‹ Histoire du modernisme catholiqueChapitre 61 sur 82 · LA CONSISTORIALE · texte numérisé non relu

LA CONSISTORIALE

même), parfois en matière de première importance, surtout si elles ont trait au surnaturel ; en raison du doute qu'il jette sur les autres sujets ou de la manière dont il les expose, non seulement l'auteur ne donne pas le véritable concept de l'histoire de l'Eglise, mais il le fausse et le défigure énormément, présentant l'Eglise comme à peu près dépouillée de ces charismes surnaturels sur lesquels elle se fonde et sans lesquels elle ne peut se développer.

« Ajoutez à cela son tableau des martyrs, dont non seulement il réduit le grand nombre, mais que souvent il représente contme atteints de fanatisme — ébranlant ainsi le grand argument que leur héroïsme surnaturel fournissait en faveur de la foi, — alors qu'au contraire, il présente les persécuteurs comme des hommes de génie, poussés aux persécutions par un haut idéal politique.

« Les Pères de l'Eglise eux-mêmes, ces vrais génies de l'humanité, sortent de cette histoire diminués et, dans quelques cas, anéantis. Il en est de même des luttes épiques pour la foi contre les hérétiques, qu'il aime à faire passer fréquemment pour des litiges de sophistique, efTet de malentendus qu'on pouvait aisément dissiper: comme s'il n'y avait pas. eu de différences essentielles entre la foi des Pères de l'Eglise et celle d'Arius et autres. Et beaucoup d'autres points d'une importance capitale, comme le culte de la Très Sainte Vierge, l'état de l'Eglise romaine, l'unité de l'Eglise, etc., ne sont pas moins maltraités. « C'est pourquoi la lecture de cette histoire à été jugée souverainement dangereuse et parfois même mortelle, de telle sorte qu'on doit en interdire absolument l'introduction dans les Séminaires, même comme simple texle à consulter.

« La chose ayant été rapportée au Saint Père, Sa Sainteté a pleinement approuvé cet avis et m'a ordonné de faire les communications opportunes aux Révérendissimes Ordinaires d'Italie, ce dont je m'acquitte par la présente.

« Rome, le l" septembre l'Jll.

« G., card. De Laï,

« secrétaire. »

Le cardinal Vives y Tuto, préfet de la Gongrégation des Religieux, transmit cette circulaire aux supérieurs des ordres et congrégations, en leur enjoignant de veiller à son

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exécution dans leurs communautés. Le document fut aussi communiqué officieusement aux évêques français. Une vingtaine d'entre eux s'empressèrent de le promulguer dans leurs séminaires ou même dans leurs diocèses : celui qui s'exécuta le premier fut naturellement l'un de ceux qui passent pour être des plus ignorants : Mgr Chesnelong, de Valence, promu, bientôt après, à l'archevêché de Sens (I).

De menus incidents vinrent encore mortifier Mgr Duchesne. Pie X fit adresser une lettre de félicitations à l'un de ses réfutateurs, le Père Giuseppe Chiaudano (2), s. j., et il accepta la dédicace du recueil des articles du Père Tito Bottagisio, s. j., qui avait signalé avec le plus d'acharnement les singulières expressions de la Storia délia Cliiesa antica.

Pour se justifier des reproches que lui adressaient ses censeurs, Mgr Duchesne composa une Protestation dans laquelle, à l'aide d'habiles formules, il essayait de défendre son Histoire. Le plaidoyer, qui passait à côté des vrais griefs, se terminait par cette déclaration :

« Voilà quarante ans que j'écris, sans avoir reçu de mes supérieurs ecclésiastiques le moindre blâme (3). On pourra fouiller et enquêter tant qu'on voudra, on ne me surprendra jamais dans un cénacle d'opposition. Je n'ai jamais entendu pervertir la doctrine

(1) Le 30 décembre 1911, l'évêque du Mans, Mgr de Bonfds, interdit l'ouvrage dans tout son diocèse, sur le fait qu'un de ses chanoines, M. Ledru, l'avait cité dans une revue locale d'érudition, La Province du Maine. Au mois de mars suivant, la Société des Arcliives historiques du Maine, propriétaire de cette revue, en retira la direction à M. Ledru (qui l'avait fondée en 1893), et qui venait d'y commettre un nouvel article d'érudition indépendante aux dépens de la légende de Saint Martin de Tours.

(2) Sa brochure a été traduite en français : L'Histoire ancienne par rapport à la foi catholique, Paris, avril 1912.

(3) Il est intéressant de comparer celte déclaration avec les documents publiés depuis, par Mgr Baudrillart, dans la Vie de Mgr d'Ilulsl (1912).

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de l'Eglise, professer pour moi ou iiicuiquer aux autres des enseignements qu'elle pût réprouver. Appliqué aux études par la volonté de mes supérieurs, j'y ai fourni, je crois, une carrière honorable. J'ai travaillé pour la vérité religieuse, non telle que la peuvent concevoir des esprits aventureux, mais telle que l'entend l'Eglise authentique.

« Que je sois parvenu à éviter toute erreur, c'est une chose que nul ne peut espérer; je suis le premier à demander qu'on me signale les fautes que j'aurais commises, afin de les corriger. Je suis prêt à retoucher, pour les éclaircir, les passages de mon texte où le véritable sens n'apparaîtrait pas assez vivement. Mais que mes intentions aient été mauvaises, c'est ce contre quoi, je proteste énergiquement (1)... »

Loin de se tenir pour satisfaite par cette déclaration, l'autorité ecclésiastique, le 22 janvier suivant, prohibait, par un décret de l'Index, Y Histoire ancienne de V Eglise, sans distinction d'édition.

L'auteur adressa la lettre suivante au cardinal délia Volpe, préfet de la congrégation :

(( Ecole de France — Palais Farnèse — Rome

« Rome, 5 février 1912.

« Eminence, « Fidèle enfant de l'Eglise, je dois me soumettre à ses décisions. Je viens donc déclarer à Votre Eminence que je m'incline respectueusement devant le décret de la Sacrée Congrégation de l'Index, relatif à mon livre (2).

« Agréez, Eminence, l'hommage de mon profond respect.

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