BRODERIES — DENTELLES
Nous ne reviendrons pas ici sur ce que nous avons dit déjà de l’antiquité de l’art de la broderie, où les femmes phrygiennes étaient arrivées à une telle perfection que l’on donnait aux étoffes brodées le nom de phrygioniæ, et que l’adjectif phrygianus était employé dans le sens de brodé.
Abordant plus spécialement le but de cette étude nous arriverons à l’époque du moyen âge dont les épaves sont possibles à rencontrer pour le curieux, et dont quelques rares spécimens peuvent être étudiés dans nos musées.
M. le marquis de Laborde n’hésite pas à reconnaître, au moins pour les premiers siècles, la suprématie de l’art si ancien déjà delà broderie sur la peinture même, et la sérieuse concurrence qu’elle fit à celle-ci jusqu’à la fin du quinzième. « Je ne sais pas, ajoute-t-il, de plus grand service à rendre aux arts, que d’écrire une histoire de la broderie ; ce serait, non pas le complément, mais l’introduction et l’accompagnement obligé d’une véritable histoire de la peinture. »
Au moyen âge filer et broder était l’occupation favorite et obligée des femmes de toute qualité. Les jeunes filles nobles étaient placées auprès des grandes dames non-seulement pour y recevoir l’enseignement des hautes manières, mais pour s’y instruire dans les arts féminins que les reines elles-mêmes se faisaient honneur de professer.
Il s’établissait d’ailleurs entre les femmes du monde et celles qui
s’étaient vouées à la claustration, une émulation véritable dans la création des vêtements sacerdotaux cl des ornements religieux, et les dons se pressaient, rivalisant de richesse. 11 faut croire pourtant que des ouvrages profanes se glissaient parmi les autres, car, dès le sixième siècle, saint Césaire, évêque d’Arles, défendait aux religieuses placées sous sa règle de broder les vêtements ornés de peintures, de fleurs et de pierres précieuses. Cette prohibition, prescrite par quelques autres prélats, n’eut pourtant pas un caractère général; il y eut des couvents de femmes qui conservèrent leur manufacture d’ornements d’église, et des monastères d’hommes où cette manufacture était située à quelque distance et occupée par des femmes ; ainsi près d’Ely, une dame anglo-saxonne avait réuni des petites filles qui travaillaient avec elle, pour le compte du monastère, à des broderies et tissages dans lesquels elle excellait.
Au septième siècle, sainte Eustadiole, abbesse de Bourges, faisait des vêtements sacrés et décorait les autels de parements précieux confectionnés par elle et ses religieuses.
Un siècle pins tard, deux sœurs, successivement abbesses de Valentina, en Belgique, se faisaient remarquer par leur talent dans tous les ouvragés de femmes; elles imposaient ce travail à leur communauté comme un moyen de lutter contre l’oisiveté, peste dangereuse entre toutes.
Au commencement du neuvième siècle, nous trouvons des femmes de qualité livrées à l’art de la broderie; c’est sainte Viborade, vivant à Saint-Gai, qui décorait de belles chemises destinées aux livres sacrés du monastère ; l’usage voulait alors que l’Evangile figurât à l’office dans une enveloppe de soie, et qu’on le portât sur un linge. C’est encore Richlin, sœur de l’abbé Hartmot, qui faisait offrir par celui-ci un voile magnifique. La même abbaye recevait aussi d’Hadwiga, fille de Henri duc de Souabe, des chasubles et ornements brodés de la main de cette princesse et une aube où elle avait représenté en or les noces de Philologie.
Judith de Bavière, mère de Charles le Chauve, était aussi une excellente brodeuse. Lorsque Ilériohl, roi de Danemark, vint en 826 recevoir le baptême avec toute sa famille à Ingelheim, l’impératrice Judith qui tint la reine sur les fonts lui fit don d’une robe relevée par elle d’or et de pierres précieuses.
Grand lit en menuiserie de chêne, époque de Louis XIII. — Lambrequins et courtepointe en soie avec applications et soulachcs. — Rideaux en tapisserie de Bruxelles. (Appartient à M. À. Moreau.)
TENTURES, ÉTOFFES
Au dixième siècle la reine Adhelaïs, femme de Hugues Capet, fit don, à l’église de Saint-Martin de Tours, d’une chasuble nù elle avait figuré en or, entre les épaules, Dieu le père environné de Séraphins et de Chérubins inclinés devant lui, et sur la poitrine, l’Agneau de Dieu adoré par quatre animaux placés aux quatre coins. La même princesse offrit à l’abbaye de Saint-Denis une chasuble d’un merveilleux travail, ainsi qu’un ornement tissé par elle et connu sous la dénomination A'Orbis terrarum.
Rétrogradons de quelques siècles et traversons le détroit pour citer les femmes anglaises qui, nous dit M. Francisque Michel, bien avant la conquête, travaillaient considérablement au métier et à l’aiguille, et se montraient aussi habiles dans cette branche de l’art que les hommes dans toutes les autres. Au septième siècle, sainte Etheldreda, vierge et reine, première abbesse d’Ely, offrait à saint Cuthbert une étole et une manipule qu’elle-même avait merveilleusement brodées et décorées d’or et de pierreries.
Les quatre filles d’Edward l’ancien sont très-louées pour leur adresse à filer et à travailler au métier ainsi qu’a l’aiguille. Ædelfleda, veuve de Brithnod, duc de Northumberland, fit présent, dans le dixième siècle, à l’église d’Ely, d’un rideau sur lequel on avait retracé les actions valeureuses de son mari. Plus tard, la reine Algiva ou Emma, femme de Cnut, enrichissait le même lieu de précieuses étoffes dont une au moins avait été bordée partout d’orfroi et décorée par la reine elle-même, en certains endroits, d’or et de pierreries disposées comme en tableaux avec un tel art et une telle richesse qu’on eût vainement cherché sa pareille en Angleterre.
Après avoir mentionné ces merveilleux spécimens de Yopus anglicum, ainsi qu’on l’appelait alors, et les artistes dont les mains patriciennes en avaient rehaussé l’éclat, M. Francisque Michel voudrait pouvoir citer les modestes ouvrières qui travaillaient pour tous, et enseignaient même aux grandes dames dont les noms ont été conservés par l’histoire. Il ne trouve, pour le onzième siècle, que deux brodeuses à nommer : l’une est Alwid, qui possédait à Asbley, dans le comté de Buckingham, deux bides de terre, plus du domaine même du roi Edward le Confesseur, une demi-hide que le comte Godric lui avait octroyée pour tout le temps qu’il resterait comte, à la condition qu’Alwid apprendrait à sa fille à broder. L’autre est Leuide, mentionnée plus loin dans le
Domesday-Book comme ayant fait et faisant encore les broderies du roi et de la reine.
La perfection des ouvraiges d* Angleterre se maintint avec les années et l’on en trouve une preuve dans une anecdote racontée par Mathieu Paris. « Vers le même temps (1240), dit-il, le seigneur Pape s’étant aperçu que les ornements ecclésiastiques de quelques Anglais, par exemple les chapes de chœur et les mitres, étaient brodées en lil d’or d’une manière désirable, demanda où ces ouvrages avaient été faits. — En Angleterre, lui répondit-on. — Alors le Pape : L’Angleterre est vraiment pour nous un jardin de délices. C’est vraiment un puits intarissable; et là où beaucoup de choses abondent, on peut extorquer beaucoup à beaucoup. » Aussi le même seigneur Pape, alléché par la concupiscence des yeux, envoya des lettres sacrées et scellées à presque tous les abbés de l’ordre de Citeaux établis en Angleterre, aux prières desquels il s’était recommandé dans le chapitre de Citeaux, pour qu’ils lui fissent passer sans délai ces broderies en or qu’il préférait à toutes et dont il voulait orner ses chasubles et ses chapes de chœur, comme si ces acquisitions ne devaient rien leur coûter. Cette demande du Pape ne déplut pas aux marchands de Londres qui faisaient commerce de ces broderies, et qui les vendirent le prix qu’ils voulurent.
Toutes les broderies du moyen âge ne participent pas du luxe excessif qui, d’après le récit précédent, pouvait exciter des convoitises dangereuses pour les riches abbayes. Au onzième siècle s’exécutait le précieux spécimen qui existe encore et qui est connu sous le nom de tapisserie de Bayeux : sur une toile de lin haute de 19 pouces et longue de 210 pieds 11 pouces, une femme que la légende prétend être la reine Mathilde, a tracé les épisodes de la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Bâtard, duc de Normandie. Que ce soit à la reine ou à d’autres que ce monument soit dû, il n’en est pas moins précieux pour l’histoire en offrant une foule de détails, pour les armes et les costumes qu’on chercherait vainement ailleurs.
C’est aussi sur toile de lin qu’ont été brodées en soies de couleurs, par la comtesse Ghisla, femme de Guifred, comte de Cerdagne, les curieuses arabesques et les fausses inscriptions arabes qu’on voit au musée de Cluny. Un morceau analogue de travail et de style exposé au même musée, date aussi du onzième siècle et provient de l’abbaye de Saint-Martin du Canigou.
TENTURES, ÉTOFFES
A Quédlembourg, en 1200, l’abbesse Agnès et ses nonnes exécutaient des tapis brodés pour orner leur église.
Comme exemple de ce que produisait la peinture en broderie au douzième siècle, on peut citer les ornements épiscopaux de Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, conservés à la cathédrale de Sens et figurés dans les Arts au moyen âge; mais on prendra une idée plus complète encore des ressources de l’art en étudiant, à Cluny, l’un des Evangélistes brodé sur soie en or de Chypre ; un autre tissu orné en soies de couleurs provenant de la riche abbaye de Cîteaux ; l’étoffe de soie brodée d’or, fragment d’un ancien ornement sacerdotal provenant du monastère de Vergy, et offrant, avec la sainte Vierge, saint Pierre et saint Vivent, les figures du comte Manassès et de la comtesse Hermengarde, accompagnées de ces légendes dédicatoires : Fratres Petrus offerens super altare hoc vestimentum integrum sacerdotale; et plus bas : Cornes Manassès et Hermengardis comitissa hujus monasterii fandatores quod Vergeium dicitur , illud deo afferentes sancto que Viventio et Beatæ Mariæ , algue sancto Pelro.
Mentionnons encore le corporal en soie brodée d’or où figurent le Christ en croix entre Marie et saint Jean, la Crèche, le Père éternel, les symboles des évangiles, avec bordures d’entrelacs, de fleurs et de lis, et surtout une broderie italienne, sorte de camaïeu blanc et jaune à deux tons, offrant, dans un portique d’architecture à plein cintre, saint Jean debout nimbé et tenant en ses mains le livre des évangiles.
Au reste, l’art de la peinture à l’aiguille s’était étendu partout et, en 1295, l’inventaire du trésor du saint-siège mentionne des broderies de Venise, de Lucques, d’Espagne, d’Angleterre et d’Allemagne. Les brodeurs de Paris formaient une corporation dont les règlements, avec quelques noms, figurent dans l’ouvrage de M. Depping : Règlements sur les arts et métiers de Paris. C’est donc avec raison que M. le marquis de Laborde a écrit : « Dans tout le moyen âge et jusqu’à la fin du seizième siècle, broder était un art, une branche sérieuse, estimable de la peinture. L’aiguille, véritable pinceau, se promenait sur la toile et laissait derrière elle le fil teint en guise de couleur, produisant une peinture d’un ton doux et d’une touche ingénieuse, tableau brillant sans rellet, éclatant sans dureté. »
Ceci était vrai dès le douzième siècle, ainsi que le démontre M. Francisque Michel par diverses citations de nos anciennes poésies. Dans le
Roman de Perceval, Gauvain se présente à la porte d’une lente et se nomme; une jeune fille va chercher une œuvre sarrasinoise où il était représenté :
Si proprement avoit pourtraite L’ymage à lui et. semblant faite,
Que nulz bonis du mont n’i fausist A lui connoistre, qui véist La pourtraiture et lui ensemble :
Si très-finement le resemble.
L’habitude de broder des portraits se maintint fort longtemps ; au n° 125 de l’inventaire de Marguerite d’Autriche on voit : « Ung aultre riche tableau de la portraiture de madame, fete en tappisserie après le vif, » et nous parlerons bientôt d’une broderie où figurent Henri II et Diane de Poitiers entourés des personnages de la cour.
S’il ne s’agissait que de donner une idée du nombre et de la richesse des broderies au quatorzième siècle, nous nous contenterions d’ouvrir l’inventaire de Charles Y et de citer: «Une mitre brodée sur champ blanc et orfrasée d’or trait à images, ayant appartenu au pape Urbain Y sans doute ; une chapelle de camocas d’outre-mer, brodée à images de plusieurs histoires, une touaille parée, brodée à ymages de la Passion sur or. » Nous y trouverions encore des tableaux portatifs brodés à l’aiguille, soit : « Ung ymage de saincte Agnès de brodeure. Item ung ymage de saint George en brodeure, en ung estuy couvert de
satanin ynde Item ungs tableaux de brodeure, où sont Nostre-Dame,
saincte Katherine et saint Jehan l’Euvangéliste, en ung estuy couvert de veluyau vermeil, etc. »
Nous aimons mieux renvoyer les curieux aux choses qu’ils peuvent voir, comme le livre d’heures d’Isabeau de Bavière, classé à la Bibliothèque nationale sous le n° 1190, et dont la couverture en canevas brodé représente Jésus sur la croix ayant à ses pieds les saintes femmes, et la Cène surmontée de deux compartiments ornés. On verra encore avec intérêt, à Cluny, un fragment d’orfroi provenant d’une chape faite à Cologne, et renfermant deux des apôtres dans des encadrements à nervures, et un tissu brodé à chevrons, provenant d’une ancienne étole fabriquée aussi à Cologne.
Il nous est difficile pourtant de résister au plaisir de citer, parmi les œuvres importantes de l’époque, la chasuble donnée en 1595, par
l’abbé Étienne de Maligny, à l’abbaye de Saint-Thierry de Reims, ornement sur lequel on avait brodé la vie de la sainte Vierge.
Nous avons mentionné l’inscription dédicatoire brodée sur un ornement sacerdotal provenant de l’abbaye de Vergy ; cette habitude se prolongea et nous pourrions en fournir de nombreux exemples jusqu’au seizième siècle où nous trouvons une chape en velours blanc où est écrit : Carolus d’I Hiers decanus Carnutensis hoc me veste contexit 1522. Pareat Mi Deus! Mais nous devons citer un genre d’inscriptions tout différent ; c’est d’abord, dans l’inventaire de Charles VI, « une ceinture d’un tissu de soie où est escripte l’Évangile sainct Jehan » et surtout cette robe de Charles’ duc d’Orléans sur les manches de laquelle était, nous dit M. Francisque Michel, « escript de broderie tout au long ledit de la chanson Madame je suis plus joyeulx, et notté tout au long sur chacune desdites deux manches. On n’avoit pas employé moins de cinq cent soixante-huit perles pour servir à former les nottes de ladite chanson, où il y a 142 nottes, c’est assavoir pour chacune notte 4 perles en quarré. »
Le développement du luxe répandait déjà l’usage des broderies et les noms d’artistes apparaissent moins rares; nous en citerons quelques-uns :
1551 . Jehan Brohart, — Thevenin le Bourguignon.
1352. Étienne le Bourguignon, — Étienne Castel, et Nu Waguier, armurier du roy et broudeur.
1507. Cambio, auteur d’une histoire de saint Jean.
1587. Salvestro, brodeur du parement de l’autel de saint Jean.
1591. Robert de Varennes.
1596. Jehan de Clarcy travaillant à œuvre de bature.
1597. Jehan de Troyes, auteur d’une selle de broderie, et enfin
Jehan de Corbie, broudeur et estoffeur de boursetes à reliques.
Nous voici à une époque d’émulation pour tous les arts dérivant du dessin ; le quinzième siècle, préparé par les progrès précédents, semble animé partout de cette force de renouveau qu’on asurtout altribuée à l’Italie et qualifiée de Renaissance ; nous avons vu déjà et nous montrerons encore que cette renaissance n’est que l’accomplissement d’une évolution longuement préparée. Et ce qui le prouve c’est qu’en Ire
les quatorzième et seizième siècles le passage se fait sans secousse et s’accomplit par étapes plus ou moins longues suivant que les artistes sont plus ou moins éloignés des centres du mouvement.
Ce mouvement, les rois et les princes en étaient les promoteurs ; le luxe allait croissant, malgré les édits somptuaires qu’on lui opposait de temps en temps. On peut citer comme de merveilleux ouvrages de cette période, la chape faite, en 1454, pour le roi Charles VII, chanoine de Saint-Hilaire de Poitiers, par Colin Jolye, et qui est décrite dans le Bulletin archéologique et dans la Bibliothèque de l'École des chartes, où l’on trouve l’inventaire des autres richesses du chapitre de Saint-Hilaire ; mentionnons encore les ornements à l’usage de la chapelle de Charles le Téméraire, conservés dans la cathédrale de Berne. Les tableaux à l’aiguille continuent à se produire; à Cluny nous voyons sainte Catherine et saint André, brodés en lin, soie et or, puis deux autres tableaux en soies sur fond d’or, l’un représentant saint Christophe portant le Christ enfant, dans un édifice de style ogival ; l’autre, deux personnages civils en costume du temps de Louis XII. Les figurations de ce genre sont moins fréquentes que les sujets religieux. On remarquera encore une mitre d’évêque portant sur ses faces principales le Christ tenant le globe crucigère, la Vierge couronnée par un ange, et la salutation angélique, puis un fragment de broderie sur laine rouge, de la fabrique de Cologne, et des travaux allemands sur soie et toile, où se remarquent de beaux motifs ornementaux.
C’est probablement aussi au quinzième siècle qu’appartient une mitre de la cathédrale d’Auxerre, dont M. Francisque Michel n’ose préciser la date, mais qu’il sait être l’œuvre d’un brodeur fameux nommé Duran ou Moran; l’inventaire de la cathédrale la décrit ainsi : <( Item une mytre de soye blanche faicte à l’esguille, garnye d’orfroytz, garnie de chacun costé de quatre esmaux de Ly ranges, garny d'argent à l’entour; laquelle mytre sert pour l’evesque des tortiers et les enfans d’aulbe. »
Les autres noms de brodeurs signalés dans ce siècle sont :
1409. Andrieu de la Salle, de Paris.
1424. Guillaume Prévost, de Paris.
1 454. Simonne de Gaules, à Bourges. — Gillon Quinaude et Jehan de Moucy, à Tours.
Garniture de lit en satin blanc brodé d'applications de velours cerise ; seizième siècle. (Collection de M. A. Quevroy.)
TENTURES, ÉTOFFES
1466. Coppino de Mélina (Malines) en Flandre. — Piero, fils de Piero de Venise. — Giovanni, fils de Pelajo, de Brignana.
1470. Nicolas, fils de Jacques, Français. — Pagolo, de Vérone.
1485. Panlhaleon Conte, brodeur de Charles VIII.
1494. Girard Odin, brodeur suivant la cour.
1496. Isabeau Maire, veuve Mikelot, brodeuse du duc de Bourgogne, ayant ouvré une chambre à ornements et l’autre brochée de l’histoire du roi Priam.
Le seizième siècle n’est donc, comme nous venons de le dire, que l’épanouissement glorieux des efforts précédemment tentés, et si nous avons vu jusqu’ici apparaître quelques noms italiens parmi les brodeurs les plus renommés, il va se former désormais, dans la péninsule, de véritables écoles où viendront en quelque sorte se perdre les individualités. Milan est la ville la plus célèbre pour ses broderies, et Brantôme, dans ses Dames (jallantes , affirme que la capitale de la Lombardie jouissait de cette célébrité de temps immémorial. Florence avait aussi ses brodeurs anciens, et en 1420, dans un inventaire des joyaux de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, on trouve « une grande chappe de brodéure d’or, de l’ouvraige de Florence, faicte de histoire. » Nous n’avons pas besoin de citer Venise où Vasari signale Nicolà qu’il qualifie de rare et unique maître en broderie. Le même écrivain mentionne parmi les artistes de Vérone, Girolamo Cicogna et surtout Paolo dont il exalte le mérite; Antonio Pollaiuolo avait composé pour lui les cartons d’un ornement destiné à l’église de Saint- Jean de Florence et représentant la vie de ce saint : Paolo ne mit pas moins de vingt-six ans à exécuter ce travail qui, selon Vasari, fait au point serré, avait, outre l’avantage d’une grande solidité, celui de paraître une véritable peinture faite au pinceau. À Udine, ville du Frioul, une famille de brodeurs avait acquis une telle réputation que ses membres ne tardèrent pas cà perdre leur nom de Nanni pour prendre celui de Ricamatori (brodeurs).
Ces travaux de l’aiguille ne pouvaient manquer de s’élever à une hauteur digne de l’admiration des contemporains, puisque les grands peintres s’y associaient en fournissant des modèles; ainsi Parri Spinelli avait fait pour sa sœur, excellente brodeuse, une suite de vingt dessins empruntés à la Vie de saint Donalo; Perino del Vaga travaillait
11ISTOIKE I ) TJ MOBILIER.
pour les tapissiers de haute lisse et les brodeurs, et il composa huit sujets de l’ histoire de saint Pierre qui devaient être transportés sur une chape destinée au pape Paul 111.
L’Italie n’était pas seule d’ailleurs à se passionner pour Part de Pallas, comme on aurait dit il y a quelque cinquante ans; les dames françaises n’avaient perdu ni leur goût ni la délicatesse des anciens siècles. Ronsard, dans son ode à la royne de Navarre , dit, toujours en parlant de Pallas :
Elle addonoit son courage A faire maint bel ouvrage Dessur la toile, et encor A joindre la soye et l'or.
Vous d’un pareil exercice Mariez par artifice Dessur la toile en maint trait L’or et la soye en pourtrait.
Catherine de Médicis n’avait pu que contribuer à relever ce goût en France; habile dans l’art du dessin, ainsi que nous l’apprend Philibert de l’Orme dans ce passage : « Quand vous-même prenez la peine de protraire et esquicher les bâtiments qu’il vous plaist commander estre faicts, sans y omettre les mesures des longueurs et largeurs, avec le departiment des logis qui véritablement ne sont vulgaires et petits, ains fort excellents et plus que admirables, » elle s’était attaché Frédéric de Yinciolo, Vénitien, dessinateur des plus renommés pour les broderies; elle avait pour brodeurs en titre Guillaume Mathon et Anne Vespier, ce qui ne l’empêchait pas de travailler elle-même. « Elle passoit son temps les après-disnées, dit Brantôme, à besogner après ses ouvrages de soye, où elle estoit tant parfaicte qu’il estoit possible.» Aussi, son inventaire, si riche en étoffes précieuses, mentionne particulièrement les broderies en ronge sur toile blanche, en soies et or sur canevas au gros et au petit point, etc.
Déjà lorsque en 1521 François Ier avait voulu faire exécuter une chambre de broderie pour Louise de Savoie, sa mère, il en confia le travail à deux ouvriers en renom, Cyprian Fulchin et Etienne Brouard.
On aura une idée de ce qu’étaient ces chambres en étudiant, à Cluny, la tapisserie, la garniture de lit et les sièges brodés aux armes
TENTURES, ETOFFES
et devises de Pierre de Gondy, cardinal archevêque de Paris en 1587, et qui proviennent de son château de Villepreux.
Pourquoi faut-il que le même musée nous offre sans aucun nom d’artiste le merveilleux morceau brodé en soie, or et argent, d’après les dessins de Raphaël, et représentant l’Adoration du veau d’or. Cette pièce qui, assure-t-on, faisait partie d’un ensemble commandé sons le nom de meuble du sacre, ne pouvait émaner que d’un brodeur en renom.
Cette indifférence est d’ailleurs un fait général qui n’a fait que s’accentuer davantage dans les siècles suivants; on voulait obtenir une œuvre parfaite, on cherchait qui pouvait l’exécuter, sans rendre hommage à l’effort en le payant par la renommée. C’est donc toujours parmi les anonymes qu’on trouvera à Cluny des tableaux de la vie des saints martyrs, sortis de l’école de Florence.
L’école française s’était montrée sans rivale, à l’Exposition du costume dans les merveilleuses pièces appartenant à M. Spitzer, et dont l’une représentait Henri II entouré de sa cour assistant à un combat de chiens contre un ours, et Diane de Poitiers donnant le signal de la fin de la lutte; costumes, portraits, tout, dans ce travail, était fait de main de maître.
Quant aux ornements religieux chargés d’orfrois à figures, le nombre en est considérable, et sans rappeler ceux qui entouraient le tableau, dont il vient d’être question, on peut encore renvoyer au musée de Cluny où des chapes montreront la résurrection, les saints, les apôtres, la Vierge dans sa gloire, etc. Ou y remarquera une belle chasuble ornée du collier de Saint-Michel, et une chape en velours brodé d’or avec orfrois à figures, provenant de l’ancienne abbaye de Cluny. Non moins digne d’attention est une chasuble en damas vert brodé de sujets variés, tels que le baptême, l’intronisation d’un évêque, la salutation angélique et l’exorcisme, et une dalmatique en velours brodé de fleurs de lis, relevée également d’orfrois à figures. Enfin, comme procédés particuliers on étudiera une garniture d’autel d’origine italienne, brodée en soie sur fond de jayet blanc en couchure, el une autre pièce d’autel où, sur un fond de jayet d’or, ressortent des arabesques en jayet de couleurs variées également obtenus en couchure.
Si les noms des brodeurs du seizième siècle sont rares, nous avons
pourtant à en citer quelques-uns, indépendamment de ceux qui précèdent ; ce sont :
1502. Jehan de Bruxelles. — Jehan Perrault, d’Amboise, qui, vers la moitié du siècle, exécutait le bel Ecce liomo du musée de Lyon.
1568. Jaspart Dufossé, de Lille.
1596. Pierre Baltus de la même ville.
Nous empruntons ces derniers noms au livre de M. Houdoy avec d’autant plus de plaisir qu’ils répondent à une assertion de M. Francisque Michel ; dans ses belles Recherches sur les étoffes de soie , ce savant dit : « La France, dont nous sommes bis, n’a jamais été renommée pour ses broderies, tandis que celles de la Romanie étaient célèbres. » Lorsqu’il trouve le nom de broderie de France il y voit donc un ouvrage byzantin. Nous croyons pouvoir revendiquer pour la France et surtout pour la Bourgogne, une suprématie dans les arts qui a dû faire oublier bien vite les ouvrages froids et méthodiques des ecoles romaines. Pour ce qui est du seizième siècle, l’auteur fournit lui-même un argument à notre opinion, puisqu’il mentionne Adam Ardel, brodeur fort renommé entre ceux de son état, qui périt à Lagny, victime des dissensions religieuses.
On peut donc à cette époque de la Renaissance distinguer des écoles principales ; la plus ancienne d’origine est celle dérivée des ouvrages orientaux ; puis vient l’école italienne caractérisée par le style et la nature de ses sujets, et surtout par la merveilleuse élégance de ses arabesques qu’un or en relief, travaillé d’un art recherché, fait distinguer entre tous les autres chefs-d’œuvre obtenus à l’aiguille ; l’école française vient enfin, avec ses tendances réalistes : c’est à elle qu’on doit, non-seulement les scènes de la vie privée avec portraits, dont il a été question plus haut, mais des tapisseries, des meubles, où les faits de l’histoire sacrée ou profane se travestissent en personnages revêtus des costumes à la mode du temps et souvent disposés en deux registres superposés. Un y voit depuis les sujets de la Fable, les scènes de l’Ancien Testament, jusqu’aux fêtes contemporaines, aux chasses et aux bals tels que nous les fournissent les peintres anonymes du temps de Clouet.
Une difficulté réelle, c’est d’établir une démarcation saisissable entre
Chaperon de chasse en velours rouge, décoré d’un ornement brodé en or; seizième siècle. (Collection de M. Ephrussi.)
TENTURES, ÉTOFFES
les produits de la fin du seizième siècle et ceux du commencement du siècle suivant; à la première de ces époques l’Italie entrait dans la décadence, tandis que nous étions encore dans toute l’ardeur des' idées renaissantes. Ce qu’il y a de certain, c’est que le règne de Louis XIII fut, pour la broderie française, une glorieuse époque ; non-seulement on continuait à pourtraire à l’aiguille comme dans le siècle précédent, mais l’ornementation à fleurs, les arabesques prenaient un développement nouveau. II nous suffirait à cet égard de rappeler les splendeurs des ornements religieux envoyés à l’Exposition du costume par
M. Gauchez, et par MM. Tassinari et Chatel, si l’histoire elle-même ne nous venait en aide. André Favyn, dans son Théâtre de l’honneur , ne décrit-il pas avec enthousiasme les ornements de richesse admirable commandés par Louis XIII pour le saint sépulcre, et qui avaient été exécutés par Alexandre Paynet, brodeur du roi, de la reine et de Monsieur, près Saint-Honoré ?
Le précieux corporalier brodé de soie et d’or, qui figure au musée de Lyon et qu’exécuta Pierre Yigier en 1621, n’est-il pas encore un véritable chef-d’œuvre comparable à ce qu’a fait de mieux le seizième siècle ?
Les fleurs, grandioses de style, interprétées plutôt que copiées d’après la nature, tournées en rinceaux, tressées en guirlandes, et mêlées à des ornements en relief d’or et d’argent où voltigent des oiseaux et des insectes, deviennent en quelque sorte la caractéristique de l’époque et l’une des causes de l’aspect sérieux de la décoration. Ces fleurs nous les avons rencontrées déjà dans les meubles, et nous les retrouverons dans l’orfèvrerie, les émaux, etc. C’est qu’en effet on avait vu dans cette incursion de nos artistes sur le domaine de ia nature un avenir nouveau pour notre industrie, et chacun s’était prêté au développement de l’idée. Gaston, duc d’Orléans, fonda des serres au Luxembourg, puis à Blois peu après, un véritable jardin botanique destiné à fournir à l’aiguille de nouvelles formes et de plus riches nuances. Bientôt les sujets rares arrivèrent en si grand nombre que, pour empêcher qu’ils ne disparussent sans bénéfice pour l’art, le prince chargea
N. Robert, peintre de talent, de reproduire, par des dessins in-folio sur vélin, payés au prix énorme de cent livres la pièce, toutes les plantes nouvelles qui apparaîtraient dans ses jardins.
Après la mort de Gaston, Colbert n’hésita point à faire acheter la
collection déjà remarquable des vélins, et à faire créer par Louis XIV, en faveur de Robert, la charge de peintre ordinaire de miniature du roi. La collection avait été commencée vers 1640; objet des soins et de la prédilection de Fagon, premier médecin du roi, elle s’augmenta rapidement au moyen des ouvrages de tous les peintres distingués; à la mort de Louis XIV elle passa du cabinet privé dans la bibliothèque du Louvre, puis, en 1794, dans celle du Muséum d’histoire naturelle où elle devint un véritable monument; la botanique seule y occupe plus de soixante-quatre volumes in-folio.
On ne s’étonnera plus, dès lors, en apprenant que, sous Louis XIV, les ouvriers brodeurs attachés à la manufacture royale des meubles de la couronne couvraient le gros de Tours et le gros de Naples, la moire et la toile d’argent d’une foule de caprices, et même de compositions fournies par les élèves de Charles Lebrun ; ces broderies étaient destinées à former les rideaux et les portières de ces appartements dont Lebrun avait dessiné les ornements, peint les plafonds et dessiné les tentures, et à couvrir les meubles que l’on menuisait aux Gobelins mêmes.
Aucun genre d’encouragement ne manquait à là broderie ; L’Hermineau, brodeur du roi, était logé au Louvre, et le livre d’Àbraham de Pradel nous apprend que les autres brodeurs travaillant pour la cour étaient MM. de la Croix, rue Neuve-Saint-Martin, et Quenain, rue d’Enfer au faubourg Saint-Michel. L’auteur des Adresses de la ville de Paris qualifie même ce dernier de fameux brodeur.
Nous pouvons nommer encore en 1645, Anthoine de la Barre, el en 1647, Van der Baeven, tous deux de Lille.
Au dix-huitième siècle, on peut le dire, la broderie envahissait tout ; les tentures, les meubles, les costumes surtout et jusqu’aux équipages, rien n’échappait à l’avalanche de fleurs en soies brillantes, d’arabesques et rocailles ciselées en apparence dans l’or et l’argent ; les robes étaient des monuments, et si nous n’avions vu récemment tant de spécimens merveilleux conservés dans leur fraîcheur, en dépit du temps, nous pourrions encore comprendre cette forme du luxe par les images qu’en a transmises la peinture.
Eh bien, malgré l’abondance des talents qui ont du concourir à la création de tant de merveilles, les noms connus deviennent de plus en plus rares ; c’est qu’en effet l’œuvre de plusieurs devient anonyme et
Bande de velours bleu foncé décoré d’ornements arabesques en applications, travail italien; seizième siècle. (Collection de H. Ârondel.)
TENTURES, ETOFFES
c’est à des ateliers nombreux qu’on allait demander ces délicats travaux dont l’accomplissement par quelques-uns eût exigé des années tandis qu’il les fallait produire en quelques semaines. Ainsi, lorsque en 1779 l’entrepreneur Piocher dut fournir le trône destiné à Louis XY, pour la réception des chevaliers du Saint-Esprit, il y employa trois cents ouvrières et se fit payer trois cent mille livres. Les mémoires secrets de Bachaumont, qui révèlent le fait, disent ailleurs que Trumeau exécuta toutes les broderies des merveilleux carrosses commandés par le duc de Choiseul pour la dauphine Marie-Antoinette ; mais il ne faut sans doute pas prendre l’expression dans son sens absolu, et Trumeau comme Piocher pouvait avoir un remarquable talent personnel tout en étant chef d’atelier.
Ce qui confirme cette supposition, c’est qu’à cette époque d’entreprises, certains artistes trouvaient encore des poètes pour les chanter, témoin ce quatrain des baroques mais utiles élucubrations de l’abbé de Marolles :
Jean Perreux est brodeur tel que le fut la Fage,
Et pour la broderie, on discerne les traits,
Qui peuvent exprimer quelquefois des portraits ;
Mais pour y réussir il faut un long usage.
Ce qui veuf dire sans doute que la Fage et Perreux s’étaient élevés dans Part jusqu’à pouvoir faire des portraits.
Quelques mots, avant de finir, sur les différents modes d’exécution de la broderie; il est à peine nécessaire de dire que les genres se sont multipliés et compliqués en se rapprochant de l’époque actuelle; dans les plus anciens spécimens, presque toujours exécutés sur une toile médiocrement fine, les figures et les draperies sont en soie plate; pour les carnations le brodeur emploie le point fendu afin de pouvoir faire sentir les saillies et les dépressions des traits du visage, qu’il dessine d’ailleurs à l’aide d'une soie de couleur foncée servant aussi à animer les yeux. Les draperies se font en soie étendue dans toute la longueur du vêtement et retenues par des points de soie posés en travers à distances variées aidant à faire comprendre le modelé des plis, qui sont séparés entre eux par des piqûres serrées. Lorsqu’il s’agit d’orfrois à sujets, ils sont le plus souvent brodés en suie nuée, c’est-à-dire que îles soies de nuances dégradées ont été rapprochées et combinées pour
exprimer les ombres et les lumières des plis, ou les parties diverses du costume ; on croise ensuite avec des soies fines de nuances assorties lamées à distance convenable et arrêtées à petits points. Beaucoup d’orfrois du quatorzième siècle ont été brodés ainsi et enlevés sur des fonds d’or brodés en couchure, c’est-à-dire en gros fils d’or posés à plat les uns à côté des autres et cousus avec de la soie dont les points trèsvisibles forment par leur rencontre, variée à dessein, les différentes figures qu’on a nommées couchure de deux points, en chevron, en losange, en serpenteau, etc. L’effet de ces fonds est fort remarquable et se prête au jeu de la lumière sur l’or. Au quinzième siècle ce genre de broderie avait atteint toute la perfection imaginable, et certaines pièces sont de véritables tableaux.
A cette époque commence à paraître un genre de broderie d’une exécution difficile et qui prendra son plus grand développement en Italie au commencement de la Renaissance : c’est la broderie en ronde bosse et en bas-relief. La première, son nom l’indique suffisamment, cherche à imiter les objets dans leur saillie réelle; d’après un modèle sculpté on prépare des morceaux de drap blanc neuf appliqués les uns sur les autres, suivant les différentes saillies du modèle; ce drap, imbibé d’eau pour le rendre souple, est travaillé à l’ébauchoir afin d’accuser nettement les dépressions superficielles; on recouvre toutes les superficies du drap de cartes à jouer imbibées de colle claire, puis le tout est recouvert encore de taffetas bien collé et bien étendu, sur lequel seront posés les fils d’or, fixés par des points de soie à marche régulière et alterne, qui donnent à l’or une apparence tressée comme serait l’osier d’une corbeille : c’est ce qu’on nomme le relief satiné. Le bas-relief est un diminutif de la ronde bosse ; les saillies étant beaucoup moindres, on les obtient au moyen de gros fil écru et ciré conduit et cousu à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’on ait obtenu l’épaisseur voulue; c’est ce qu’on nomme enlevure; ces premiers fils sont recouverts en sens contraire d’une surface de fils de Bretagne bien cirés et passés à l’aiguille ou couchés à points de soie. Le tout est recouvert toujours en sens contraire aux derniers fils, avec de l’or cousu d’une soie bien serrée à petits points alternés qui se trouvent perdus dans les fils et ne laissent voir que l’or disposé en osier.
Dans ces broderies il y a des parties saillantes qui appellent une ornementation particulière; elle se fait en lames, frisures, paillettes,
fc“ “ ‘,r0d<!™ d" * “«ta» vm&s en ««hure, mou.ur, «„ b», s doré- < potjue de Louis XIV. (Collection de M. II Barbet de Jouy.)
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cannetilles; on y ajoute quelquefois même des perles et pierres précieuses. En Italie on a fait ainsi sur velours des devants d’autels, des vêtements religieux de la plus grande richesse.
Nous ne considérerons la broderie en rapport que comme un accessoire de celles qui précèdent; ce sont en effet des parties détachées faites à part et qui se rapportent ensuite dans un ensemble ornemental; beaucoup de chapes et autres vêtements sacerdotaux du quinzième siècle sont ornés ainsi : sur le velours, le samit, ou autre étoffe de soie, on a cousu les orfrois en les bordant d’un cordon ou liséré dissimulant la réunion, et l’on a semé sur les fonds soit des ornements d’or à sortes de fleurs de chardons, soit des figures d’archanges portant des philactères inscrits. Dans les pièces armoriées, les écussons ont été le plus souvent brodés en rapport.
Dans de riches vêtements religieux et ornements d’autel, on a souvent exécuté les sujets tout en or en leur donnant le relief apparent, ou modelé, par un travail de soie : l’or est étendu en brins assez forts couvrant toute la surface et arrêtés seulement aux deux extrémités; en prenant les brins d’or deux à deux sur son aiguille pour les recouvrir d’après les nuances d’un modèle peint, il retrouve le contour et le suit en travaillant les parties sombres, de façon que les points se touchent et cachent l’or, qu’il laisse voir dans les demi-teintes en ménageant l’épaisseur d’une soie entre chaque point, et en augmentant ainsi les distances jusqu’à ce qu’il arrive à la lumière, où l’or n’est plus arrêté que de loin en loin par des soies très-fines et trèsclaires. C’est ce que l’on appelle la broderie en or nué.
Nous ne dirons rien de la broderie au passé, parce que son procédé est tellement connu, et qu'il a été si abondamment employé dans les meubles et vêtements pendant les deux derniers siècles, qu’il n’est besoin de décrire ni sa facture, ni son effet. Expliquons toutefois que pour les broderies d’or, afin d’éviter la dépense, on emploie parfois le passé épargné qui n’est plus passé; en effet, l’or très-fin n’enveloppe plus l’étoffe en dessus et en dessous; il ne recouvre que la partie extérieure; on fiche l’aiguille, en dessous, tout à côté du point où elle vient de passer, et l’on revient en sens inverse ranger le fil à côté de celui qui l’a précédé. Dans beaucoup de broderies au passé en êoies de couleur, on substitue la soie torse à la soie plate, ce qui produit un effet piquant et vigoureux.
La broderie se confond en quelque sorte avec la tapisserie dans les choses faites sur canevas et au point carré; mais il est à remarquer que dès le onzième siècle la comtesse Ghisla employait ce qu’on appelle aujourd’hui le point de marque concurremment à la chaînette et aux points de broderie, sur les pièces de style arabe exécutées pour l’abbaye Saint-Martin du Canigou. Le point de marque est donc trèsancien, et il était en quelque sorte indiqué par le tissu même sur lequel on brodait, toile à grain marqué voisine du canevas.
La tapisserie sur canevas au petit point se prêtait à toutes les finesses de l’art, et l’on trouve en effet de ces tapisseries qui peuvent rivaliser avec la peinture. Pour l’ornement, le gros point réussit à merveille et on le fait produire encore plus d’effet en variant la disposition des fonds qui le détachent.
Un mot en finissant sur le point de chaînette que nous trouvons, comme nous venons de le dire, dans les broderies de la comtesse Ghisla, puis en Italie au douzième siècle sur un sujet camaïeu où il indique les cheveux et contourne certains travaux. Employé seul et fait avec une soie torse et serrée il prend un aspect perlé des plus agréables à l’œil.
On se rappelle que nous avons mentionné, parmi les riches tentures, tapisseries, etc., possédées par le cardinal Mazarin, « les brocards d’or à fleurs de velours de diverses couleurs, découpées à Milan, et appliquées sur des fonds de velours très-riches, avec une grande dépense et un artifice merveilleux ». Ce que Louis de Loménie désigne ainsi dans ses mémoires, c’est une véritable mosaïque en étoffes diverses que nous voyons apparaître en Italie avec le seizième siècle, et qui est sans doute la broderie en taillure des anciens auteurs ; Y épargne, c’est-à-dire les rinceaux, fleurons, ornements de tous genres, se font séparément, puis viennent se coller sur le fond, en suivant le dessin préalablement tracé; on fixe le contour au moyen d’un point qui mord sur la taillure et on le liséré avec du cordon ou de la milanèse; souvent, pour donner plus de relief et d’effet aux dessins, ou pour éviter que la broderie ne s’enterre, surtout dans le velours, on emboutit, c’est-à-dire qu’on coud sur le fond un morceau de feutre un peu plus étroit que la pièce découpée qui le recouvrira. Si l’on veut ajouter encore à l’illusion du relief, on exprime des ombres par de longs points de soie ou de laine, ce qui s’appelle harpe ou hache-baché.
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Ces notions générales suffiront, nous l’espérons, pour aider les curieux à reconnaître les genres et les dates des broderies qui pourraient tomber sous leurs yeux; il ne pouvait convenir à notre cadre d’entrer dans de plus grands détails, de même que nous n’avons pu cueillir, ians les mémoires anciens, tous les faits singuliers de l’histoire de la broderie. Ceux qui voudront connaître jusqu’à quelle valeur pouvait s’élever l’habit brodé de perles du maréchal de Bassompierre, en trouveront la description dans les mémoires de celui-ci. Nous nous bornerons à emprunter ce passage au Cérémonial français , relativement à l’une des parures de Marie de Médicis : « Robbe de la reyne estoffée « de 52,000 perles et de 5,000 diamants qu’elle porta au baptême des « enfants de France en 1606. Cette robbe, estimée soixante-cinq mille « écus, étoit si pesante que la reyne, qui d’ailleurs estoit enceinte, ne « put la vestir une autre fois. »
Ceci fait pressentir Buckingham et ses vêtements ruisselants de diamants qui se détachaient d’eux-mêmes et roulaient parmi la foule des courtisans.
ORIENT
La broderie, en Orient, a certainement devancé la pratique des dessins brochés dans les étoffes. On n’en saurait douter, en reconnaissant que la plupart des procédés et des types adoptés en Occident sont d’origine orientale; on en est mieux assuré encore en trouvant, dans les antiques livres sacrés de la Chine, les obligations imposées aux Hoa-hoeï ou brodeurs, pour l’emploi des cinq couleurs consacrées. Aujourd’hui encore, malgré la marche des temps et les progrès du tissage des étoffes, c’est encore aux brodeurs qu’appartient en Chine le privilège d’orner les tentures et les vêtements luxueux destinés au souverain et aux grapds.
Sur des étoffes d’une merveilleuse qualité et teintes de nuances inimitables, les Chinois brodent au passé avec la soie plate, des figures de grandeur naturelle, des scènes compliquées, des ornements, des oiseaux et des fleurs, d’une vérité, d’une élégance et d’une fraîcheur sans pareilles; au milieu de cette riche peinture à l’aiguille surgissent des dragons d’or soit en couchure ou en bas-relief, relevés souvent de paillettes et de paillons cousus de frisure. 11 serait superflu de s’étendre
en détails sur des objets que tout le monde connaît, et dont on a pu admirer les plus beaux types à l’Exposition du costume; on se rappelle les tentures en satin rouge représentant la consécration des enfants impériaux au dieu de la longévité Cheou-lao; la déesse Kouan-in accompagnée de l’Axis; et enfin cette pièce entourée de sujets sacrés, portant une inscription de la huitième année de Tao-Kouang, et la signature du brodeur Idou-tan. Rien ne peut donner une idée plus grandiose et plus complète du talent des Hoa-hoeï.
Il faut cependant l’avouer, dans cette branche de l’art, ainsi que dans les autres, les Chinois sont surpassés par les Japonais. Aucun artifice n’a manqué à ceux-ci pour aider à rendre leur pensée : ronde bosse, bas-relief, passé, couchure, or nué, taillure, ils ont tout fait avec un éclat et une vigueur qui rivalisent avec les meilleurs ouvrages de Chine, mais relevés par une science profonde du dessin, et un goût toujours séduisant.
On n’a pas oublié cette robe de satin bleu où de gracieux alcyons, rendus dans toutes les poses avec l’exactitude de la nature, venaient raser des Ilots d’or aux crêtes d’écume blanche; on voit aussi ces tortues sacrées, variées non-seulement par les soies de couleur et l’or, mais par les points ingénieux qui différenciaient leurs carapaces. Quant à la robe militaire, d’où semblait s’élancer un dragon ailé d’or à la tête grimaçante, aux yeux émaillés, c’était un véritable bas-relief appliqué sur le satin. Nous avons sous les yeux un morceau de satin vert brodé de deux grues sacrées, véritable chef-d’œuvre de goût; nonseulement le relief satiné dessine chaque plume, mais les points de soie destinés à fixer la couchure sont choisis par nuances répondant aux couleurs du plumage. Pour augmenter le modelé et rendre plus doux le passage du fond au relief brodé, l’artiste a employé l’artifice du hache-baehé, jetant des soies brunes qui vont se perdre dans la couchure d’or. Et si nous choisissons cet exemple entre mille, c’est qu’il nous tombe sous la main : nous pourrions citer encore des fong-hoang, des bouquets de fleurs, tableaux séduisants bien dignes de rivaliser, dans les intérieurs, avec les aquarelles en renom de Ko-tio ou Ho-ku-saï.
Le peu que l’on connaît des broderies indiennes suffit à montrer ce que peut le génie d’un peuple essentiellement artiste. Les toiles peintes, modèle éternel transporté par toutes les contrées du monde, les mer-
abc impériale en satin jaune brodé au passé de dragons à cinq griffes, Anam. (Cabinet oriental de M. J. Jacquemart.)
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veilleuses soies tissées d’or ne pouvaient épuiser les ressources de leur imagination; avec des soies torses ils ont exécuté, en point de chaînette, les plus brillantes compositions, soit sur une étoffe de soie ou de drap, soit même sur une simple toile de coton.
Il faut pourtant distinguer, car, dans le même genre, les Persans ont brodé d’importantes tentures, les unes consacrées à l’usage du pays, les autres destinées à l’exportation, ou même faites sur commande. Dans les broderies persanes, les grosses fleurs du style de celles des tapis, les oiseaux de proie et les passereaux dominent; dans les travaux indiens, le paon devient l’oiseau caractéristique ; les fleurs, en rosaces, sont plus pressées et entourées d’un réseau de tiges et de feuilles bien plus serré. Du reste, le type des broderies de chaque pays se trouve dans les encadrements et décors des manuscrits. Le plus souvent les travaux choisis affectent la forme d’un carré long et la disposition d’un tapis de prière ; autour, une ou plusieurs bordures arabesques ou à fleurs formant encadrement ; en haut, une arcade ogive à découpures, détachée sur un riche fond avec arabesques et fleurs, couronne une sorte de portique où s’épanouit un large bouquet sortant d’un vase ; parfois ce bouquet est richement brodé au passé en soies vives et fraîches; parfois au crochet. Dans les plus riches tapis le fond est d’or ; dans les autres la soie ou le drap restent à nu. L’ensemble a la richesse et le fini d’une peinture. Au dix-septième siècle la Perse, et l’Inde surtout, ont fait pour l’Europe de grandes pièces brodées destinées à servir de contre-pointes aux vastes lits d’apparat. Les unes sont peintes de riches couleurs et. ornées dans le plus pur style oriental ; seulement, ainsi que cela a lieu pour les meubles, on y rencontre fréquemment un aigle à deux têtes, symbole qui, nous dit-on, serait celui d’un couvent portugais. On peut voir une belle pièce de ce genre au musée de Cluny. Les autres sont brodées, soit sur une soie légère ouatée, soit sur un tissu de coton également ouaté qui bouffe entre les méandres du dessin ; quelques pièces sont à bouquets jetés en couleurs vives, beaucoup d’autres sont exécutées en soie jaune ayant l’apparence de l’or. Nous avons vu ainsi un plan à vol d’oiseau représentant des villes, des ports avec leurs batteries armées et dans différents points des attaques par mer et par terre avec légendes explicatives en portugais. Il y avait là, évidemment, intention de conserver le souvenir d’un fait historique pour l’un des acteurs de l’attaque ou de la défense. Dans le plus grand
nombre de cas, ce ne sont que de riches compositions ornementales où les courbes élégantes, les fleurs, les nœuds offrent une pureté de style et une conception savante, dignes de rivaliser avec les plus belles œuvres italiennes de la Renaissance. Nous ne pouvons mieux faire, pour en donner une idée complète, que de reproduire cette broderie sur bleu tendre exécutée en cordonnet blanc bordé de jaune et tout en point de chaînette.
Un genre qui paraît spécial à la Perse est celui où le point de chaînette fixe et rehausse une véritable mosaïque en draps de diverses couleurs ; ici c’est un drap chamois bordé d’arabesques et où de riches bouquets se contournent en rinceaux ou s’épanouissent en gerbe. Là ce sont des portiques et des vases comme sur les tapis de prière en broderie pure. Mais ce que nous avons vu de plus curieux à l’Exposition du costume, c’était ce tapis dont le milieu représentait une ligure de femme vêtue d’une robe rouge, richement coiffée, ayant un poignard passé dans la ceinture et tenant une rose. Ici l’artiste n’avait pas trouvé dans les étoffes et la soie la ressource nécessaire aux élégances qu’il rêvait, et, pour la coiffure ainsi que pour le manche du poignard et autres accessoires, il avait emprunté l’éclat des paillons imitant l’or, les pierres précieuses et les diamants.
Nous avons trouvé le même artifice de richesse dans certaines broderies de Siam; sur un simple drap rouge écarlate on avait fixé des ornements découpés en papier d’or et relevé par de grandes paillettes de mica; à l'effet rien n’est plus éblouissant.
Revenons aux Persans dont les broderies en point de chaînette sont parfois jetées en bordure sur de la simple toile. On a vu ainsi des scènes de chasses singularisées par la présence d’oiseaux plus gros que les cavaliers avec leur monture, et dont l’un offrait la figure symbolique d’un oiseau à tête de femme.
Parmi les vêtements de femmes, certains sont brodés au passé de grosses fleurs rouges au feuillage ornemental, avec parties rehaussées d’or ; ce passé est exécuté fort lâche avec de magnifiques soies torses, en sorte qu’on croirait, au premier coup d’œil, voir une broderie au point de chaînette.
Nous dirons bien peu de chose de la broderie musulmane, bien qu’elle soit en grand usage à Constantinople et très-répandue dans le reste de la Turquie et qu’on y rencontre les genres que nous venons de décrire,
Broderie en point de chaînette sur fond bleu tendre; travail indien fait pour le Portugal ; dix-septième siècle. (Collection de M. J. Jacquemart.)
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c’est-à-dire le passé, le point de chaînette et la mosaïque en draps de couleurs. Mais ces genres y sont pratiqués, en général, par les Persans, qui y continuent les traditions de leur pays, ou par des Italiens dont le style n’a pas varié depuis le commencement du dix-huitième siècle, date de leur émigration première ; le goût du rococo s’est donc maintenu, malgré les variations des modes occidentales, et a contribué à cette sorte d’unification de mauvais goût qu’on a fini par prendre pour le caractère spécial de l’art turc. Nous avons rencontré, sur satin, de brillants portiques à colonnes torses, en or de relief éclairé de paillettes et clinquants, soutenant une lampe de suspension surmontant un grand vase rempli de fleurs ; pour le genre et la facture on eût pu croire que ces choses sortaient des ateliers des plus excentriques brodeurs du règne de Louis XV. Des pièces toutes récentes se caractérisaient par un art identique : ce sont de petits tapis circulaires en soie rose ou bleu de ciel dont l’usage est assez curieux; ils servent à couvrir les plateaux sur lesquels on apporte successivement, dans des vases clos, les mets qui composent le service d’un repas. C’est la dernière trace de cette crainte du poison, généralement répandue au moyen âge, et qui faisait une obligation d’apporter les plats chez les grands, dans des caisses fermées qu’on n’ouvrait qu’en leur présence, ce qui n’empèchait pas d’en faire l’essai par les talismans, les cornes de licornes, et autres dénonciateurs merveilleux préconisés par la superstition.
Quant aux Arabes, leurs broderies, faites sur toile, sur étoffes légères ou sur laine, se recommandent par un goût très-pur où il semble retrouver comme un souvenir lointain des derniers Sassanides. On verra plus loin, aux étoffes, la description des merveilleux tissus de soie que les Arabes fabriquèrent à Palerme ; cela suffira pour faire comprendre quel était le style de leurs broderies. Nous nous contenterons de donner ici le type d’une broderie charmante sur toile et en soies de couleurs douces ; le gris du pigeon, le bleu, le blanc suffisent pour exprimer, au moyen de points [variés., des rinceaux élégants divisés par des culots d’ornement et donnant naissance à des fleurs diverses.
Les Arabes n’ont pas négligé non plus les mosaïques d’étoffes diverses : nous en avons eu pour preuve le magnifique burnous en soie brochée jaune, ayant appartenu au dey d’Alger ; ses doublures anté-
rieures offraient de riches arabesques en soies rouge vif et bleu, bordées de torsades en argent, noir et or.
Ce sont eux encore qui nous paraissent avoir appliqué les premiers la soie rouge sur toile blanche pour tracer ces groupes d’oiseaux affrontés qu’enveloppent les méandres d’une ornementation feuillagée analogue aux dessins des anciennes étoffes Lissées orientales : ce genre aurait passé depuis dans les îles de l’archipel pour revenir chez nous par l’Italie.
Nous donnons ici le type de coussins brodés à deux couleurs dans ce style et qui sont d’une ancienne fabrication du Maroc. On y verra la preuve de l’origine arabe, et les petits lions presque héraldiques semés dans les réserves montreront aussi la fixité des dessins primitifs et leur fidèle transmission à travers les siècles.
Broderie de soies variées sur fond de toile; travaiijirabe ancien. (Collection de M. J. Jacquemart.)