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LAQUES ET VERNIS ORIENTAUX

Le laque est un objet de tabletterie ou un meuble qui, après certaines préparations, a été enduit d’un vernis particulier lui donnant un brillant inaltérable. Ce vernis s’applique particulièrement sur un bois mince et bien travaillé, qui est généralement le cyprès; il a pour base une résine plus ou moins colorée qui exsude ou qu’on extrait par incision de certains arbres. En Chine, l’arbre au vernis, nommé tsi, paraît être YAugia sinensis ; au Japon, c’est le Rhus vernix; sa résine s’appelle Ourousi-no-ki. Quelques autres plantes, telles que le Rhus succedaneum, V Elœococcus vernicia, les Melanorœa usitata et Dryandra cordcita, donnent une résine laque dont on use non-seulement en Chine et au Japon, mais dans l’Annam, l’Inde, la Perse, etc.

Voici quelle est, au moins dans les ateliers chinois, la méthode de travail du laque : lorsque le bois, bien plané, a été recouvert d’une feuille de papier mince ou de gaze de soie, on y étend une couche épaisse d’un enduit fait de grès rouge en poudre et de fiel de buffle; on la laisse sécher, puis on polit et l’on frotte avec de la cire, ou bien l’on donne une couche d’eau gommée qui tient de la craie en suspension. On applique le vernis avec un pinceau plat et l’on porte le meuble dans un séchoir humide; du séchoir la pièce passe dans les mains d’un ouvrier qui l’humecte et la polit de nouveau avec un schiste tendre d’un grain très-fin, ou avec des tiges de prêle. Le meuble reçoit une seconde couche de laque, et, dès qu’elle est sèche, on le polit encore.

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Ces opérations sont renouvelées jusqu’à ce que la surface soit parfaitement unie et brillante ; on ne donne jamais moins de trois couches de vernis et il est rare qu’on en applique plus de dix-huit. On prétend que certains vieux laques chinois et des laques japonais ont reçu plus de vingt couches ; pour la Chine le fait paraîtrait tout à fait exceptionnel, car nous trouvons au Louvre une pièce inscrite de la

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Six couches, ce qui implique déjà un fait digne d’être signalé et sortant de l’ordinaire.

Il reste à peindre le meuble ; l’esquisse est faite avec un pinceau imbibé de céruse, puis avec un burin ; le dessin est alors tracé définitivement avec de l’orpiment ou du vermillon délayés dans une dissolution de colle ; on recouvre les traits avec du laque de Kouang-si que le camphre rend liquide et on les dore. On obtient les reliefs avec du laque de Kouang-si pâteux, et l’on se sert de laque duFo-kien pour les retouches.

Le meuble ou coffret revient de l’atelier des peintres dans celui des menuisiers, qui le montent et le font achever par les serruriers-garnisseurs.

On fait le laque blanc ou d’argent avec du laque de Kouang-si ou Hoa-kin-tsi mélangé avec de l’argent en feuilles, et rendu liquide au moyen du camphre ; ce laque reçoit des peintures dans lesquelles on peut employer cinq couleurs : le rouge (cinabre natif), le rose (laque de carthame), le vert (orpiment et indigo ou to-kao), le violet (colcothar calciné), le jaune (orpiment).

Les laques du Japon sont d’une finesse et d’une perfection qui laissent loin derrière elles même les plus beaux laques de la Chine ; ils ont en outre une qualité inexplicable : c’est la dureté qui leur permet de résister à tout, de n’être jamais rayés, et de supporter les hautes températures. Leur polissage est le plus parfait que l’on connaisse. On comprend dès lors que, pour distinguer les laques de provenances diverses, il faille d’abord étudier leur façonnage, puis et surtout le caractère d’art ; là en effet résident les différences déjà signalées entre les œuvres de la Chine, du Japon, de la Cochinchine, de la Perse, de l’Inde, etc. Toutefois, avant de descendre à ces détails, il importe de

connaître les genres principaux qui divisent les laques en général : nous allons les décrire en commençant par les plus précieux.

Laque fond d'or. C’est l’espèce la plus ancienne et la plus recherchée ; elle acquérait au dix-huitième siècle les prix les plus élevés, car on savait que les plus beaux morceaux ne parvenaient en Europe que par les dignitaires de la factorerie hollandaise, qui les recevaient en dons pour des services rendus dans leurs relations officielles avec les princes japonais. Les laques à fond d’or ont généralement la couleur chaude et mate du métal vierge ; c’est sur cette surface lumineuse que ressortent en relief, des méandres de fleurs et de feuillages, des sujets, de fins réseaux scintillant comme ferait une sculpture brunie. Quelquefois mêlé d’argent, l’or affaibli prend une teinte douce et nacrée sur laquelle les ors rouge, vert et jaune se détachent puissamment; pour relever encore ce riche ensemble, des cubes saillants d’or bruni, d’argent vif ou bleui comme l’acier, ressortent par place, ainsi que le feraient des cristaux natifs au milieu de leur gangue. Les seules colorations artificielles qui rehaussent ce travail sont le noir, le vermillon et le vert pâle mis en touches très-discrètes.

Les laques à fond d’or sont presque tous de petite dimension ; quelques rares cabinets à tiroirs microscopiques sont les seuls meubles qu’on puisse citer. Quant aux boîtes, elles affectent les formes les plus singulières, représentant parfois un personnage accroupi, une bourse, un éventail, un écran, des fruits ou des feuilles. Le plus souvent sous le couvercle est un obturateur, sorte de plateau sans profondeur et richement orné, qui cache des boites nombreuses à pourtour géométrique, agencées de manière à remplir tout le fond ; on ne peut les sortir qu’en en chassant une au moyen d’un trou circulaire ouvert en dessous et qui laisse pénétrer l’extrémité du petit doigt : celle-là enlevée, les autres viennent facilement.

Cette sorte d’orfèvrerie en bois est réservée pour l’ornementation des demeures somptueuses ; elle ne devait point changer de destination en venant chez nous ; disposée dans les étagères des meubles Louis XVI elle semble en être le complément. Des laques comme ceux de la collection de Marie-Antoinette peuvent seuls affronter le voisinage des ciselures de Gouthière.

Laque aventurine. Celui-ci, moins précieux, se rencontre parfois en grands cabinets, coffres et autres meubles; dans sa facture la moins

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parfaite, il sert d’ailleurs de doublure à la plupart des autres espèces de laques. Ceci indiqué, nous allons l’examiner dans ses applications les plus distinguées.

Il faut d’abord bien définir la signification du nom : si tout le monde ne connaît pas le quartz aventurine, chacun a vu le magnifique produit inventé à Venise pour imiter cette gemme, et dont la riche couleur brun-rouge est éclairée par les points brillants et métalliques dont sa masse est pénétrée. Tel est l’effet des vrais laques aventurine : le semé d’or des différentes couches, recouvert de vernis, s’assombrit en proportion de sa profondeur et ne laisse briller que les points superficiels ; l’objet ne semble donc plus taillé dans une matière opaque ; l’œil croit en scruter la profondeur comme il pénétrerait dans une gemme nébuleuse. Sur l’aventurine se dessinent les mêmes reliefs d’or que dans l’espèce précédente.

Les plus beaux laques aventurinés sont associés au laque fond d’or : dans les uns, l’or est réservé aux détails intérieurs ; dans les autres, le fond d’or est extérieur et les plateaux et boîtes du dedans sont en aventurine.

La qualité du travail établit de telles différences dans ce genre de laque que Julliot, le fin connaisseur du dix-huitième siècle, avait reconnu trois variétés : l’aventurine à gros grains d’or, l’aventurine ordinaire et l’ aventurine foncée. Celle-ci, moins semée de points brillants, c’est-à-dire plus commune, se rencontre dans les grands meubles, les paravents ou les doublures de coffres ; la seconde est le type ; l’autre est l’espèce riche et soignée. Julliot signalait encore une autre espèce sous le nom à' aventurine nuancée. Dans cette belle variété, assez rare, le pointillé métallique disparaît d’espace en espace sous un nuage d’or vaguement fondu dans la masse.

Laque noir. C’est le laque vrai, celui qui fournit depuis les plus merveilleux bijoux jusqu’aux commandes vulgaires et aux meubles grossiers. Il faut une grande étude pour reconnaître la nationalité de quelques pièces, car le laque noir a été fait partout. Le travail japonais s’accuse par le nombre de scs couches et la perfection du poli non poisseux; on croirait être en présence d’un métal et non d’un vernis; la finesse des reliefs d’or ajoute à l’illusion : certaines pièces semblent du fer poli incrusté d’or vierge.

Le laque noir se mêle à toutes les autres espèces, ou il y est conduit

par des transitions insensibles ; certaine espèce semée de points d’or régulièrement espacés, imite assez l’aspect d’un ciel nocturne pour que nous l’ayons qualifiée de fond constellé. Il mène à l’aventurine sans lui ressembler. Une autre espèce où les points d’or sont très-petits et très-rapprochés est dite poussier ce d’or ; enfin quand ce sablé est nébuleux par place il forme le nuancé d’or voisin de l’aventurine nuancée. La différence radicale entre les aventurines et les noirs plus ou moins ponctués, c’est que le travail de ceux-ci est à la surface et non dans le vernis, et que, si rapprochés qu’ils soient, le noir apparaît toujours pur entre les granules métalliques; l’aventurine, au contraire, est toujours fauve.

La plus rare espèce de laque noir du Japon est celle qu’on nomme laque miroir ; pour mieux laisser voir sa perfection, on n’y applique jamais aucun décor. Non moins rare est une espèce, voisine par la pureté du vernis, mais dont le décor est pour nous un problème : à la surlace s’accentuent les détails de plantes exécutées en or, avec les plus délicats reliefs; puis, à mesure que les tiges descendent, les reliefs disparaissent, les détails s’effacent, et l’ensemble va se perdant comme le ferait un objet plongé dans un liquide et que la profondeur des couches et la diminution de la lumière déroberaient à l’oeil. L’appelleronsnous laque profond? L’expression est encore bien faible pour donner l’idée de la chose.

Le laque usé porte des dessins d’or très-nets, très-détaillés, mais sans aucun relief, en sorte que le vernis est entièrement lisse et uni au toucher comme une glace. Au Japon, le laque usé a été parfois exécuté en couleurs. En Chine, l’espèce est assez fréquente en objets modernes ; le lâché de l’exécution et la faiblesse du vernis les font facilement reconnaître.

Le laque noir a revêtu toutes les formes, depuis les meubles et les panneaux, les paravents, les tables, les sièges, les supports, jusqu’aux plus mignonnes conceptions de l’art; ce sont des fruits, des fleurs, des personnages, des armoiries, des animaux. Les choses de provenance chinoise se reconnaissent, nous le répétons, à la faiblesse de l’or, plus délayé, moins chaud ; le fond est moins poli, on y sent le voisinage du bois. Au moment de la commande, on a même fait en Chine des laques noirs avec sujets à peine vernis et où la hâte et le vil prix du travail sont visiblement écrits.

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C’est aux Chinois qu’on doit le mélange de teintes diverses avec le noir : on peut voir au Louvre des bols de la période Kia-thsing de la dynastie des Ming (1522 à 1560) sur lesquels un brun-rouge forme des médaillons arabesques ressortant sur le fond. Ce sont ces bols qui portent la mention de leurs six couches de vernis. On rencontre assez

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