‹ Histoire du modernisme catholiqueChapitre 31 sur 82 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

L'ENCYCLIQUE « PASCENDI ...

Publication de l'Encyclique Pascendi. — Son contenu.

Gomment elle est accueillie. — Tyrrell.

M. George Fonsegrive. — M. Julien de Narfon.

Les Modernistes Italiens.

(Septembre-Octobre 1907)

Le 16 septembre 1907, les journaux catholiques publiaient une très longue et très solennelle encyclique de Pie X, datée du 8, et commençant par ces mots qui la désignent désormais dans l'histoire : Pascendi Dominici gregis (1).

La première phrase du document pontifical était celle-ci :

« A la mission qui Nous a été confiée d'en haut, de paître le troupeau du Seigneur, Jésus-Clirist a assigné, comme premier devoir, de garder avec un soin jaloux le dépôt traditionnel de la foi, à l'encontre des profanes nouveautés de langage, comme des contradictions de la fausse science. ..

(1) L'encyclique, compilée par de nombreux tliéologiens, notamment par le Père IMllot et Mgr Benigni, a été rédigée en latin par le « secrétaire des lettres aux princes », Mgr Sardi, le « secrétaire des lettres latines , Mgr Galii étant malade...

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Ainsi, dès le commencement de sa lettre Pie X aiïirme, sans prendre l'embarras de le prouver, l'existence d'un dépôt immuable de vérité révélée dont il est le gardien unique et infaillible. Une fois posé ce principe, le pape montre magistralement combien les modernistes, — il leur donne ce nom, — s'écartent du dépôt, dans quelles graves erreurs ils tombent, et, pour le mieux exposer, il présente leurs doctrines dans un tableau d'ensemble, en montrant le lien logique qui les rattache entre elles. « Pour procéder avec clarté, dit Pie X, dans une matière en vérité fort complexe, il faut noter tout d'abord que les modernistes assemblent et mélangent, pour ainsi dire en eux plusieurs personnages : c'est à savoir le philosophe (1), le croyant, le théologien, l'historien, le critique, l'apologiste, le réformateur : personnages qu'il importe de bien démêler si l'on veut connaître à fond leur système et se rendre compte des principes, comme des conséquences de leurs doctrines. »

Et après avoir analysé longuement ces personnages, Pie X essaie d'indiquer les causes de leurs erreurs, — la curiosité, l'orgueil, l'ignorance de la philosophie scolastique (2), — et de prescrire les remèdes propres à retrancher le mal.

(1) « On oublie ainsi, dès l'abord, que le mouvement moderniste n'a pas commencé par la pliilosophie, mais par l'Iiisloire ecclésiastique, et bientôt après par l'exégèse biblique. » Loisy, Simples réflexions, 1" édit,, p. 14'* ; 2°édit., p. 154. Cf. Le Programme des Modernistes, ch. I", « le point de départ du modernisme est la critique, et non pas la philosophie. »

(2) Cf. Gatholici, Lendemains d'encyclique, ch. II. « Les causes du modernisme ; celles que le Pape dit et celle qu'il ne dit pas. » Celle qu'il ne dit pas, c'est le conflit de la science et de la foi. Les modernistes soht « tout simplement des cat/ioliqiies logiques » ; « ils se souviennent de ce qu'on leur a appris, ils entendent conserver la foi, si cela est possible, mais aux conditions expresses sous lesquelles elle leur a été proposée et sous lesquelles ils l'ont reçue » ; « l'usage de la raison précède la foi, on a logiquement le droit d'être philosophe et historien, avant d'avoir à faire acte de chrétien ».

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Ces remèdes, qui doivent refaire au clergé contemporain une mentalité parfaitement orthodoxe, sont au nombre de 7. En voici le résumé :

I. « Que la philosophie scolastique soit mise à la base des sciences sacrées ». « Evidemment, il faut donner plus d'importance que par le passé à la théologie positive, mais sans le moindre détriment pour la théologie scolastique. » L'étude des sciences naturelles ne doit pas non plus porter préjudice aux sciences sacrées.

II. Qui, d'une manière ou d'une autre, se montre imbu de modernisme, ou néglige les sciences sacrées, ou paraît leur préférer les profanes, sera exclu sans merci des chaires des séminaires ou universités catholiques. Loin, bien loin du sacerdoce, l'esprit de nouveauté ! « Que le doctorat en théologie et en droit canonique ne soit plus conféré désormais à quiconque n'aura pas suivi le cours régulier de philosophie scolastique ; conféré, qu'il soit tenu pour nul et de nulle valeur»-... « Défense est faite aux clercs et aux prêtres qui ont pris quelqueinscriptiondans une Université ou Institut catholique de suivre pour les matières qui y sont professées les cours des Universités civiles. »

III. Que tous les livres, journaux, revues entachés de modernisme ne soient pas laissés aux mains des élèves, dans les séminaires ou dans les universités : « ils ne sont pas, en eiïet, moins pernicieux que les écrits contre les bonnes mœurs, ils le sont même davantage, car ils empoisonnent la vie chrétienne dans sa source. Il n'y a pas à juger autrement certains ouvrages publiés par des catholiques, hommes dont on ne peut suspecter l'esprit, mais qui, dépourvus de connaissances Ihéologiques et imbus de philosophie moderne, s'évertuent à concilier celle-ci par la foi, et à l'utiliser, comme ils disent, au proOt de la foi (1). Lus de confiance, à

(1) Le R. P. Maurice de la Taille, S. .1., émet la réflexion suivante sur ce passage : « Il n'y a pas à en douter, c'est de Ferdinand Brunetière qu'il s'agit. Certes, celui qui, il y a six mois.

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cause du nom et du bon renom des auteurs, ils ont pour effet, et c'est ce qui les rend plus dangereux, de faire glisser lentement vers le modernisme. »

Un évêque doit faire tout au inonde pour bannir de son diocèse, « tout livre pernicieux, recourant, pour cela, s'il en est besoin, à l'interdiction solennelle ». Que les évèques ne se laissent pas arrêter par le fait qu'un auteur a pu obtenir d'ailleurs Y imprimatur : cet imprimatur peut-être apocryphe, ou il a pu être accordé sur examen inattentif, ou encore par trop de bienveillance ou de confiance à l'égard de l'auteur.

Que si des libraires s'obstinent à trafiquer de produits délétères, les évêques n'hésitent pas, après monition, à les priver du titre de libraires catholiques ou épiscopaux.

IV. Que les évêques usent de la plus grande sévérité en accordant la permission d'imprimer des livres. Qu'il y ait, dans toutes les curies épiscopales, des censeurs d'office, chargés de l'examen des ouvrages à publier.

Défense aux membres du clergé, tant séculier que régulier, de prendre la direction de journaux ou de revues sans la permission des Ordinaires. « Qu'à chaque journal et revue, il soit assigné, autant que faire se pourra, un censeur, dont ce sera le devoir de parcourir en temps opportun, chaque numéro publié, et s'il y rencontre quelque idée dangereuse, d'en imposer au plus tôt la rétractation. »

V. « Que désormais les évêques ne permettent plus, ou que très rarement, de Congrès sacerdotaux... A ces sortes de Congrès qui ne pourront se tenir que sur autorisation écrite, accordée en temps opportun, et particulière pour chaque cas, les prêtres des diocèses étrangers ne pourront intervenir, sans une permission pareillement écrite de leur Ordinaire. »

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