‹ Histoire du modernisme catholiqueChapitre 36 sur 82 · SALOMON REINACH · texte numérisé non relu

SALOMON REINACH

jamais le prestige du Saint-Siège. Le cas Monlagniiù n'est pas isolé. A côté du pape, il y a un certain Monsignor Benigni, dont la mission est de mettre la main sur la plupart des correspondants de journaux à Rome. Vous savez avec quelle férocité ils poursuivent les Modernistes. Ils laissent tout pour infliger à des prêtres suspects des peines tombées en désuétude depuis des siècles.

0 Le mouvement n'est ni arrêté ni diminué. Au contraire. Dans certains diocèses la majorité des prêtres est déjà du côté du parti jeune et libéral. Même dans l'épiscopat l'angoisse est grande et les témoignages que j'ai réunis au mois de juin dernier ne sont plus exceptionnels.

«Il est de la plus haute importance que les relations entre les esprits indépendants de nos deux pays soient plus fréquentes et d'un mouvement plus rapide.

« J'ai tout négligé, tout abandonné, j'ai oublié amis et parents, pour me dévouer à mes amis du clergé catholique, pour les encourager, pour les empêcher de s'isoler ou de quitter l'Eglise romaine. Si Pie X vit dix ans de plus, les idées nouvelles auront conquis la majorité du clergé et ce sera le pape qui, avec une faction de politiciens cléricaux, sera obligé de faire le schisme et de se séparer de ses coreligionnaires. L'orthodoxie immobile, statique, ne sera plus qu'une idée représentée dans quelques rares groupes. » (1)

L'optimisme de M. Sabatier n'était pas sans second. Dans le même temps, un savant qui suivait avec le plus vif intérêt les travaux d'érudition des modernistes, M. Salomon Reinach, croyait pouvoir leur donner des paroles d'encouragement. En annonçant aux lecteurs de la Revue archéologique (2) la publication de rencyclique Pascendi et du décret Lamentabili, il ajoutait :

[1) Traduction publiée dans L'Exode (25 juillet 1909) du texte anglais publié pai' M. Wendle dans Tlie Christian Regisler, 19 mars 1908, p. 329. En donnant cette traduction, L'Edode a également reproduit le texte anglais.

(2) Décembre 1907, p. khi.

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« Jamais, depuis le Concile de Trente, l'élude scientifique dc- Ecritures n'a paru aussi sévèrement entravée.

« Dans le silence de l'Eglise de France, condamnée pour quelque temps à la stagnation, les sympathies des savants laïques vont naturellement aux savants clercs dont les écrits ont suscité et honoré la renaissance des études religieuses. Solile timere, pusillus grex ; vous n'aurez pas travaillé en vain. On ne brûle plus les hommes ; on n'anéantit plus les livres; le terrain gagné sur une apologétique exsangue ne se perd pas (1) ».

(1) Ces encouragements ne prouvent pas d'ailleurs que M. S. Reinach ait eu ferme confiance dans l'adaptation de la papauté. Dans son livre Orpheus (1909), p. 582, après avoir résumé les conséquences que l'on peut tirer des thèses modernistes, M. Reinach concluait ainsi : « Il est évident que l'Eglise romaine ne saurait les accepter, et non moins certain que son orthodoxie étroite est condamnée à sombrer tôt ou tard dans le discrédit. »

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