‹ Histoire du mobilierChapitre 30 sur 77 · AUBUSSON · texte numérisé non relu

AUBUSSON

Voici une fabrique établie dans le département de la Creuse, dont l’origine est ancienne et confuse ; mais à partir du dix-septième siècle les registres des archives nous ont offert pour son histoire plus de documents que pour aucune autre. Son règlement ressort de lettres patentes du 28 mai 1752, enregistrées le 2 juillet suivant; un arrêt du Conseil du 25 novembre 1767 nomme Pierre-Léonard Mergoux, assortisseur des laines et soies de la fabrique en remplacement de Jean Nouet primitivement préposé à cet office; enfin le 15 août 1775, un nouvel arrêt remplace Mergoux par le sieur François Picqueaux.

Le 17 août 1774, un nouvel arrêt du Conseil, rappelant les lettres patentes du 28 mai 1752 et un arrêt du 24 septembre 1 748, nommant Jean-François Picon, pour, au lieu et place du sieur Montezer, instruire les teinturiers d’Aubusson dans l’art de faire le grand et bon teint, règle à nouveau l’organisation de la manufacture et désigne Pierre Picon, comme remplaçant de son père, mort en 1761, en lui allouant 50 livres par an. La fabrique avait d’ailleurs ses dessinateurs spéciaux, et par arrêt du 24 septembre 1770, le sieur Roby, peintre, avait été désigné pour réparer les dessins d’Aubusson. 11 travaillait alors avec un autre peintre appelé La Corrc.

L’établissement avait pour mission de faire des tapis de pied en point de Turquie; ces tapis nous les cherchons vainement ; mais nous trouvons de charmantes tentures, l’iine, au garde-meuble, représentant une Montagne surmontée d’un pavillon chinois et au pied de laquelle est une cigogne abritée sous un pommier; en bas est écrit : MUDaubusson-Mingounat. Ne serait-on pas tenté de lire: Manufacture royale d’Aubusson? L’autre tenture, appartenant à madame Heine, offre encore un sujet chinois d’après Boucher, c’est-à-dire de ce chinois de convention entièrement inventé par les artistes du dix-huitième siècle; ici des personnages au costume singulier vaquent aux occupations champêtres près d’une habitation et dans un paysage du goût le plus fantasque.

À l’Exposition du costume, M. Bellenot avait exposé des suites qui nous ramenaient au moins, sinon au tapis de pied, au vrai style de l’ameublement; sur des fonds blancs, ou gris pâle damassé d’ornements d’un gris plus accentué, ressortaient des médaillons encadrés, suspendus par des guirlandes de fleurs ; les uns renfermaient les quatre saisons, les autres des bergerades comme le colin-maillard, les quatre coins, l’escarpolette, etc.

FELLETIN OU FEUILLETIN

Dix ans après la fondation d’Aubusson, le conseil d'État réglait, par des arrêts des 15 février et 20 novembre 1742, l’établissement d’une fabrique à l’instar de la première et destinée comme elle à faire des tapis de pied en point de Turquie ; il était ordonné à l’entrepreneur d’entourer ses ouvrages d’une bande brune inscrite du nom Feuilletin , pour les faire distinguer de ceux d’Aubusson.

La fabrique dut marcher et prospérer, car un nouvel arrêt du 24 septembre 1770 accordait de nouvelles faveurs au sieur Vergne pour le récompenser de sa fondation; il lui était permis, entre autres, de substituer une bande bleue à la bande brune d’encadrement pour éviter toute dépréciation dans le débit de sa marchandise. Ce même arrêt obligeait les sieurs Roby et La Corre, peintres résidant à Aubusson, à fournir annuellement deux dessins à la manufacture de Feuilletin ; ces dessins, dit l’arrêt, « seront en verdure sur papier en grisaille, les plans, animaux, lointains, horizons et bâtiments colorés, chacun

TENTURES, ÉTOFFES

en six pièces formant seize aunes de cours sur la hauteur de deux aunes et demie. » Chacun des dessins devait être payé cent livres.

Voilà donc encore un problème; comment cette fabrique, comme celle qui lui servait de type, passait-elle du tapis de pied à la tenture? Où sont les produits qui, pendant près de trente ans, se sont exécutés avec ce signe marquant de la bordure brune? Où sont ceux bordés en brun ou en bleu inscrits du nom Feuilletin? C’est aux amateurs à chercher ces raretés qui existent très-certainement.

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