‹ Histoire du mobilierChapitre 14 sur 77 · MEUBLES TLAQUÉS AVEC APPLIQUES DE PORCELAINE · texte numérisé non relu

MEUBLES TLAQUÉS AVEC APPLIQUES DE PORCELAINE

Il faut le répéter encore, il n’est aucune classification qui ue soit boiteuse; entre la fin du règne de Louis XY et le commencement de celui de Louis XYI, il n’y a certes pas de transition marquée ; le meuble assagi, de style à la reine, continue à se montrer avec ses marqueteries éehiquetées et ses bronzes finement ciselés. Louis XY, fondateur de la Manufacture de porcelaine de France, n’avait certes pas négligé de faire encadrer les plaques à bouquets, bordées de bleu turquoise, dans les meubles qui l’entouraient ou qu’il offrait en présent. Pourtant, c’est plus particulièrement sous Louis XYI et au moment où le bois d’Amboine, l’acajou moucheté et ronceux, remplaçaient les mosaïques marquetées, que la porcelaine et les camées de Wedgwood s’incrustaient dans les panneaux, les frises cl les tiroirs des meubles; il est donc permis, pour s’entendre, de qualifier les placages avec décor

céramique du nom de celui qui les a particulièrement aimés et patronnés.

En fait, l’époque Louis XYI est celle où l’ébénisteric a le plus usé de ses ressources et multiplié les genres. L’acajou massif était en usage dès l’époque de madame de Pompadour, mais on n’y trouva qu’un auxiliaire de plus et la pratique de la marqueterie n’en reçut aucune atteinte; elle se continua, même dans ses excès, sous Louis XVI, et le charmant secrétaire de M. le docteur Voillemot en fournit la preuve par ses médaillons à sujets, ses arabesques et scs groupes de fleurs ; les bronzes d’un fini minutieux dorés à l’or mat, indiquent le rang distingué qu’occupait cette pièce dans la production générale. Non-seulement on faisait concurremment alors des incrustations et des placages, mais on employait les bois massifs, de l’ébène à l’acajou, et même les panneaux de laque venus de l’extrême Orient.

Il faut donc chercher la vraie caractéristique de l’époque un peu dans les formes et surtout dans les bronzes. Nous avons dit combien étaient remarquables déjà ceux ciselés sous Louis XV, par Caffieri; mais la fin du dix-huitième siècle devait élever l’art à son point culminant : Martincourt, le célèbre Gouthière, son élève, Delarche, Jean- Louis Prieur, Vinsac et Ravrio amenaient le bronze doré au mat à une perfection que ne dépassait pas l’orfèvrerie fine; il est telle plaque de serrure, tel bas-relief dont on ferait volontiers des agrafes de ceinture. Robert le Lorrain, statuaire à ses heures, ciselait aussi le cuivre et il avait eu pour élève Sautrayqui, avec Gallien et Vassou, se signalaient dans la monture des vases, accompagnement naturel des meubles Louis XVI.

Ici se présente une remarque assez curieuse, au moment où madame de Pompadour essayait de ramener l’arL dans une voie meilleure, c’était au nom des principes sacrés et immuables consacrés par l’antiquité; lorsque sous Louis XVI on chercha la simplicité des formes et la sobriété du style, c’était encore l’antique que l’on voulait saisir; or rien n’en était plus éloigné que la coquetterie élégante, la recherche surchargée de la décoration générale de ce temps. Il devait produire un génie, Clodion, qui certes n’avait rien de commun avec la Grèce et Rome. Dans les derniers moments du règne, lorsque apparurent les caisses d’horloges sans profils, les commodes rectangulaires à colonnes engagées, en un mot ces meubles d’assez triste tournure qui ne se re-

commandaient plus cpic par la perfection manuelle du travail, on criait encore à l’antique, et l’on préparait tout simplement la voie à ce style faux et guindé qui, sous l’impulsion de David et avec l’aide de froides palmcttes et de rinceaux étriqués, devait constituer l’art grec du premier empire.

Où donc trouver, dira-t-on, la véritable caractéristique du genre Louis XYI? A nos yeux elle est dans les ouvrages qui, débarrassés des exagérations du contour, des redondances de l’accessoire, représentent bien l’esprit français du dix-huitième siècle, c’est-à-dire l’élégance distinguée, la grâce sans afféterie. Nous découvrons ces qualités dans ces tables à ouvrages, ces jardinières et consoles, ces entre-deux de croisées, ces armoires-étagères que supportent des pieds délicats à cannelures légères, que rehaussent ces cuivres sans pareils assouplis par des artistes de premier ordre, et où s’insèrent souvent, ici les queen’s ware de Wedgwood, là des plaques à sujets peintes à Sèvres, ailleurs de simples bouquets de la même porcelaine encadrés d’arabesques d’or en relief, ressortant sur le fond bleu de roi ou bleu turquoise, ou sur le rose Pompadour ou les œils de perdrix. Nous les retrouvons encore dans des porte-flambeaux à pied triangulaire et balustre cannelé relevé de rudentures que surmonte une tablette découpée, en un mot dans cette foule d’objets sans utilité réelle qui 11e sont qu’un prétexte au génie pour se manifester, une occasion pour la richesse de montrer son goût.

Page 1