CUIVRES REPOUSSÉS
Il convient de distinguer des bronzes proprement dits les travaux en cuivre repoussé qui se rapprochent, bien plus de la grosse orfèvrerie que de la fonte et des arts dérivés de la statuaire.
Pourtant les anciens n’avaient pas négligé ce mode de travail et ils l’avaient appliqué même à la confection de figures gigantesques dont le poids eût été trop considérable en fonte ordinaire: c’est ce qu’on nommait sphyrelaton, et, chose remarquable, il y avait alors un canon si sûr pour la proportion des statues, que l’on confiait différentes parties d’un même colosse à des artistes divers, et qu’au moment de la réunion des pièces il n’y avait à corriger aucune erreur. Cela peut être dans les conditions d’un art primitif et pour des choses dénuées des mouvements de la vie ; mais les Grecs ont dû abandonner bien vite cette pratique primitive et mécanique. Le sphyrelaton continua pourtant d’être employé chez nous pour la statuaire, et Benvenuto ne reproche aux artistes en ce genre que le défaut de réunion des parties qui se faisait au rivet.
Au moyen âge, nous ne trouvons guère la méthode du repoussé que pour la confection des figures de plomb qui allaient couronner le faîte des églises et qui ne pouvaient avoir un poids excessif. Cependant, dès lors et sans interruption nous voyons le repoussé servir à formuler cet ustensile indispensable dans les grands intérieurs, le brasero, selon l’expression espagnole, braciere en italien. Les grandes cheminées pouvaient bien étendre le rayon de leur foyer sur ceux qui les en tou-
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raient, mais partout ailleurs il fallait se prémunir contre l’effet des clôtures mal jointes et le brasier remplissait cet office ; on s’en approchait, d’ailleurs, pour se réchauffer les mains, et sur les braises et cendres chaudes qu’il contenait on posait souvent de petits récipients, contenant une eau odorante, servant à neutraliser les vapeurs du charbon, ou bien simplement destinée aux besoins usuels.
En Italie, on trouve de ces récipients où les moulures, les godrons, les rinceaux d’acanthe rivalisent de richesse avec les plus beaux bronzes ; la France suivant le même exemple, a ses brasiers non moins riches et souvent relevés des armoiries du possesseur ; mais vers l’époque de Henri IV et de Louis XIII, on y voit introduire des personnages, des sujets mythologiques ou historiques qui, traités par des mains peu habituées à, la figure, laissent souvent par trop à désirer. C’est cet art secondaire qu’on imite aujourd’hui à profusion et qui sous forme de jardinières, ou de grandes plaques à plusieurs lumières, introduit dans beaucoup d’intérieurs des copies pour des originaux, ou, ce qui est pis encore, des cuivres de mauvais goût ayant la prétention de jouer l’élégance. Heureusement que les vrais connaisseurs ne peuvent s’y laisser prendre. Ajoutons, d’ailleurs, que beaucoup de pièces anciennes faites en Hollande, vers la décadence, ne sont pas plus dignes que les cuivrailles modernes d’entrer dans un mobilier de grand luxe.
On doit pourtant savoir distinguer; la Flandre a produit, même aux basses époques, des ouvrages qui se ressentent encore des splendeurs des grandes époques de l’art. Nous citerons, entre autres, de grands lampadaires où la juste proportion des parties, l’abondance des godrons et des acanthes, la multiplicité des branches tordues en portelumières arrivent à former un ensemble riche et somptueux. En place, de pareils spécimens produisent l’effet désiré, et s’ils manquent de perfection dans les détails de recherche dans l’arrangement des parties, on ne peut leur refuser une sorte d’opulence monumentale qui les rend dignes de pénétrer chez les gens de goût.
Les repoussés orientaux sont généralement fort remarquables ; la Chine a produit des vases qui se confondent au premier coup d’œil avec les plus beaux bronzes ciselés ; c’est sous les Ming qu’on peut trouver les plus beaux; les Tai-Thsing ont continué. le genre, et nous avons vu des garni ture§ minces relevées de reliefs délicats et richement colorés
en outre par des applications de laques et de dorure; l’effet de ce travail est des plus décoratifs.
La Perse, l’Asie Mineure et même la Turquie sont les contrées privilégiées pour le travail du métal repoussé ; c’est de là, on le sait, qu’est
Théière en cuivre repoussé et gravé; travail persan. (Collection de 51. de Beaucorps.)
venu chez nous l’emploi de la bouilloire et de ces cafetières appelées d’abord du Levant. Nous avons vu des buires persanes élégantes avec leur plateau, où les godrons, les palmes saillantes avaient reçu le rehaut de touches d’émail bleu pâle imitant un semé de turquoises; d’autres, où le rôle de l’émaillerie, plus important encore, complétait
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la décoration délicate faîteau marteau par l’artiste. De grands bassins, analogues aux braseros de l’Europe, servent à contenir le feu sur lequel le café est entretenu constamment chaud pour le service des visiteurs.
C’est dans les buires à bassin couvert d’un obturateur et qui servent pour les ablutions avant et après le repas, qu’on rencontre les merveilles du genre; il en est qui, encadrées de godrons dans leurs parties principales, ornées de bandes spirales, offrent dans chacune de ces divisions des sujets de la plus fine exécution, alternant avec des ornements mêlés d’animaux et d’oiseaux d’un travail microscopique ; souvent alors les scènes représentées sont empruntées aux légendes sacrées et offrent les combats des héros contre les monstres ; alors encore les anses se contournent en dragons effrayants, le goulot effilé se termine lui-même en tête menaçante aux yeux de rubis, aux crêtes relevées de perles d’émail.