‹ Histoire du mobilierChapitre 39 sur 77 · PLAQUETTES — MÉDAILLONS · texte numérisé non relu

PLAQUETTES — MÉDAILLONS

Mais le bronze ne se formule pas toujours en statues ou en basreliefs de grande dimension ; beaucoup des artistes que nous avons cités en commençant ne sont connus que par des œuvres minuscules : Modérai, V. Locrino, pour lesquels l’histoire est muette, ont affirmé leur mérite par des plaquettes de quelques centimètres inscrites de leur nom et marquées du sceau de leur talent. Dans les médaillons fondus des quinzième et seizième siècles, nous retrouvons non-seulement les effigies intéressantes de toutes les célébrités contemporaines, mais encore l’expression de l’énergie merveilleuse des écoles naissantes de l’Italie régénérée; on se rappelle la vitrine brillante exposée par M. Dreyfus au Corps législatif (Exp. pour les Alsaciens-Lorrains), où se coudoyaient les médaillons et les plaquettes de Pisanello, Spcrandio, Matteo de Pasti, Pollajuolo, Francia, Riccio, Pastorino, Renvoi! uto Gellini, Tuzzo; on en a revu quelques spécimens dans les galeries de l’histoire dn costume à côté des bas-reliefs de Donatcllo, de la Mise au tombeau d’Andrea Riccio de Padoue, la Vierge de Donatcllo et

le portrait de Leone Alberti, appartenant au même amateur et à M. Edouard André. Voir ces merveilles, c’est comprendre qu’elles peuvent trouver place chez tous les hommes de goût. Pour ceux qui n’ont pas de collections spéciales, quel surcroît d’intérêt prend une statuette de bronze florentin, lorsque son piédestal de jaspe, de marbre précieux ou même d’ébène sculpté se trouve incrusté de plaquettes d’époque contemporaine ou de ces rares reproductions en bronze faites par Yalerio Belli, de Vicenee, sur les entailles gravées par lui dans le cristal de roche! Combien les fières effigies des Isote de Rimim, Alphonse et Lionel d’Este, Lucrèce Borgia, Alphonse d’Aragon, roi de Naples, font bel effet dans une vitrine, alternant avec les cires coloriées, les miniatures à l’huile ou les fins émaux de Limoges!

Ici, comme pour les statuettes, il faut chercher la part de la France; ce ne sont certes pas les Italiens qui ont imaginé de perpétuer par la fonte immuable le souvenir des luttes hideuses de la Saint-Barthélemy, qui ont représenté l’entrée d’Henri IV à Paris, au milieu d’un peuple enivré, précipitant dans la Seine ceux qu’il soupçonne d’avoir soutenu la Ligue ou favorisé l’Espagnol, et nous pouvons y voir au moins l’influence, sinon la main de :

Michel Colombe, 1430 f 1512.

Richier, 1523 f 1544.

Jean Goujon, 1541 f 1562.

Jean Cousin, 1500 4 1589.

Fremyn, 1540 4 1550.

Roussel Germain Pillon, 1535 4 1590.

Barthélemy Prieur 4 1611.

Martin Fremiet, 1567 4 1619.

Simon Guillain, 1581 4 1658.

Guillaume Bertlielot 4 1648.

Guillaume Dupré 4 1642.

Jacques Sarrazin, 1588 4 1660.

François Anguier, 1604 4 1669.

Michel Anguier, 1612 4 1686.

Gaspard Marsy, 16244 1681.

Balthazar Marsy, 1628 4 1674.

Toute cette pléiade d’artistes, encouragée par la cour, a dû produire

OBJETS D’ART DÉRIVÉS DE LA STATUAIRE. 289

beaucoup en dehors des œuvres capitales de nos musées, et former des émules moins célèbres, dignes cependant de vivre pour la postérité. De même que Jean de Bologne avait trouvé dans les Susini d’habiles réducteurs de ses grands ouvrages, de même les artistes que nous venons de nommer et leurs élèves ont réduit en bronze les groupes de marbre des palais, et les salons célèbres s’enorgueillissent aujourd’hui de posséder ces réductions.

Des bas-reliefs et des médaillons aux médailles proprement dites la pente est insensible, et si la science a établi une démarcation entre les monétaires et les fondeurs de médaillons, il arrive une époque où les procédés de la fonte et de la frappe produisent des œuvres si voisines qu’il est presque arbitraire de les séparer.

Nous ne saurions prétendre esquisser ici un manuel de numismatique ; disons seulement que, grâce aux recherches de nos savants, la liste des artistes graveurs en médailles s’est singulièrement étendue. Pour l’antiquité seule, depuis les travaux de M. le duc de Luynes, on arrive aux noms suivants :

Apollonius.

Cleodorus.

Aristippe.

Cratesippe.

Aristobule.

Euclidas.

Aristoxène.

Eu menés.

Boïscus.

Euphas.

Choécéon.

Euthymos.

Choirion.

Evaenete.

Cimon .

Exacestidas

Ileraclides.

Philistion.

Hippocrate.

Philon.

Isidote.

Phrygillus.

Micyllus.

Proclès.

Molossus.

Solitès.

Nenantus.

Sosis.

Nonclidès.

Sosos.

Olympis.

Théodote.

Parmenidès.

Z oïl us.

Pour la France, les monétaires anciens sont assez peu nombreux ;

depuis Doccion qui signait une médaille de Clovis, et saint Éloi, dont Je nom figure sur un type de Dagobert, on trouve en :

1526 Jehan de Tournay, sigillaire;

1549 Jehan de Lathom, id. à Angoulême ;

1420 Guiot de Hanin, monétaire ; Jehan Lepère, orfèvre, auteur de la médaille de Louis XII et Anne de Bretagne, est comme le précurseur de cet illustre Guillaume Dupré qui a fait Henri IY et Marie de Médicis et toute l’école du dix-septième siècle.

On a longtemps douté s’il y avait un art sculptural en Orient et si les contrées de l’Inde, de la Chine et du Japon pouvaient nous envoyer

autre chose que des figures grossières et hideuses représentant de monstrueuses divinités. Ce doute ne peut plus subsister; les œuvres aujourd’hui recueillies par les curieux prouvent combien l’Orient est digne de voir ses conceptions prendre rang parmi les plus hautes manifestations de l’intelligence. Il y a même pour le philosophe un fait des plus curieux à constater : c’est l’analogie frappante des œuvres produites en quelque lieu du monde que ce soit, dans les phases analogues du ment intellectuel : nous pouvons citer telle statuette de bronze offrant la figure austère d’un sage indien dans Figure de femme, bronze japonais. la contemplation, qu’on pourrait rapprocher des conceptions primitives des artistes italiens du quinzième siècle ; telle œuvre du Japon qui semble copiée sur les figures sveltes encadrées dans les portails de nos

Sage en contemplation, ancien ijronze de l'Inde. (Collection de M. J. Jacquemart.)

OBJETS D’ART DÉRIVÉS DE LA STATUAIRE

cathédrales gothiques ; tel démon menaçant de l’enfer chinois qu’on croirait descendu des gargouilles de ces mêmes cathédrales. Au point de vue technique rien n’est plus curieux que les ouvrages orientaux : tel colosse fondu en plusieurs pièces est monté par des procédés ingénieux qui en assurent la solidité ; telles cires perdues ont une perfection qui n’a été surpassée nulle part ; telles ciselures ont un fini digne de l’orfèvrerie et n’ont pu être exécutées qu’au moyen d’instruments

Figure de femme jouant, d’un instrument; bronze japonais à patine d’or.

spéciaux allant fouiller le hronze pour le polir et le tailler dans ses replis les plus cachés.

Dans ce genre c’est l’Inde qui offre les merveilles les plus surprenantes ; pour la cire perdue le Japon a une évidente supériorité sur la Chine.

Certes, les intérieurs élégants, ceux surtout où figurent les grandes potiches de porcelaine, les jardinières à fleurs et fong-hoang, les écrans céramiques ou ornés de pierres dures sculptées, ne peuvent que gagner en dressant dans les angles les bouddhas austères à la belle patine, les philosophes à la pose méditative cherchant l’éternelle vérité.

Quant aux statuettes, leur place est partout : il ne s’agit que de les bien choisir ; leur tournure élégante, la beauté hardie des draperies leur permettent d’affronter tous les voisinages. Nous n’avons pas besoin

d’ajouter qu’il y a place aussi dans un mobilier artistique pour ces gigantesques oiseaux symboliques , grues mouvementées souvent formulées en brûle-parfums ou en torchères, qui peuvent orner un seuil, animer une serre et lutter d’élégance et de recherche avec les plantes rares, éclairer un vestibule que garderont des chiens de Fo au rictus menaçant. C’est encore là qu’on placera les pagodes à plusieurs étages aux toits ornés de clochettes abritant les divinités des sphères superposées des cieux, auprès des brûle-parfums gigantesques à trois pieds formés de figurines ou de têtes d’éléphants, à couvercle à jours surmonté du dragon impérial ou des animaux de bon augure.

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