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LES APPLICATIONS DE L'ENCYCLIQUE PASCENDI

Excommunication de M. Loisy

Les Lettres Pastorales de 1908. — Nova et Vetkra

Les Letttes d'un Prêtre Moderniste Italien

(Janvier - Juin 1908)

Pendant que le pape et les évêques excommuniaient ou frappaient de censures les Tyrrell, les Eng-ert, les Schnitzer, et les auteurs italiens du Programma dei Modernisti, le public attendait avec curiosité la conduite que tiendrait l'autorité ecclésiastique envers M. Loisy, le prétendu chef du mouvement et certainement celui de tous les novateurs qui avait porté à la tradition les coups les plus irréparables. Son sort semblait d'autant plus intéressant qu'on ne savait ce que faisait, dans la retraite campagnarde où il s'était confiné, cet écrivain naguère encore si actif.

A la vérité, immédiatement après la publication de l'encyclique, il avait adressé au cardinal secrétaire d'Etat une lettre privée (1) pour protester contre des opinions que semblait lui

(1) Lettre datée du 29 septembre, publiée par M. Loisy dans Quelques lettres, p. 232.

attribuer le document pontifical. La communication, rédigée avec vivacité, ne disait point si son auteur avait encore la prétention de se croire catholique. Après trois mois de silence, le cardinal Merry del Val écrivit à l'évêque de Langres, sur le territoire duquel demeurait l'exégète, d'exiger de lui une rétractation pleine et entière, faute de quoi Sa Sainteté serait obligée de prendre les mesures nécessaires pour faire cesser le scandale que causait sa permanence dans l'Eglise.

M. Loisy répondit à l'évêque :

«... Adhérer purement et simplement à la condamnation du modernisme, tel qu'il a été condamné par l'Encyclique pontificale, serait confesser que je ne trouve plus en moi aucune idée consistante, et que je suis actuellement en dehors de toute raison, comme l'Encyclique proclame que j'ai été jusqu'à présent en dehors de toute foi. Un pareil aveu. Monseigneur, ne me conduirait pas à l'orthodoxie, mais au néant de l'intelligence et de la conscience. Les conclusions auxquelles m'ont amené de longues années d'étude ne sont certainement pas exemples d'imperfections ni d'erreurs ; mais, si je les rejette, je ne sais plus à quoi me reprendre, car celles que j'ai dû abandonner, à mesure que j'avançais dans mes travaux, ne sont pas plus acceptables pour moi aujourd'hui qu'hier ; si je pouvais oublier tout ce que j'ai appris et écrit au sujet des Livres Saints, je ne serais pas plus à mon aise avec les enseignements de l'Encyclique touchant l'inspiration des Ecritures par exemple, ou la composition du Pentateuque, ou celle des Evangiles. Mon esprit serait aussi incapable de vivre dans l'atmosphère intellectuelle du décret Lamenlabili et de l'Encyclique Pascendi, que mes poumons seraient incapables de respirer au fond de la mer. La soumission pleine et entière dont parle Mgr Merry del Val ne pourrait être de ma part qu'un mensonge ; et au lieu d'être un sacrifice méritoire, comme le dit Votre Grandeur, ce serait pour moi un geste dépourvu de sens et contraire à toute moralité (Ij».

(1) Lettre du 19 janvier 1908, publiée dans Quelques Lettres.

Au moment où M. Loisy écrivait celte lettre, il achevait l'impression d'un gros commentaire sur Les Evangiles synoptiques et d'un petit volume de Simples réflexions sur le décret « Lanientabili sane e.vitu » et sur l'encyclique « Pascendi dominici gregis ». Ces ouvrages, mis en vente le 31 janvier, furent suivis dix jours plus tard par une brochure intitulée Lendemains d'encyclique (1), signée « Catholici », dans laquelle on examinait les conséquences que l'acte pontifical pouvait avoir sur la conduite du clergé et sur l'avenir du catholicisme.

Cette littérature fit reprendre à Rome l'examen du cas de M. Loisy. En attendant la sentence et pour la préservation du troupeau du Seigneur, l'archevêque de Paris, Mgr Amelte, défendit, sous peine d'excommunication spécialement réservée au souverain pontife de lire, d'imprimer ou de détenir les deux nouveaux ouvrages de M. Loisy et il défendit, sous peine de péché grave, de lire le Programme des Modernistes dont la traduction venait aussi de paraître. Ces prohibitions furent immédiatement portées dans la plupart des diocèses français, par voie d'adhésion à cette ordonnance. Les Lendemains d'Encyclique qui inlligeaient à l'orthodoxie un coup plus redoutable que le Programme, n'étaient pas condamnés : l'archevêque les ignorait sans doute encore au moment où il écrivait.

Le 7 mars suivant, M. Loisy, qui refusait toute soumission, fut excommunié nominativement et déclaré « devant être évité par tout le monde ».

Les polémiques que suscitèrent ces divers incidents s'élargirent singulièrement par toute la France et même dans toute la catholicité par la publication des lettres pastorales dont les évêques font ordinairement précéder leurs ordonnances quadragésimales. Cette année-là, l)on nombre d'entre

(1) Paris, librairie Noiirry. Traduction allemande: Anlwort (1er franzosischen Kalholiken an den Pupst, Aulorisierte Ausgabe iiberlragen von René Prévôt (lena, Diederichs).

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