‹ Histoire du mobilierChapitre 35 sur 77 · TENTURES, CUIRS · texte numérisé non relu

TENTURES, CUIRS

tant la Victoire, et six autres tableaux représentant Scævola , Torquatus, Codés, Curtius, Manlius et Calpurniust Ce genre de tenture était encadré par les boiseries des panneaux.

En 1540, Sébastien Serlio, architecte de François Ier, achète des peaux de cuir du Levant et autres, pour servir à Fontainebleau; et en 1557, deux Parisiens, Jehan Louvet et Jehan Fourcault, demeurant à l’hôtel de Nesle, reçoivent ce qui leur est dû pour des parties de cuir doré fournies par eux à la reine. Le dernier de ces artisans reçoit en outre quatre livres sur une tente de chambre faite sur cuir de mouton, argentée, frisée de figures rouges pour servir dans le cabinet du roi à Mouceaux, et dix livres pour son « payement de neuf peaulx de cuir, dorées, argentées et figurées qu’il a faictes pour servir d’essay à faire tentes de chambre, selon le portraict et devis de la dicte dame (la reine), pour servir à sa maison du château de Mouceaux, dont aucunes sont faictes à personnaiges. »

Ces peintures entourées d’or et d’argent, qui scintillaient par le jeu de la lumière sur les gaufrures, parurent-elles insuffisantes pour le luxe du dix-septième siècle? On pourrait le supposer, puisque c’est vers les commencements de ce siècle qu’on imagina de relever les cuirs par des reliefs estampés d’une saillie souvent considérable, et qui s’obtenaient au moyen de matrices en bois pressées fortement sur le cuir ramolli à la chaleur. Ces reliefs consistant en arabesques, ramages, fleurons, oiseaux, etc., ont suivi les variations du style de chaque époque et fourni, parfois, des tentures d’un assez grand caractère, la saillie des ornements ajoutant sa puissance à celle des couleurs et des métaux employés.

Les plus anciens cuirs, nous l’avons dit, furent ceux de Cordoue ; Venise et la Flandre cherchèrent à les imiter ; puis Paris, Lyon, Carpentras, Avignon se livrèrent à la fabrication de ce genre de tenture. Henri IV ne dédaignant pas plus cette industrie que les autres, chercha à l’encourager en établissant des manufactures dans les faubourgs Saint-Jacques et Saint-Honoré. Il serait sans doute bien difficile aujourd’hui de reconnaître les produits des usines rivales; il y en a eu certes à l’étranger à une époque de décadence ; nous n’en voudrions pour preuve que l’abondance des échantillons qui nous arrivent de la Hollande et qui ne brillent ni par le goût, ni par la perfection technique.

Il est assez difficile de dire jusqu’à quelle époque dura l’usage des cuirs estampés, assez coûteux et d’un grand luxe. Des essais furent tentés de bonne heure pour le remplacer au moyen d’une tenture plus modeste et, conséquemment, plus abordable pour la bourgeoisie et les classes moyennes qui commençaient à prendre une certaine importance. Les princes seuls pouvaient faire tendre les murs de leurs salons de velours figurés et frappés, de damas de soie à la couronne ou aux arabesques puissantes qui, ainsi qu’on peut le voir sur maints tableaux de la Renaissance, usurpaient peu à peu la place des tapisseries ; les cuirs étaient encore un luxe trop coûteux pour le grand nombre ; c’est alors qu’on imagina d’imiter les tentures de soie par un procédé d’impression sur papier qui en donnât l’aspect et les effets. Ce fut l’Angleterre qui ouvrit pratiquement cette voie. Nous disons pratiquement, car, dès l’époque de François Ier la France avait fait des essais plus ou moins fructueux ; ce que l’on reprochait aux premiers papiers anglais, c’était le manque de solidité et de résistance à l’humidité. Vers la fin du dix-septième siècle la fabrication française progressa; en 1688 Jean Papillon lui donna une impulsion qui ne devait point se ralentir; Jacques Chauveau perfectionna les papiers à rentrées de plusieurs planches, et Jean-Gabriel Huquier imita les espèces anglaises. En 1756, Aubert, marchand et graveur rue Saint-Jacques, près la fontaine Saint-Séverin, à l’enseigne du Papillon, annonçait avoir trouvé la véritable façon de fabriquer les papiers veloutés ou papiers d’Angleterre, en façon de damas et velours d’Utrecht, en une ou plusieurs couleurs, propres pour tapisseries, écrans à pieds et devants d’autels. Ce que ce genre est devenu dans la fabrication actuelle, nous n’avons pas besoin de le dire.

Un autre genre, décrit par Papillon dans son Traité delà gravure en bois, se faisait à Francfort, à Worms et dans d’autres villes d’Allemagne, pour imiter et remplacer les cuirs à tenture ; c’était un papier doré ou argenté à fleurs et ornements ; on le gravait en tailles d’épargnes sur des planches de cuivre jaune qui s’imprimaient à la presse en tailledouce, après avoir été chauffées suffisamment pour faire adhérer les feuilles de métal au papier.

Tous ces papiers, nous le répétons, n’étaient guère employés que par la bourgeoisie, et vers la moitié du dix-huitième siècle. S’il est question de châssis et encadrements tendus en papier, pour les grands et le

Chaise garnie de cuir gaufre; commencement du dix-septième siècle. (Collection de M. le baron des Vallières.)

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