‹ Histoire du mobilierChapitre 44 sur 77 · BRONZES ORNEMENTAUX · texte numérisé non relu

BRONZES ORNEMENTAUX

C’est uniquement pour la facilité de l’étude et du classement des matières multiples traitées dans ce livre, que nous avons séparé les statuettes et bas-reliefs des bronzes ornementaux ; certainement les mêmes mains ont concouru aux deux genres de travaux, et c’est par suite d’une aberration moderne contre laquelle nous tenons à protester, qu’on a voulu sectionner les œuvres de l’intelligence, et créer un grand art à côté de ce qu’on a appelé les arts industriels. Quoi ! Cellini n’était artiste qu’au moment où il modelait le Persée ou la Nymphe de Fontainebleau ? La merveilleuse coupe du Louvre, les orfèvreries émaillées, les bijoux sans pareils qui ont immortalisé son nom, étaient œuvres industrielles ?

L’absurdité d’une pareille distinction ne se démontre pas ; elle Irappe les esprits les moins clairvoyants. Pénétrons au Louvre dans la salle consacrée aux bronzes antiques ; certes les figures y sont en minorité; les beaux masques, les palmettes, les acanthes, modèles élégants que les siècles se sont transmis en les reproduisant, ne sont autres que des fragments de trépieds, de chars, de sièges, des anses

de vases et jusqu’à des appendices d’appareils culinaires. Refusera-t-on d’y voir la trace de l’art antique? Nous avons vu ce masque de Bacchus couronné de lierre, à la barbe épanouie, que l’anneau qui le surmonte doit faire ranger parmi les poignées de patères; eh bien ! en mérite-t-il moins d’être admiré comme l’un des plus beaux spécimens de l’art g rec? N’oublions pas qu’à part les statues consacrées dans les temples, la plupart des trésors de génie mis au jour par les fouilles modernes étaient le mobilier, soustrait par l’enfouissement à la rapacité d’un envahisseur barbare.

Bronze antique. Lion couché portant un anneau, au seuil d’une porte du palais de Khorsabad.

(Musée du Louvre.)

On ne s’étonnera donc pas si dans les descriptions qui vont suivre on retrouve des noms cités ailleurs ; ce sont ceux des hommes qui ne craignaient pas de montrer la variété et la souplesse de leur talent en l’appliquant à des choses diverses. Ce qui prouve d’ailleurs que, dès l’antiquité, les artistes ne négligeaient pas d’inscrire leur nom, même sur des ouvrages d’ordre secondaire, c’est que Publ. Salvius Cincius avait gravé le sien sur la pomme de pin en bronze qui couronne le mausolée d’Adrien. Januarius, ciseleur de bronze, signait une coupe aux attributs de Minerve, Mercure, Mars et Vulcain; enfin Kircher nous a conservé le nom de G. Critonius Dassus, scalptoris vasclari, ciseleur de vases de bronze.

Nous ne chercherons pas à donner une idée des nombreux monu-

Table en bronze antique de Pompéi. (Musée de Naples.)

OBJETS D’ART ORNEMENTAL

menls en bronze que renferment nos musées depuis les trépieds et instruments de sacrifices, les pyxides, les candélabres, lampadaires, lampes de suspension et autres, jusqu’aux patères et vases, les uns ornés de combats entre des génies et des animaux féroces, les autres imitant la forme de têtes d’hommes et de femmes diversement coiffées

Candélabre en bronze antique de Pompéi. (Musée de Naples.)

nous renverrons les curieux à la salle spéciale du Louvre et au cabinet des antiques de la Bibliothèque ; dans ce dernier, ils pourront admirer en outre de merveilleux miroirs étrusques où se retrouvent encore les traces d’incrustations d’or et d’argent.

De l’antiquité au moyen âge, quelles évolutions subit la société européenne! Quels contacts violents vinrent briser la chaîne des civilisations ! Autrefois on se contentait de constater une lacune de quelques

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