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BEAUVAIS

Deux ans après la fondation des Gobelins, c’est-à-dire en 1664, Colbert créa une manufacture royale à Beauvais ; on y travaillait spécialement sur des métiers à basse lisse, et s’il en est sorti des tentures fort remarquables, on cherchait plutôt à en faire le centre de la fabrication des pentes, des cantonnières et des sièges, qu’une succursale ou une répétition de la grande usine royale.

L’un des plus anciens et des plus brillants spécimens, appartenant à sir Richard Wallace, offrait sur fond rouge les armes de France surmontées de la couronne royale et d’un soleil rayonnant ; au-dessous le sceptre et la main de justice.

Deux tapisseries d’une suite des chasses de Louis XIV, faite pour le marquis de Villacerf (Colbert) et mademoiselle delà Fcrté-Sennecterre, sa femme, ont été exécutées de 1696 à 1736. Elles font partie du cabinet de M. le baron Jérôme Pichon.

Sous Louis XV et au moment de la direction d’Oudry, nous trouvons des portières avec trophées pastoraux sur fond blanc ayant au bas des animaux et des oiseaux de basse-cour. Une belle bordure rouge encadre ces brillantes tentures qui font aussi partie du splendide mobilier de sir Richard Wallace.

Une autre tapisserie, à M. Maillet-Duboullay, est signée par J. -B. Oudry ; on y voit Mars debout, la main appuyée sur les armoiries du duc de Boufflers, posées sur un piédestal ; Minerve, assise de l’autre côté, est entourée de trophées d’armes et de groupes de fleurs.

Assez souvent le nom de la manufacture de Beauvais se trouve inscrit sur ses produits ; plus fréquemment encore les œuvres sont anonymes ou chargées d’une marque et d’initiales. La marque est une fleur de lis, comme aux Gobclins; quant aux initiales, elles paraissent difficilement explicables; nous trouvons AC au bas d’une composition

de Leprince représentant des Russes assis autour d’une table, près d’une tente, et écoutant une femme qui joue de la guitare; d’autres femmes assises par terre complètent l’auditoire et tressent des fleurs (appartient à sir Richard Wallace). ACCTmarque des sujets empruntés

Fauteuil en bois sculpté et doré recouvert d’une tapisserie; sujet tiré des Fables de La Fontaine. Époque de Louis XV. (Collection de M. L. Double.)

aux fables de La Fontaine (à M. Delaherche, de Beauvais). AG se trouve sur des sièges. DM. Beauvais, sur des tapisseries à bergerades (à M. Léopold Double).

Citons maintenant, parmi les plus remarquables tentures, les quatre pièces du musée de Cluny reproduisant les Travaux et les Plaisirs des champs, de Téniers. Les tinnières renommées de la Flandre ne sont

Tapisserie de Beauvais : Bergerade, d'après F. Boucher, marquée d’une fleur de lis et de l’inscription I). M. Beauvais. (Collection de M. L. Double.)

TENTURES, ETOFFES

certes pas plus parfaites comme finesse d’expression et comme harmonie d’ensemble. Ces tentures étaient conservées au château de Rosny et elles n’en sont sorties que lors de la vente du mobilier de S. A. madame la duchesse de Berry.

Les bonnes traditions de l’art se sont conservées à Beauvais et il est impossible de pousser plus loin que ne le fait cette fabrique la perfection de l’effet, le charme de l’exécution, la grâce et le goût des compositions. Tout cela est dû au talent hors ligne de M. Chabal-Dussurgey, l’un de nos plus savants peintres de fleurs, secondé par un personnel d’élite dont nous sommes heureux de citer les noms; ce sont: MM. Lefèvre, Vérité, Fallou, Dufour, Cantrel, Emile Livier, Préjean, Régimbart, Alexandre Mahu, Séné, Fontaine, Lacroix, Beaucousin, Lalonde, Caron, Paul Malm, Charles Lévêque, Derécusson, Soufflier, Jules Lévêque, Pinchon, Senau, Ducastel, Langlois, Henri Rohaut.

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