ÉMAUX PEINTS DE L’ORIENT
Il est rare qu’un changement dans la pratique des arts ne soit pas motivé par une découverte importante, ou par l’imitation d’un procédé inventé au loin. En cherchant, pour la Chine, le motif de la substitution de la peinture sur cuivre à la mosaïque faite par cloisonnage, nous ne saurions décider à laquelle des causes qui viennent d’être indiquées, il est juste de l’attribuer. C’est vers les premiers
temps de la dynastie des Thsing qu’apparaît la peinture sur excipient de cuivre; et ce qui démontre clairement qu’il ne s’agissait pas là d’introduire un procédé supérieur à ceux jusqu’alors usités, c’est que le cloisonnage persistait toujours et cherchait même à retrouver les délicatesses des anciens temps. Une curieuse pièce de la collection de M. le docteur Piogey pourrait pourtant faire présumer qu’il y avait au fond une velléité d’imitation des procédés de l’Europe. Celte pièce, vase de sacrifice de l’espèce Tsio, porte le nien hao-de l’empereur Kien-Long ; la plus grande partie de sa surface est décorée en émaux finement cloisonnés; mais des médaillons latéraux sont peints, nonseulement à l’aide des procédés de l’Europe, mais de sujets empruntés aux mœurs de cette même contrée. Est-ce suffisant pour reconnaître, dans le procédé, ce que les Chinois ont appelé émaux de Faïence (de France) ?
L’émail peint des Chinois s’applique à des pièces de toutes dimensions et de toutes formes ; nous avons vu des brûle-parfums tripcdes d’un mètre de diamètre ; des plateaux gigantesques, des vases, potiches et cornets, rivaux des garnitures en porcelaine pour la taille et pour le décor. Lorsque le décor comporte des médaillons à figures, le fond en est toujours blanc et la peinture est identique à celle des vases de porcelaine; on y voit le plus souvent des sujets historiques ou sacrés, mais à peu de personnages ; les peintures décoratives, au contraire, sont surchargées de rinceaux, de fleurs, et très-souvent elles se détachent sur le fond jaune, livrée de la dynastie des Thsing.
Une des singularités de l’époque, c’est de voir l’émail chercher à rendre les effets de la poterie translucide, et la porcelaine s’appliquer à imiter l’aspect de l’émail peint. Nous avons vu des flambeaux d’autel des deux espèces tellement identiques que le poids et le tact pouvaient seuls éclairer sur leur nature réelle.
Nous ne connaissons aucun émail peint japonais, ce qui n’implique pas qu’il n’en ait jamais existé ; mais dans tous les cas ils seraient d’une excessive rareté.
L’Inde, au contraire, a dû avoir les siens, et l’on peut citer, parmi les plus curieux et les mieux réussis, ceux du royaume de Siam, qui ont été, eux aussi, copiés en porcelaine; les tons sont d’une vigueur peu commune et les ornements de bon goût ; nous connaissons des
OBJETS D’ART ORNEMENTAL
théières, des vases capsulaires de la plus grande distinction et qui annoncent un art avancé.
La Perse a aussi sa peinture métallique qui ne nous parait pas remonter à une époque bien ancienne ; le procédé d’exécution et le style nous feraient même croire que ces objets auraient été exécutés à Constantinople par les artistes qui travaillent pour les musulmans tout en se permettant, de temps à autre, quelque excursion dans le domaine de leur art national.