‹ Histoire du mobilierChapitre 41 sur 77 · BOIS · texte numérisé non relu

BOIS

Dans la tâche courageuse que nous avons entreprise, de signaler aux curieux les routes ouvertes à leurs recherches, et les points principaux où l’histoire les convie à des stations utiles, il n’est rien, certes, de plus ardu que l’aperçu des monuments taillés dans le bois. Irons-nous rappeler les statues rudimentaires, troncs d’arbres à peine dégrossis et barbouillés de rouge, qui furent les premiers dieux des Grecs? Laissant ces témoignages d’érudition qui, pour beaucoup, seraient du pédantisme, parlerons-nous de ces merveilleuses statues, œuvre des Égyptiens des premiers âges, conservées depuis quarante-neuf siècles comme un témoignage de la perpétuité du génie humain ? Non, ce sont là de ces choses rares et renommées que les curieux connaissent, ou qu’ils peuvent aller voir au musée de Boulait ou dans les galeries du Louvre, mais qu’ils n’ont aucune chance d’acquérir.

- Quant aux statues de bois dont parle Pline, elles étaient déjà de son temps passées à l’état de problème ; on les décrivait d’après la tradition, et la matière même dans laquelle elles avaient été taillées devenait un objet de controverse, les uns tenant pour le cyprès, les autres pour l’ébène ou la vigne. Laissons donc les antiques dont quelques fragments sont à peine parvenus jusqu’à nous et, traversant les siècles, arrivons au moyen âge qui, non-seulement a fait du bois un emploi suivi, mais encore l’a soumis à des formes neuves révélant une nouvelle face de l’art.

Effectivement, on ne trouve pas là, comme pour l’ivoire, la succession des âges indiquée par la modification progressive des civilisations : l’idée apparaît tout à coup comme pour répondre à un besoin spécial, et elle persiste avec les conditions qui l’ont fait naître. Les idées fastueuses de l’empire d’Orient se seraient peu accommodées de la simplicité du bois, même rehaussé par la peinture et l’or ; il leur fallait l’or repoussé ou tout au moins le bronze doré et émaillé. L’Occident naïf avec ses monuments mystérieux, sa foi craintive, ses aspirations mystiques, pouvait seul trouver cette iconographie charmante dont les sculptures des portiques ou des chapiteaux montrent, dans nos cathédrales, les premiers spécimens. Mais les maçons, constructeurs et statuaires étaient nomades et se transportaient au loin pour satisfaire aux besoins du culte; les bois des retables, ceux d’ornementation intérieure, formant les accessoires et le mobilier religieux, restaient livrés au talent et au zèle des ateliers locaux et il devient, conséquemment, plus intéressant d’étudier l’œuvre de ces derniers que la sculpture en pierre.

On ne s’étonnera donc pas de la rareté des spécimens en bois de liante date. À Cluny, c’est un Christ de grandeur naturelle et longuement vêtu, selon les habitudes introduites au huitième siècle ; son style quelque peu byzantin s’explique par sa date; il est du douzième siècle et provient de l’Auvergne où les monuments de l’époque romane sont en si grand nombre et si remarquables. Pour le siècle suivant, nous trouvons, encore à Cluny, la statue de saint Louis, en bois d’if, qui faisait partie du retable de la ‘Sainte-Chapelle. Ici se trouve la démonstration de ce que nous avons dit plus haut ; nul lien ne rattache cette pièce aux sculptures des douze apôtres faites sous les ordres de Pierre de Montereau, et dont la belle tête de saint Marc exposée par M. Edmond Bonnaffé a permis d’étudier la perfection et le style. La statuette de Cluny est bien parisienne et conforme aux idées courantes du moment ; la tête un peu grosse, finement détaillée et peinte avec soin, indique des préoccupations de réalisme ; c’est bien un portrait, et son expression simple et bénigne peut bien répondre au caractère du saint roi ; les draperies sont peintes aussi, et le manteau, semé de grandes fleurs de lis, enserre le corps, un peu fléchi latéralement, étroit aux épaules, montrant en un mot la courbure et l’élongation familières aux artistes de cette époque qui taillaient le bois comme l’ivoire.

L’éducation de la Vierge. Groupe en bois sculpté peint et dore; travail français du quinzième siècle,

(Collection de M. Foule.)

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Au quatorzième siècle les monuments se pressent en affirmant cette forme dite gothique caractérisée par sa délicatesse naïve. C’est, à Cluny, le groupe de la Vierge provenant de la collection Soltikoff, le fragment

Figure de bois sculpté, Pandore ou sainte Magdeleine; costume de la fin du quinzième siècle; travail français. (Collection de M. de Maynard.)

de retable de l’abbaye de Cluny, toute cette sculpture compliquée, patiente, enrichie de couleurs, qui va devenir si abondante au siècle suivant. Or c’est là qu’il deviendrait précieux d’avoir des notions précises de provenance afin d’étudier les styles divers, nous dirions presque les mains plus ou moins savantes, qui caractérisent chaque région ; on aimerait à reconnaître quelle a été l’influence du roi René sur les œuvres méridionales ; celle plus puissante encore des ducs de Lorraine

et de Bourgogne, sur le centre et l’est de la France. Déjà quelques points s’éclaircissent dans cette immensité ; mais qu’il y a loin encore à une théorie complète ; combien de faits exceptionnels viennent à la traverse des suppositions les plus raisonnables !

La sculpture en bois a laissé en France des annales écrites remontant assez haut. En 1570 l’inventaire du Trésor de Charles Y mentionne Girard d’Orléans comme ayant fait pour le roi «ung tableaux de boys de quatre pièces.» En 1591 Jacques de Baerze sculpte deux retables; puis en 1422 Claes de Bruyn exécute une statue de la Vierge ; enfin en 1445

travaillent deux Flamands, Henri et Guillaume Des Flamands? dira-

t-on. Alors les titres de la France peuvent singulièrement s’étendre. Sans aucun doute: et c’est là même une des plus graves difficultés de l’histoire des arts. Quand les ducs de Bourgogne ordonnaient des travaux , les uns pour Dijon, les autres pour Bruxelles, pourrait-on séparer ceux qui les exécutaient en deux bandes : les Flamands et les Français? L’école n’était-elle pas une et dominée par un style uniforme soumis à la discipline d’une pensée unique? Et voilà précisément pourquoi l’on parviendra un jour, à force de recherches locales et de comparaisons, à trouver les caractères régionaux dont nous parlions en commençant : caractères basés bien plutôt sur les influences inspiratrices du travail, que sur les qualités individuelles auxquelles il manquait, pour se révéler complètement, une liberté d’action que la règle ne pouvait permettre alors.

Tâchons de nous faire comprendre par des exemples. Voici une figurine du quinzième siècle où domine, selon nous, la grâce naïve de l’art français dans toute sa fraîcheur primitive ; c’est une jeune femme en costume élégant et simple, portant de la main gauche un vase couvert : pour les uns, c’est Pandore tenant la boîte fatale et telle que le moyen âge aimait à la mêler aux images religieuses ; pour d’autres, c’est l’une des saintes femmes se rendant au sépulcre pour embaumer le Christ déjà ressuscité. Quelque opinion qu’on adopte, voici ce qu’on peut observer: la pose est naturelle, modeste, les draperies bien ajustées sans recherche, la tête un peu lourde, les traits fins sans mignardise. Tous ces caractères sont ceux essentiellement nationaux qui se sont conservés longtemps presque purs dans le nord de la France. Dans cet autre magnifique groupe peint et doré de la collection Foule et qui représente l’éducation de la Vierge, tout est différent, quoique

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le travail soit de la même époque; les longues robes en étoffes luxueuses sont celles qu’on devait porter dans une cour brillante, et la sainte Vierge est en effet couronnée comme une reine ; sainte Anne sa mère montre dans ses traits allongés, dans son nez mince et cambré , ce

Statuette de bois sculpté; costume de la fin du quinzième siècle; travail allemand.

(Collection do 51. J. Fau.)

caractère déjà signalé dans un saint Georges d’ivoire, et qui paraît appartenir à la race des ducs de Bourgogne : l’artiste auteur de ce bois avait donc cherché ses types, ses costumes chez ses patrons euxmêines, en ajoutant d’ailleurs à ses inspirations personnelles le résultat d’une science acquise par la fréquentation des chefs-d’œuvre de tous genres qu’on devait trouver chez l’un des princes les pl us éclairés de l’époque; ainsi l’ajustement des draperies, à larges plis cassés et

retournés vers le bord, doit faire croire à l’étude des tableaux de Jean Van Eyck, peintre et valet de chambre de Philippe le Bon, ou des gravures et compositions de Martin Schongauer. Ces caractères, devenus ceux de toute l’école bourguignonne, s’affirment également dans le magnifique retable où figure la purification de la Vierge.

11 faudrait pouvoir rapprocher ces œuvres de celles des Allemands, qui doivent avoir avec elles d’étroites analogies. Dès 1431, Lucas Moser exécutait à Tiefenbronn des sculptures demeurées célèbres; au même lieu, Schülheim se distinguait par une descente de croix ; enfin la chapelle du Saint-Sépulcre de Bamberg conserve le magnifique retable colorié dû à Adam Kraft, mort au seuil du seizième siècle. Or, le caractère le plus frappant de ces compositions c’est un réalisme absolu, une maigreur relative, et moins de recherche que dans les sculptures burgundo-flamandes. On pourra voir à Cluny une sainte Catherine et une Marie-Madeleine d’une fort belle exécution, et surtout une foule de bas-reliefs coloriés, fragments de retables, où se montrent les caractères que nous venons de signaler.

Le passage du quinzième au seizième siècle est à peine saisissable dans la plupart des ouvrages français et allemands ; souvent les costumes annoncent déjà la Ilenaissanee alors que les accessoires, les entQurages, les fonds sont encore de style ogival. Bien ne montre ce contraste à un degré plus frappant que le retable de Champdeuil aujourd’hui conservé à Cluny; il y a dans les vêtements des excentricités de modes qui sembleraient inspirées par le triomphe de Maximilien; les physionomies ont une exagération caricaturale qu’on ne trouve habituellement que dans un art vieilli, et pourtant l’ensemble conserve l’aspect d’une création de la fin du quinzième siècle ! On se demande, d’ailleurs, par quel hasard cette œuvre évidemment allemande est arrivée dans une église de Seine-et-Marne où elle a été certainement achevée, puisque les peintures des volets de clôture sont de style français et portent cette signature plusieurs fois répétée : A fait Lucas Ijûis peintre du donateur Demorant.... Cette ambiguité de style se retrouve dans une foule d’autres sculptures même franchement allemandes; nous n’en pouvons donner un meilleur type que cette figurine en costume du quinzième siècle orné et fiorituré selon les habitudes delà Renaissance ; sa grâce un peu forcée, le soin excessif des détails montrent bien l’abus d’élégance qui va être le signe distinctif de l’école de

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Nuremberg, comme cette figure allemande au costume richement théâtral, beaucoup de bois sculptés participent du gothique et de la Renaissance, et il faut atteindre le milieu du seizième siècle pour voir se stabiliser le grand style qui ne tardera guère à dégénérer par l’abus même de l’élégance.

Dans ce mouvement notre France avait conservé ses franches allures et son esprit goguenard ; quelle verve mordante Le Gentil de Troyes

Le chanoine Guy Mergey, boîte à sel en bois sculptée par Le Gentil de Troyes.

(Collection de M. le marquis de Laborde.)

ne sut-il pas mettre dans la tête lippue et maussade du chanoine Guy Mergey? Son ciseau spirituel trouvait là sans doute quelque revanche à prendre, puisqu’il faisait un chef-d’œuvre de sculpture d’un bloc destiné à servir de boîte à sel. Cette curieuse pièce qu’à sa coiffure on pourrait croire de la fin du quinzième siècle a été sculptée vers 1545.

Puisque nous parlons de la France et des grandes œuvres taillées dans le bois, ne négligeons pas de mentionner Germain Pilon, le maître par excellence. Quand on admire les quatre Vertus cardinales qu’il destinait à supporter les reliques de sainte Geneviève, on reconnaît

combien la matière est indifférente an génie : ici le bois parle aussi liant et devient aussi élégant que le marbre.

Nous reconnaissons toutefois que le bois doit bien plutôt se spécialiser aux statuettes qu’aux œuvres monumentales, et nous en trouvons la preuve dans les groupes et bas-reliefs de l’ancienne collection Sauvageot, surtout dans la Pallas, le groupe des trois docteurs et la baigneuse de Jean de Bologne. Le bois de poirier se prête là à toutes les finesses du modelé, et certaines sculptures peuvent affronter le voisinage des bronzes florentins.

Avant d’aller plus loin et d’aborder la période moderne, disons pourquoi nous nous sommes éloigné ici de notre plan habituel en ne citant pas par périodes les artistes dont les ouvrages sont à rechercher. C’est qu’ici la difficulté touche presque à l’impossible. En 1579, l’inventaire du trésor de Charles V mentionne Girard d’Orléans comme ayant fait pour le roi « ung tableaux de boys de quatre pièces. » Combien de chefs-d’œuvre ont dû naître entre cette date et celle de 1584, où les archives de Lille dénomment Gilles Capitaine comme sculpteur en bois !

Rappelons-nous que nos artistes cloîtrés travaillaient alors sans préoccupation de renommée personnelle et ne tenaient point à se faire connaître. Là, comme pour l’albâtre de Lugny, c’est donc dans la liste générale des tailleurs d’images qu’il faut chercher les noms assez rares des précurseurs de l’art français.

Il en est de même pour l’Italie et dans les rares spécimens qui ornent les musées ou les collections privées; les noms font absolument défaut, et ce n’est que par analogie de style avec les ouvrages de bronze ou de marbre qu’on peut hasarder quelques déterminations d’écoles et de ciseau. La Piazza universale cite pourtant comme excellant particulièrement dans le travail du bois Gasparo Moranzone, Donatello, les Cannozzi, Paolo et Antonio Mantoani, Bernardino Ferrante, F. Sebastiano de Rovigo, F. Giovanni de Vérone, convers du mont Oliveto, Mariano Francesco, qui avait travaillé au chœur de Sainte-Justine de Padoue et décoré entièrement celui des chanoines réguliers de Latran à Sainte-Marie in Porto de Ravenne.

Quant à l’Allemagne, la sculpture du bois y a été en honneur, et nous pouvons citer un assez grand nombre de noms illustrés par des travaux exécutés dans les monuments publics. Il est donc à présumer

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que les mêmes artistes, après avoir ciselé les descentes de croix, la salutation angélique et les retables aux scènes multiples, ont employé leur ciseau aux décorations d’un ordre inférieur, et que c’est parmi la liste suivante qu’il faut chercher les auteurs des figurines ou des médaillons recueillis par les curieux.

XIVe siècle. Bartolomeo di Paolo.

— 1391. Jacques de Baerze.

XVe siècle. 1409. Francesco di Domenico di Valdambrino.

— 1422. Claes de Bruyn.

— 1431. Lucas Moser.

— 1468. Schülheim.

- — 1498. Du Hancy.

XVIe siècle, f 1507. Adam Kraft.

— 1514. Jehan Pothyn.

— f 1519. Wolgemuth.

1521. Hans Bruggeman.

— 1521. Daniel Mouch.

— 7 1529. Peter Yischer.

— \ 1535. Ludwig Ivrug.

— 1541. Nicolas Quesnel.

— f 1542. Yeit Stoss.

— -J- 1546. Peter Flôtner.

— f 1546. Johann Teschler.

— f 1550. Hans Schaufflein.

— f 1564. Jacob Hoffmann.

— -{• 1586. Wentzel Jamnitzer.

— Antonio Mantoani.

— Andrea Brustolon.

— Les frères Cannozzi.

— Donatello.

— Bernardino Ferrante.

— Fr. Giovanni di Yerona.

— Les frères Jacquot.

— Jean (art allemand).

— Mariano Francese.

— Mariano Francesco.

XVIe siècle.

XVIIe siècle, f

XVIIIe siècle.

Francesco Moranzone.

Gasparo Moranzone.

Paolo Mantoani.

Fr. Sebastiano da Rovigo.

Richard Taurin, de Rouen.

Francesco del Tonghio et son fils Giacomo. 1650. Léo Pronner.

1059. César Bagard, de Nancy.

» Bayard, de Mirecourt.

1704. Léo Raur.

1727. Antonio Corradini.

1728. Otone di Manzano.

1776. Rousseau de la Rottière.

» Marc.

Pour le dix-septième siècle la sculpture en bois devint plus rare ; si l’on en voit quelques spécimens de François Flamand et de quelques autres célébrités, ce sont en quelque sorte des exceptions à la règle qui leur faisait choisir l’ivoire pour leurs figurines et groupes ou bas-reliefs de prédilection.

Avant de clore cette étude forcément trop rapide, signalons encore les remarquables travaux du sculpteur Bagard, Christ, groupe de saintes femmes ou ange gardien qu’on a admirés lors de l’Exposition rétrospective à Nancy, sa ville natale.

ORIENT

Plus encore que les Occidentaux les Asiatiques ont employé le bois à la décoration de leurs temples et de leurs demeures. C’est même dans ces clôtures fouillées à jour des vieilles pagodes et dans les portes richement sculptées des palais qu’il faut trouver les plus beaux spécimens de l’art indien. On cite les clôtures en bois de sandal, de la pagode de Perour, les célèbres portes de Somnath et les sculptures en bois qui ornaient l’intérieur du vieux palais de Uummul, dans le Maharatta méridional.

La collection formée par les soins du ministère de la marine réunit

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un assez remarquable contingent de bois anciens de l’Inde avec les figurations des dieux singuliers de sa théogonie compliquée : ce sont là, sans doute, des objets un peu frustes et un peu barbares pour entrer dans l’habitation luxueuse du curieux. Pourtant, il est quelques statueltes moins anciennes en bois peint et doré qui sont aussi intéressantes pour Part que pour l’histoire, et qui viennent ajouter de précieux jalons dans cette route parcourue par l’intelligence humaine.

Nous signalerons encore de charmants travaux, boîtes, écrans, éventails, où le sandal finement ciselé nous montre, malgré une trop grande exubérance de détails peut-être, le goût toujours merveilleux de ce pays. De cette époque date l’introduction dans la sculpture des grotesques et des animaux fabuleux : le yali , le garuda , mélanges fantasques du lion et du dragon, ou de la figure humaine et de l’oiseau, ou bien encore ce tapir de la péninsule malaise, et l’art perd la simplicité et la grandeur de la période bouddhique.

L’extrême Orient est plus abordable, car l’art s’y est civilisé et on peut trouver dans ses conceptions des choses bien dignes des méditations du curieux. Nous ne parlerons pas de ces mandragores fantastiques recueillies par la superstition qui, un peu de travail aidant, y a vu la figure du dragon, du tigre ou même de l’homme; nous nous arrêterons seulement devant les figures franchement sculptées dans les bois durs ou dans les racines de bambou, et nous en ferons ressortir le grand caractère et parfois la perfection minutieuse. En général, les statues en bois dur sont accusées par grands plans, largement conçues et drapées avec un goût remarquable. Des guerriers, des philosophes et certaines figures gracieuses de Koua-nin sont de la vraie statuaire. La racine de

Grand éventail indien à deux branches, en sandal sculpté; ancienne époque. (Collection de M. J. Jacquemart.)

bambou a servi souvent à formuler de petits panthéons où les figurines des immortels semblent circuler ou se reposer sur une sorte de mont sacré couvert d’arbres verts de la famille des pins. Parfois l’artiste, profitant des accidents d’un nœud ou des contours d’une coque de

Fong-hoang sculpté en racine de bambou; travail chinois ancien.

fruit, sculpte des groupes abrités dans les anfractuosités d’un rocher ou des hommes conduisant une barque.

Le Japon n’est pas moins remarquable dans ses sculptures en bois ; il fait sortir des parois d’un bambou des paysages montueux et chargés d’arbres parmi lesquels circulent les voyageurs ; ses figures,

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ses groupes, ses masques transformés en breloques de ceintures n’ont de rivaux que les ouvrages d’ivoire de même nature. Ici le fini du travail joint à une disposition pour la caricature distinguent les ouvrages du Japon de ceux de la Chine. Nous devons mentionner particulièrement dans les produits de Nippon certains animaux et oiseaux de grande dimension, souvent très-mouvementés, qui se placent là-bas au seuil des temples et des habitations et qui, chez nous, peuvent très-bien figurer sous un vestibule, à l’entrée d’une galerie avec les grandes effigies peintes du dieu de la guerre ou de Fo-Tei le dieu du contentement.

On ne s’étonnera pas si nous ne parlons pas des sculptures en bois des musulmans et notamment des Arabes. Iconoclastes en vertu de la loi religieuse, ils ont reporté tout leur génie vers la composition des choses ornementales, et la lacune qu’ils laissent dans cette partie de l’histoire des arts est largement compensée par l’importance de leurs meubles et de leurs ornements d’architecture dont nous parlons ailleurs.

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