CHAPITRE PREMIER
Les Universités Catholiques. — L'abbé Louis Duciiesxe
MM. Alfred Loisy et Marcel Hébert
Le mouvement « néo-chrétien «. — Les normaliens catholiques
M. Ollé-Laprune. — M. Maurice Blondel
L'encyclique « Providentissimus »
Pour reconquérir l'esprit d'un peuple qui abandonne de plus en plus les croyances traditionnelles, l'épiscopat français résolut, au commencement de la Troisième République, d'ouvrir des instituts d'enseignement supérieur, littéraire et scientifique. Il s'imaginait que, sous sa direction, il pourrait s'y former des fidèles d'une culture aussi éblouissante que solide, qui donneraient l'exemple de la foi et même qui tiendraient à la faire revivre autour d'eux. En 1875, une loi dont le vote fut poursuivi par les catholiques, à l'instigation des évêques, accorda et régla cette liberté de l'enseignement supérieur. L'épiscopat se hâta d'en profiter.
Dans leur plan primitif les prélats s'étaient préoccupés davantage de former des savants laïques que dos ecclésias-
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tiques théologiens. Pour ces derniers les séminaires semblaient suffire. Mais le pape ordonna que les nouveaux instituts comportassent des Facultés de théologie et l'épiscopat dut obéir.
Des écoles supérieures de théologie fondées dans ces conjonctures, la plus remarquable fut celle de Paris. Elle s'ouvrit au mois de novembre 1878, très modestement, avec quatre professeuis et des élèves qui n'eussent pas été beaucoup plus nombreux si le séminaire des Sulpiciens n'avait décemment envoyé quelque contingent a ses cours. Parmi ces quatre professeurs, il s'en trouvait un de grand talent, l'abbé Louis Duchesne, alors presque complètement inconnu, aujourd'hui membre de l'Académie française, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, et historien d'universelle renommée.
Lorsqu'il prit possession de la chaire d'histoire ecclésiastique de la nouvelle école, M. Duchesne était âgé de trentecinq ans. La monotonie de sa carrière studieuse n'avait été rompue que par quelques menus incidents, auxquels l'évolution de sa pensée devait donner une saveur piquante. Fils d'un pêcheur breton, il débuta, en 1867, dans l'enseignement, à Saint-Brieuc, aussitôt après avoir été ordonné prêtre. De Rome, où il fit ensuite deux années d'études théologiques, il rapporta d'ardentes convictions ultramontaines. Pendantle concile du Vatican, il se fit remarquer par son désir de voir proclamer l'infaillibilité du pape. Il recueillit des signatures pour une adresse que le clergé de son diocèse envoya à Pie IX, bien que l'évêque, Mgr David, l'un des prélats les plus hostiles à la définition du dogme débattu, fût absolument opposé à ce genre de manifestations (1). Deux ans plus tard, M. Duchesne, peu regretté de son évêque, quitta Saint-Brieuc pour venir à Paris, terminer à l'Ecole des Carmes, la préparation de sa licence ès-letlres. Membre de l'Ecole française à Rome et
(1) Cf. René Durand, Bulletin de la Société d'histoire moderne. 23 avril 1911, p. 43-46.