SCHELL
également, le cas échéant, et cela sans cesser d'entendre an relatif le mot d'éternilé dont la hiérarchie ne pouvait pas modifier le sens et la portée.
L'autorité romaine s'émut. On éplucha les publications du professeur, et, le 26 février 1899, un décret de l'index condamna les principales d'entre elles. Averti du coup qui allait le frapper, Schell avait répondu qu'il ne se soumettrait pas. La Faculté et 1 evèque de Wurzbourg- lui assurèrent que la soumission n'était rien de plus que la reconnaissance de l'authenticité formelle d'une décision portée par une juridiction qui juge en dernière instance et que cette soumission n'impliquait aucunement le sacrifice d'une conviction ou d'une vue scientifique. Schell fit alors publier par la Faculté une déclaration en ce sens ; après quoi, il écrivit à son évéque : « Au décret par lequel la sacrée Congrégation de l'Index a cru devoir mettre quatre de mes ouvrages sur la lista des livres prohibés, je me soumets avec toute l'obéissance et le respect qui conviennent (1). » Schell ne retira pas du commerce les livres condamnés et il ne modifia aucune de ses convictions personnelles. Mais, comme il le disait, ne pouvant les imposer à ceux qui n'étaient pas « mûrs » pour elles, il garda le silence, se contentant de former des élèves qui reprendraient la lutte pour la vérité dans des conjonctures plus favorables.
Ses nombreux amis et élèves lui avaient d'ailleurs conseillé la soumission, « afin que la cause, afin que le courant ne fussent pas désavoués ». S'il refusait cet acte de « loyalisme », lui disaient-ils, la « réaction » (qui d'ailleurs souhaitait son « apostasie ») « avait pour elle le droit ».
Les autorités romaines se contentèrent de l'adhésion de
(1) « Décrète, quo sacra IndicisCongregatio quatuor libres a me conscriptos... in indicem librorum prohibitorum referendos esse judicavit, me hisce submilto. Omni qua par est obedienlia et reverenlia. Dr llermann Schell prof. s. theol. »
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Schell dans la forme qu'il lui avait donnée. La crainte d'une rébellion les rendait peu difTiciles.
La condamnation du professeur de Wurzbourg eut un grand retentissement dans le clergé de tous les pays : elle fît connaître ses idées et comme un style obscur les enveloppait, elle les fit discuter, méditer, ce qui ne pouvait que les répandre et les enraciner. Il y eut d'ailleurs à cette époque une vaste diffusion de l'apologétique nouvelle. Une revue fondée par M. Loisy, la Reime d'histoire et de littérature religieuses, la faisait pénétrer chez de nombreux professeurs de séminaires dans le monde entier. Les thèses que le baron de Hûgel et le Père Lagrange avaient développées sur le Pentateuque au congrès scientifique international des catholiques tenu à Fribourg, en 1897, assuraient également dans l'enseignement ecclésiastique une notable victoire à la nouvelle exégèse
Jusqu'aux Etats-Unis, les sulpiciens inauguraient dans leurs séminaires de Boston, New-York et Baltimore des tendances très libérales. Partout des symptôn)es nouveaux annonçaient une aurore nouvelle aux catholiques progressistes et une tempête pour les gardiens de la doctrine traditionnelle (1).
(1) Dans son Histoire du Modernisme, M. Kûbel accorde une mention de dix lignes à l'agitation réformiste essayée en Espagne de 1898 à 1908 par un prêtre séculier catalan, M. Sigismond Pey- Ordeix. M. Xavier de Ricard [Le Temps, 23 avril 1901) et M. A. Godfernaux (A'oHve^/e Revue, 15 mai 1908, p. 191-197) ont parlé de ses efforts au public français avec un optimisme que les événements n'ont pas justifié. ]\f. Pey-Ordeixn'a pas été suivi. Les faits qu'il écrive dans des journaux maçonniques et qu'il se soit marié en 1911 indiquent sans doute qu'il est rentré complètement dans la vie laïque. Deux de ses livres ont été mis à l'index le 11 décembre 1906 : El Jesuilismo y sus abusas, et Crisis de la Compaha de Jésus, hecha par personas eminenles in sunlidad y tétras. Après son mariage, M. Pey-Ordeix a publié une brocliure intitulée Processo y fin del Celibalo en Espaha.