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ÉCAILLE PIQUÉE ET POSÉE D’OR

Nous n’avons pas à considérer ici l’écaille comme matière, puisque nous l’avons vue employée déjà dans les meubles en placage. C’est la seule forme sous laquelle les anciens s’en soient servis, et Pline nous dit que Çarvilius Pollion est le premier qui la découpa en lames pour l’appliquer sur des plateaux et sur les lits de tables.

Le moyen âge, suivant en cela l’une des pratiques des Orientaux, employa l’écaille en baguettes et fragments taillés pour rehausser le travail des coffrets d’ivoire.

11 était réservé aux temps modernes de trouver le moyen d’amollir l’écaille, pour en former, parla soudure à chaud, des tables de grande dimension, ou pour la formuler en vases, en flambeaux, en coffrets, en boîtes de diverses formes, plus ou moins contournées, en ustensiles variés, et de la rendre ainsi digne de servir de subjectile aux plus précieux travaux, et de rivaliser avec l’orfèvrerie et la bijouterie.

C’est au dix-septième siècle, vers l’époque de Louis XIY, que ce genre de travail a pris son plus grand développement, etLaurenti, de Naples, nous paraît être celui qui y a le plus contribué, en assouplissant l’écaille à tous les caprices de son imagination.

Laissons un moment la matière pour nous occuper de son ornementation : la plus importante, appelée posé d’or, consiste à incruster dans l’écaille une masse d’or, ofl'rant la silhouette de personnages, de monuments, de baldaquins et arabesques, dont les détails sont ciselés ensuite avec le plus grand soin.

Le piqué d'or, complément du premier décor, consiste à ficher dans la matière de très-petits clous d’or serrés les uns contre les autres, pour dessiner des rinceaux, des fleurons, des coquilles, qui, jetés autour des motifs ciselés, ou servant à les compléter, donnent à l’ensemble une délicatesse extrême. Quand on augmente le diamètre des clous d’or, afin d’obtenir des rinceaux plus puissants, ou de donner une certaine importance à des fonds partiels losangés, le travail change de nom et s’appelle clouté d'or.

L’écaille piquée et posée d’or est certainement l’une des pratiques

des artistes français, et cette pratique a dû se prolonger assez longtemps, puisqu’on la voit passer du style de Louis XIV à Louis XV par des petites pièces d’un travail très-fin, notamment par des boîtiers de montres. Pourtant, comme la collection de M. le baron Gustave de Rothschild nous a offert l’ensemble le plus complet et le plus considérable que nous ayons jamais rencontré en ouvrages napolitains, nous allons lui emprunter quelques descriptions. Voici d’abord une grande aiguière en casque, lobée et découpée au pourtour et à anse élégante,

ÉLui en écaille piquée d’or. (Collection de M. le docteur Piogey.)

qu’on croirait prise dans la masse ; elle repose sur une cuvette oblongue, également lobée, au fond de laquelle est le sujet, finement ciselé, de Diane et Endymion, encadré dans un grand médaillon à masques, cariatides, grotesques, aussi en or ciselé, qu’allégissent des ornements en piqué d’une merveilleuse finesse. Sur le bord de la cuvette on lit : Laurentis F. Neapoli , et dans l’aiguière, sur une banderole d’or : D. Laurenziis F. Nea .

Une coupe de vingt-quatre centimètres de diamètre porte le sujet de Renaud et Annule ; d’autres, plus grandes encore, ont pour motifs des paysages avec ruines, qu’entourent de riches bordures à médaillons, des guirlandes et des fleurs.

Une boîte à pourtour compliqué montre Ariadnc abandonnée; une autre, un vase rempli de fleurs, posé sur un cul-de-lampe. Le gobelet couvert, les flambeaux, la brosse, les mouchettes et jusqu’à la lorgnette qui complètent l’ensemble de cette garniture, sont non moins riches de travail et de décor.

La collection Séchan possédait une assiette lobée et découpée , d’une composition et d’une exécution très-voisines de la garniture dont il vient d’être question ; l’écrin, en maroquin rouge, qui la renfermait portait les armes et les fleurs de lis de Louis X1Y, ce qui prouve assez l’estime dont jouissait cette pièce.

En dehors de la garniture de Laurenti, M. le baron Gustave de Rothschild a encore de remarquables pièces, où le piqué et le posé

OBJETS B’ART ORNEMENTAL

d’or se compliquent d’une incrustation de nacre gravée. Là, parmi les coquilles et les fonds losanges, apparaissent dans un entourage de chicorées Minerve assise au pied d’un palmier, le Jugement de Paris, des vues maritimes, etc. Ces caractères de décoration et certaines imperfections dans le dessin des figures nous feraient penser que ce travail est d’une date postérieure au premier.

Ces spécimens exceptionnels nous ont entraîné bien loin des objets piqués ou posés d’or, que le curieux peut rencontrer facilement et qui forment le fond du genre. Nous ne dirons rien ici des boîtes et tabatières dont il va être question plus loin ; mais nous signalerons les coffrets à bijoux, les étuis, les agendas, les baguiers et toute cette bijouterie de fantaisie qui a fait, de tout temps, la gloire de l’industrie parisienne, et, au dix-huitième siècle, la renommée et la fortune de Granchez, l’heureux propriétaire du Petit-Dunkerque.

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