LIVRE DEUXIÈME
TENTURES, ÉTOFFES
Qu’on se place au point de vue civil ou religieux, la plus ancienne parure des édifices et des intérieurs consiste dans la tenture, accompagnement des statues, des peintures et des mosaïques. Si haut qu’on remonte dans l’antiquité on peut en retrouver l’usage ; dès les temps héroïques, les femmes phrygiennes et les femmes grecques étaient parvenues à représenter des fleurs et des figures humaines, non-seulement au moyen de la broderie, mais dans le tissu même d’élégantes étoffes. Les jeunes filles appelées à faire partie de la procession des panathénées, brodaient à l’avance le voile ou péplum de Minerve, tenture énorme qui devait couvrir l’area hypèthre, c’est-à-dire construite à ciel ouvert, dans le temple de la déesse.
Homère nous montre Andromaque occupée à broder lorsque les cris du dehors viennent lui apprendre la fin tragique d’Hector. Enfin l’histoire nous a transmis le souvenir d’Hélicon et d’Akesas, célèbres brodeurs dont on conservait à Delphes de belles tapisseries : Akesas introduisait même des personnages dans ses compositions.
On pourrait multiplier à l’infini ces exemples de l’usage, aux temps antiques, des tentures historiées ; mais où l’embarras commence, c’est lorsqu’il s’agit de déterminer l’espèce du travail; Hérodote, Strahon, Arrien 11e laissent aucun doute sur la présence en Occident, bien avant Alexandre, des toiles peintes fabriquées dans l’Inde; sous les Ptolémées, Alexandrie devint le centre de l’imitation intelligente de
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tous les tissus élégants que produisaient les diverses nations du monde connu ; guidés par des artistes grecs, des ouvriers adroits copiaient, en haute lisse, les tapis ras et veloutés ornés de figures qu’on faisait à Babylone et surpassaient, dit-on, même le travail des Persans. L’Égypte eut aussi ses toiles peintes analogues à celles des Indiens.
N’ayant pas à suivre, à travers les âges, l’histoire des tissus, et à rechercher si la décoration antique a pu employer simultanément les espèces diverses dont les noms se retrouvent dans les auteurs anciens, nous allons passer directement au sujet de celte étude, la tenture appliquée;! l’ameublement. Nous adopterons d’ailleurs un ordre répondant à l’importance de chaque genre, c’est-à-dire en commençant par les tapis et tapisseries, en suivant par les broderies qui y sont presque connexes, pour terminer par les étoffes, dont l’influence sur les arts décoratifs est si visible dès les premiers temps de la civilisation.