‹ Histoire du modernisme catholiqueChapitre 54 sur 82 · MISS MAUDE PETRE · texte numérisé non relu

MISS MAUDE PETRE

travers les âges postérieurs, l'école inaugurée par le Christ et ses apôtres.

Pour conclure, je soutiens avec la plus grande fermeté et soutiendrai jusqu'à mon dernier soupir la foi des Pères sur le critère certain de la vérité, qui est, a été et sera toujours o dans l'épiscopat transmis par la succession des apôtres » ; non pas de telle sorte que l'on croie ce qui peut sembler mieux adapté au degré de culture que comporte chaque époque, mais de telle sorte que la vérité absolue et immuable, prêchée dès l'origine par les apôtres, ne soit jamais ni crue ni entendue dans un autre sens.

Toutes ces choses, je m'engage à les garder fidèlement, intégralement et sincèrement, à les conserver inviolablement et à ne jamais m'en écarter, soit en enseignant, soit d'une façon ipielconque par mes paroles et mes écrits.

Je le promets, je le jure, que Dieu me soit en aide et ses saints Evangiles.

Au reçu du motu proprio, les évêques dans tous les pays du monde se préparèrent à faire prêter serment à leurs prêtres, mais pour la plupart, avec le moins de solennité possible. Il leur semblait inutile de faire remarquer aux fidèles que la foi du clergé subissait une crise. Quant à la presse catholique, dans le but de décider les prêtres à s'exécuter sans résistance, elle insista sur le fait que l'acte pontifical n'enseignait aucune nouvelle doctrine et qu'il répétait seulement les déclariitions des Conciles de Trente et du Vatican que tous les prêtres avait apprises et acceptées au séminaire.

Ce fut une femme qui attira l'attention du public sur l'importance de ce serment.

Peu de temps après la mort de Tyrrell, miss Petre avait annoncé qu'elle éciirait sa biographie et elle avait demandé à ses correspondants de bien vouloir lui communiquer les lettres qu'ils avaient reçues de lui. La hiérarchie apprit sans doute ce dessein avec déplaisir, car elle s'empressa de demander à miss Petre de souscrire aux condamnations portées

MISS MAUDE PKTRE 327

par l'encyclique Pascendi et le décret Lainentabili, adhésion qui eût entraîné l'abandon de la publication projetée ou, du moins, qui eût forcé l'auteur de blâmer l'opposition de Tyrrell à ces deux actes pontificaux.

Miss Petre répondit, au mois de décembre 1909, à son évêque, le D"" Amigo, de Southwark, qu'elle adhérait à ce qu'on lui avait enseigné depuis son enfance, lorsqu'on l'instruisait dans les croyances catholiques, en insistant beaucoup plus sur les devoirs et les pratiques de la vie catholique que sur toutes les subtilités théologiques. Si, par suite, sa vie ne témoignait pas de sa foi, sa signature serait entièrement vaine. Une fois seulement elle avait lu l'Encyclique et le décret. Ils avaient produit sur elle une très douloureuse impression, partagée, — elle s'en était rendu compte, — par un très grand nombre de catholiques. Ces documents paraissaient condamner des écrivains comme le cardinal Newman et le Père Tyrrell, les plus grands apologistes catholiques ; ils semblaient enchaîner l'esprit dans l'acceptation de faits historiques et scientifiques ; et l'encyclique Pascendi paraissait préconiser une ligne d'action contraire aux notions générales de la charité. Que si Miss Petre avait tort sur ces points, elle serait très heureuse d'être convaincue de son erreur, mais elle n'avait pas besoin de lire de nouveau les documents.

Quelque temps après, l'évêque de Southwark redemanda à Miss Petre une déclaration similaire comme condition à la réception des sacrements. L'héritière de Tyrrell répliqua en ces termes :

« D'abord je ne vois pas pourquoi on me demande, à moi femme et laïque, d'exprimer une opinion sur ces documents quand je n'en ai ni parlé, ni écrit.

« Pourquoi me demande-t-on de faire ce que l'on ne demande pas aux autres ? Je comprends tout à fait que, si je m'étais déjà déclarée, dans la matière, il y aurait eu des causes pour me soumettre à un traitement spécial. Mais comme je n'ai rien fait

328 MISS MAUDF. PETRE

de tel, je conlesle avec respect la justice des procédés observés à mon égard.

a Cependant ayant formulé cette protestation, je serai comme toujours d'une candeur parfaite, et je dirai comment je me sens moi-même placée, étant donné que je suis requise de faire une déclaration touchant le Décret et l'Encyclique.

« Il me semble qu'il y a trois façons, selon lesquelles on peut, sous le commandement de l'autorité, signifier son adhésion à ces documents.

0 I. — On peut soutenir qu'on a le droit de signer ou de faire une déclaration quelconque sans la moindre considération pour ses croyances et convictions personnelles, en rejetant toute la responsabilité de la vérité objective ou de l'honnêteté subjective d'une telle déclaration sur les épaules de ses supérieurs : étant également décidé à signer un acte d'adhésion à tout décret ou encyclique ou à une affirmation telle que celle-ci, par exemple: « Le soleil tourne autour de la terre », on pourrait en fait, accomplir ce qu'on appellerait au sens le plus rigoureux du terme, un acte d'obéissance aveugle ; ce serait, en quelque manière, à peu près, mais non tout à fait, la contre-partie de ces vieilles démonstrations monastiques qui consistaient à planter un chou par en bas ou par en haut, selon ce que les supérieurs imposaient.

« Je sais que certains considèrent cette attitude comme légitime, et c'est assurément le seul moyen de préserver leur vie de tout embarras et d'éviter à autrui le scandale.

« Je ne dirai jamais un mot de condamnation contre ceux qui agissent ainsi. Le seul aveu de leur façon de comprendre les choses peut servir à rectifier leur façon d'agir même si celle-ci, dans l'ordre idéal, laisse à désirer. Cependant, personnellement, je ne me soucie pas d'adopter une telle attitude ; je n'occupe pas une position importante et je puis suivre les ordres de ma conscience, en dehors de toute considération secondaire.

« IL — Un autre moyen très commun je crois, d'aborder la difticulté, serait de traiter ces documents comme le ferait un théologien; expliquant, qualifiant, distinguant leurs différents sens, les traitant en fait comme les Anglicans traitèrent parfois les 39 articles.

« Cette attitude me semble plus discutable que la première ;

Page 1