VERRERIE, CÉRAMIQUE
Les anciens ont connu le verre et l’ont travaillé avec un art qui n’a été surpassé ni par les merveilleux artistes de Murano, ni par l’industrie moderne, aujourd’hui si avancée dans cette spécialité où la chimie lui a apporté tant d’éléments de succès. Que les curieux recueillent donc depuis la simple amphore ou le guttus eu verre ordinaire, sans autre ornement que sa forme délicieuse de proportion et d’élégance, et son enduit chatoyant, œuvre du temps qui exfolie la surface en lamelles colorées, fugaces comme les écailles d’une aile de papillon ; ou bien qu’ils cherchent les coupes à mille fiori, les vases à deux couches, comme celui de Portland, ou les verres à reliefs émaillés comme le splendide spécimen de M. le baron Gustave de Rothschild, ils trouveront dans la verrerie antique un précieux auxiliaire pour varier et rehausser les vitrines destinées aux objets de choix
L’histoire nous a conservé les noms de quelques artistes du verre depuis C. Pomponius Apollonius, fabricant de disques à vitres, et Venustus, speclarius ou vitrier de la maison de l’empereur Claude, jusqu’à Julius Alexander de Carthage , artiste dans l’art du verre, Ennion, fabricant de vases, et Arias de Sidon qui a inscrit son nom sur des vases conservés au Louvre et à la bibliothèque. Quant à Euphrenus, il a tracé le sien sur un gobelet orné de deux branches de myrte de l’ancienne collection Durand, aujourd’hui au Louvre.
La verrerie antique procure encore des petits monuments d’un haut
Étagère en bois sculpté, laqué et doré de la Chine supportant des objets orientaux, bronze, céramique et verrerie.
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intérêt : ce sont les pâtes de verre presque toutes moulées sur les in tailles ou les pierres gravées les plus célèbres de l’antiquité, dont on cherchait alors à se procurer au moins l’image. Quelques-unes sont aujourd’hui les seuls souvenirs des originaux disparus.
Nous parlons ici des camées et intailles, parce que tout le monde possède de ces charmants objets que la terre nous a conservés, en les parant d’une irisation brillante; mais en visitant le Louvre on peut voir jusqu’à quel luxe les verriers élevaient leurs produits. C’est une œuvre bien remarquable que le grand tableau imitant une agate, qui orne la vitrine milieu de la dernière salle. Non-seulement le bas-relief principal, avec ses personnages multiples, est un chefd’œuvre de composition et de travail ; mais les pièces réunies dans l’encadrement sont d’une technique non moins avancée ; il y a là des bustes colorés au naturel avec couronnes de pampres et draperies brillantes, qui offrent plus d’animation encore que les plus beaux camées antiques.
Rappellerons-nous ici le célèbre vase Barberini, avec ses figures blanches sur fond bleu ? La pièce dont nous venons de parler n’a rien à lui envier comme perfection, et nous possédons , dans le même genre, des fragments du plus haut style. Mais ce qu’on n’a vu nulle part ailleurs, ce sont des applications de pâtes colorées sur verre, ainsi que dans la coupe trouvée à Nîmes et offerte au Louvre par M. Àug. Pelot, et surtout, dans la coupe merveilleuse appartenant à M. le baron Gustave de Rothschild, où des oiseaux, posés sur de délicates branches, entourent le verre comme une guirlande.
N’ouhlionspas de mentionner en passant les verres du Bas-Empire, la plupart retrouvés dans les catacombes de Rome, et qui sur une feuille d’or gravée et soudée entre deux disques de verre retracent, ou les portraits des empereurs de Byzance, ou les emblèmes aimés des chrétiens. Ces verres décrits et figurés par Buona Orelli, fort rares dans les collections, ont servi de modèle pour certaines fabrications italiennes que nous retrouverons bientôt.
11 faut, en effet, traverser des siècles et arriver à Venise pour y voir l’art de la verrerie dans tout son éclat. Un fait des plus remarquables c’est que précisément les plus anciennes œuvres des maîtres sont les plus parfaites et les plus merveilleuses.
Où s’étaient formés ces maîtres ? Comment admettre qu’ils aient
pu, de toutes pièces, créer un art aussi parfait et sous ses manifestations multiples ?
Plusieurs veulent que l’inspiration soit venue de Byzance; mais Byzance, il ne faut pas l’oublier, était le cadavre un moment galvanisé de l’ancienne civilisation romaine ; il pouvait se ressouvenir, mais non créer.
il semble bien plus naturel de chercher la source de l’art vénitien dans l’Orient, où l’Italie commerçante sut aller puiser tant de choses. Tout le mondesait quels furent l’audace elle bonheur des navigateurs vénitiens et à quel point leurs découvertes et leurs acquisitions concoururent au progrès de la civilisation occidentale. Prenons donc Venise au moment où Paolo Godi, de Pergola, formait à ses leçons Angelo Beroviero. Adonné à la chimie, Godi avait trouvé pour la coloration des verres et des émaux, des secrets que son élève perfectionna, et c’est à lui qu’on attribue les pièces merveilleuses en verre blanc ou coloré sur lequel il jetai L des ornements et des sujets émaillés dans le style nerveux et naïf à la fois, qui caractérise les premières écoles d’Italie. Certains sujets allégoriques sembleraient inventés par Mantegna. De cet artiste, de son fils Marino et du Ballarino son gendre, sortit cette génération de maîtres qui devaient immortaliser les usines de Murano, déjà connues par l’immense commerce de verroterie qu’elles entretenaient depuis le treizième siècle avec toutes les contrées du globe, et par les peintres verriers et les mosaïstes qui avaient décoré les cathédrales.
II serait superflu d’insister sur le rôle réservé aux verreries vénitiennes dans un intérieur somptueux ; les coupes en verre blanc ou coloré, semées de rinceaux d’or, relevées de perles d’émail, conviennent pour garnir, par alternance avec les bronzes, le dessus des meubles et des étagères. Il en est de même des buires et des aiguières élancées à l’ouverture tréfilée, à l’anse gracieusement courbée en S : que ces verreries soient teintes du beau bleu céleste ou du rouge pourpre si puissant et relevées de rinceaux émaillés, qu’elles soient en verre incolore divisé par les élégantes colonnes du latticinio à ritorti ou reticelli, elles ont une distinction qui les classe au premier rang des objets de goût. Maintenant, parmi les objets tout à fait hors ligne, citons les merveilleuses coupes à bulles d’air, et ces verreries étranges et extravagantes de forme, représentant des animaux fantastiques que Nicolas de l’Aigle fabriquait, dit-on, pour les opérations de l’alchimie.
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ou mieux peut-être pour agir par leur bizarrerie sur l’esprit frappé des crédules qui venaient consulter les adeptes.
Recommandons encore ces curieux verres imités des anciens, où des bas-reliefs légers comme des bulles de savon faisaient courir sur la panse des vases les amours, les nymphes ou les plus riches rinceaux.
Nous avons dit un mot déjà des verres antiques décorés entre deux couches de matière vitrifiée, de gravures tracées sur une feuille d’or. Les Italiens ont été plus loin encore, ils ont exécuté sur un verre mince
Verres de Venise du seizième siècle. (Collection de M. P. Gasnault.)
une peinture relevée de graffiti ou traits gravés et rehaussés d’or; ils l’ont recouverte ensuite d’une autre couche mince de verre formant doublure à la première et, soudant ces deux pièces au feu, ils ont de cette façon assuré la conservation du travail ; on trouve en ce genre au fond des coupes, de grands sujets empruntés parfois aux compositions de Raphaël. Ce travail, appelé dans le commerce verre églomisé, nom sans signification réelle, a été pratiqué aussi en Allemagne, vers la seconde moitié du seizième siècle. Dans les temps modernes on en a fait un équivalent par la peinture appliquée sur verre dite fixé.
On peut trouver encore quelques coupes muranésiennes d’une minceur extraordinaire décorées de fines arabesques gravées avec une
pointe de diamant. Ce genre rarissime a servi sans nul doute de point de départ à la gravure à la roue, pratiquée plus tard en Allemagne avec une grande hardiesse et une rare perfection.
Il est à peine croyable que les renseignements sur la fabrication muranésienne fassent défaut même à Venise. On sait que dès le douzième siècle les mosaïstes ornaient déjà les églises. Dès 1268, les verriers étaient réunis en corporation. Miotto Domenico avait déjà inventé les perles colorées et donné ainsi une grande impulsion au commerce des patenostriers. Dans ce même treizième siècle, le livre d’or de Murano mentionnne, outre les Berovieri et le Ballarino, Bigaglia, Cristoforo Briani, Gazzabin, Motta, Muro, Seguso et Vistosi. Déjà en 1459, Angeli Borromeo essayait d’implanter à Florence l’art vénitien, suivi au seizième siècle dans cette tentative par Giacomo et Alvise Luna; en 1528, Andrea Vidaore perfectionnait l’art de souffler les perles; Vicenzo Roder avait imaginé les premiers miroirs; Liberale Motta les perfectionna en 1680 et parvint ainsi à perpétuer leur vogue. Vicenzo Miotti, inventeur de l’aventurine, eut un prodigieux succès que Girolamo Magagnati partagea en 1605 par ses imitations de pierres précieuses. En 1686 les Morelli donnaient aux perles fausses leur dernière parure, et en 1750 Giuseppe Briati enlevait aux fabriques de Bohême leurs procédés secrets pour en enrichir son pays.
Ainsi, pendant six. siècles, les fourneaux muranésiens avaient contribué largement à la prospérité de Venise et porté la gloire de son nom dans toutes les parties du monde. Est-ce à dire que les autres pays n’aient point essayé de rivaliser avec l’Italie pour ce genre d’industrie? Nullement, et parmi les plus ardents à la recherche, nous pouvons citer la France ; une table chronologique des noms relevés dans les documents divers et les auteurs qui se sont occupés de notre industrie en fournira la preuve.
1088. Robert, verrier à Maillezais.
1207. Willelmus Giraud, la Boche.
1207. Simon le Joui, id.
1249. Guillaume Gaudin, les Moustiers.
1551. André Basge, dit Calot, Aulnay.
1558. Guionet, Dauphiné.
1582. Guillaume.
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1582. Jehan, forêt Dolte.
1399. Philippon Bertrand, parc de Mouchamp.
1416. Jehan Fouquaut.
1442. Colin Bonjeu, Biehat.
1442. Catherine Chauvigne, Biehat.
1442. Pierre Musset, id.
1445. Colin Ferré, la Bouleur.
1456. Jehan Bertran, la Roche-sur-Yon.
1456. Pierre Maigret, id.
1456. Lucas Billet, id.
1468. Philippon et Jehan Boyssière, la Puye.
1477. Guillaume Barhe, Bouen.
1486. Jacques et Jean Bertrand, le Borteau.
1491. Estienne de Salles.
1507. Geoffroy Poussart, la Motte.
1556. Pierre Wiswalle, Lorraine.
1545. Maurice Gazeau, Jacob Morisson et François Gaudin, verrerie neuve.
1550. Teseo Mutio, Saint-Germain-en-Laye.
1562. François Galliot, la Puye.
1572. Fabriano Salviati, venu de Venise.
1600. Thomas Bartholus et Vincent Busson, Bouen.
1605. François de Garsonnet, Bouen.
1655. Ambroise Duquesne, Paul d’Annezel, Fourmies (vitres). 1665. Nicolas du Noyer, Saint-Gobain.
Lucas de Neliou, coulage des glaces, de Sarode (Poitou).
De cette longue nomenclature il n’est pas facile de faire sortir l’exacte vérité ; parmi les verriers beaucoup sans doute eurent pour mission de fabriquer les vitres qui se substituaient partout au papier huilé; d’autres soufflaient en verre grossier les bouteilles destinées à contenir le vin. Pourtant on connaît le vieux proverbe qui disait: voirre de Vendôme. Nous recueillons encore ce curieux témoignage dans la notice du musée Correr, par Vicenzo Lazari : « 11 semble que dans les premières années du quatorzième siècle, l’énorme trafic qui se Elisait à Venise et y amenait d’immenses richesses ail déterminé le gouverne-
ment de la France à encourager, par tous les moyens, les fabriques nationales ; mais le succès ne répondi t pas à l’effort, et le commerce des verres muranésiens se maintint activement avec la France dans ce siècle et dans les suivants. » Philippe de Yalois avait établi, en effet, une usine près de Bezu, en Normandie, et Philippe Cacqueray y conquit la noblesse en inventant des plats de verre. Le roi Jean créa d’autres verreries à Routieux et à Ileliet, près de Dieppe. Goult en Provence avait sa verrerie où le roi Piené acheta des verres « moult bien variolés et bien peints » pour les offrir à Louis XI. Les curieux ont donc à chercher pour les quatorzième et quinzième siècles le produit de ces efforts intéressants.
Quant au seizième siècle, depuis longtemps les monuments ont été recueillis et classés. On a pu voir, à Cluny et dans les expositions rétrospectives, diverses de ces charmantes pièces rivales des verres de Venise que leurs légendes et leur style caractérisaient comme françaises. En effet, Henri II avait appelé à Saint-Germain-en-Laye ce Teseo Mutio qui devait naturaliser chez nous le genre italien ; mais les guerres de l’époque avaient fait négliger les fourneaux qui bientôt s’éteignirent. Charles IX essaya sans doute de raviver cette industrie, puisque nous voyons, en 1572, Fahriano Salviati émigrer de Venise chez nous. Enfin Henri IV entreprit sérieusement la Renaissance du verre en établissant à Rouen, à Paris et à Nevers des usines privilégiées. Et qu’on n’aille pas -supposer qu’il s’agissait là d’imitations lointaines du produit muranésien ; nous avons pour garant de la suprême élégance de nos verreries ce fait qu’elles avaient été jugées dignes de figurer chez la reine Catherine deMédicis ; son inventaire mentionne, sous le n° 262, treize pièces de verre façon de Saint-Germain-en-Laye, et sous le n° 525, deux petits vases de verre peints de Montpellier.
Les verres du dix-septième siècle sont sans doute plus nombreux encore chez nous que ceux des époques antérieures. On cite entre autres ces grands verres ronds qui ne se font qu’en France dans la province de Normandie ; mais avec ce goût propre au caractère français, on les a peu remarqués jusqu’ici. Pourtant les efforts ne s’arrêtaient pas, et au dix-huitième siècle encore l’Etat encourageait, par de nombreuses lettres patentes, la création des usines à verre ; on est étonné de trouver parmi les privilégiés les noms de la noblesse : c’est François de Bigot de Claire-Bois, à Rouanne, la comtesse de Béthune, en Nivernais, le duc de Montmorency, à Aigremont, Le Roy de Chau-
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mont, intendant des invalides, à Chaumont-sur-Loire, François de la Douëpe, à l’Herbergemont. Dans certaines des lettres patentes on trouve la trace des efforts du pouvoir pour lutter contre la concurrence étrangère et développer notre puissance industrielle. À Nantes, la verrerie de Vauzoul, établie en 1728, est déclarée royale en 1756; en 1766, Léonard-François-Marie, comte de Morioles, et dame Marie-Gabrielle Renard de Fuschemberg, sa femme, obtiennent d’établir à Yillefranchc, en Champagne, « une manufacture de verrerie façon de Bohême, qui serait d’autant plus favorable qu’il y a très-peu de ces sortes de manufactures dans le royaume, quoiqu’on fasse un usage presque universel de cette espèce de verre et qu’on soit obligé d’en tirer la plus grande partie de l’étranger. » Le privilège leur est accordé pour quinze ans.
Est-ce tout, et le curieux n’a-t-il à s’inquiéter que de reconnaître et distinguer le verre français de la verrerie vénitienne? Non, la Flandre surtout, ce pays favorisé des arts, appelle de sérieuses investigations. L’inventaire de Charles V, fait en 1570, nous apprend qu’il possédait ung gobelet et une aiguière de voirre blanc de Flandres garni d'argent. Dès 1421, la ville de Namur possédait une verrerie dirigée par Annieul. En 1555, Bruxelles avait Josué Hennesel ; en 1625, Anthoine Miotti, venu de Venise, sans doute; en 1658, Henri et Léonard Bonhomme qui dirigeaient des fourneaux. Quant à Anvers, le travail de M. Houdoy nous y montre l’imitation du verre vénitien en plein exercice dans la seconde moitié du seizième siècle par les soins d’Ambrosio de Mongarda. En 1599, la veuve de celui-ci épouse Philippe de Gridolplii qui obtient la continuation du privilège, bien qu’un autre verrier, Jean Quarré, fût établi dès 1567. Ferrante Morron succéda à Gridolphi et eut lui-même pour successeur Van Lemens. En 1642, c’est Jean Savonelti, Vénitien de Murano, qui réclame le privilège, et en 1655, Francesco Savonetti qui le remplace.
Tous ces artistes ont dû produire et déjà nous avons pu rencontrer des verreries flamandes parfaitement caractérisées et se reliant par le style aux faïences de même origine.
L’Allemagne de son côté a eu des verreries remarquables au seizième siècle; chacun connaît les vidcrcomes émaillés des armoiries des princes du Saint-Empire. M. Spitzer a montré le verre églomisé et doré rival par le travail, sinon par le style, des grandes coupes italiennes. Johann Schaper, de Nuremberg, Johann Keyll, H. Renchéri couvraient
encore, au dix-septième siècle, de leurs émaux puissants les verres et les coupes. En 1609, Gaspar Lelimann, de Prague, couvrait la verrerie de fines gravures à la roue et communiquait son talent à Georges Schwanhard, son élève. Mais l’homme le plus surprenant en ce genre est ce Johann Schaper, déjà nommé, qui savait jeter sur le verre des sujets et des arabesques d’une telle finesse qu’au premier aspect le travail apparaît comme une simple nébulosité du verre, et pour rendre encore la chose plus merveilleuse, la tradition prétend que l’artiste ne travaillait ainsi qu’après avoir surexcité la verve par d’abondantes libations qui, chez tout autre, eussent troublé la vue et fait trembler la main.
L’Angleterre elle-même a eu, sous Elisabeth, Cornélius de Launoy qui y a fondé les verreries; puis en 1567 elle appela d’Anvers Philippe de Gridolphi pour perfectionner la fabrication; enfin, en 1615, un privilège fut accordé à Robert Mansell pour la fabrication et l’importation de toute espèce de verre.
Quelle variété, quel charme la curiosité ne peut-elle pas tirer de ces précieux et délicats produits !
ORIENT
Ce sera bien autre chose encore si nous abordons la verrerie orientale. Nous l’avons dit déjà, pour nous, c’est de cette contrée qu’est venu le secret des décors émaillés sur verre ; en Chine, dans l’Inde, en Perse et en Asie Mineure la connaissance du travail des émaux remonte à la plus haute antiquité, et si l’on a ignoré le fait jusqu’en ces derniers temps, c’est qu’il y a chez nous une tendance générale à rapprocher l’inconnu du connu pour en faire un grand tout. Chardin voyageant en Perse et visitant la maison du vin à Ispahan, annonce que la liqueur dorée ou rutilante comme le rubis brille aux yeux dans de grandes bouteilles de verre de Venise. Il était plus facile pour lui de consacrer cette hérésie que de s’enquérir si les surahés taillées ou scintillantes d’or et d’émaux étaient de fabrication persane. Lorsque la spéculation commença à spolier les mosquées de l’Asie Mineure et de l’Egypte de ces enveloppes de lampes, ex-voto de la dévotion musulmane, on les suspendit dans les riches cabinets longtemps avant de
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s’informer si leurs inscriptions 11e donnaient pas des dates et des noms curieux pour l’histoire. Cette lacune est désormais comblée ; on a de 1259 une lampe consacrée à Damas par Sandjar Halebi qui, après l’assassinat de Koutouz, se fit proclamer sulthan sous les noms de Malek el Adel el Àlem el Modjahid. Une autre est inscrite des noms de Malek en Nacer, Nour Eddin Mohammed, sulthan Mamlouk Baharite d’Egypte, de 1295 à 1341; puis vient Malek en Nacer Hassan, sulthan d’Egypte et de Syrie, de 1348 à 1560. A la même série de sulthans appartient la lampe consacrée par Almonaïad Aboul nacer scheikh, de
Flacons à tabac en verre à deux couches ; travail chinois. (Collection de M. le docteur Piogey.)
1412 à 1420. Enfin une autre au nom d’Argoun naïb (vicaire), du sulthan très-grand, doit avoir été faite par l’Argoun, lieutenant de Timour (Tamerlan) et gouverneur de Samarcande en 1405.
Nous ne parlons pas de pièces fort remarquables pourtant, mais dont les légendes restent incertaines parce qu’elles peuvent s’appliquer à plusieurs personnages du même nom. Ce que nous devons dire, c’est qu’il est assez facile de distinguer les ouvrages de l’Egypte et de l’Asie Mineure de ceux de la Perse, les premiers étant d’un verre épais, souvent verdâtre et décorés d’ornements plus sommaires moins détaillés que dans les seconds dont le verre est très-translucide. C’est généralement à la Perse qu’appartiennent les coupes à piédouehe avec couvercle en forme de minaret, sur lesquelles courent des bordures d’or fines comme la dentelle et des rinceaux émaillés avec fleurs ornementales délicates, et les bouteilles à long col généralement pourvu d’un
renflement vers le haut, qui servent à mettre le vin. 11 en est une particulièrement intéressante, parce qu’elle porte une inscription d’or sur fond d’émail bleu, et plus bas une série de personnages persans se livrant au plaisir de l’ivresse : on y voit une bayadère dansant à laquelle on offre le verre plein de vin, des hommes assis qui boivent ou versent la liqueur rutilante, puis une femme tenant une surahé et une coupe qu’elle vient de remplir. Cette merveilleuse pièce est précisément une de celles dont les légendes se rapportent à un des nombreux Malek el Âdel qu’aucun surnom ne distingue suffisamment.
On connaît peu les verreries émaillées de l’Inde; il en est une remarquable pourtant qui a passé sous nos yeux : c’est un flacon offrant sur une face le sujet bien connu de jeunes femmes à une fontaine offrant à boire à un cavalier richement vêtu. La face opposée est émaillée de bouquets et ornements d’un beau style qui pourraient mettre sur la voie pour déterminer d’autres œuvres de même provenance.
et il y a été travaillé avec un art merveilleux sous Thai-wou-ti (422 à 451). Un Scythe vint à la cour de l’empereur et promit de fabriquer les verres colorés qu’on tirait encore des pays occidentaux et qu’on payait fort cher; il réussit dans son entreprise et bâtit une salle pouvant contenir cent personnes et qui resplendissait de l’éclat des teintes les plus vives; on aurait pu, disent les annales, la croire l’œuvre d’êtres surnaturels. Depuis lors la fabrication devint courante et nulle difficulté ne put arrêter les artistes. Nous avons vu une liole ou tabatière en verre mille fois plus lin qu’aucun de ceux qu’il nous a été donné d’étudier dans les produits de Murano. Où ils excellent encore c’est dans l’imitation des pierres comme les agates, jaspe, etc. Tout le monde connaît les verres à plusieurs couches qu’ils taillent ensuite à la façon des camées ; non-seulement ils obtiennent des tons tranchant l’un sur l’autre, mais ils sèment dans les couches colorées des teintes variées contiguës qui leur permettent, par exemple, de faire ressortir sur fond blanc une fleur rose avec ses feuilles vertes.
On trouve le verre employé ainsi en vases d’assez grande dimension, en coupes, en flacons très-variés déformé, et surtout en tabatières.
Quant à la Chine, le verre, Po
y est connu de toute antiquité
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