse

de France f et tout gentleman qui connaît ses productions ? doit savoir quelles sont défigurées, en divers sens, dans la vue de cacher la vérité entière; et, quoique leurs rapports puissent avoir une base de vérité, cependant aucun homme raisonnable ne se hasarderait k croire explicitement au rapport des journaux de France.

» Nous fûmes donc dans la nécessité d’attendre des informations authentiques, pour être en position de nous présenter devant le parlement avec des documens de confiance.

» Quand les Portugais ont réclamé autrefois des secours de ce pays, le pouvoir régulier et constitutionnel de la monarchie était déposé dans le cœur du souverain : l’expression de sa volonté était mie garantie suffisante ; mais dès que la constitution a été modifiée, il était du devoir du ministère anglais de s’informer si la demande de secours venait des autorités légales et compétentes. Avant de souffrir qifun soldat anglais mît le pied sur le territoire portugais, j’ai dû me convaincre que la demande faite par le pouvoir exécutif a été sanctionnée par les autorités constitutionnelles; ce n’est que ce matin que j ai reçu communication de la sanction des Chambres portugaises.Les ministres, en prenant plus tôt des mesures, auraient agi avec précipitation ; ils oui montré toute disposition a secourir le Portugal ; mais ils ont pris les précautions convenables, afin de ue point compromettre ce pays, en Fenga*-

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géant dans îles mesures inutiles, ou en exposant ses troupes à être mal reçues à Lisbonne. «

Canniog fit alors lecture, à Vappui de ces assertions j d’un extrait des dépêches de sir W. À’Court, datées du 21) novembre: puis il continua ainsi son discours , fréquemment interrompu par les plus vives acclamations parties de tous les points de la salle :

« Le jour après l’arrivée des nouvelles de feutrée des rebelles dans le Portugal, le ministère a demandé que les Chambres accordassent au pouvoir executif une extension de pouvoirs et la permission de demander des secours étrangers. Les Chambres ont accordé ces demandes par acclamation. Tout le monde a montré la plus grande ardeur dans cette occasion. Bans la Chambre des pairs, on s est levé en corps, et on a déclaré quon était prêt à marcher en personne, pour repousser I invasion. Le duc de Cadaval, président de la Chambre, a été le premier à faire cette déclaration 7 et le ministre qui m'a rendu compte de ce qui s est passé dans cette occasion, ma dit que ce spectacle était digne des plus beaux jours du Portugal,

«Ainsi donc, la sanction constitutionnelle étant accordée ii la demande des troupes auxiliaires, il faut examiner maintenant si le CÛSUs fœdetis a eu lieu,

» 11 est constant que des bandes de Portugais armés et pourvus de tout ce qui est à l'usage de

DF, G. CJtNNIPîG.

!;i guerre , ont passé la frontière. La demande de secours a été occasionée par l'attaque dirigée sur Villu-Viciosa. L’attaque 'faite sur la province de Tras-os-Moutes, n’a été connue officiellement que ce matin. Ce dernier fait appuie singulièrement les mesures que les ministres proposent. Si quelques bandes armées avaient dépassé la frontière sur un seul point, on aurait pu dire avec quelque vérité que cela se faisait malgré l'Espagne; mais quand on voit qu’une attaque générale et concertée se dirige contre le Portugal, sur toute la ligne de sa frontière, on ne peut plus douter que cette agression ne soit l’acte de l’Espagne. On ne fait que chicaner en disant que l’Espagne n’a pas agi hostilement contre le Portugal, parce qu’il n’y a pas d’Espagnols parmi les troupes de l’invasion.

» Nous ne désirons pas nous mêler des affaires intérieures du Portugal, ni intervenir entre deux partis; mais, dans l’occasion, ce serait sanctionner une morale bien relâchée que d’éluder l’obligation de secourir notre allié, en prétextant que des Portugais seuls l’attaquent, permettant ainsi que ces réfugiés renoncent à leur patrie pour aider les vues d’une autre nation, et qu’ils reprennent ensuite leurs droits de citoyens, quand cela conviendra à leurs projets. »

Canning ayant fait observer ici qu’il en avait assez dit pour mettre la Chambre a même de juger la question, ajouta : qu’il croyait devoir

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encore entrer dans quelques détails, afin que la Chambre n'ignorât rien. Il résuma alors, en ces termes , les derniers événemens arrivés au Brésil et dans le Portugal :

« Sir Charles Stuart, dit-il, avait été chargé par l’empereur dou Pedro de porter en Portugal la constitution qu’il venait d’accorder à ce royaume. Le gouvernement britannique a senti que , pour ne pas être soupçonné d’être l’auteur de cette constitution, il fallait rappeler celui qui avait été chargé de la porter. Je 11 e jugerai pas cette constitution, quoique je sache très-bien ce qu’il faut en penser; je dirai seulement : puisse cet essai delà liberté constitutionnelle être heureux ! »

Poursuivant son discours, Canning dit ; « La France a fait à l’Espagne des représentations non moins fortes que celles faites par l’Angleterre, et l’ambassadeur de France a déclaré que l’Espagne ne pouvait pas compter sur l’appui de la 1‘ rance, si elle agissait contre le Portugal A »

» 11 n existe donc pas de raison pour supposer que la l J rance u a pas été sincère dans ses efforts, pour contraindre l’Espagne à remplir ses engagemens, et la justice exige que je déclare que la

1 On peut juger, par cette déclaration, si évidemment contraire aux sentimens connus et à la conduite de cet ambassadeur (le marquis de Moustier, créature de M. de \illele) , quel rôle on faisait jouer à la France dans cette affaire.

France a fait tout ce qu'il lui a été pôssible de faire, afin d’empéclier celte agression contre le Portugal. Eu dernier résultat, tout en voulant éviter la guerre, je ne la redoute pas cause de l’Angleterre , mais à cause des conséquences terribles quelle pourrait avoir pour l’Europe. Au reste, quand je p^nse au pouvoir immense de ce pays , et à l’influence qu’il exerce sur le monde, il me sulllt de jeter les yeux sur l’état de l’Europe, pour voir, qu’accablés par les rigueurs de leurs gouvernemens , les mécontens de toutes les nations sont prêts a se ranger du côté de l'Angleterre. Je souffrirai beaucoup, et je souffrirai long-temps, je souffrirai même tout ce qui ne Loucherait pas h notre honneur national et h notre foi nationale, plutôt que de donner commencement k cette guerre qui pourrait avoir les plus épouvantables résultats.

» L’Angleterre doit observer la neutralité, nonseulement entre les hommes mais aussi entre les opinions*

h Nous allons en Portugal, non pas pour y dominer, non pour y dicter des lois; nous rfy allons que pour y planter la bannière de Y Angleterre, afin qu'aucune puissance étrangère ne puisse y établir sa domination, »

Sir Robert Wilson prit alors la parole et dit : u Lorsque S- M., en ouvrant le parlement, nous dit qu'elle recevait des assurances d'amitié de tous les princes du continent, je ne pus m’abstenir de

songer qu’il y avait un cabinet dont le carac* tère perfide devait inspirer peu de confiance* Les événement du Portugal ri ont que trop justifié nies appréhensions. J’avais une autre crainte, c’était que notre gouvernement attendît, pour se décider, que tes émigrés portugais et une armée espagnole fussent aux portes de Lisbonne. Le très-honorable secrétaire d’état des affaires étrangères n*a que faiblement développé, selon moi, nos motifs de plaintes contre TEspagne. IS est-ce donc pas elle qui a évidemment armé et équipé les réfugiés portugais? » Ici, sir Robert Wilson s'exprima sur le compte de Ferdinand VII, avec l'accent de la plus vive indignation* « Quant a la France, dit-il, elle peut être sincère dans ses déclarations; mais tant quelle occupera le territoire espagnol, nous ne pouvons nous défendre des plus justes alarmes ; je fais donc des vœux ardens pour l'évacuation. C’est alors que nous saurons ce que veut réellement la nation espagnole. Je souhaite au reste, que Impression de ma pensée, à 1 egard de la retraite des troupes françaises, ne soit pas interprétée comme un désir de provoquer la mésintelligence : si nos ministres peuvent éviter au peuple anglais le fardeau de la guerre, qu’ils le fassent; mais s'il faut prendre les armes, la cause sera belle ? puisque nous avons pour nous Dieu et la justice* >3 Les plus vifs applaudissemens se firent entendre a ces mots.

Sir Robert Wilson ayant cessé de parler, plu-

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