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LE MONUMENT DE SCHELL

Le 28 mai, l'archevêque de Paris prohiba pareillement le livre de M. Le Roy, et défendit à tous les ecclésiastiques de son diocèse de collaborer à la Revue d'histoire et de littérature religieuses. La plupart des évêques de France confirmèrent et promulguèrent ces ordonnances dans leurs diocèses respectifs. Le même jour, les évêques protecteurs de l'Institut catholique de Paris réunis en Assemblée maintinrent la défense qu'ils avaient faite, le 26 novembre précédent, aux professeurs de cet établissement d'écrire dans la revue Demain (1).

Le 14 juin, Pie X adressait à un professeur de théologie dogmatique, Mgr Ernest Gommer (2), un bref de félicitations pour un livre (3) qu'il venait d'écrire contre les idées de son ancien ami Hermann Schell, mort subitement le 31 mai 1906.

L'apôtre allemand du « catholicisme progressiste » avait

qui reçut sa visite le 16 juillet 1906, résume ainsi dans son journal une partie de ses dires : « ... Tyrrell écrit à Paul Sabatier qui l'engage à s'arranger avec Rome... A. la suite de son écrit sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, Sabatier a reçu des lettres syiupatliiques de 2.300 prêtres catlioliques en fonction. A Turin, où il vient de passer, il a eu la visite de 47 prêtres... »

(1) Cf. Demain, n° du 5 juillet 1907.

(2) Né à Berlin, en 1847, professeur à Vienne depuis 1901. On peut juger de sa mentalité par les tlièses qu'il soutient dans son ouvrage Relectio de Matris Dei munere in Ecclesia gerendo (Vienne^ Ivirsch, 1906) : Marie est un sacrement. Donc l'on doit : 1) lui donner le nom de sacrement en général ; 2) lui reconnaître une valeur de signe ; 3) reconnaître qu'elle contient éminemment la grâce propre des autres sacrements ; 4) dire que la Maternité divine produit en quelque façon la grâce... etc. Mgr Gommer fut pendant longtemps l'ami et l'admirateur de Sclieil, comme le prouve la broclmre : Ernsl (lommers Briefe an Hermann Schell von iS85-i899, verôtfentliciit von D'Carl Hennemann (Wùrzburg, Gobel, 1907, in-8% 16 p.).

(3) Hermann Schell and der fortschrittUche Kalholizismus. (Vienne, Kirsch, 1907).

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laissé beaucoup d'amis et d'admirateurs. Orateur éloquent, professeur dévoué, ami fidèle, il n'y avait guère que le zèle théologique qui pût lui susciter des adversaires. L'obscurité de ses écrits et leur caractère romantique permettait diilicilement d'apprécier jusqu'à quel point il s'écartait de l'enseignement officiel de l'Eglise (1). Maissi son intelligence pouvait sembler aventureuse aux gardiens de l'orthodoxie, personne ne devait douter raisonnablement que son cœur ne fût tendrement catholique et que sa nature sentimentale n'éprouvât un profond besoin des sacrements. Beaucoup de ses disciples allaient plus loin que lui, mais ils le vénéraient comme un très digne initiateur.

Il n'est donc guère étonnant que ceux qui l'avaient particulièrement connu aient eu l'idée d'élever un monument sur sa tombe. Néanmoins, dans sa lettre à Mgi' Gommer, Pie X déclara les partisans de ce projet « ignorants du catholicisme ou rebelles contre l'autorité du Saint-Siège », aménités qui tombaient directement sur un Comité constitué à cet efîet, et dans lequel figuraient l'archevêque deBamberg (D"" von Abert), l'évèque de Passau (D'' von Henle), le baron Frédéi'ic von lliigel, nombre de notabilités, environ cent cinquante universitaires (2).

(1) Une de ses lettres publiées après sa mort, adressée au docteur Nippold {Crise du Clergé, p. 256-258), montre clairement qu'il ne croyait tout au moins ni à l'inerrance de la Bible, ni à l'infaillibilé du pape. « Accusé d'être partisan des idées de l'abbé l>oisy », Scliell s'était « empressé d'écrire au Souverain Pontife pour protester contre celle allégation » {La Croix, 9 mars 1904).

(2) Pie X finit par s'adoucir. Aux explications que lui adressa le Comité du monument de Scliell, le cardinal secrétaire d'Etat répondit par une lettre dont voici un passage : a Le Saint-Père est convaincu que vous n'avez voulu faire qu'un acte de piété purement humain envers un défunt dont beaucoup des signataires étaient les confrères, les amis ou les disciples. Sa Sainteté a clairement précisé son opinion en disant qu'il fallait faire une dilférence entre la vie privée de Hermann Scliell et les œuvres qu'il a publiées. » Scliell eut son monument.

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