LE BILAN DU MODERNISME
inquisition jalouse, insliluée par la Pascendi, les surveille. Voilà pour les soumis.
« Qu'avons-nous constaté en outre ?
« Que ceux de la minorité récalcitrante n'avaient fait que rééditer à leur manière, et avec un moindre succès, dans une Eglise devenue parfaitement liiérarcliique et césarienne, l'histoire de Lamennais et du P. Hyacinthe ;
« Et qu'ils avaient toutefois apporté en plus la nouveauté de la critique, nouveauté vieille dans le monde, mais que l'Eglise ne pouvait accueillir sans se perdre. Voilà pour les révoltés.
« Bref, nous avons constaté que les soumis n'étaient plus une force dans l'Eglise et que les autres n'étaient pas encore et menaçaient de n'être jamais une force dans le siècle. Notre conclusion est donc que le modernisme appartient dès maintenant au passé.
« Qu'a-l-il manqué aux modernistes pour réussir ?
« Il leur a manqué, à notre sens, d'être les chevaliers, immolés par avance, d'un idéal impératif. S'ils avaient été saisis et, pour ainsi dire, vaincus, par une de ces vérités vivantes, primordiales, éternelles, qui, lorsqu'elles surgissent lout-à-coup au fond de l'âme, lui éclairent toute la route du monde et de l'éternité, la libèrent de l'ennui, de l'incertitude, et lui confèrent une dignité immortelle, — il leur aurait été impossible de ne pas être des apôtres
« En réalité, le modernisme n'a pas été un mouvement religieux. Il n'est pas descendu au cœur de la race. Il s'est cantonné dans le cerveau de quelques prudents Erasmes et de quelques abbés démocrates, plus démocrates que croyants. Il a été tout, philosophique, politique, critique, tout, sauf religieux. Et c'est pourquoi le siècle, qui a été rarement mieuK disposé qu'aujourd'hui à écouter une parole de foi, ne lui a prêté aucune attention.
« En somme, le modernisme n'aura été qu'une bonne volonté de gens savants et distingués, mais incapables d'être parfaitement vrais avec eux-mêmes, vrais jusqu'à l'apostolat. Ne nous en prenons pas à la dureté du siècle s'il a échoué. Il a échoué, au contraire, malgré le vœu du siècle. »
L'article de M. Riou, fut largement cité et lonpfuenient discuté dans la presse qui .s'intéresse aux questions reli-
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gieuses (1). Après avoir pris le temps de la réflexion, la Correspondance de Rome exprima cette remarque : « L'équivoque moderniste dure et durera encore autant que la forme actuelle de la « crise d'àme » qui égare notre société. » Et de cette déclaration, la feuille de Mgr Benigni tira les conséquences suivantes :
« Le danger de la propagande de ce modernisme est toujours existant, et il est d'autant plus à redouter qu'il est souvent à l'état fluide, inconsistant au point d'échapper à tous ceux qui ne s'y connaissent pas, qui n'y font pas attention, qui sont entraînés par leur optimisme à voir tout en rose.
« C'est bien cela que savent les plus fins parmi ceux qui parlent de la « faillite » du modernisme. Tout bonnement ils veulent nous endormir. De braves gens parmi les nôtres s'y prêtent de bonne foi.
« Ainsi on voit d'excellents catholiques se laisser impressionner par les articles de nos adversaires qui « avouent » la faillite du modernisme aussi bien que par les cris furieux ou l'ironique mépris de certains soi-disant catholiques qui accusent Rome et
(1) Voici l'indication des principaux articles qui lui furent consacrés :
Cœnôbium, août 1910. « La défaite du modernisme doit-elle être attribuée aux modernistes ? Nous nous permettons d'en douter. Notre temps n'est pas aussi disposé à entendre une parole de foi que le pense M. Riou. » (Od. G.)
Ann. dePh. chrét., sept. « Son article (de M. Riou) en définitive n'exprime rien de plus qu'un mouvement de mauvaise humeur protestante contre les catholiques en général. Et la bonne presse qui l'a reproduit, en s'en félicitant, n'est vraiment pas difitcilea contenter... M. Riou ne nous trouverait parfaitement vrais avec nous-mêmes que si nous avions fait ce qu'il eût désiré. Il est certainement possible d'être vrai avec soi-même autrement. »
Lu Vie Nouvelle (Monlauban), ly novembre ; lettre de M. Raoul Goût à M. Riou: « Comme tout le monde vous vous étiez échauffé sur le modernisme. Vous exagérez maintenant dans la censure. »
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ses fidèles de voir « partout » des modernisles, de soupçonner d'excellentes personnes à cause de leurs opinions un peu (sic) hardies...
'( Gare aux bons catholiques s'ils se laissaient prendre par ce piège. Le modernisme se propage et s'organise par la malice des uns, par la naïveté ou l'insouciance des autres, un peu partout, beaucoup dans des centres de vie catholique.
« Plus que jamais, il faut lutter contre l'ennemi qui se masque, qui se cache, qui tente de mener sous main une œuvre de démolition (1). »
En adoptant cette attitude énergique, la Correspondance de Rome restait fidèle à son passé. Depuis qu'elle avait découvert la ligue allemande contre l'Index (2), elle croyait ou feignait de croire à une « Maçonnerie catholique », ligue internationale entre modernistes. Un membre de la Ligue démocratique italienne, M. Brauzzi, et don Romolo Murri, avaient immédiatement protesté contre cette invention (3), mais, comme elle constituait un épouvantai! utile, les chasseurs d'hérésie le gardèrent soigneusement pour le brandir en temps opportun. Un journal monarchiste, qui sait unir le cléricalisme à l'athéisme, L'Action française s'en servit particulièrement et, le 13 septembre 1910, il publia sur l'organisation du modernisme un article signé « Aventino (4) » dans lequel se lisaient les lignes suivantes :
« C'est surtout Vers le jeune clergé qu'est dirigée l'attention de la C.arboneria moderniste. Aussi a-t-elle cherché à placer des
iX) Article reproduit par La Croix, 12 août 1910.
(2) Cf. ci-dessus, cii. X, p. 163.
(3) Cf. Giornale dltalia, 14 juillet 1907, lettre de M. Murri ; 15 juillet, lettre de M. Brauzzi.
f'i) « Aventino » est le pseudonyme de M. Ciiarles Belin, correspondant de L Action française, à Rome.
Avant son exploit de 1910, Aventino avait déjà publié dans L'Action française, le 18 mai 1908, un article sur « la franc-maçon-
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créatures et des espions dans tous les Séminaires, Universités, Instituts, Facultés catholiques. On peut dire, presque sans faire erreur, qu'aucun de ces centres n'est indemne. Ces créatures et ces espions (à qui l'on fournit souvent des bourses d'études pour faciliter leurs missions) sont chargés de faire une propagande discrète, habile, entre les camarades et de noter tout ce qui peut intéresser le mouvement ; rapports sur lés camarades et les professeurs. »
La Croix, qui avait déjà découvert en 1901 que la francmaçonnerie faisait de la propagande dans les séminaires français (1), s'empressa naturellement de reproduire cette « information ». La Correspondance de Rome la publia également comme la tenant de « très bonne source », et La Croix répéta encore l'entrefilet de la Correspondance.
Le recteur de l'Institut catholique de Toulouse, Mgr Breton, le successeur de Mgr Batitlbl, reproduisit dans son Bulletin (2) le passage ci-dessus cité d'Aventino en le faisant suivre de ces réllexions :
« Nous croyons devoir rappeler ici, ce que les catholiques ne devraient pas oublier, que les professeurs des Instituts sont tous nonfmés par les évéques, que les étudiants ecclésiastiques qui en suivent les cours sont tous choisis avec soin par les évéques, que les bourses d'études sont toutes données par les évéques ; dès lors, la C.arboneria moderniste ne pourrait exercer sa propagande dans les Instituts que grâce à la tolérance et, disons le mot, avec la complicité des évoques. »
nerie internationale du modernisme ». Il a repris ses insinuations dans le même journal, N" du 8 janvier 1911, en y mêlant un singulier nationalisme : « Le modernisme, dit-il, en dehors de toute question de foi, est une forme nouvelle d'invasion de la culture germanique, et par suite est une menace contre la culture latine ; il y a là un côté du modernisme qui ne peut pas laisser indifférents même les non croyants qui conservent intact le sentiment de leur nationalité. » Cf. Aventino, Le Gouvernement de Pie A', p. 434.
(1) Cf. Crise du Clergé, p. 126-128.
(2) Numéro d'octobre lylO.